Playlist

« Fire meet gasoline » Sia

« How to save a life » The Fray

« Wasterland » Against the current

« Other people » LP

« Wake me up when the September ends » Green Day

« Homeless » Marina Kaye

Chapitre 4

Point de vue d'Ella

« On ne voit bien qu'avec le cœur, l'essentiel est invisible pour les yeux » Le petit Prince

Je profite des dernières heures avant de retrouver les bancs de l'école pour marcher le long de la plage. Il n'y a personne. Tout est calme. C'est apaisant. Juste le vent et le bruit de la mer, rien d'autre ne perturbera cette journée.

Mes pieds dans l'eau, le regard rivé sur le sable ça va me manquer cette année. Comment reprendre une vie normale, comment être de nouveau sociable ? Comment paraitre aux yeux des autres alors que mon cœur est noué dans ma poitrine ? Je n'ai la réponse à aucune de ces questions. Le vent souffle dans mes cheveux. C'est un temps idéal pour profiter du soleil. Il est temps de tourner une page. Ce paysage est unique. Je ne m'en lasse jamais. En fait, ce rivage est apaisant. Voir la mer m'est indispensable et le Soleil m'est vitale. Le sable chaud me brûle les pieds par moment mais je m'y habitue. Je m'installe près de mes chaussures. La sensation de vide ne disparaîtra pas. Je le sais. Regarder l'océan me détend. J'angoisse à l'idée de retourner en cours. Ce n'est pas juste vis-à-vis de mes amis car ils veulent m'aider.

Il est l'heure de rentrer. J'enfile mes sandales et je remonte la côte pour rentrer chez moi.

Une sorte d'étincelle me sort de ma rêverie. D'abord surprise, je regarde autour de moi mais il n'y a personne. À mes côtés, Léa surgit et me regarde de ses yeux bleus.

« Bonjour » dit une petite voix. « Je m'inquiétais Ella, tu ne m'as pas écrit de tout l'été ».

Le regard de Léa est doux. Elle est inquiète et je ne sais absolument pas quoi répondre. Que dire ? Que je tente de remonter à la surface doucement et un sentiment d'oppression me sert le cœur.

« Pardonne-moi » dis-je gênée.

« Je deviens quoi si tu n'es pas là ? ».

« Ne dis pas ça ».

« Les rumeurs disent vraies ? ».

« Quelles rumeurs ? ».

« Les journaux en parlent » dit-elle un peu gênée.

« J'imagine ».

Léa m'a manqué. Je regrette de ne pas lui avoir donné de nouvelles plus tôt. J'en étais incapable. Incapable de faire le premier pas pour lui expliquer ce que je vis. Elle n'a rien su.

« J'aurai aimé te l'annoncer moi-même » dis-je en marchant à côté de ma mini-fée. « Rose me manque tout le temps ».

Je rince mes pieds avant de rentrer à la maison. Ma mère aurait râlé s'il y avait des traces de sable mouillé sur le sol. Je déteste avoir du sable collé sur les pieds mais c'est bien la dernière chose qui m'importe.

En posant mon sac de plage, Léa me regarde de ses yeux chocolats et m'indique un bouquet de fleurs posé sur le bureau.

« Ce n'est pas grand-chose mais voici un bouquet de fleurs » dit-elle.

« Merci beaucoup, elles sont très belles ».

« Ça ne la ramènera pas mais j'ai pensé que ces fleurs te feraient plaisir, des roses et des pivoines ».

Je ne murmure qu'un « merci » à Léa. « Raconte-moi ce que tu fais ici ».

« Je voulais te revoir ».

Rentrée des classes…

Aujourd'hui, c'est la rentrée des classes, comme si j'avais besoin de retrouver les bancs de l'école maintenant. Ce n'est pas le moment. Ce n'est jamais le moment. Penser à autre chose qu'à Rose, rire de nouveau sans elle, cela n'a pas de sens. Je me voile la face. Je ne l'accepte pas. A quoi bon, remuer ciel et terre pour avoir des réponses aux questions que je me pose, je ne les aura jamais.

Mon regard se détourne vers les autres élèves visiblement heureuses de retrouver leurs amies. J'appréhende mon tour. La solitude est devenue une amie. En vérité, je n'ai besoin que d'elle.

Les marches de l'école surplomb le jardin. Les souvenirs reviennent. Je ne suis pas capable d'y repenser, pas aujourd'hui. Mon mince sourire laisse place à un visage fermé.

« Ella » entendis-je à l'extérieur.

« Bloom » dis-je en découvrant le visage de mon interlocuteur.

« Si tu savais comme je suis désolée » dit-elle en se jetant dans mes bras. « Tu n'es pas seule ».

« J'essaie de sourire parfois mais c'est au-dessus de mes capacités ».

Je m'assoie sur le rebord du muret extérieur au bâtiment en plissant ma robe blanche. Il faut que j'explique une partie de la situation à Bloom. Nous échangeons quelques phrases. Je lui explique que les vacances ont été chargées, je m'excuse aussi d'être partie aussitôt après la fin des cours.

« Il n'y a aucun soucis Ella » me dit-elle.

