Playlist
« On my way » Cocoon
« Believer » Imagine dragon
« Alright » Jain
« Team » Lorde
« Just need your love » Hyphen Hyphen
« Breathin » Ariana Grande
Chapitre 9
Point de vue d'Aura
Du regard, je scrute mes frères et sœurs en action. Maé est concentrée. Ses traits du visage sont crispés par moment, elle sait quoi faire. Mes frères sont évalués et avec Maé on intervient pour rendre l'exercice plus complexe. J'ai été étonnée que leur professeur nous contact pour participer, c'est plutôt rare et Maé n'a pas hésité à dire oui après m'en avoir parlé et cela promet d'être amusant et intéressant.
De plus, rare sont les fois où deux écoles collaborent le temps d'un exercice pratique. Cette année, on fait de plus en plus de travaux avec d'autres élèves d'écoles au alentour et comme il n'y a que trois écoles dans le périmètre, mes frères sont de la partie. Nous ne travaillons pas avec les fées pour l'instant. Cela pourrait être intéressant à l'avenir.
Je me concentre à nouveau sur l'exercice de mes frères qu'il est temps de conclure. Du regard, je fais signe que tout va bien. Mes yeux sont rivés sur la cible que Sacha doit viser avec la flèche.
« Attention à ce que tu fais, ne va pas viser quelqu'un, ce serait dommage » dit mon frère.
« Ne t'inquiète pas » dit mon autre frère confiant. « Et cesse de me faire rire, le moment est mal choisit ».
« Que ne faut-il pas faire dans cette famille » soupire Maé.
Je regarde ma sœur en riant silencieusement. Elle a une idée derrière la tête.
« Prête petite sœur ? ».
« Quand tu veux ».
« Emile ? ».
« J'attends ton signal Maé ».
« C'est parti » murmure ma sœur satisfaite. « Il est temps de conclure l'exercice ».
« Aura, prononce la formule en latin que je t'ai apprise ».
« Maintenant ? ».
« Oui maintenant ».
Je pointe ma baguette au-dessus de ma tête et annonce la formule. Le latin n'est pas la langue que je maitrise le plus donc j'espère que la prononciation est correcte. Une pluie d'étincelles virevoltent dans les airs. C'est une sorte de petit feu d'artifice. Mes yeux ne les quittent pas. Maé est obligée de me donner un coup de coude pour capter mon attention et pour que je détache mes yeux du sortilège lancé.
« Bien joué petite sœur ».
« Sacha ? ».
« Très bien » dit-il en visant une cible que je ne vois pas.
« Mission accomplie » s'exclame Maé enthousiaste une fois que la flèche atteind sa cible.
« Je pense que les Sorcières et les garçons devraient collaborer davantage » intervient le professeur de mes frères. « Très bon travail, merci les filles d'être venues ! ».
« Je suis épuisé » souffle Sacha « Mais c'était du beau travail ».
L'exercice n'était pas difficile mais demandait une certaine concentration. Il a duré deux heures et compte dans la moyenne de mes frères pour ce premier trimestre. Je ressens un sentiment de satisfaction d'avoir pu apporter un soutien, une aide à mes frères. Participer à un exercice important est quand même un enjeu pour eux et j'espère que ça s'est bien passé. Ça a l'air d'être le cas puisque mes frères sont soulagés au vu de leur sourire. Ils se regardent visiblement satisfaits et se taper dans la main puis dans la mienne et celle de Maé.
« Sacha ? » appelle un élève.
« J'arrive ».
Le cours est terminé et chaque élève rassemble ses affaires avant de partir rejoindre leur camarade. Je prends une inspiration avant de me retourner vers Maé.
« Nous allons rentrer à l'école ? » me propose Maé. « Il est temps ».
« Merci les filles, on se voit plus tard » dit Sacha à notre encontre en s'éloignant de deux mètres.
Mon frère s'éloigne vers Raphaël qui l'a appelé il y a une minute, ses deux là s'entendent bien. J'aime voir mon frère comme ça, discuter avec des gens, rire, profiter de la vie en fait. Ne pas se soucier ce que peuvent dire les autres au sujet de notre situation familiale. Nous avons dû l'expliquer dans les grandes lignes lors de notre inscription dans nos deux écoles respectives. Les profs et les directeurs devaient être au courant. Nous avons pris sur nous pour ne pas pleurer car les souvenirs sont encore douloureux mais ça valait la peine. Ils sont compréhensifs.
