OS3 : Rapport

Note : Coucou ! Bonne Année et Bonne Santé à tous !

Bonne Lecture,

Guepard54

AR-AR-AR

James Morrison était un homme ordinaire. De taille moyenne, la peau légèrement mâte et des yeux noirs qui furetaient sans cesse de droite à gauche. Cette attitude aurait pu sembler excessive voire incongrue si Morrison n'avait été le chef des opérations de terrain du Bureau Fédéral d'Investigation de Washington. En tant que tel cependant, il avait eu à faire face (ou plutôt les hommes sous ses ordres) à un certain nombre d'affaires délicates dans lesquelles mieux valait se montrer extrêmement prudent.

En l'occurrence, la dernière en date mettait son Service en mauvaise posture face à l'armée. Morrison avait en effet appris que cette dernière détenait depuis peu des documents sensibles qui n'auraient jamais dû se retrouver entre les mains de simples militaires. Il avait d'ailleurs envoyé un agent dans l'un de leurs complexes, situé près de Boston. Il s'agissait d'une mission relativement facile mais pouvant devenir très délicate et l'agent en question était vraiment très compétent mais parfois… imprévisible.

« C'est marrant. Dis comme cela, on dirait que ce n'est pas une qualité. », émit John, les sourcils froncés.

« Ca, c'est tout simplement parce qu'il ne sait pas apprécier les qualités d'un bon espion. » commenta Ian.

Morrison soupira tout en se dirigeant vers son bureau. Privilège de gradé, ce dernier était personnel et fermait à clé. Bien que cela n'empêche pas certains fouineurs, comme il en eut encore la preuve ce matin-là en ouvrant la porte.

« Qui veut parier sur l'identité du fouineur en question ? »

« Rider ! », interpella-t-il la personne – assise en tailleur sur son bureau ! – en train de feuilleter ses dossiers.

« Tu es sûr que tu as laissé notre fils orphelin à quatorze ans, Ian ? »

Le jeune homme blond de dix-huit ans se tourna vers lui, le fixant de ses yeux bruns mi- sérieux mi- moqueurs.

« Définitivement ton fils, John. », fit Helen en observant son mari d'un regard à la fois réprobateur et amusé.

« Je ne vois pas du tout de quelle ressemblance tu parles, ma chérie. »

Il se reçut un coup de poing dans l'épaule, pas si indolore que cela.

« Monsieur ? »

Le jeune espion était d'humeur joueuse, remarqua immédiatement l'adulte.

« Oh, oh… Une fois, mon petit ami de l'époque a descendu les escaliers la tête la première… pour jouer. », expliqua Jack à une Helen horrifiée.

Ian se pencha vers elles.

« Tu veux parler du gars qui est reparti de son week-end chez nous avec une jambe dans le plâtre ? Tu ne m'avais jamais expliqué comment cela était arrivé. »

« Pas besoin, il l'avait entièrement mérité. Tom et Alex m'ont dit après coup qu'ils l'avaient surpris en train de téléphoner à une autre fille ! », répondit Jack, se rappelant les merveilleux moments qu'elle avait pu passer à martyrisé son infidèle blessé.

« Vous ne deviez pas vous ennuyer ! » fit Ash en riant.

« Ses blagues étaient moins drôles lorsqu'on en était victime, Anthony. », répondit Ian en lui jetant un regard noir.

Yassen émit un bruit légèrement amusé.

« Quelque chose à dire, Gregorovitch ? »

John ne chercha même pas à intervenir. Il en avait pour l'éternité à faire l'arbitre entre ces deux-là et son protégé savait largement se défendre. Ainsi qu'il le prouva une fois de plus.

« Simplement que si tu étais assez idiot pour te faire avoir par un enfant, c'est bien que tu le méritais. »

« Tu peux parler ! Obligé de kidnapper sa petite-amie pour le faire obéir aux ordres de ton employeur ! Alors ta victoire en fanfare, je l'oublierais illico si… »

« STOP ! Tous les deux ! », précisa John, en voyant que le Russe s'apprêtait à répliquer. « C'est grâce à ce qu'il est que mon fils est encore en vie, je vous signale ! »

« Mouais, mais Gregorovitch oublie qui l'a élevé. Alors s'il est encore en vie, c'est un peu grâce à moi. »

Yassen émit un bruit clairement méprisant.