« Je ne voulais pas que tu le saches par quelqu'un d'autre » dis-je.

« Je ne me fis pas aux rumeurs » me dit Bloom.

« Merci Bloom » dis-je en me réfugiant dans ses bras.

« Je serais là quoiqu'il arrive » ajoute t-elle en touchant mes cheveux, comme une petite fille.

En traversant le couloir, la main de Bloom ne quitte pas la mienne. Elle m'a toujours soutenue.

« Je te laisse t'installer tranquillement dans ta chambre. On se retrouve après ? »

J'acquiesce d'un signe de tête.

Il faut que je me reprenne.

Tu peux y arriver.

Tu vas le faire.

Ne sois pas triste. Pas aujourd'hui, c'est la rentrée des classes. L'année recommence. C'est le renouveau.

J'appréhende parce que Rose n'est pas là. Son visage me revient en pleine face. Comme une évidence. Bizarrement, je souris parce que la revoir me fait du bien, en plus ce souvenir me montre Rose en train de rire aux éclats. C'est une très belle image que j'avais prise en photo ce jour-là.

Je l'ai faite développée en couleur et en noir et blanc. Ces photos sont affichées sur un mur de ma chambre. Beaucoup de photos de nous deux y figurent ainsi que mes amis excepté nos parents, ils n'aiment pas les photos.

Mon miroir reflète la lumière du Soleil dans ma chambre. C'est l'endroit le plus ensoleillé de l'école. J'ai besoin de la lumière naturelle, s'en est vitale car je dépends d'elle.

« Ella, je peux entrer ? ».

« Oui Bloom ».

« J'espère que tu viens au bal de l'école ce soir ».

« Bloom, tu peux m'expliquer à quoi ça sert d'espérer, de lutter pour quelque chose si c'est pour tout perdre en quelques minutes ? ».

« Je ne te dirai pas la vérité si je te dis que c'est juste. Ça ne l'est pas. Je ne peux que t'accompagner pour aller mieux. Alors, si tu veux discuter, rire, sortir ou pleurer, je suis là ».

J'ouvre ma valise que je vide en entier. Toutes mes affaires sont éparpillées sur le sol de ma chambre.

Ma montre m'indique que la soirée commence dans deux heures. J'ai donc deux heures pour camoufler les traces de fatigue de mon visage, redonner un minimum d'éclat à mes cheveux et me masser le visage pour le détendre, je n'ai pas souris depuis un petit moment. Il me reste beaucoup de choses à faire en deux heures. J'envoie un message à Bloom pour lui dire de ne pas venir me chercher, je viendrais seule à la soirée. Je sais où elle se déroule.

C'est deux heures plus tard, habillée d'une robe pastel que je sors de la chambre. Peut-être que je n'aurai pas dû choisir cette couleur. Ce n'est pas le moment de reculer.

J'entends la musique depuis le couloir. Je longe les salles de cours et la cafétéria.

Le réfectoire s'est transformé en salle des fêtes. La rentrée des classes. Je pense que ça se passe de commentaire. Je prends une inspiration avant de descendre les escaliers. J'ai envie de me cacher dans un trou de souris. Ma respiration est plus lente dès que je vois Bloom dans la salle. Ses beaux cheveux roux m'ont manqué. Bloom vient vers moi.

« Je suis contente de te voir » me dit-elle chaleureuse. « Quelle élégance ».

« Merci » dis-je touché par ses propos. « Il faut faire bonne impression » dis-je à voix basse.

« La chanteuse va bientôt arriver sur la scène, je suis sûre que tu aimeras les nouvelles chansons ».

« Je n'en doute pas » dis-je. « Musa a signé avec la fameuse maison de disque dont elle parlait ? ».

« Elle a un rendez-vous la semaine prochaine il me semble. Ça s'annonce bien. Ce soir est un soir de fête Ella et tout ira bien » me dit-elle en me donnant un clin d'oeil. « Musa va commencer à chanter, viens ».

Bloom me tire par la main jusqu'à la scène. Je salue Techna au loin, elle me sourit chaleureusement. Elle semble très à l'aise en coulisse à gérer toute l'installation. Les autres sont près d'elle. Flora est à mes côtés, elle me sert la main tout en écoutant la voix de Musa. La salle l'écoute attentivement.

Les lumières jouent un rôle intimiste, c'est appréciable. Elle est à l'aise devant les gens. Je regarde les autres élèvent qui m'entoure et tout le monde a les yeux rivés sur Musa. Sa voix est apaisante voire planante. Les gens sont attentifs. Les professeurs dansent. J'ai l'impression d'être apaisée moi aussi. Rose aurait adoré cette ambiance. Elle aurait accompagné Musa au piano.

Une lueur au loin attire mon attention. Ça m'intrigue. A chaque pause, Musa reprend une nouvelle partition et Bloom me fait part de ses impressions. Je ne suis plus attentive à mon amie Bloom. Ses paroles deviennent un brouhaha mêlé à la musique et à l'agitation de la fête. Je ne quitte pas cette lueur des yeux. J'ai envie de la suivre. Si je manifeste l'envie de la suivre, les autres vont se poser des questions.

