OS n°5 : Le logement

Une sonnerie de téléphone portable résonna soudain dans l'Aston Martin. Alex regarda qui appelait puis baissa le son de American Idiot avant de décrocher.

« C'est une blague, une Aston Martin, vraiment ? », fit Helen, incrédule.

« Je ne vois pas ce que tu reproches, Al a apparemment le salaire qui suit et les Aston sont de très bonnes voitures. »

« Mais une Aston Martin ! Quel horrible blague est-ce là ? »

« Oui, Sab ? »

« Al, j'ai oublié de te laisser un mot ce matin. Achète du pain pour ce soir, tu veux ? »

Le jeune homme blond poussa un profond soupir.

« Toi, tu as une mauvaise nouvelle à m'annoncer. »

« Ça veut dire quoi, vous pensez ? », énonça Eagle, « Qu'il a un sixième sens ou qu'il en a tellement l'habitude qu'il reconnaît à vue d'œil les mauvaises nouvelles ? »

Il l'entendit jurer à voix basse avant qu'elle ne réponde avec hésitation.

« Euh… Notre assureur habitation m'a appelée il y a une heure. Il nous réclame un nouveau malus ce mois-ci.

« Bizarrement, j'ai le pressentiment que ce n'est pas à cause d'une inondation par machine à laver. », déclara Ian en fronçant les sourcils.

« Hmm. », répondit Helen, une moue inquiète gravée sur le visage. En réaction, John la serra davantage, rassurant. Avant qu'elle ne se dégage, un petit sourire moqueur. « Quoique, s'il a également hérité du talent de son père concernant les tâches domestiques... »

« Je ne vois absolument pas de quoi tu parles, chérie. »

« Moi, je vois tout à fait. », intervint Ash, pour le malheur du père. « J'en ai quelques exemples à l'esprit. Notamment la fois où durant nos toutes premières semaines d'entrainement, John av- »

« On a déjà à subir les exploits du fils, on se passera grandement de ceux du père, merci bien. » coupa Zeljan Kurst d'une voix venimeuse.

« Quoi ? Pour quelles raisons ? »

Le blond dut freiner brusquement pour ne pas s'encastrer dans le coffre de la voiture qui venait de le doubler par la droite.

« Cela nous aurait fait des vacances. », lança Herod Sayle, recevant des regards meurtriers en réponse.

Les freins martyrisés de l'Aston crissèrent horriblement.

« Al ? Essaie au moins de ne pas te faire virer de ton assurance auto ! »

« Pas ma faute ! Un débile qui a eu son permis de conduire dans un paquet de Bonux ! »

« Dans quoi ? Dis, tu roules à combien, là ? »

« Al, ne réponds surtout pas. », prévint Ian. « Question piège. »

Le jeune agent fédéral esquissa un sourire en entendant la réelle inquiétude dans la voix de sa sœur adoptive.

« C'est une expression française. Et je suis actuellement sur le périph alors je demande un joker. Mais tu n'es pas non plus pressée de répondre à ma question. »

« Si leur appart est dans le même état que celui que John et moi avons dû laisser à Paris, je la comprends tout à fait. », pipa Ash.

« Ouais, enfin… techniquement… »

L'ancien soldat et agent du MI6 ne put jamais finir sa phrase, Ian et Yassen le fixaient d'un regard entendu, auquel le second ajouta le haussement de sourcil qu'il avait pris justement de son mentor.

Il y eut un bref silence à l'autre bout du fil.

« Disons pour faire court qu'ils ne comprennent pas qu'on ait eu à faire changer les fenêtres trois fois en un mois. Surtout que les impacts de balles que l'expert a remarqués ne sont pas l'idéal pour endormir leur curiosité. »

« Bah tiens, qu'est-ce que je disais ! »

« Ah, ah, c'est bien fait pour leur gueule à ses sales mioches ! », ricana Cray « Et la fille ne vaut pas mieux que son frère ! »

« Je vois. Mais je me dois de rectifier. Il n'y a eu que deux interventions du vitrier ce mois-ci. » rétorqua Alex en fronçant les sourcils.

Puis il se concentra avant d'accélérer brusquement et de doubler le conducteur du dimanche. Un concert de klaxons l'accueillit auquel il répondit par un salut ironique.

