Chapitre 3 :
Noyade
Anakin avait souhaité de tout son cœur alerté l'état actuel de son ami, Obi. Quand il lui avait tenu la main, elle était chaude, très chaude, tout aussi chaud que celle de sa mère, quand elle avait été malade. Mais Obi-Wan lui avait dit qu'ils en parleraient plus tard, avec son ton habituellement rassurant, mais son visage pâle et gris montrait qu'il se battait contre lui-même. Contre un mal invisible.
Il se noit. Obi se noit…paniqua Anakin.
Il n'écoutait même plus le maître Windu, car il était concentré sur Obi-Wan, sur sa main chaude qui le serra avec affection. Ça brulait et Anakin n'aimait pas ça. Il était impuissant, il se risque un œil à Qui-Gon qui écoutait les paroles du maître du conseil, mais ne semblait pas remarquer sa détresse.
Je dois faire quelque chose, répéta Anakin, je dois le sauver.
Mais il n'était qu'un enfant. Face à des adultes plus forts que lui, qui ne paraissaient pas se soucier du jeune homme qui souffrait à ces cotés.
Puis, le petit être vert parla, Anakin ignorait totalement de quoi ils avaient parlé. Il allait être Padawan de Qui-Gon, ou quelque chose comme ça. Et Obi deviendrait un Chevalier. C'était de ça, non ? Pourtant, Anakin n'était pas du tout heureux, il était même triste, voire terriblement inquiet pour le jeune Padawan.
C'est alors qu'Obi-Wan émit quelques mots, lâchant la main d'Anakin, qui ne s'attendait pas à ce qu'il s'en défait.
« Je…suis honoré…de passer les épreuves, bredouilla Kenobi, j'espère…être à la hauteur des enseignements de…maître…Jinn. »
Anakin le vit avec stupeur, tombé en avant. Il voulut lui attraper le pan de sa robe mais Qui-Gon était plus rapide et avait attrapé son apprenti à temps, avant qu'il ne tombe face la première au sol.
« Padawan ! » S'écria Qui-Gon horrifié.
L'enfant voulut s'approcher pour vérifier l'état de son ami, mais quelqu'un le prit par l'épaule. C'était le maître Kel Dor, qui le tira en arrière alors que des maîtres Jedi avaient entouré le corps à terre. Il voulut protester, s'échapper du contact du Jedi, mais ce dernier lui murmura doucement :
« Viens, petit, tu ne peux rien faire pour l'instant, des Guérisseurs vont s'occuper de lui. »
Le petit garçon avala sa salive, hésitant entre se faufiler entre les gens qui s'étaient accroupis vers Obi-Wan, inconscient, ou obéir au Jedi. Même Qui-Gon, dont le regard choqué et angoissé, fixait son apprenti, ne lui avait jeté un regard pour le conseiller de ce qu'il devait faire. C'est alors, qu'il décida qu'il devait avoir en confiance aux personnes qui allaient prendre soin d'Obi-Wan.
Il suivit le maîter Kel Dor en dehors de la salle alors qu'il croisait trois Jedi avec un brancard flottant. Il se rendit compte à quel point leur intervention était rapide. Maître Plo Koon, ainsi était son nom, l'éloigna de la salle du conseil, l'emmenant sur un des grands balcons que Qui-Gon avait fait visité quelques heures auparavant, il l'incita à s'asseoir à ses côtés.
Ne sachant quoi faire, Anakin obéit et s'installa sur le banc désigné, tordant ses mains avec anxiété en se rappelant alors du visage blême d'Obi-Wan. Un sanglot échappa alors de sa gorge sans le vouloir. La honte le submergea quand il se rappela de la présence du Maître du Conseil. Ce dernier passa une main derrière sa tête, caressant sa tête, d'un geste rassurant.
« Tu n'as pas à t'en faire, Obi-Wan va s'en sortir.
- C'est ma faute, pleura l'enfant, c'est ma faute.
- Non, petit, ce n'est pas de ta faute.
- Si…Il se noyait et…je n'ai pas pu le sauver.
- Se noyer ? Répéta Koon incrédule, comment cela ?
- Hier soir, il pleuvait, je les sentis, il se noyait, il étouffait, il…ne respirait plus…Je l'ai dit à Maître Qui-Gon, mais il a dit que la pluie ne pouvait pas faire ça.
- Oui et il a raison…
- Mais…aujourd'hui, il se noyait ! Vous l'avez vu ! Il est tombé ! Il respirait plus ! »
Anakin ne pouvait pas s'avoir quels émotions avaient pu traverser le Kel Dor mais la main se figea, avant de le prendre doucement dans ses bras. C'était la première fois qu'un étranger lui faisait un câlin et pourtant cela était agréable. Il sentit alors une vague d'apaisement, de réconfort qui le détendit.
