- Papy ! Papy ! s'époumona, depuis sa chambre, un petit garçon habillé de son pyjama.
- Qu'y-a-t-il, Arthur ? demande son grand-père en entrant dans la chambre du dit petit garçon.
- Je veux une histoire ! Je veux une histoire ! exigea-t-il en criant.
- Arthur, on ne dit pas « je veux » mais « je voudrais ». Tu dois être poli !
- Oui papy, répondit plus doucement le jeune garçon. Je voudrais une histoire s'il-te-plaît.
- Bien sûr, mon chéri, lui dit son grand-père en lui souriant tendrement. Mais laquelle veux-tu ?
- Celle des Maraudeurs ! s'exclama le jeune garçon.
- Tu es sûr ? Tu n'en veux pas une autre ? Ca doit bien être la centième fois que je te la raconte.
- Oui, papy, je suis sûr !
- Bien mon grand. Alors l'histoire des Maraudeurs, dit-il pensivement. Que penses-tu d'une version courte de leur histoire ?
Devant la moue boudeuse du son petit-fils, il se sentit obligée de rajouter :
- Il est déjà tard, Arthur.
- D'accord, papy, répondit Arthur avec mauvaise foi faisant sourire son grand-père.
- Si je me souviens bien, cela commençait ainsi…
« Ils étaient quatre. Quatre enfants. Quatre adolescents. Quatre hommes.
Ils étaient là bien avant l'histoire du sauveur, l'histoire de celui-qui-a-survécu.
On les appelait les Maraudeurs. On racontait dans les couloirs qu'ils avaient rendu fous tous les professeurs et tous les élèves de l'école de sorcellerie Poudlard.
Le premier se nommait James Potter : le meneur. Toujours souriant, très doué au Quidditch, il attirait tous les regards et toutes les filles mais il n'en voulait qu'une et pas la plus simple : une tigresse, une fleur de Lys, sa Lily. Par amitié, il était prêt à tout, même à devenir animagus. Ainsi, il se transformait en cerf, symbole de sa fierté. (Parfois mal placée, rajouta le grand-père avec un clin d'oeil.)
Le deuxième s'appelait Sirius Black : le clown. Toujours prêt à faire rire les autres, toujours de bonne humeur, il attirait lui aussi tous les regards surtout celui des filles sauf que lui n'en aimait aucune. Il cachait ses sombres pensées derrière un sourire de façade et un sens de l'humour très développé. Sa meilleure qualité malgré ce que son nom de famille laisse penser était la fidélité, bien représentée par sa forme animagus : un grand chien noir.
Le troisième était Peter Pettigrow : le trouillard. Toujours à se cacher derrière les trois autres, toujours tremblant, il n'avait rien pour lui : ni sens de l'humour, ni grande beauté, ni intelligence très développée. Mais malgré tout, par amitié et acharnement (de sa part et de celle de ses amis), il parvint à faire l'impossible : il devint lui aussi animagus. Sa forme n'était pas flatteuse mais elle était bien plus représentative de sa personnalité que ce que les autres avaient bien pu penser au début : un rat, symbole de sa peur constante de tout et de sa trouillardise.
Le dernier, lui, portait le nom de Remus Lupin : le travailleur. Toujours calme, toujours prêt à aider les autres, il avait pour lui une très grande intelligence et un charme certain. C'est lui qui portait le plus lourd des secrets : tous les soirs de pleine lune, il se transformait en loup-garou. C'est pour lui que les trois autres devinrent animagus, pour lui faciliter les pleines lunes et éviter qu'il ne revienne couvert de blessures auto-infligées. Sa condition lui avait imposé une certaine timidité et une peur de l'abandon conséquente. Mais malgré tout, ses amis lui avaient prouvé qu'ils seraient toujours là pour lui. (Enfin, c'est ce qu'ils croyaient, murmura tristement le grand-père.)
Maintenant que les personnages sont présentés, je peux te raconter leur histoire. Alors comment commencer ? Mmmh, je sais…
Il était une fois, quatre garçons, quatre sorciers qui se rencontrèrent dans un train et devinrent inséparables. Seulement, l'un d'entre eux avait un secret, secret que les trois autres ne tardèrent pas à découvrir : c'était un loup-garou qui se transformait un nuit par mois et durant cette nuit, pour ne blesser personne, il s'enfermait et se mutilait. Pour ne pas laisser le loup souffrir et pour ne pas le laisser tout seul, les trois autres décidèrent de toujours le soutenir, l'aider et le protéger. Ils devinrent animagus et l'accompagnèrent à toutes les pleines lunes. Souvent, ils en profitaient pour aller se balader dans la Forêt Interdite, chose que les animaux de la forêt avaient d'abord trouver étrange. En effet, voir quatre créatures qui normalement ne s'entendent pas, s'amuser ensemble, peut être très déroutant. Puis, ils s'y habituèrent et ne prêtèrent plus attention à cette étrangeté.