« Blunt ne serait pas venu le chercher. »

« Ben voyons ! Et qui l'a envoyé face un taureau dans une arène ? Je pense que tu n'as aucune morale à me faire sur le sujet. »

Les deux interlocuteurs s'entretuèrent du regard avant de se tourner le dos sans plus insister lorsque John leur lança à tous deux un regard désappointé.

Dommage, se dit-il car ce n'était décidemment pas son cas ce matin-là. Il lui fit signe de descendre de son perchoir d'un geste sec. Rider le fit dans un soupir avant de glisser les mains derrière son cou pour défaire la chaîne qui y pendait avant de la lui tendre. Il se saisit alors de la clé USB avec un empressement empreint d'avidité.

Avant de se stopper net pour observer son employé.

« Il n'y a eu aucun problème ? »

Sans toutefois le montrer, Alex hésita. Techniquement non,

« Tu commences très mal, Al. »

la preuve en était qu'il avait réussi à ramener les documents. Mais il se demandait toujours si le supérieur de la jeune femme rencontrée avait consulté le sien. Avant même qu'il ait pu répondre à la question, Morrison croisa les bras en soupirant. Avant de le regarder fixement.

Alex connaissait suffisamment Morrison pour savoir que celui-ci tentait de le faire parler – peut-être plus qu'il ne le souhaitait. Mais le jeune homme était suffisamment expert en bluff pour éviter sans problème ce piège.

« Ian, c'est encore toi qui a appris à mon fils de telles… qualités. », énonça Helen avec désapprobation.

« Au moins, cela sert bien pour une bonne partie de poker. », pipa Eagle.

« Je le lui déconseille fortement. », intervint Desmond McCain avec sadisme. « Pour son propre bien. »

« Gardez vos menaces. », répliqua Helen, le regard incandescent. « Une infirmière a accès à de nombreux produits pas si inoffensifs que cela ! »

« Non. Aucun. »,

« Discutable. » émit Ash d'un ton égal.

répondit-il, un masque plaqué sur le visage.

Morrison continua cependant à le regarder attentivement.

« Bien. Alors dans ce cas, dîtes-moi pourquoi le sergent… »

« Disons que pas un vrai problème. Techniquement… »,

« Ton chef ne va pas apprécier, Al. »

s'empressa de le couper Alex puis se faisant couper à son tour.

« Techniquement ? Agent Rider, je jure que si je vous entends encore commencer une phrase par ce mot, je vous arrache la langue ! »

« Non moi d'abord ! », s'écrièrent plusieurs psychopathes.

Le blond baissa un court instant la tête et l'on aurait pu croire qu'il s'agissait d'un geste de contrition si une lueur rieuse n'avait pas brillé dans ses yeux lorsqu'il l'avait relevée. Avant de se diriger vers la porte sans demander son reste.

« Je crois qu'il est en train de se faire la malle. », commenta Wolf.

Seulement pour être arrêté par la voix exaspérée de son supérieur.

« Qu'est-ce que… Vous ne m'avez pas encore fait votre rapport ! »

« Je ne suis pas sûr que j'aurai supporté tant d'indiscipline ! », intervint Blunt, interloqué.

La main posée sur la poignée de la porte, Alex se tourna vers Morrison tout en affectant un air sérieux.

« Je crois que vous avez déjà celui de ce sergent. Est-ce bien utile d'en avoir un en double ? Vous savez, moi et la paperasse… »

La main actionna la clenche et la porte s'entrouvrit. On entendit le brouhaha des employés dans les bureaux d'à côté.

James Morrison fronça les sourcils, se répétant intérieurement et inlassablement que 'non, il n'avait pas envie d'étriper son agent.'

« Il va vraiment fonder un club pro-Alex. », intervint Jack

« Alors vous risquez d'avoir un problème avec votre prochaine affectation. Les archives en sont remplies… »

« Oh, oh, la menace de la réaffectation. »

« Sur un Rider, aucune chance que cela fonctionne. », dit Ash appuyé par John et Ian.

Contrairement à ce qu'il espérait, Rider eut un petit sourire.