Avant que l'Aston Martin ne file à nouveau à toute allure.

« Avec une conduite pareille, faut pas se plaindre que tout le monde veuille l'étriper. », énonça le Dr Grief.

« Sab, tu es toujours là ? »

Léger soupir que son oreille surentraînée entendit distinctement.

« Non, c'est bien trois. Tu te souviens de ta mission en Iran, il y a trois semaines ? »

« Je croyais qu'il travaillait pour le FBI ? Aux dernières nouvelles, leurs agents restaient sur le territoire américain. »

Personne ne répondit à la surprise d'Helen. John, Ian, Ash et Yassen évitèrent même soigneusement de se regarder.

Finalement, Jack se jeta à l'eau.

« Ce ne serait pas la première fois qu'une agence prête un agent à une autre, n'est-ce-pas, Monsieur Blunt ? »

Ce dernier prit un air offensé.

« La première fois, il s'agissait d'éloigner Rider de la menace des Triades. La deuxième- »

« La deuxième, il s'était fait opéré une semaine plus tôt d'une balle en pleine poitrine et vous auriez pu nous prévenir à propos de ce Drevin, sans quoi je ne l'aurai jamais laissé partir pour des soi-disant 'vacances' qui se sont terminées par un voyage dans l'espace et l'ont laissé à la merci de l'ASIS. »

Pas du tout effrayé, l'ancien Directeur du MI6 sauta sur l'occasion pour dévier la conversion de son ton gris habituel.

« Où il a bien failli se faire tuer par son parrain. »

Ash lui jeta un regard purement meurtrier avant de rencontrer avec culpabilité le regard déçu de John et Helen.

« Je- »

Il n'eut pas le temps d'en dire plus. Etonnement le regard bleu glacé n'était pas tourné vers lui mais bien vers Alan Blunt.

« Ne vous y détrompez pas, Blunt. Vous avez commis au moins autant de crimes que Scorpia envers Alex. »

Dans la salle, on aurait soudain pu entendre une mouche voler.

Etant donné que Maël et lui avaient failli finir raccourcis, il aurait eu du mal de l'oublier.

Avec effroi, Levi Kroll ne put que constater le regard échangé par Kurst, Duval et Chase. Presque comme s'ils venaient de deviner quelque chose.

« Oui ? », répondit-il avec prudence.

« Disons que j'ai eu un incident et que j'ai encore dû faire appel au vitrier. »

« Un accident, ben voyons ! C'est étonnant comme certaines personnes les attirent beaucoup plus que d'autres. » fit Eagle, avec un humour dégoulinant d'ironie.

Il fixa alors son téléphone d'un regard si persuasif qu'il était certain qu'elle le sentirait, ne serait-ce que par télépathie.

« Quoi ? Je ne pouvais pas savoir que l'assurance allait en profiter pour nous lâcher. »

« Hey ! Quand je pense que Donny me demande toujours si tu vas bien parce que tu habites avec moi. Il ignore qu'il y a déjà eu trois attaques à cause de ton job. »

« Trois ? Et il dit çà comme çà ? », s'exclama Jack.

« Ces sales fouineurs de journalistes… », siffla un Damian Cray excédé. « Vous voyez bien qu'ils le cherchent ! ». Près de lui, McCain acquiesça vivement.

Un rire cristallin retentit à l'autre bout du fil.

« Tu veux vraiment qu'on parle de la dizaine de ton côté ? »

« Vous pensez que c'est inquiétant qu'elle dise cela avec autant de flegme que lui ? », énonça Eagle à la cantonade.

« Ouais, ouais, c'est çà. » rétorqua-t-il avec amusement. « Bon alors, tu as une solution pour l'assurance ? »

« Eh bien, tu pourrais nous fournir encore une fois… »

« Je t'arrête tout de suite. » la coupa-t-il. « Si je demande encore une fois à Morrison une fausse identité pour la vie courante, il risque de péter un câble. »

« Bah dis donc, on n'a jamais été aussi bien servi au MI6. » Les deux frères et le parrain soupirèrent d'envie.

A décharge pour Morrison, Alex demandait très souvent à son patron de le couvrir pour une chose ou une autre.