La main de Flora est toujours dans la mienne. Mon amie ne semble pas inquiète. La lueur devient plus vive. Il faut que j'en sache plus. Elle devient de plus en plus lumineuse à mesure que je m'approche de la baie vitrée de la salle de bal. Les jardins ne sont plus plongés dans la nuit noire. La Lune est bien plus lumineuse que d'habitude. Je ne le comprends pas. La lueur n'est en aucun cas ressemblent à la Lune. Ce ne sont pas les mêmes rayons et l'intensité est différente. Mes pas sont plus rapides. C'est un signal de Solaria. Personne d'autre ne peut émettre une telle luminosité. Un atome de lumière se serait perdu ? Je ne pense pas, ce serait suspect. Cela m'intrigue.

Plus loin, je repère une silhouette sur le côté. Arrivée sur place, je découvre un lieu marqué par des traces de magie. Sans doute de la magie noire. C'est évident. Des traces qui flottent dans l'air, elles sont le signe du passage d'une sorcière dans les environs. Je ne sais pas de qui il pourrait s'agir.

Une jeune fille est assise au sol, visiblement fatiguée par ce qu'elle vient de vivre.

« Venir me chercher à Solaria ne t'a pas suffit Darcy » dit la jeune fille à son attention.

« Non » répond t-elle. « Tu es mon nouveau jouet ».

« Qu'est-ce-que tu » dis-je en bégayant.

J'ai interrompu la scène. Darcy. J'aurai dû m'en douter.

« Ne me donne pas d'ordre Ella » réplique Darcy. « Regarde-toi ».

« Tu n'as aucun scrupule » dis-je sans savoir quoi faire pour défendre cette jeune fille.

Je reste stoïque face à la scène. La jeune fille se défend comme une chef. Elle lance des sortilèges avec aisance. Ils atteignent la cible. Darcy est déterminée, comme à chaque fois, son rire résonne dans l'école. Un éclair semble jaillir du ciel sauf que ce n'est qu'un effet du sort de la jeune fille dont je ne connais pas l'identité. C'est une adversaire redoutable dans quelques années, si elle ne l'est pas déjà. De là où je me trouve, je ne peux distinguer son visage. Sa voix ne parvient pas totalement à mes oreilles. Darcy a une aura plus puissante. Elle sait parler en public. Elle adore les démonstrations.

Je regarde tout autour du moi. J'interroge mon amie Bloom du regard. Mes amies ne savent pas comment agir. Bloom me regarde impuissante. Elle veut aider la jeune fille mais je lui cris que c'est risqué.

« Non ! On ne sait jamais ce que Darcy peut faire. Cette jeune fille ne doit en aucun cas être blessée. Il faut lui faciliter la tâche au maximum » criais-je suffisamment fort pour que Bloom entende.

Bloom me regarde intriguée. Je lui cris qu'il faut laisser le plus de temps possible à la jeune fille. Dès qu'elle montre un signe de faiblesse, on interviendra pour régler le compte de Darcy. Sans ses deux autres sœurs, Darcy est vraiment en mauvaise position. C'est l'une des rare fois où elle se montre mal à l'aise. Connaissant bien cette Sorcière, cela peut se retourner contre la jeune sorcière, Darcy est redoutable. Elle peut masquer ses attentions. Sauf que ce n'est pas le cas, elle est déstabilisée et ne sait plus quoi faire. Je suis impressionnée.

La jeune élève se renferme dans une bulle, rebondit sur le sol. Je ne connais pas ce sort. Darcy continue de l'attaquer. La jeune fille est en sécurité. Elle semble contrôler la situation alors que Darcy ne sait plus quoi faire. A force, la mince pellicule de protection de l'élève se brisera. Là, nous pourrons agir avec Bloom pour la sortir de cette mauvaise passe. Un coup d'oeil pour se mettre d'accord et quelques mots échangés sur la stratégie à mettre en place, nous sommes devancées.

Une autre jeune fille intervient visiblement déterminée à défendre son amie sans doute. Je ne sais pas si elles se connaissent. Je ne cherche pas à le savoir car ce qui m'importe, c'est que Darcy quitte l'école et que tout le monde soit sain et sauf. La deuxième jeune fille brandit une baguette et son sort mêlé à celui de la première donne le coup final. Darcy quitte l'école plus vite qu'elle n'est arrivée. Les deux élèves sont épuisées.

Une onde de soulagement m'envahit d'un coup et tous les élèves soupirent aussi. Ils applaudissent. C'est une situation rare. Personne n'est blessé. Tout se termine bien. Bloom me donne un clin d'oeil et me félicite de mon sang froid.

« Nous n'avons pas bougé » dis-je en étant toujours spectatrice de la scène.

« Bravo à elles » dit Bloom en applaudissant.

Les autres élèves applaudissent, certains crient « merci ».

Les deux jeunes sorcières sont épuisées, la plus jeune est assise sur le sol et l'autre la soutien du regard. Elles reprennent leur souffle. Leurs sourires en disent long sur la lourdeur de la tâche effectuée.