« Mais il n'y a aucun problème de paperasse aux Bahamas ou à Hawaï et la saison est idéale pour quelques jours de congés anticipés. »

« Personnellement, j'ai une préférence pour l'Ile Maurice. »

Morrison était dans une impasse. Pour avoir été dans cette même situation de nombreuses fois, il aurait dû savoir qu'on ne gagnait jamais rien à jouer au plus fin avec Alex Rider. Il se traita mentalement d'imbécile avant de pousser un profond soupir d'exaspération.

« Très bien. Mais la prochaine fois, venez immédiatement me faire votre rapport afin que vos mésaventures ne me soient pas contées par d'autres. »

Alex hausse les sourcils, sincèrement étonné.

« Quelles mésaventures ? Personne – ou presque –

« Ca, c'est pas très galant, Al. »

ne m'a vu, je vous ai rapporté ce que vous vouliez et – oserais-je le dire – sans une égratignure ! » Ce fait seul était assez notable pour le faire remarquer, songea le jeune homme avant de poursuivre.

« Je n'ose même pas imaginer ce qu'il veut dire par là. » se lamenta Helen.

« Tu as raison. », lui dit tendrement John en la prenant dans ses bras. « Et dire qu'il n'a même pas d'infirmière personnelle. » Elle lui sourit en réponse.

« Oh arrête, John ! Le nombre de tes blessures a augmenté lorsque tu as connu Helen. », fit Ash, amusé.

En réponse, l'interpellé lui lança un regard mi- assassin mi- joueur.

« Et puis, si je ne suis pas revenu immédiatement, c'est aussi que j'avais des examens à passer. »

« Lesquels ? »

Alex sentait qu'il y avait anguille sous roche mais se força néanmoins à répondre.

« Langues étrangères, psychanalyse et droit international. Et faites-moi confiance, cette dernière matière à elle seule demande des heures et des heures de travail. »

« Faudra qu'il m'explique où il les trouve. A moins que ses séjours à l'hosto lui donnent plus de temps ! »

Il n'aima pas le bref éclat de rire que Morrison essaya vainement de retenir. Pas plus que l'explication qu'il en donna la minute suivante.

« Vous savez, vous êtes comme la plupart de ces étudiants qui étudient des matières qui ne leur serviront jamais dans la vie réelle. Parce que pour que vous étudiez les lois internationales… »

« Coup bas ! », s'écrièrent les deux frères Rider.

Il laissa le sous-entendu en suspens. Face à lui, Alex roula des yeux. Ce petit séjour à Hawaï lui semblait une meilleure idée de seconde en seconde. Il sortit une petite carte d'une de ses poches et la tendit à Morrison qui parut surpris.

« Qu'est-ce que c'est ? »

« Connaissant Al, un piège ou une blague. »

Cette fois, Alex sourit réellement.

« Pourquoi ai-je l'impression que Cub se fout de son chef ? »

« Complètement irrespectueux. », intervint Blunt.

« Le numéro de ma sœur. Je sens que vous allez vous entendre comme larrons en foire. »

« Votre sœur ? Celle pour qui vous m'avez demandé de confirmer un rapport dans lequel un homme était malencontreusement tombé dans une cage d'ascenseur sans ascenseur le mois dernier ? »

« Bah, je ne vois pourquoi il tique. Il apprend à la population à croire tous les bobards racontés par la presse officielle. Il ne lui reste qu'à montrer l'exemple dans ce cas précis, c'est pas plus compliqué que cela ! », Ian se leva presque de son siège pour défendre son neveu.

Alex se mordit la lèvre avant de répondre.

« Techniquement,

« Alex ! »

c'était un accident… »

« Aie… Cela va faire mal. » Ian et John se bouchèrent rapidement les oreilles. Avec raison.

« DEHORS ! »

« Comment son chef fait pour le supporter ? » questionna Ash interloqué.

« Avec un peu de chance, Morrison finira aux AA ! », intervint Ian dans un sourire moqueur.

« Comment sais-tu qu'il boit ? », demanda son frère aîné.

« Mais non ! AA : Allergique à Alex Rider. D'ailleurs, il y a toute une tripotée de membres derrière nous. » conclut Ian en désignant les défunts ennemis de son neveu.