« Je confirme, je n'aurai jamais toléré cela. »

« Je serais vous, Blunt, je la mettrai en veilleuse. Après tout cela n'aurait été que justice pour lui avoir fait du chantage. Quand je pense que vous avez profité de ma mort pour… »

Ian s'interrompit. Même après tout ce temps, il n'arrivait pas à comprendre comme son employeur avait pu s'en prendre à son neveu de quatorze ans de cette manière.

Il n'était d'ailleurs pas le seul à rester songeur. Yassen commençait à se dire (dans sa tête bien sûr, il ne l'avouerait jamais à voix haute, même pas à Hunter), que, ne serait-ce que pour le bien d'Alex, il n'aurait jamais dû assassiner Ian. A sa décharge, même un homme comme lui qui avait réalisé la réalité du monde (le vrai, pas celui des bisounours dans lequel vivent la plupart des gens), n'aurait jamais pensé que l'agence se servirait si odieusement de la mort de leur agent.

« Attends, j'ai une idée. On va se faire assurer par le biais de mon père. Il est connu, ils ne lui feront pas de problèmes. »

« Et pour le prochain logement ? Etant donné que ce n'est pas tes parents qui seront locataires, le problème pratique reste. » rappela le jeune homme.

« J'ai la solution pour toi, jeune homme. », s'exclama Jack. « Tu changes de métier ! Les avocats et les médecins n'ont aucun problème avec leur assurance, Eux. »

A côté d'elle, Helen Rider lui serra la main et lui jeta un regard compatissant. Elle comprenait parfaitement le stress subit par la jeune Américaine. Cela avait été son propre quotidien depuis le jour où elle avait rencontré pour la première fois celui qui était devenu son mari. Un Rider inactif est un Rider malheureux. Leur famille avait le goût de la curiosité et de l'action dans le sang.

« Qui te dit que le proprio va nous virer ? »

Alex adorait sa sœur mais il devait avouer qu'il y avait des fois où Sabina se montrait butée.

« Je savais que je l'appréciais pour une bonne raison. » intervint joyeusement Jack. « Et entre nous, c'est un peu l'hôpital qui se moque de la charité. »

« Je n'ai jamais trouvé Alex particulièrement têtu. »

« Cà, c'est parce que tu ne devais pas être beaucoup à la maison. »

« Gregorovitch, tu la mets en veilleuse où je- »

« Mais non ! » Jack coupa la dispute. « C'est parce que tu es toi-même têtu, Ian ! Tout simplement. »

Ian n'arriva pas à rétorquer, trop surpris, mais cela ne l'empêcha pas de jeter à son frère un regard noir quand ce dernier commença à rire sous cape.

« Après avoir été averti par l'assurance qu'ils ont encore retrouvé des impacts suspects ? Tu crois encore au Père Noël, j'ai l'impression. »

« Le contrat de location ne stipule pas qu'il puisse nous virer car il soupçonne qu'il se passe quelque chose de louche. »

« De louche ? Vous connaissez beaucoup de locataires qui ont des impacts de balles aux carreaux ? » s'exclama Eagle.

« J'en connais au moins trois. » répondit Helen tout en regardant en biais son mari, son beau-frère et le parrain de son fils.

« Tu crois que cela va le retenir ? Tu paries combien, dix ou vingt dollars ? », lui demanda-t-il.

« Oh non ! »

Il entendit ses petits pas précipités passer d'une pièce à l'autre.

« Sans oublier le nombre de fois où tu as transformé la pièce du lave-linge en piscine à bulles géante. », commenta-t-il tout en sachant qu'elle se retrouvait actuellement dans un bain moussant plus grand que nature.

« Très drôle. Tu seras sans doute ravi d'apprendre que ton t-shirt préféré est passé du bleu azur au lidevin. »

« J'ai vécu cela une fois aussi. On m'a envoyé dormir sur le canapé pendant une semaine. », se plaignit John.

« Tu avais passé à 60 degrés la robe en Kashmir blanche dernier cadeau de ma mère pour mes seize ans. »

« Quand même, viré une semaine pour une histoire de machine à laver. Et après, on s'étonne que je veuille rester célibataire. », soupira Ash.

