Playlist

« Arrête » Florent Mothe

« Traitor » Marina Kaye

« Under » Alex Hepburn

« Pixels » Aliose

« I want love » Elton John

« No tears left to cry » Ariana Grande

Chapitre 8

Point de vue d'Ella

« Tu n'en as pas marre ? » criais-je.

Darcy est rarement sans ses deux sœurs. Je suis fatiguée, des traces de terre sur le corps, mes cheveux en bataille mais ce n'est pas ça qui m'importe, je suis vulnérable face à Darcy. Je n'ai pas d'autre choix que de me défendre. Seulement je n'en ai plus envie. Mes réserves d'énergie s'épuisent. Mon corps est fatigué. Je ne veux plus lutter. À quoi bon ? Lutter pour tout perdre ensuite ? Autant subir et que cette histoire soit derrière moi, jusqu'à la prochaine fois, voilà ce que je veux au fond de moi. Dans tous les cas, Darcy n'en aura jamais terminé. Je le sais. Elle le sait aussi. Ses yeux croisent les miens. Son regard ne me rassure pas du tout.

« Tu n'es qu'une fée minable » dit-elle en brisant la maigre distance qui nous sépare. « Bats-toi ! ».

« Comme si je représente quelque chose à tes yeux » lâchais-je. « Tu ne me lâche pas pour autant. Quoique je fasse, où je me trouve il faut que tu sois dans les parages ».

« Crois-tu vraiment que je te laisserai partir sans te régler ton compte une nouvelle fois ? Tu es trop naïve. Voyons Ella, soit raisonnable, ta bague renferme une grande puissance magique, donne-la moi et tout sera terminé ».

« Tu mens ».

Le sort de Darcy me frôle. Une chance, j'ai pu l'esquiver à temps. Elle me regarde avec un sourire de satisfaction. Ma situation me rend faible à ses yeux, une proie facile qui est servie sur un plateau d'argent. Elle a l'occasion de m'éliminer. En un claquement de doigts, c'est fait. Tu vaux mieux Ella, non ? Allez, ressaisit toi ! Darcy ne doit pas te voir comme une proie facile. Et si tes amis étaient présents, que diraient-ils ? Que penseraient-ils de toi ? Une jeune fille seule, perdue, fatiguée sans capacité de se défendre. Que penserait les autres tout simplement ?

Tout n'est pas réglé, je souffre toujours du regard des autres. En affichant une attitude sûre de moi, en réalité je ne le suis pas. C'est contradictoire. Je ne sais pas l'expliquer. Je pense qu'il s'agit d'une carapace. Un peu facile je vous l'accorde mais c'est vrai. Je fais passer les autres: mes parents, mes amis avant moi en général.

« Ta bague » cri t-elle à nouveau.

« Tu peux rêver » dis-je énervée.

« Mauvaise réponse » dit-elle en m'attaquant une nouvelle fois.

Je suis seule face à mon ennemi. Il faut que je me défende. Darcy esquive mes sortilèges si facilement. Je ne sais plus quoi faire, je lance un nouveau sort qui porte ses fruits et la déstabilise. Bonne nouvelle car je ne compte pas en rester là. Il va falloir que je réfléchisse à une nouvelle tactique pour me défendre. Je sens que cette histoire va mal finir, à l'infirmerie couverte d'un plâtre au bras ou à une jambe avec des égratignures sur le corps par exemple ?

« Tu n'obtiendras rien de moi » criais-je.

« Vraiment ? ».

Elle continue de me regarder, comme si son prochain sort contre moi allait me mettre K.O. J'ai beau me creuser la tête pour savoir ce que j'ai fait pour la mettre dans un tel état de méprit et de haine. Si je lui pose la question, elle ne répondra pas. J'agis. Je lance un sort pour la priver de la vue quelques instants, le Soleil l'éblouit. Enfin. J'ai marqué un point. Elle est déstabilisée.

Après avoir rapidement repris la vue, Darcy me regarde droit dans yeux. Mon dos a heurté quelque chose de dur. Je me retrouve donc le dos collé à un mur, le bras brisé et mon estime de moi envolée.

« Assez » dis-je en larmes, prête à accepter le sort qu'elle m'a réservé.