Nous restons beaucoup en famille, peu d'amis extérieurs viennent à la maison. Alors nous devons aussi nous créer une vie sociale. C'est important. Cette année sera l'opportunité de le faire et de tourner une page compliquée. Un nouveau chapitre va commencer.
« Qui étaient ces jeunes jolies Sorcières ? » demande un autre élève que Raphaël à mon frère.
« Mes sœurs » répond ce dernier. « Elles sont géniales » sourit-il.
Je peux facilement entendre la conversation qu'il a avec mon frère. Pour rire, Sacha raconte que j'ai l'oreille absolue. J'ai une excellente ouïe. Cela m'est utile parfois. Ça me fait sourire.
« Tu n'as pas finit d'écouter les conversations des gens ? » me dit-il par la pensée.
Sa remarque me fait rire.
« Non » riais-je avant de me retourner vers lui.
Je continue de marcher jusqu'au portail afin de retourner à l'école aux côtés de Maé. Elle me sourit et m'explique que l'exercice a été un succès. Elle est optimiste en tout cas.
Sur le chemin du retour, Maé m'indique un petit lac.
Le cadre est verdoyant et c'est l'occasion de profiter du temps ensoleillé avant de rentrer à l'école. On ne s'en accorde pas souvent. Maé travaille beaucoup ses formules magiques. Je reste rivée sur mes dessins et néglige un peu mes cours depuis une semaine. Maé me le rappelle souvent. Elle veut que je réussisse. Moi aussi bien sûr mais j'aime prendre le temps de dessiner tant que je peux. L'année scolaire vient de commencer après tout, il me reste encore des choses à apprendre mais je lui ai promis d'être plus attentive et de me remettre au travail.
« Tu le vois ? ».
« Tu veux t'y arrêter ? ».
« Pourquoi pas, il est joli et ça nous fera une pause ».
« J'approuve cette idée ».
« Tu sais, même si les parents sont absents, maman en l'occurence au premier sens du terme, ils sont fiers de toi » me dit ma sœur assise à mes côtés sur l'herbe.
« Difficile de savoir à quoi ils pensent mais maman me manque encore beaucoup, à tout le monde je sais et la cicatrice sera toujours là » dis-je.
« Je peux te le certifier. Nous sommes fiers de toi aussi ».
« Maé » murmurais-je.
« Oui je sais » rit-elle. « C'est sans doute niais, fleur bleue ou je ne sais quoi. Il fallait que je te le dise, pour que tu le saches vraiment, que tu n'aies pas de doutes ».
« Ma chance est d'avoir des frères et sœurs merveilleux ».
« Arrête, je vais pleurer ».
« Un mouchoir ? » dis-je en riant.
Ma sœur éclate de rire.
« Ne te moque pas ».
Ma sœur est quelqu'un d'essentiel dans ma vie. Je ne le dis pas assez, comme pour mes frères mais je penserai à le dire à l'avenir. Ils sont une grande source d'inspiration parce qu'ils m'apprennent tous les jours et nous sommes inséparables. On s'entraide. Sans eux, ma vie serait si différente.
Je profite du soleil. Ses rayons réchauffent nos visages. L'environnement de l'école est sympa mais rien de comparable avec notre planète d'origine qui est ensoleillée en permanence. Le climat chaud et sec me manque parfois.
Mon amitié avec Ella aussi. Nous avons vécu de beaux moments étant enfant. C'est la seule qui ait réussi à me redonner envie de faire confiance à quelqu'un. J'ai vécu une trahison amicale. Ça m'a fait très mal. Ella a changé ça. Grâce à elle, j'ai eu l'opportunité de m'améliorer en tant que personne et de me rendre compte que rien ne cloche chez moi.
A l'avenir, j'espère devenir une grande Sorcière et peut-être apprendre à avoir confiance en moi. J'en manque cruellement. Quand je suis dans une situation difficile, c'est une autre histoire. Je me rappelle l'épisode Darcy et Stormy aussi au passage.
Perdue dans ses pensées, Maé ne remarque pas mon changement d'attitude. Un bruit attire mon attention. Dès que je suis bien avec quelqu'un, comme maintenant, assise au bord d'un lac en train de discuter avec Maé, il faut que la situation change.
