Pour le défi 115 de la Bibliothèque de Fictions le thème était : Changement d'époque cette semaine ! Prenez vos personnages et placez les dans une autre époque. Règle de Louis XIV ? Préhistoire ? Époque futurite ? À vous de voir. Vos personnages doivent être « nés » dans cette époque, c'est-à-dire qu'ils ne peuvent pas avoir découvert une machine à remonter le temps ou autre, c'est un UA changement d'époque.

Note de l'auteur : Bon, j'ai changé les noms des personnages par rapport à la chanson « Les Pailles d'or brisés » de Tri Yann, initialement les lettres sont pour Pierre. Écoutez cette chanson si vous ne la connaissez pas, elle est splendide !


Katherine s'assit derrière son bureau, attrapa son stylo plume et commença à écrire :

Un mois à peine, que le train t'as enlevé
Septembre ramène, les premiers blessés
J'ai eu ta lettre de dimanche ce matin
Elle me rassure à peine mais c'est déjà bien.

Demain te porte, dans une boite à souliers
Fermée d'un raphia et d'un papier ciré,
Des rigolettes, tes gauloises et mes pensées
Une écharpe de laine et des pailles d'or brisées.
Dans les Ardennes, quel temps fait-il ?
On ne sent pas la guerre en ville

Ta mère passe nous voire souvent.
Mélanie va percer ses dents.

Elle relut sa lettre, passa le buvard sur son texte et plia ensuite sa feuille. Elle la glissa doucement dans l'enveloppe et nota le nom de son mari, ainsi que l'endroit où il était déployé. La brune maudissait cette fichue guerre qui avait emmené son époux au loin. Elle espérait que la lettre le trouverait en bonne santé et qu'il lui répondrait vite. Petruchio était sur le front de Verdun actuellement, et la brune avait entendu et lu les nouvelles venant de là-bas : un massacre. La jeune femme soupira et regarda sa fille qui dormait tranquillement. Elle espérait que cette guerre ne lui prendrait pas son mari comme elle avait déjà pris tant d'autres innocents. Dire qu'elle avait quitté l'Angleterre pour venir en France et que son mari avait fait pareil avec l'Italie ! Ils avaient tout quitté pour trouver un emploi dans ce pays, Petruchio comme employé de ferme chez son oncle qui avait épousé une française et Katherine comme gouvernante.


Katherine soupira, elle était à bout. Mélanie ne faisait que pleurer et son mari lui manquait énormément. Elle se passa une main sur le visage et s'installa derrière son bureau. Elle attrapa une feuille et commença à écrire à son mari, ça lui remontait toujours le moral :

Trente deux semaines que la guerre est déclarée,
Tu dis que la relève va bientôt arriver
Trouve ici même un bon de poste à deux cents sous
Pardonne-moi mon Petruchio je n'ai pas beaucoup.

J'ai lu dans le phare hier matin
Que la paix n'est plus pour très loin.
Prends garde à toi, reste bien prudent,
Mélanie marche maintenant.

Malheureusement la brune ne pouvait pas écrire plus car le papier et l'encre coûtaient cher. Elle venait de mettre une partie de l'argent qu'elle avait dans l'enveloppe. Elle gagnait sa vie en faisant de la couture pour l'armée. Elle faisait les uniformes, c'était le seul travail qu'elle avait trouvé qu'elle pouvait faire depuis chez elle. Elle partit déposer la lettre dans la boîte la plus proche, elle avait hâte que son mari rentre, que ses espoirs soient fondés et que la relève arrive !


Katherine était dévastée. Les larmes coulaient sur ses joues sans s'arrêter, Mélanie la regardait avec inquiétude et la brune lui caressa la joue. La petite ressemblait tellement à son père, ce qui rendait les choses encore plus douloureuses :

Mille neuf cent seize, mardi quinze février.
Et je suis sans nouvelles depuis le vingt janvier.
Le temps me pèse et ta mère est alitée,
Ton cousin Charles-Émile est à Nantes blessé.

Le vent t'emporte dans une boite à biscuit
Du savon, dentifrice et un gâteau de riz,
Des cigarettes et un peu de vrai café.
Mes pensées, mes je t'aime et des pailles d'or brisées.

Le beurre nous manque depuis jeudi,
L'usine est au ralenti.
Le fils Le Gwen aurait déserté,
On dit qu'ils l'auraient fusillé.

Mes larmes coulent dans le fond de l'encrier,
Mes lèvres s'arrachent sur le papier gommé... mes pensées,
Mes baisers... je t'aime et des pailles d'or brisées.

Katherine avait l'impression de suffoquer, elle essayait de garder espoirs mais elle ne se faisait pas d'illusion : en temps de guerre, un mois sans courrier voulait rarement dire que la personne se portait bien. Elle referma l'enveloppe d'une main tremblante, respirant avec difficulté et ses yeux toujours remplis de larmes. Elle les essuya d'un revers de main et partit poster la lettre. Elle espérait se tromper et avoir une lettre rapidement. En attendant elle rentra et coucha sa fille, passant sa nuit à la regarder dormir en priant pour que Petruchio rentre bientôt.


Fin.