Je suis vulnérable. Sa magie est plus puissante que la mienne. Mon corps est en miettes. Je n'ai plus la force de me défendre, de répondre ni de me mettre debout sans perdre l'équilibre. Mon dos est appuyé sur une surface froide et dure, je ne sens plus mon corps de toute façon, j'ai peux être un os brisé. Maintenant je m'en fiche. Je ne suis plus en état de penser. Je suis sonnée. J'ai envie de fermer les yeux et d'oublier cette journée.

« Darcy » crie une voix que je ne connais pas.

Quelqu'un vient m'aider, enfin. Je peux distinguer sa voix mais pas son identité. Je profite de ce temps de pause pour reprendre mes esprit. Je me recroqueville sur moi-même. Mes mains sont tremblantes. Je les rassemblent sur ma poitrine pour les réchauffer avant de les frotter entre elles pour les réchauffer.

« Tiens, un élève de l'école Fontaine rouge. Tu as entendu les cris désespérés d'une fée, c'est touchant ».

« Tu n'es pas la bienvenue dans cette école. Laisse cette fée tranquille ».

« Va jouer ailleurs ».

« Affronte-moi » dit la voix déterminée.

Le rire de Darcy résonne dans l'enceinte de l'école. Les bruits ont suffi à faire qu'une personne extérieure intervienne, mon calvaire va se terminer. Je ne peux plus et je ne veux plus lutter.

« Aie » dis-je doucement en touchant mon bras.

« Va t'en » criais-je à cet élève que je ne réussis pas à identifier tout de suite.

Mon bras me fait souffrir. Comme si c'était le moment de me casser quelque chose. Mon bras a craqué comme une biscotte. Les endorphines prennent le dessus sur la douleur. Mes nerfs lâchent, les larmes coulent le long de mes joues. Je n'ai rien demandé, c'est automatique. Mes jambes sont lourdes, je suis fatiguée. Ma peau est recouverte de sueur, de traces d'herbe, de je ne sais quoi d'autres. Du sang d'après les traces présentes sur mes mains. D'autres élèves de l'école des garçons me regardent, impuissants face à ma situation.

Darcy continue de ricaner. Plus elle a de spectateurs mieux elle se porte. Je suis vulnérable, faible face à elle. Personne ne prononce le moindre mot. Je suis horriblement gênée. Mon esprit me hurle de fuir sauf que mon corps refuse de bouger. Par contre, mes ailes semblent fragilisées. Je pense que l'une d'elle est déchirée. La douleur est étrange, je ne pensais pas que cela ferait aussi mal. Ça me lance, comme une brûlure.

« Tu as entendu » dit Darcy à son interlocuteur.

Je suis pathétique à regarder. Je n'ai pas su me défendre. Mes pouvoirs n'ont pas été efficaces.

Après au moins dix minutes de lutte qui pour moi se sont écoulées en trente secondes, Darcy est partie. Avec un peu de chance, elle me laissera un moment tranquille. Je peux respirer. Je sens un poids en moins sur les épaules. Ce sentiment ne va pas durer. Darcy n'abandonne pas.

« Léo ? Qu'est-ce-que tu fais ici ? » dis-je lorsqu'il s'approche de moi pour m'aider.

« Je t'emmène à l'infirmerie. » me rassure-t-il.

« Je » dis-je doucement sans terminer ma phrase.

« Tu peux te relever ? ».

« Je pense » dis-je en essayant de me mettre debout.

Je prends appui sur l'épaule de Léo. Je suis étonnée de le voir aujourd'hui, les circonstances sont particulières. Je pensais qu'il était en cours.

Il me fait m'asseoir sur un banc non loin de l'entrée de l'école. Sentir le vent sur mon visage me fait du bien. J'avais besoin de m'asseoir. Je peux attendre quelques minutes.

Plus loin, j'aperçois un autre garçon. Léo va lui parler et celui-ci semble impressionné par les quelques détails qu'il entend. Il me jette un regard de compassion. Ils s'échangent des informations que ne parvient pas à percevoir. Mes yeux veulent se fermer. Difficile de lutter. Mon bras me fait mal, je résiste à la douleur.

Léo me rattrape juste à temps lorsque mon corps tangue pour s'allonger sur le banc. Une chance. J'ai perdu connaissance. Je pense que dans ce cas précis, ce n'est pas plus mal.

Deux heures plus tard, mes yeux se réouvrent. La lumière naturelle s'infiltre dans la pièce.