Il haussa un sourcil.

« Tu n'avais pas parié ? C'est pas grave, les vingt dollars sont pour moi quand même. »

« Faudrait peut-être que j'appelle un plombier, non ? Il y a de plus en plus de mousse. »

« Pourquoi faire ? Pour qu'il t'explique comment on se sert d'une machine à laver ? C'est vrai que le ridicule ne tue pas. »

« Mais l'insolence, çà peut Al ! »

« Surtout quand on veut. », renchérirent de nombreux psychopathes, non sans s'attirer des regards meurtriers de la part du clan Rider et de leurs amis.

Même au téléphone, il sentit qu'elle lui tirait la langue.

« Ben voyons. Qui est-ce qui a fait disjoncter tout l'immeuble la première fois qu'il a touché au compteur électrique ? »

« Je refuse de m'abaisser à répondre. », fit Alex, se drapant dans sa dignité. « Alors, pour l'assurance, ton père ? »

« Mon père. », confirma-t-elle. « Vu qu'il est bientôt en retraite, ils le prendront plus facilement. »

« Sab ! Ed n'a pas encore quarante-cinq ans ! Bon, sinon çà peut passer. Par contre, ils ne vont pas nous louper si on se fait chopper. Fausse déclaration à l'assurance, cela peut mener loin. »

« Ça va, je pense qu'il y a pire comme crime. », se moqua Eagle.

« Oh arrête ! Tu vis dangereusement treize mois sur douze. »

« C'est l'hôpital qui se moque de la charité, dis-moi. »

« Qui a dû te servir de couverture face à tes parents à Noël l'an dernier ? Et leur jurer que tu passais du bon temps avec des copines de fac alors que tu étais partie tourner un reportage sur un conflit au Kosovo ? »

« Bon, voyez le bon côté des choses, » commença Wolf en se tournant vers les Rider. « Vous voyez à quoi vous avez échappé lors de son adolescence. »

La remarque n'était peut-être pas très délicate, mais ce n'est pas les Rider qui protestèrent.

« Pas du tout ! » intervint Jack. « Alex était un garçon tout à fait normal avant que le MI6 ne débarque. » dit-elle en jetant un regard mauvais à Alan Blunt.

« Ça me fait penser : as-tu posé des jours pour Noël cette année ? A moins que tu n'aies choisi d'en poser pour Nouvel An ? »

Alex régla la ventilation avant de lui répondre avec flegme.

« T'inquiètes ! Je les ai pris tous les deux. Au pire, si Morrisson me fait des problèmes, je lui forcerai la main. Il faudra simplement que j'éteigne mon portable pendant quinze jours. »

« Mouais ! Tu ne vas pas faire comme il y a deux ans, j'espère. Papa et Maman t'attendent de pied ferme. »

« Je sais. Au fait, dis à Lise que j'adore le bleu et que tous les vêtements qu'elle m'a offerts sont très beaux, mais pas besoin de m'en acheter autant. Tu sais, les pantalons et les chemises, je m'en sers uniquement lorsque je reste la journée au bureau. »

Traduction : à peu près tous les 29 févriers.

« Là, je suis tout à fait d'accord avec lui. Les costumes ne servent strictement à rien quand on est un espion. », s'exclama John.

« Chéri, sans moi, tu aurais dormi toute ta vie en treillis… »

« Tu as raison. Je vais plutôt demander s'ils ne font pas des promos sur les blouses d'hôpital. »

« Moi, je préférais les blouses d'hôpital. » conclut John en échangeant un regard tendre avec sa femme. »

« Bon, trêve de plaisanterie. Nous savons qui choisir. Et maintenant, comment l'annoncer à l'heureux élu ? »

« Hmm… Mes parents risquent d'autant moins de râler si c'est toi qui- »

« Mais c'est ton dégât qui nous a fait virés. », la coupa Alex, pragmatique.

« Alors disons simplement que tu m'en dois une pour ne pas leur avoir précisé qui est Maël. »

Cette fois, Alex s'exclaffa.