Mais une nuit de pleine lune, seul le loup vint et les animaux s'inquiétèrent de ne pas voir les trois autres. Ils attendirent toute la nuit en espérant les voir rejoindre ce dernier mais ils ne vinrent jamais. Au bout de quelques pleines lunes, le loup partit lui aussi. Plusieurs dizaines de pleines lunes passèrent encore sans qu'aucun ne revienne hanter la forêt. Puis, des années plus tard, aussi soudainement qu'ils étaient apparus tous les quatre, le loup réapparut… mais cette fois, comme lors de la dernière pleine lune de ce dernier, il était seul. Ce qui surprit les animaux qui se demandèrent comment cela pouvait être. Ils écoutèrent le loup hurler à la lune mais cette fois-ci était différente des autres. En effet, quand les animaux étaient ensemble, c'était un cri joyeux que poussait le loup car ses amis étaient présents. Mais cette fois, cela ressemblait à une plainte désespérée et ils l'écoutèrent jusqu'à l'aube en se demandant quels événements avaient pu se produire pour que le loup soit dans cet état, si triste, si désespéré.
Ils mirent du temps à le découvrir mais quand ils comprirent ils furent submergés par la plus grande des peines. Le loup était à nouveau seul au monde : le cerf avait été tué par un chasseur et le chien avait été envoyé à la fourrière.
« Mais et le rat ? Où est le rat ? » se demandaient les animaux entres eux. Seul les Centaures avaient la réponse : un rat reste un rat… »
A la fin de l'histoire, il y eut un petit moment de silence qui fut brisé par un sanglot.
- J'adore quand c'est toi qui la racontes papy, dit le petit garçon en pleurnichant.
- Alors pourquoi pleures-tu ? demanda le grand-père un peu inquiet.
- Parce que c'est tellement triste !
- Oui, mais les histoires ne sont pas toujours joyeuses, mon ange.
- Papy, est-ce qu'ils ont existé les Maraudeurs ? demanda le garçon après avoir refoulé ses larmes.
- Oui, mon chéri.
- Mais ils n'ont pas eu de chance ! s'exclama Arthur. J'espère que maintenant ils sont heureux !
- Moi aussi, mon chéri, moi aussi. Maintenant dors, déclara le grand-père fermement. Demain, tu dois aller à l'école.
- Bonne nuit papy Harry.
- Bonne nuit Arthur.
Ce que Harry ignorait, c'est que, pendant qu'il contait cette histoire, quatre silhouettes fantomatiques étaient apparues et regardaient maintenant le jeune garçon endormi.
- Ne t'en fais pas, gamin, chuchota la première silhouette en remontant ses lunettes sur son nez. Maintenant nous sommes heureux.
- Oui et tant que tu croiras en nous… chuchota la deuxième silhouette en remettant une de ses mèches longues derrière son oreille.
- …Nous te protègerons, chuchota en terminant la phrase la troisième silhouette un peu nerveusement et très peu sûre d'elle.
- Car tant que tu croiras en nous, nous continuerons d'exister, chuchota la dernière silhouette en souriant discrètement.
Les quatre « fantômes » se regardèrent, puis regardèrent le petit Arthur Neville Potter et finirent par disparaitre en laissant derrière eux un unique galion marqué d'un grand M, comme Maraudeurs.
Harry n'avait pas seulement conter l'histoire de quatre jeunes hommes dotés de pouvoirs magiques incroyables, de trois animagus (un chien, un cerf et un rat) et d'un loup garou. Non, en fait, c'était l'histoire de quatre adolescents hors du commun, quatre adolescents avec un destin trop lourd à porter pour leur frêles épaules, qu'il avait raconté.
C'était l'histoire d'un héros parti trop tôt, l'histoire d'un homme enfermé pour un crime qu'il n'avait pas commis, l'histoire d'un traitre voulant sauver sa peau, l'histoire d'un monstre qui n'en était pas un… C'était leur histoire, l'histoire de quatre personnes qui furent réunies après la mort pour le meilleur comme pour le pire.
C'était l'histoire… des Maraudeurs !