« Tu entends ? » demandais-je.
« Le vent ? ».
« Non, quelqu'un ».
« Non » dit-elle incertaine avant de se lever. « Le bruit provient du buisson derrière ».
J'hésite à brandir ma baguette mais ma sœur ne se pose pas la question, elle brandit la sienne de façon automatique.
« Ne m'attaque pas » dit-elle effrayée.
Il s'agit d'une minie fée, pas de danger apparent. Elle n'ose pas nous regarder dans les yeux. Elle a envie de fuir en un claquement de doigt. Ce que je comprends. Deux baguettes de sorcières sont pointées sur elle. La minie fée n'a aucune chance. Elle est coincée. Je mets fin à la torture en abaissant ma baguette suivit de Maé. Effrayer une minie fée n'est pas dans nos plans aujourd'hui. Cela n'a pas lieu d'être. Nous ne sommes pas de mauvaises sorcières. Nos attentions sont bonnes. C'est pour ça que nous avons choisi d'étudier ici, pour en autre casser l'image de Darcy. Nous ne sommes pas comme elle. Darcy cherche à avoir le pouvoir. Elle va réapparaitre bientôt j'en suis certaine, si ce n'est pas face à moi ce sera face à une autre personne.
La minie fée nous regarde effrayée, les mains sur le visage. Je ne veux en aucun cas lui faire peur ni lui faire prendre la fuite. Elle a fait la démarche de venir jusqu'à nous et j'ai envie de savoir pourquoi. Je ne l'ai de plus jamais vu auparavant. J'ai besoin de savoir.
« Attends » dis-je à l'attention de Maé. « Ce n'est qu'une minie fée ».
« Tu es Aura, c'est bien ça ? » demande timidement la minie fée.
Je suis surprise qu'elle connaisse mon prénom. Nous ne sommes pas amies, je ne la connais pas. Elle me regarde de ses yeux marrons chocolats.
Elle prend une respiration avant que je ne prenne la parole.
« Comment le sais-tu ? » demandais-je étonnée. « Je ne suis pas une fée. Je ne peux rien faire pour toi » dis-je en voulant m'éloigner.
« Tu as été brillante ce soir là. Tu as su affronter Darcy toute seule ».
« Merci beaucoup » dis-je en rougissant. « Je n'ai fait que me défendre et tenter de protéger l'école par la même occasion. C'est une adversaire redoutable ».
« Ma sœur a agit selon le devoir d'une Sorcière. Elle se défend très bien. Que viens-tu faire ici ? » intervient ma soeur.
« Je suis la minie fée de l'amour » se présente t-elle.
« Si tu viens répondre l'amour, merci de passer ton chemin ».
« S'il te plaît, laisse la parler un peu. On ne la connait pas. Elle est venue pour une bonne raison, tu peux parler sans crainte ».
« Ella a besoin de toi » se lance t-elle. « J'ai beaucoup entendu parlé de toi tu sais, enfant tu as eu une grande importance dans sa vie et je pense que toi aussi ».
« Tu connais Ella ? » demandais-je surprise d'entendre son prénom.
« Je suis sa minie fée ».
« J'aurai dû m'en douter. Tu dois savoir qu'Ella est une amie de longue date. Nous nous sommes éloignées avec le temps mais ce n'est pas pour autant que je l'ai oubliée ».
« Très bien » intervient ma soeur envers la minie fée. « Les histoires d'amitié sont personnelles. Je doute que tu puisse régler la situation. La vie a repris son cours. Ma sœur a changé ».
« Maé » dis-je. « En effet les choses changent, nous avons tous changé c'est normal. Si Ella souhaite reprendre contact, ok. Seulement, je ne sais pas comment m'y prendre. De toute façon, c'est une histoire ancienne et un peu compliquée, je ne veux pas en parler ».
« Tu devrais partir » dit Maé à l'attention de la minie fée.
Une fois la minie fée partie, Maé me demande si ça va. Nous avons vécu une belle histoire d'amitié avec Ella mais les choses ont changé. Je suis différente, elle aussi et c'est normal mais je ne veux pas remettre les histoires anciennes sur le tapis. Si je dois reprendre contact avec Ella, ce sera dans des circonstances toutes autres. Et il faudra que je lui parle ou l'inverse je ne sais pas. À vrai dire, je suis un peu chamboulée.