Je suis à l'infirmerie.

« Je n'aurais pas dû venir ici » dis-je en remarquant la présence de mon ami Léo.

« Darcy était visiblement déterminée par je ne sais quel moyen à se battre contre toi ».

« Elle l'est toujours ».

« Tu es en vie, c'est ce qui m'importe, tu es restée inconsciente deux heures ».

En écoutant les paroles de Léo, je vérifie que ma bague est encore à mon doigt. Oui. Cette bague contient mon énergie magique, sans elle mes pouvoirs sont affaiblies. Si Darcy avait mis la main dessus, je ne l'aurais pas supporté, elle aurait mis la main sur ma magie et s'en serait servie pour assouvir sa haine, je ne veux pas penser aux conséquences. Je m'agrippe à la couverture que l'on m'a donnée pour ne pas y penser. C'est plus fort que moi.

Si Léo ne m'avait pas trouvé, comment j'aurais fini ? Darcy n'a aucun scrupule, elle m'aurait mise en pièce. Me retrouver ici n'est pas prévu. Dans quelle histoire je me suis mise ?

« Je te remercie sincèrement Léo » dis-je en le regardant. « Darcy m'aurait mise en pièce si tu n'étais pas intervenu ».

« Tu es une amie de longue date » me sourit-il.

« Ne pas affronter Darcy aurait été une preuve de faiblesse. Hors de question de la laisser gagner ».

« Tu es courageuse Ella ».

« Comme d'autres ».

« Non pas comme d'autres. Je n'ai jamais vu une fée aussi forte. Je te le dis sincèrement Ella ».

« Merci beaucoup » dis-je en sanglotant. Les larmes coulent toutes seules. Elles coulent le long de mes joues de plus en plus vite. « J'ai essayé de me défendre ».

« Ecoute » dit-il en me prenant la main. « Tu es en sécurité ici, rien ne peut t'arriver. Tu as besoin de repos. Il est temps que j'y aille » dit-il en brisant un silence. « Je suis désolé de ne pas pouvoir rester plus longtemps. Je dirais à Raphaël que tu es là. Repose toi ».

« Merci encore » dis-je à son attention. « Je te dois beaucoup aujourd'hui ».

Lorsque Léo quitte l'infirmerie, je commence à fermer les yeux, les évènements d'aujourd'hui m'ont fatigués. Si je pouvais me réfugier dans un trou de souris, je n'hésiterais pas. Être entre ces quatre murs de l'infirmerie me rassure un peu. Je suis dans une école de garçons, ce soir je rentre chez moi. Ce soir, je rentre chez moi, la seule solution pour être tranquille.

Quelques heures plus tard...

La nuit est tombée, je vais pouvoir m'enfuir. Le moment est délicat, je le conçois. Mon bras me fait mal, les quelques heures de repos m'ont fait du bien et il est temps que je parte d'ici. Je n'imaginais pas me retrouver dans cette situation.

J'ai passé une heure et demi à concevoir un plan. Un plan qui tienne la route. Il faut que je sois discrète.

Me lever est plus compliqué je ne le pensais. Mon corps s'est réchauffé et était confortablement installé sur le lit de l'infirmerie. Au lieu de rester au chaud, je décide de partir. Ce n'est pas une bonne idée. Mon inconscient est en train d'hurler. Ce n'est pas prudent.

Poser le pied par terre me fait peur, il faut que je garde l'équilibre. Ne pas tomber par terre. Je prends une inspiration. Je me concentre, fais attention où je mets les pieds.

Le couloir est calme, personne en vue, je peux gagner la sortie sans être vue. Parfait.

Une fois dehors, je respire lentement. Maintenant je suis libre. Mes pensées négatives s'éloignent un instant mais la réalité me rattrape. Pour être honnête, ce que je fais est une erreur.

Une lumière attire mon attention. Il est assez tard pour qu'il n'y ait personne dehors, en principe les élèves sont dans leurs chambres. Sauf que non et je suis seule plantée comme une idiote dans le froid, le corps en compote, en train de m'enfuir pour regagner mon école. Parfois je me demande pourquoi je n'utilise pas la magie au lieu de prendre des risques.

« Ce n'est pas vrai » dis-je en me mordant la lèvre.