« Alors même que c'est toi qui sors avec lui ? Il va falloir sérieusement revoir tes arguments. »

Aïe ! La demie-sœur de Rider sortait avec son fils. Levi Kroll se prit la tête dans les mains. Comme si cela ne suffisait qu'Ismaël soit le coéquipier d'Alex Rider, il formait presque une famille.

« Mais nous n'en serions pas là si tu ne t'étais pas pris pour un agent matrimonial. Un jour, je vais me retrouver mariée sans même savoir comment c'est arrivé. »

« Sab, calme-toi. Vous avez déjà du mal à vous voir une fois par mois. Et c'est quoi cette obsession avec le mariage ? »

« Et moi je dis, pourquoi les hommes de la famille Rider ont tous peur du mariage ? », demanda Helen.

« Quelle obsession ? Et tiens, pendant qu'on y est, il faudrait que tu te trouves quelqu'un toi aussi. Avec un peu de chance, elle te remettrait à ta place plus souvent qu'à ton tour. »

« Non, merci. Les psychopathes que je rencontre tous les jours le font déjà. »

« Si seulement. », intervinrent plusieurs voix de psychopathes en question.

La jeune fille s'apprêtait à répondre lorsque la sonnerie d'un deuxième téléphone résonna à ses côtés.

« Al, c'est Papa. Alors voilà ce que je te propose. Je vais mettre le haut-parleur, ainsi tu pourras lui expliquer toi-même pour l'assurance. », débita la brune avant de s'interroger sur le silence intersidéral qui résonnait soudain dans son oreille. « Allô ? Alex ? ». Puis une voix robotique lui répondit. « Votre correspondant est actuellement indisponible. Veuillez laisser un message. »

Sabina raccrocha et jeta littéralement le portable sur le bureau.

Dans le même temps, Alex Rider reposait son téléphone à présent éteint sur le tableau de bord flambant neuf de l'Aston, un petit sourire au coin des lèvres. Pied au plancher, il garda sa gauche, dépassant à toute allure les autres voitures.

« Euh, vous pensez que cela veut dire à quelle vitesse ? »

Moins d'un quart d'heure plus tard, une autre sonnerie retentit d'un tout autre portable. Celui qu'il utilisait pour les urgences professionnelles et dont très peu de personnes avaient le numéro.

« Oui Maël ? »

« Al, je viens d'avoir Sabina près de six fois en dix minutes. Elle est furieuse. Quelque chose à propos du fait que tu lui aies raccroché au nez. »

« Crois-moi, ce n'est pas pour cette seule raison. », plaisanta Alex.

Le blond ne pouvait pas louper le profond soupir à l'autre bout du fil.

« Hm, je ne veux surtout pas savoir. », plaida l'Israélien. « Débrouille-toi simplement pour la recontacter. »

« Lol, je ne risque pas. Si elle rappelle, dis-lui que je suis en train de conduire. »

« Euh Alex, tu conduisais quand tu étais au téléphone avec elle… », dit Ian en roulant des yeux.

« Pfff, tu parles d'un super espion. Même pas capable d'inventer une bonne excuse. », cracha Nikolaï Drevin, moqueur.

La famille Rider et compagnie lui lancèrent un regard venimeux. Enfin, particulièrement les hommes. Helen était trop occupée à sourire dans le vague, rêveuse.

« Non, c'est parce qu'il n'est pas en service en ce moment. Son père était pareil. Il pouvait affronter un escadron entier mais demandez-lui de trouver une excuse valable pour ne passer le week-end chez vos beau-parents et là, pfffffffffff il n'y a plus personne ! »

« Chérie, » intervint John, penaud. « Cela n'intéressera personne. »

« Mais si, mais si… Helen, racontez-leur comment vous avez failli vous retrouver au poste à quatre heures du matin parce que- »

« Ian ! », gronda John « Ash, aide-moi ! »

Mais son meilleur ami qui connaissait l'histoire était trop occupé à essayer de ne pas s'affaler de rire sur la pauvre Jack.

John se tourna vers son dernier recours…

mais le Russe venait de sortir son manuel de japonais et sembla un peu trop intéressé par la conjuguaison au futur.

« Elle a dit aussi que tu dirais cela mais qu'après avoir passé une bonne demi-heure au bout du fil avec elle, il s'agit d'un argument irrecevable. », continua le brun comme un dictaphone.