« Rentrons à l'école si tu veux bien » me dit doucement ma sœur.
« Je te suis ».
« Tu penses que c'est une bonne idée ? ».
« Pour l'instant, je suis septique ».
« On verra plus tard » dis-je.
Après réflexion, je pense que mon pendentif aurait un lien. Je ne sais pas lequel. Et ça m'intrigue.
De retour à l'école, chacune regagne sa chambre. Nous avons cours dans deux heures. J'ai deux heures de liberté. Allongée sur le lit, le regard rivé sur le plafond, je ne cesse de penser à la discussion avec cette minie fée. Ella souhaite donc reprendre contact. Je suis juste étonnée que ce soit une minie fée qui me l'apprenne. Je n'ai pas parlé à Ella depuis la rentrée. Il s'est passé beaucoup de choses et je reste sensible suite à l'altercation avec l'a mal pris et reviendra se venger, c'est certain.
Je regarde par la fenêtre car une lumière attire mon attention. Le soleil brille toujours et je ne détecte aucune anomalie. Je dois divaguer.
Mon carnet à dessins est posé sur mon bureau. Je profite du temps qu'il reste pour continuer un dessin. Je continue de tracer les contours au crayons gris. Je sais que des tablettes graphiques m'aiderais dans mon apprentissage mais je préfère restée fidèle au papier. La texture du papier surpassera toujours un écran. Mon crayon noir retrace les contours de façon plus propre.
« Tu vas bien ? » me demande Maé en entrant dans ma chambre.
« Oui, pourquoi ? » demandais-je en levant les yeux de mon carnet.
« Je t'ai appelé mais tu n'as pas l'air d'avoir entendu, on doit retourner en cours » dit-elle en me faisant sortir de ma rêverie.
« Je n'ai pas fait attention, pardon. J'arrive » dis-je en posant mon carnet avant de prendre mes affaires puis de rejoindre ma sœur.
« Je te propose d'aller faire les boutique ensemble après le cours ? ».
« Oh » dis-je surprise. « On n'est pas sortie en ville depuis le début des cours. C'est une excellente idée et j'ai envie d'explorer Magix pour une fois ».
« Super » s'exclame t-elle en tapant dans ses mains comme une enfant.
Le cours commence par une interrogation surprise. Je n'avais pas besoin de cela aujourd'hui. La prof distribue les copies et en lisant les premières, je pense avoir la moyenne. J'ai bien retenu le dernier cours et commence à répondre aux questions. Chaque élève est concentré sur sa feuille. La classe est silencieuse. Le cours a commencé par un brouhaha et maintenant, le silence règne. C'est appréciable. C'est le dernier cours de la journée. Il y a deux heures, j'étais allongée sur mon lit.
Ressaisi toi une minute, l'interrogation ne va pas se remplir seule. Les questions concernent le cours sur la voyance et un autre sur les contes et légendes à propos des Sorcières. J'aime bien ce cours. On apprend beaucoup d'histoires qui ont été transmises des siècles durant dans les livres, pour faire peur aux gens. Mon frère Sacha m'a offert un livre il y a cinq ans. Je l'ai rangé dans ma bibliothèque après avoir fait mon premier cauchemar.
Je réponds aux questions sans problème. Après avoir terminé, je lève les yeux sur les autres élèves de la classe. Certains ont terminé et se regardent entre eux. Maé a terminé. Elle me demande silencieusement comment ça s'est passé mais la prof lui fait signe de ne pas parler pour le moment, d'autres n'ont pas finit.
Je regarde de nouveau par la fenêtre avant de regarder vaguement la salle de classe. Maé a eu raison de me proposer une sortie shopping après les cours. Je ne suis pas allée au centre ville de Magix depuis longtemps. Il est temps, la rentrée a déjà débuté. Il faut aussi que je renouvelle ma garde robe. J'ai fait du tri, des affaires sont devenues trop petites et d'autres datent de l'enfance. Il est temps de faire du ménage et de m'affirmer un peu plus au niveau vestimentaire.
Le cours reprend après que la prof vienne récupérer les copies des élèves. Elle passe entre les rangs avant de rejoindre son bureau. Les copies sont automatiquement rangées dans une grande pochette jaune.
Elle prend un livre de son sac et reprend la suite du cours dernier jusqu'à la sonnerie qui annonce la fin de la journée.