« Obi-Wan vivra, petit, murmura-t-il, ayez confiance en la Force, ayez confiance en lui. »
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Au bout d'une heure, après s'être calmé, après avoir échangé avec le maître Plo Koon, Anakin fut accompagné à la salle des Guérisseurs. Là-bas, il retrouva Qui-Gon, toujours l'expression angoissé, mais lorsqu'il croisa le regard du garçon, son visage se détendit et il adressa des remerciements au Kel Dor.
« Je vous suis reconnaissant d'avoir pris soin d'Anakin, s'inclina-t-il.
- Je vous en prie, maître Jinn, je ne fais que mon devoir. Un enfant ne devrait jamais être seul surtout dans ce genre de situation. »
Anakin fronça les sourcils, car il avait l'impression que le maître rouspétait gentiment Qui-Gon. Ce dernier acquiesça sans doute conscient de ce reproche.
« Comment va Obi-Wan, continua Koon un brin d'inquiétude dans la voix.
- Ils finissent de l'examiner, informa Qui-Gon, ils…quand il est tombé, il avait eu du mal à respirer, il désaturait, il est donc sous oxygène. »
Le cœur d'Anakin s'arrêta alors. Il avait raison. Obi-Wan était en train d'étouffer, il s'était noyé. Il avait raison.
« Doucement, petit, l'intima Koon l'apaisant, Obi-Wan est en vie et c'est tout ce qui compte. »
Le Kel Dor semblait ressentir ou deviner les troubles qui perturbaient Anakin, mais l'enfant ne s'attarda pas sur ce mystère.
- On peut le voir ? S'enquit-il suppliant du regard les deux adultes.
- Pas encore, soupira Qui-Gon qui trépignait d'impatience, maître Che m'a menacé de m'arrêter si je tentais de quoique ce soit pour entrer »
Plo Koon rit doucement, puis passa une main sur l'épaule de son confrère.
« Aie confiance, Qui-Gon, Obi-Wan est un garçon très fort, il…
- Je n'ai rien vu, coupa-t-il fébrile, je…l'ai mis de côté, j'ai refusé de voir qu'il n'était pas bien… »
Il posa ensuite un regard vers Anakin, qui lui prit alors la main, avec tendresse, comme pour l'aider à supporter un poids pesant.
- Et je ne t'ai pas écouté, Ani…ajouta-t-il à son encontre, j'ai…délibérément nié ce que tu m'avais dit.
- Qui-Gon…
- Maître Koon, je suis responsable de mon Padawan ! Il est mon Padawan, et…je l'ai rejeté, je m'étais dit qu'étant donné, il sera fait Chevalier, je n'avais plus besoin de m'occuper de lui…j'ai eu tort, je l'ai laissé souffrir en silence, je l'ai laissé tomber….
- Tu es responsable, oui, confirma Koon, au moins tu reconnais tes erreurs. Maintenant, Obi-Wan subit ta négligence. »
Qui-Gon gémit devant les reproches du maître Jedi, baissant les yeux. Anakin eut pitié pour le pauvre homme, qui culpabilisait. Ce n'était pas entièrement de sa faute. L'enfant était tout aussi persuadé qu'il avait une part à jouer dans l'état d'Obi-Wan.
Après quelques minutes de silence et de stress, Vokara Che, suivis de trois autres Jedi guérisseurs, sortirent de la chambre devant laquelle ils attendaient. L'expression de la Twi'lek était froide et emplie d'une fureur retenue, surtout quand elle vit Anakin, qui, terrifié par son apparition, s'était caché derrière les robes de Qui-Gon.
« Maître Che ? Comment va-t-il ? Parla Plo Koon, ce qui affaissa alors les épaules de la guérisseuse.
- Sa saturation est stable, mais on le maintient sous oxygène. Nous pensons qu'il a attrapé un des rares virus de Coruscant lié à la pluie.
- Pardon ? S'exclama Qui-Gon sous le choc.
- Nous provenons tous de planètes différentes, expliqua-t-elle alors, Obi-Wan vient de la planète Stewjon. Il y a un gaz dans l'atmosphère de Coruscant, qui au contact de l'eau se transforme en un virus, un virus inoffensif pour 95% des êtres vivants de la Galaxie mais qui ne le sont pas pour les natifs de Stewjon. Obi-Wan l'a attrapé et l'a contracté, développant des symptômes qu'on pourrait confondre avec une infection pulmonaire. Etant donné qu'il a plu hier soir et le temps d'incubation est de 2 heures, j'en ai conclu qu'il a contracté ce virus. »
Lorsqu'elle termina, Qui-Gon crut défaillir et Anakin pouvait entendre ses marmonnements, les larmes coulant de ses yeux.
« Tu avais raison, Ani, tu avais raison, Obi-Wan se noyait… «
Cela lui fait mal au cœur alors il serra l'homme dans ses bras d'enfant, tentant de le rassurer.
« Est-ce que…C'est mortel ?
- Non, fort heureusement que non, mais la guérison est longue, surtout que cela touche ses poumons.
- Pouvons-nous le voir ? Demanda Plo Koon plus pour Qui-Gon et Anakin que pour lui-même.
