La franchise et l'univers de Fire Emblem ne m'appartiennent pas. Ils ont été créés par Shouzou Kaga, et développés par Intelligent Systems.
Il s'agit ici d'une Fanfiction.
Fleurs Vermeilles - Chapitre 12
Zakuro Ruby Kagame
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Ipso facto
Même si des litres de sang ruissèlent à mes pieds, je persisterai. Nous devons briser l'emprise maléfique de cette Eglise sur Fódlan.
Un futur nécessitant des sacrifices pour que ces sacrifices cessent définitivement d'être. Un paradoxe nécessaire afin que se lève une ère nouvelle sur demain. Je sais depuis longtemps que je ne peux plus reculer, d'un seul ordre, les flammes de la guerre ravageront le pays tout entier et ne laisseront que cendres et chagrin derrières elles. En ce même instant, les plans de batailles se déroulent dans le continent et les chefs de guerre se préparent à partir au combat. Des généraux, de soldats, et même des civils, beaucoup vont périr dans ce chaos dont je suis responsable. J'ai pris ma décision il y a fort longtemps et pourtant, je recherche encore aujourd'hui son approbation, envers et contre tout.
La confiance que je place en elle et qu'elle place en moi est tel un accord tacite que nous aurions passé et signé lorsque je me dressai contre l'Eglise dans la tombe sacrée. Le jour où mes plumes sombres sont tombées pour dévoiler mes solides écailles, j'ai pourtant cru devoir abandonner celle qui avait investi mes pensées au cours des derniers mois et semaines, et aussi mes amis. Malgré cela, tous nous trouvons aujourd'hui dans ce camps provisoire de l'armée impériale, préparant âprement l'assaut qui sera bientôt lancé afin de reprendre le monastère de Garreg-Mach. Si nous obtenons la capitulation de l'Eglise, le signal stratégique envoyé au reste du continent sera également symboliquement très fort, ainsi que personnel car c'est ici que nous avons tous étudié. D'une certaine façon, nous avons grandi ensembles.
Tous me regardent et j'espère que tous sont prêts à affronter leurs anciens camarades de classes car je n'ai aucune intention de capituler. Peu importe les raisons qui les guident, les membres de la classe des Aigles de Jais forment à présent l'Escadron Impérial. Certains sont ici par appartenance à l'empire naturellement, d'autres par conviction ou par fierté, quand une certaine personne m'a même avoué être ici par pure difficulté de s'opposer à moi. Tout allié est le bienvenu dans ce contexte et les raisons de chacun importent peu. Si je comprends mieux leurs motivations, il me reste encore à mesurer leur détermination car ils marchent désormais dans mes pas et ont choisi de brandir une épée contre la Déesse elle-même.
Je me suis également entretenue une dernière fois avec le professeur et j'évite de croiser sa route depuis. J'ignore pourquoi mais je lui ai demandé une fois de plus si elle était certaine de son choix tout en lui laissant la possibilité d'en changer, car il n'est pas trop tard, et de retourner auprès de l'Eglise et de Rhea. Contrairement à moi, elle peut encore changer d'avis et je ne veux pas la voir emprunter un chemin que j'aurais tracé pour elle.
Bien qu'elle n'ait jamais été le genre de personne à exhiber ses émotions, je ne dénote aucun changement quelconque dans son attitude ou quant à sa flegme inhérente depuis que nous avons quitté le monastère. Toujours très fidèle à elle-même, j'ai parfois l'impression que Byleth a érigé un épais rempart entre elle, ses émotions, et le reste du monde bien qu'elle fasse souvent preuve d'empathie envers moi, peut-être même sans en avoir conscience. Je lui ai pourtant demandé pourquoi avait-elle décidé de me suivre et sa réponse fût aussi naïve que semblait l'être ma question : ainsi était la voie qu'elle avait choisie. Si sur le moment, ces paroles me suffisaient, que cette question stupide était presque une avanie à son égard, aujourd'hui je demeure toujours troublée par le choix qu'elle a fait et continue de faire jour après jour. J'ignore s'il se cache des explications derrière son soutien indéfectible où si cela n'est qu'une sorte de grotesque espérance que j'entretiens ridiculement mais je ne peux hélas pas la forcer à obtempérer et lui faire avouer un quelconque sentiment onirique qu'elle entretiendrait ou non.
La grande impératrice, éprise de son professeur, d'une ancienne mercenaire. Si ma fierté était en jeu, ébranlée et pariée comme lors d'une banale partie de dès, ces sentiments inappropriés remettaient surtout en cause tous mes projets. Si j'étais la reine sur mon propre échiquier, elle ne représentait pas un pion, mais bien un fou, un cavalier et in fine devint le roi à faire tomber. Mais que deviendrait le roi sans sa reine ou bien la reine sans son roi, et dans la tombe sacrée, à mes côtés, leva sa lame contre Rhea. J'avais déjà pris la décision d'avancer seule si cela était nécessaire mais j'espérais du fond du cœur ne pas avoir à le faire. Bien que sa présence me rassure, je suis toujours terrifiée et je crains parfois de céder sous le poids de ce fardeau, de ma couronne, notamment quand mes jambes tremblent à chaque décision que je dois prendre. Si devant les autres je sais me montrer inébranlable, face à mon professeur toutes mes fragilités ressortent, plus encore, face à moi-même ce sont bien mes faiblesses qui m'emportent.