Alex entrouvrit légèrement la fenêtre pour s'aérer l'esprit.

Il y eut un long silence. Puis :

« Maël ? »

« Hmm ? »

« Je peux venir m'installer chez toi quelques temps ? »

« Avant toute chose, il faut définir le 'quelques temps'. »

« Là, tu exagères Ash, je suis reparti au bout de deux jours. »

« Tu parles de la fois où tu as oublié de lui fêter la Saint-Valentin. Moi, je te parle de l'oubli du premier anniversaire de mariage. »

« Ah, non ! Ca ne compte pas. On n'était en Irak au moment-là ! »

« Euh, je ne suis pas sûr qu'Helen soit de ton avis. »

Et en effet, Helen Rider, épaulée de Jack leur lançait des regards incendiaires.

« Non, tu ne vas pas t'y mettre aussi Ian… »

« A ton avis, pourquoi Ash et moi préférons le célibat ? »

Son coéquipier soupira.

« Avant tout, définis 'quelques temps'. »

« Heu… Disons une semaine ou deux pour commencer ? »

Ismaël Kroll eut l'impression d'avoir mal entendu.

« Semaines ?! Al, c'est juste un problème d'assurance, non ? »

« Qu'est-ce je disais John ! Et notre fils n'est même pas encore marié ! »

« Actuellement, ce n'est pas mon assureur, le problème. Ce serait plutôt ma colocataire ! »

Maël fronça les sourcils tout en réfléchissant à une solution viable.

« Ouais, bah connaissant Sabina, ce n'est pas en squattant chez moi que tu vas régler le problème. Prends plutôt le taureau par les cornes. »

L'Israélien eut l'impression d'entendre une quinte de toux forcée à l'autre bout.

« Je préfèrerais me retrouver devant un taureau en ce moment, Mal. Et fais-moi confiance, je sais exactement de quoi je parle. »

« Grâce à qui, on se le demande bien. » persifla Ash.

Yassen ne prit même pas la peine de lui répondre. Il se contenta de lui lancer un regard méprisant.

« Al, tu me fatigues. »

« Donc c'est bon, j'arrive dans une heure ? »

Nouveau soupir distinctif.

« A une condition. »

« Acceptée. » fut la réponse immédiate.

« Al ! Imagine que ce soit de te jeter par la fenêtre ? »

« Oui ! » Plusieurs cris enthousiastes retentirent derrière la famille Rider et leurs proches.

« Tout plutôt que de recontacter ma sœur dans les prochaines heures. »

« Si tu es sûr de toi. Tu es de corvée aspirateur, lavage des sols, des carreaux, de la vaisselle, du linge et des sanitaires jusqu'à nouvel ordre. »

Avec surprise, le brun n'entendit aucune protestation.

« Al, t'es là ? »

« Aucun problème, marché conclu. », vint la réponse suspicieusement détendue. « Je ne demanderai qu'une chose en retour. »

« Oh, oh, ça sent le coup fourré… Kroll, votre fils est vraiment d'une naïveté 'criminelle', si vous me permettez l'expression. », commença Ash.

Maël sentait qu'il y avait sans doute anguille sous roche mais ne parvint pas à la trouver.

« Accordée. », dit-il finalement, même si avec hésitation.

« Et aussi peu subtil que son père. », renchirit Zeljan Kurst.

Levi Kroll préféra se passer de commentaires.

« Tu filtres tous les appels provenant de ma chère sœur pour moi. »

A peine son ami avait-il achevé sa phrase que plusieurs téléphones se mirent à sonner du côté de l'Israélien. Il y jeta un coup d'œil rapide avant de fermer les yeux, exaspéré de voir qui était le correspondant de tous ces appels.

« J'ai l'impression que tu viens de réaliser qui de nous deux a arnaqué l'autre. », retentit la voix ironique de son interlocuteur actuel.

« Et après on s'étonne qu'il ait autant d'ennemis. S'il se comporte comme cela même avec ses amis proches… » soupira Ian.

« Al, je vais te tuer. »

« Fais la queue ! Comme tout le monde. »

« Il risque d'attendre longtemps. », émit Nikolai Drevin.

D'un doigt rageur, Maël raccrocha.