« Alors ? » me demande Maé en sortant de la salle pendant que je l'attendais dans le couloir.
« J'aurai la moyenne ».
« Bonne nouvelle moi aussi je le pense » me dit-elle en tapant dans ma main.
Nous prenons le bus en bas de l'école pour nous rendre au centre ville de Magix. Wha, depuis combien de temps je ne suis pas allée dans les boutiques. En sortant du bus après cinq arrêts, je me rends compte que je suis un peu perdue. Les gens marchent sans se rendre compte des kilomètres parcourus, les gens regagnent leurs voitures, des familles sont de sorties avec des poussettes parfois ou des enfants capables de marcher. Des couples mangent des glaces, d'autres se tiennent la main, d'autres sont assis dans un parc à discuter. Des amis discutent dans un café, d'autres se dirigent vers le cinéma, le centre commercial.
Je marche aux côtés de Maé qui m'explique qu'elle est heureuse de partager un moment sympa avec moi. Ça faisait longtemps. Il est temps d'avancer, de penser un peu à moi et de profiter un peu de la vie. Ces derniers temps n'ont pas été simples mais il faut rebondir.
« Que penses-tu de cette robe ? » demande Maé.
Sa question me fait sortir de la rêverie dans laquelle j'étais pendant quelques minutes. Je ne suis pas habituée à fréquenter les centres villes et encore moins à entrer dans les boutiques. J'ai tendance à acheter ce dont j'ai besoin sur Internet alors je me sens petite dans ce magasin où les gens semblent au courant des derniers modèles de vêtements.
« Elle est jolie » finis-je par répondre.
« Tu l'as regardée ? ».
« Oui, pourquoi ? ».
« Tu ments très mal ».
J'ai juste jeté un bref regard à la robe de la vitrine. Elle est bleue clair et je ne pense pas qu'elle aille au teint de Maé. Ce n'est pas le bon modèle. J'en aperçois une dans le fond du magasin, de couleur bleu pétrole. Elle attire mon attention. La coupe est simple mais elle en jète. J'en ai une similaire dans mon placard.
Je ressors de la boutique suivis de ma sœur. Je lui indique du doigt un magasin plus petit et la vitrine est attractive, plus ancienne que celles aux alentours en tout cas. J'entre la première et découvre des bacs avec des vêtements soldés, des robes dans le fond du magasins et des t-shirts, pulls légers et pantalons sur des tables. Je repère déjà un pantalon sur une table. Maé semble intéressée par un t-shirt.
Après avoir essayé nos vêtements respectifs, on les compare dans le miroir avant de le montrer à l'une et à l'autre.
« Tu devrais le prendre » dit-elle. « Le motif est discret et vraiment joli ».
« Merci et ton t-shirt l'est aussi, tu devrais le prendre ».
« Adjuger vendu alors ».
Nous sortons de la boutique avec nos achats respectifs. Je n'ai pas acheté de vêtement dans une vraie boutique, au sens premier du terme depuis longtemps. Internet et la livraison à domicile sont bien utiles. Mais je vais faire un effort.
Je suis Maé dans les rues. Il y a du monde aujourd'hui mais je pense que les gens profitent du beau temps pour sortir et ils ont raison. D'habitude, on ne sort pas la semaine mais parfois on a des opportunités comme ce soir.
Mon frère m'écrit un message comme quoi leur examen de ce matin a été réussi haut la main et ils nous invitent à boire un verre ce soir.
« Nos frères ont réussi leur examen et ils nous invitent à boire un verre ».
« Super, qu'ils nous rejoignent plus tard dans un bar ».
« On les appellera d'ici ce soir ».
« C'est une bonne nouvelle » dit Maé enthousiaste.
Les boutiques défilent sans que je ne m'en rende compte et mon porte monnaie a encore acheté un pantalon, deux t-shirts et une robe dans les tons bleu pétrole. Je suis obsédée par cette couleur. Il va falloir que je choisisse une autre couleur lors des prochaines collections.
Les heures aussi défilent, la nuit pointe le bout de son nez. Nous attendons nos frères assises sur un banc. Mon téléphone vibre, mon frère Sacha m'appelle en me demandant dans quel bar on se rejoint. Je lui indique l'adresse suggérée par Maé et nous nous retrouvons dans un bar à trinquer la réussite à leur examen. Un examen important pour leur moyenne et ça donne un prétexte à sortir ensemble, nous quatre sans pression. Nous profitons du moment présent.