Ma détermination a beau être aussi solide que les murs de ce vieux fort abandonné où nous trouvons refuge, je sais mon cœur aussi fragile que la végétation qui tente de seulement exister entre les pierres qui le composent. Pas une seule fois je ne m'étais sentie aussi seule alors que je n'ai jamais été aussi entourée, par mes amis, mon professeur, mon armée, tous mes allies. Pas même lorsque je croupissais dans les geôles de mon propre palais. Ces nombreuses vies aujourd'hui sont telles les branches de mes ambitions : prêtes à tomber afin que je m'élève. A certains mes projets sont louables à d'autres démesurés mais je sais chaque feuille de ce que mes ennemies considèrent folie devoir s'envoler car les pétales vermeilles ne peuvent danser au milieu des flocons de la neige argentée.
Les rayons du soleil couchant ont beau dorer ma peau l'obscurité dans laquelle j'ai l'impression de glisser jour après jour m'empêche d'en apprécier les mots. Bien que le vent souffle et me murmure afin d'alléger ce fardeau, que la chaleur de l'astre tente d'apaiser mes maux, je sais déjà mes larmes se mêler à la pluie lorsque la terre se gavera du sang de mes ennemis, mais aussi mes amis. J'ai décidé de battre en première ligne, cette guerre est de mon fait, et mes yeux devront supporter chacune des victimes que cet affront en la Déesse va causer.
—Je dois seulement vaincre.
Être dans le camps des vainqueurs ou bien dans celui des vaincus ? Peut-on seulement triompher lorsque l'on est ainsi perdu ? Je sais ne pas avoir d'autre choix que celui de mener mon armée à la victoire, et j'ai en ce but déjà renoncé à moi-même, mais sentir un cœur battre lorsque tout semble mort ébranlerait le plus puissant des souverains. Fragilité et émotions, tant de futilités qui pourtant aujourd'hui menacent mes ambitions, car je sais devoir me montrer forte, paraitre dure, tous s'attendent à ce que je porte le poids de l'empire, c'est pourtant bien l'empire qui me porte. Mes amis, mon professeur... sans eux j'ignore si nous pourrions ressortir vainqueurs. Il m'apparait toujours cette même impression, fatalité, je ne saurais dire, mais sans Byleth à mes côtés, le sentiment de ne pouvoir que périr...
—Et vous vaincrez, cela va s'en dire, cessez donc d'en douter et laissez vos tourments de côté.
Sa voix a la faculté de porter mon sourire car à peine les notes de celle-ci arrivées jusqu'à moi que mes lèvres s'étirent. Son regard perle d'une confiance que j'aimerais pouvoir arborer car c'est bien de mon fait que tout à commencé. Elle s'avance, me dévisage, son assurance non dissimulée entamant ma fierté. Je me demande comment elle fait pour se montrer de marbre en de pareilles circonstances quand le reste des Aigles de Jais s'est vu dans un premier temps bouleversé.
—Que cela soit-ici ou bien ailleurs, Professeure, vous êtes toujours si sûre de vous.
Je la laisse investir cet espace que je m'étais réservée au sommet de ce fort où je n'imaginais personne me suivre. C'était bien sûre sans compter sur l'ancienne mercenaire ainsi que ses manières, elle ne s'est jamais encombrée de quelconques simagrées, tel est son caractère et j'imagine que ce n'est pas aujourd'hui que cela va changer.
—Vous vous trompez, Edelgard. Ce n'est pas en moi que j'ai confiance, mais bien en vous.
Je me demande comment il lui est possible de me confier ce genre de pensée sans même ciller. Son indifférence est peut-être telle que rien ne semble l'atteindre, l'effrayer, et si son visage trouve très souvent une expression figée, son regard pourtant est plus profond que le vide qu'elle me laisserait si par malheur elle mourrait. Si je doute parfois de moi-même, contester la confiance qu'elle me porte serait un affront envers elle.
—Pourquoi ? Alors que vous aviez le choix, alors que je me dresse contre la Déesse, contre l'équilibre de ce monde ! Pourquoi m'avoir choisie ?
Elle ignorait depuis quand je fomentais ceci et probablement, l'ignore-t-elle encore. Alors même que l'on se rencontrait, chacune de mes actions était déjà parfaitement calculée. Elle aurait pu être, au mieux un écueil de plus à franchir, au pire une contrainte à abattre. Elle est pourtant a mes côtés, comme elle l'a toujours fait, et si auparavant elle ignorait tout de mes projets aujourd'hui a bien conscience de ce que je m'apprête à réaliser.
—J'imagine que je ne voulais pas devenir l'énième fantôme de votre passé.
Elle me désoriente, me déstabilise, mais je n'en montre rien, ni lorsque qu'elle s'approche pour fixer Fódlan sous les rayons dorés, ni lorsque son regard me somme et réclame toute mon attention.
—Voyez-vous ce soleil qui se couche ? Tout comme il est certain qu'il se lèvera demain encore, il était tout aussi évident que ma place se trouvait à vos côtés. Tout comme elle l'est aujourd'hui, et le sera encore demain.
J'imagine qu'après de telles déclarations je ne devrais plus avoir à me soucier de mes joues qui s'empourprent pour prendre la même teinte vermeille que celles des pétales qui recouvreront bientôt ce monde. Mon cœur battra encore demain, en rythme avec nos cris de victoire. Il ne m'est plus permit de douter, car je sais que nos couleurs s'envoleront sous les rayons dorés.
Lourd de conséquences, son choix était pourtant une évidence.