Ce sont bien des élèves qui discutent près de l'entrée. Il faut qu'ils partent pour que je puisse partir. À première vue, je ne vois pas leurs visages. L'un se met de profil et je reconnais son visage,

« Raphaël » soufflais-je.

Mon coeur se met à battre plus rapidement. Je n'ai pas pris la peine de le tenir au courant. Il est accompagné de Riven. S'ils s'aperçoivent de ma présence, ils vont me passer un savon, je dois être endormie sur le lit de l'infirmerie.

Un coup d'œil vers mes pieds, je suis dehors, prête à m'enfuir à la moindre occasion mais ces deux élèves m'empêchent de le faire et j'ai froid.

« Je suis éreinté » dit Riven.« Tu viens ? L'entraînement est terminé pour aujourd'hui ».

Raphaël saisit la main tendue par Riven et se lève.

Les larmes commencent à venir, je respire pour les refouler. Je suis la première à donner l'impression d'aller bien, à maîtriser mes émotions un minimum et à relativiser. Sauf que mon cœur est en miettes. Tout est en miettes chez moi.

« Nous avons le même programme demain soir, ces dragons sont insupportables » ajoute Raphaël.

« Ne t'en fait pas Raphaël, nous aurons cet examen haut la main ».

« Ce n'est pas ça qui m'inquiète ».

« Qu'est-ce qui t'inquiète ? » avant de réaliser ce qu'il s'est passé aujourd'hui. « Je ne t'ai pas demandé tu as des nouvelles d'Ella ? Comment va t-elle ? » demande Riven en prenant une bouteille d'eau dans son sac.

« D'après Léo, elle s'en remettra même si son bras est cassé et son corps la fait souffrir. Elle a besoin de calme et de repos. Je regrette de ne pas être passé la voir ce soir mais je préfère la laisser dormir, ça vaut mieux pour elle ».

« Elle est entre de bonnes mains, il lui faut du temps pour récupérer en effet car Darcy ne la pas loupé apparemment mais selon Léo, elle s'est défendue comme une reine, ce qui en passant ne m'étonne pas d'elle. Ne culpabilise pas ».

« C'est vrai qu'elle sait se défendre » sourit-il timidement. « Une chance que Léo ait été dans les parages. Je ne me le serais pas pardonné dans le cas contraire ».

« Que veux-tu dire ? ».

« Je connais Ella. Elle sait qu'elle peut compter sur moi en cas de problème. Elle a été agressée par Darcy et je ne suis pas intervenu ».

« Raphaël, tu ne peux pas être présent tout le temps, je conçois que veiller sur elle est important pour toi, ça fait longtemps que tu es avec elle. Si tu veux, je t'accompagnerais la voir ».

« Je te remercie Riven ».

Leurs mots me touchent beaucoup. Savoir que j'étais dans leurs pensées aujourd'hui me donne des frissons car si les choses avaient dégénérées je ne me le saurais pas pardonnée non plus je pense. Darcy était déterminée. J'ai fait du mieux que j'ai pu pour me défendre. Ma magie n'est pas aussi puissante que la sienne mais quelques éléments ont été à mon avantage, le soleil par exemple.

Si Riven et Raphaël me voient, je serais reconduite immédiatement à l'infirmerie. Les larmes me viennent de façon instantanée. La fatigue, accumulée aux émotions récentes ne font pas bon ménage. Mon corps est fatigué, ce n'est pas judicieux de rester là. Si les garçons ne partent pas maintenant, je te pourrais pas partir de l'école. Je sèche mes larmes rapidement. Il faut que je sois discrète pendant que les garçons continuent de discuter.

Vouloir m'enfuir est une erreur car je n'aurai pas la force de marcher jusqu'à l'école. Mon corps me semble plus lourd, comme si j'avais besoin de m'allonger. Je suis fatiguée. Mon énergie baisse et il est tard. Toute l'école dort à cette heure-ci.

Il est temps que je rentre.

Sur le chemin, mes pas sont plus rapides. Je ne dois pas être vue. Je me demande quelle idée, quelle folie m'est passée par la tête. En fait, qu'est-ce que je croyais ? Pouvoir m'enfuir d'une école surveillée par une énergie magique ? Une école de garçons capables de mettre la main sur moi rapidement et de me renvoyer à Alféa ou alors chez moi, au choix.

J'ai d'abord besoin de sommeil et ensuite de l'aide pour aller de l'avant.