- Oui, bien sûr, il est sous sédation. Donc ne vous attendez pas à un réveil. »
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Obi-Wan avait la bouche et le nez recouvert d'un masque à oxygène. Des bips réguliers s'entendaient dans la chambre, baignée par les lueurs du soleil. Des patchs sur sa poitrine nus le reliaient à d'autres machines sur le côté. Son bras gauche était perfusé, injectant un produit inconnu pour le petit garçon.
Anakin n'avait jamais vu une scène aussi inquiétante, comme si le simple fait de retirer un fil pourrait arrêter le cœur d'Obi-Wan. Tenant la main de Qui-Gon, il s'avança vers le lit, sans fixer le corps inerte du jeune homme.
Il y avait quelques heures, Obi-Wan se portait plus ou bien, lui parler de son futur parcours en tant que prochain padawan de Qui-Gon. Maintenant, le voilà, dans un lit médical, avec un masque qui l'aidait à respirer.
Le petit garçon commença à trembler, alors que des sanglots se coincèrent dans sa propre gorge. Même les mots rassurants de Plo Koon ne parvinrent pas à le calmer.
« Je suis désolé, je suis désolé…je n'ai pas pu te sauver, Obi… »
Des bras l'enlacèrent alors, la chaleur de Qui-Gon l'enveloppa soudainement, alors que l'homme aussi pleurait, l'accompagnant dans sa tristesse. Aucun d'eux ne remarqua que Koon avait finalement quitté la pièce pour qu'il puisse se calmer entre eux. Ils se retrouvèrent ainsi seuls dans la pièce, avec Obi-Wan.
« Ce n'est pas de ta faute, Ani, c'est de la mienne, souffla Qui-Gon gardant l'enfant dans ses bras, je suis l'unique responsable, je suis le fautif, c'est moi qui ai abandonné Obi-Wan, c'est moi qui n'ai pas voulu t'écouter, c'est moi qui ai permis à Obi-Wan de tomber malade….Tu n'as pas à t'en faire…
- Je voulais l'aider, je voulais tellement l'aider…
- Je sais, Ani, je sais. Et tu l'as aidé.
- Comment, maître Qui-Gon ?
- Tu es ici, avec moi. Avec lui. Il va se réveiller et il sera heureux de te revoir. »
Cela était une bonne perspective à envisager. Il effaça ses larmes d'un revers de main et s'écarta de Qui-Gon, pour s'asseoir sur le lit du malade et lui prendre la main. Elle était douce et moins chaude que tout à l'heure, ce qui le soulagea un peu.
« Obi, nous resterons ici avec Maître Qui-Gon, nous allons t'attendre…car nous t'aimons. »
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Quand Vokara Che entra dans la chambre médicale pour signaler à ses visiteurs qu'il était tard, elle découvrit deux individus qui s'étaient endormis sur chacun des côtés d'Obi-Wan Kenobi. Le maître Jedi tenait la main gauche du jeune homme, somnolant sur le fauteuil disposé à ses côtés. Anakin s'était allongé en boule, à droite du Padawan malade, il s'était enroulé autour le bras de ce dernier comme une peluche, roupillant paisiblement.
La Guérisseur soupira, portant une main à sa tête, puis secoua la tête. Elle vérifia les paramètres vitaux de son patient, avant de quitter la pièce, esquissant un sourire cependant amusé devant la dernière vision qu'elle avait de ce trio.
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Qui-Gon se réveilla, le dos douloureux et les bras engourdis. Dormir en position assise n'avait jamais été une bonne idée pour lui, son corps était fait pour un matelas. Il cligna des yeux, se familiarisant de son environnement qui n'était pas sa chambre.
Obi-Wan.
Il se redressa et aperçut qu'Anakin dormait toujours à côté d'Obi-Wan, ne se souciant pas du peu de places qu'il avait. Comme s'il avait l'habitude de dormir dans un espace restreint. Il sourit à sa vue et se promit mentalement de parler à son Padawan de cette étrange affection qu'avait Anakin pour lui.
Ses yeux s'égarèrent sur le visage d'Obi-Wan, dont le masque à oxygène cachait une partie de ses traits, et il eut un sursaut de surprise quand il croisa des yeux bleus qui l'observaient. Il était donc réveillé ?
La main qu'il tenait jusqu'alors se tendit vers son visage et caressa sa barbe, puis ses cheveux. Qui-Gon le laissa faire, appréciant alors ce contact si rare de son apprenti, il se pencha vers lui. Ce n'était pas dans les habitudes du jeune homme d'être aussi tactile. Les pupilles bleutés d'Obi-Wan s'humidifièrent alors, les larmes coulant lentement sur ses joues.
« Maître…vous êtes là… »
Le murmure était étouffé par le masque respiratoire mais Qui-Gon entendait bien les mots.
« Vous êtes là…répéta-t-il dans un souffle incertain.
Le maître Jedi attrapa la main de son apprenti, l'amenant à sa joue, comme pour rassurer Obi-Wan de sa présence.
« Oui, je suis là, Padawan. »