« Ella ? ».

Oh non, il m'a entendu. Je n'ose me retourner pour lui faire face. La culpabilité. C'est une situation inhabituelle et voir Raphaël dans cet état me fend le cœur. Pourquoi est-ce que je suis aussi maladroite, pourquoi est-ce qu'il faut que mon entourage souffre ?

« S'il te plait Raphaël » dis-je face à lui les yeux pleins de larmes.

Il ne sait pas quoi répondre. Je le sais bien. Je me sens déjà ridicule dans cette position.

« Ella » souffle t-il en me prenant la main. « Que fais-tu ici ? Il fait nuit et tu trembles de froid ».

« Comment as-tu su ? » demandais-je intriguée.

« En vérité, je savais que tu étais là ».

« Tu ne réponds pas à ma question ».

« Je te connais » répond t-il en souriant timidement.

« Tu vas me renvoyer chez moi ? ».

« Non » répond t-il doucement. « Tu dois retourner à l'infirmerie, je te raccompagne ».

« Ne m'en veux pas, je t'en prie ».

Je sens sa main serrer la mienne, de peur sans doute que je parte dans les couloirs de l'école. Je ne partirai pas. J'ai voulu partir de l'école mais c'est une erreur de ma part. Je dois rester ici. Ma famille compte sur moi, mes amis comptent sur moi pour remonter la pente.

Je n'ai pas le droit de sombrer. Je n'ai pas le droit de tout balayer. Ce ne serait pas juste, pas honnête pour ma soeur, ma famille tout simplement et ce n'est pas dans ma nature profonde. Je ne suis pas comme ça. Rose m'a toujours appris à être combative quoique la vie puisse nous faire affronter.

« Pourquoi t'en voudrais-je ? » dit-il en me prenant dans ses bras. « Tout ce qui compte est que tu ailles bien ».

« Je ne vais pas bien » murmurais-je.

« C'était maladroit de ma part, excuse-moi » dit-il un peu gêné.

« Non, c'est légitime que tu poses des questions. Ce qu'il s'est passé aujourd'hui est un trop plein. Les choses négatives s'accumulent, j'en ai marre. Il me faut du temps » réussis-je à dire.

Tout en discutant jusqu'à l'infirmerie, sa main ne quitte pas la mienne. J'aime ce contact simple car cela fait longtemps que je ne lui ai parlé. Ces derniers mois se sont écoulés trop vite. Les choses ont été compliquées. Prendre des nouvelles de mes amis proches de m'a pas traversé l'esprit. Et je le regrette. Revenir comme une fleur après des mois d'absence et sans nouvelle ne fait pas partie de mes habitudes.

Raphaël et moi sommes ensemble depuis longtemps, il me connait mais ce n'est pas une raison de le laisser dans l'inquiétude.

« Je vais te laisser alors, il est tard et tu dois te reposer » dit-il en embrassant ma main avant de se lever.

« Attend » dis-je en attrapant sa main et en le regardant. « Embrasse-moi ».

« Tu es sûre ? » demande t-il surpris « Non que je ne veuille pas, au contraire mais tu as vécu beaucoup de choses aujourd'hui et il n'est pas raisonnable de ».

« J'en suis sûre » dis-je en le coupant.

Je ne suis pas assez patiente pour attendre alors je me mets à sa hauteur et presse mes lèvres contre les siennes. Ses mains effleurent ma taille sans oser me serrer de peur sans doute de me faire mal. Honnêtement, même si mon corps me fait mal, tout ce que je souhaite, c'est la présence de Raphaël et ses lèvres sur les miennes, c'est encore mieux.

Si je peux ne serait-ce qu'avoir une onde positive en ce moment, c'est bien celle-ci. Je doute que ce soit le moment le plus glamour mais tant pis je saisi l'occasion.

On dit que dans les moments compliqués, on trouve un peu de lumière.

Je le regarde timidement, en ayant toujours sa main dans la mienne.
Ce geste est spontané.

« Wha » murmurais-je.

« Je ne m'y attendais pas » dit-il timidement « Je vais devoir y aller, le couvre feu est tombé. Si on nous surprend à cette heure-ci, je pense que ce ne sera pas drôle pour moi. Il est temps que tu ailles dormir aussi, bonne nuit ma belle » ajoute t-il en embrassant mon front.