« C'est un prétexte pour nous réunir ? » dit Maé.
« C'est un excellent prétexte Maé » rit Sacha.
« Grâce à vous les filles, nous avons réussi l'examen et sortir est une bonne idée, on n'a pas eu l'occasion de profiter de notre temps libre tous ensemble ».
« Très bon argument » dis-je en levant mon verre.
« Dites, vous pensez que... » commence Maé. « Maman nous regarde ? Qu'elle est fière ? Parce que je me pose la question depuis le début des cours et je sais qu'on en parle peu ».
« Émile, je sais ce que tu penses » dis-je.
« Non, je ne le prend pas mal, juste que ne je ne m'attendais pas cette question » tente t-il de se justifier. « Ces derniers temps ont été compliqués. Nous avons tout de même de la chance d'être tous les quatre. Sans vous, je ne sais pas comment l'avenir sera. C'est peut être fleur bleu mais sincère venant de moi et il faut que vous le sachiez. Je ne sais pas comment l'année va se passer mais ensemble, ce sera bien ».
« Wha Émile, tu m'impressionnes » ajoute Sacha. « Tu as raison sur toute la ligne ».
« Arrête Émile, je vais sortir les mouchoirs ».
« Moi aussi si vous continuez » dit Maé en s'essuyant les yeux du revers de sa main.
« Trop tard Maé » riais-je. « Séchons nos larmes et portons un toast pour ce nouveau départ, on va remonter la pente et s'intégrer ici ».
« Je suis d'accord avec toi » me soutient Sacha en premier. « À maman ».
La soirée se déroule quand même dans une bonne ambiance. Maé a eu besoin de se rassurer et aussi de prouver qu'on sera ensemble. Mes frères et ma sœur sont indispensables.
D'ailleurs, la musique préférée de Maé retenti dans le bar et elle ne peut s'empêcher de la fredonner.
Puis une jeune fille s'installe au piano et commence à jouer. Les regards se détournent sur elle. Je ne la connais pas mais le morceau qu'elle joue est très beau. Mon frère Sacha me sourit en me disant que je devrais tenter ma chance après son passage. Je joue du piano et mes frères apprécient. Dans un premier temps, je préfère écouter. On verra ensuite.
Le reste du bar est attentif à la mélodie jouée au piano. C'est vrai que c'est apaisant et la journée se termine dans les meilleures conditions. Les gens écoutent attentivement. L'atmosphère est particulière. C'est ce que je préfère dans ce genre de situation. Regarder les gens bouger lentement la tête au rythme de la mélodie, certains sortent un mouchoir de leur poche et d'autres continuent de boire leur verre.
« Elle a vraiment un talent » dis-je en la regardant.
« Tu en as un aussi » me dit Maé en levant la main pour proposer ma participation.
« Cesse d'être modeste » dit Émile.
« Tu vas les captiver » ajoute Sacha.
Un regard espiègle entre Sacha et moi confirme ma participation.
« Ok, je vais aller la voir ».
Mes frères et sœurs applaudissent en premier. Je me dirige vers la jeune fille qui cesse de jouer pour chanter à la place. Elle a les cheveux bleus foncés rassemblés en deux grosses couettes. Son visage est souriant et doux, elle dégage un capital sympathie immédiat. Sa présence me donne confiance en moi pour jouer devant tout le monde.
Avant que je ne prenne la paroles, je joue à croiser mes doigts entre eux. Je n'ai pas parler à beaucoup de gens et de nature timide, aller vers les autres est difficile parfois. Si mes frères et sœurs ne m'avaient pas encouragé à jouer au piano, je ne l'aurais jamais fait. Et j'en aurais eu des remords je pense.
« Bonsoir » me dit-elle en me voyant arriver. « Tu veux jouer ? Je m'apprête à chanter quelques chansons, deux ou trois selon l'atmosphère je pense ».
Je suis surprise par la proposition aussi spontanée. Je pensais attendre un peu mais non. Elle se lève de son siège avant que je dise quoique ce soit mais je veux la remercier.
« Merci beaucoup » dis-je heureuse de sa proposition. « Tu n'es pas obligée ».
« Avec plaisir » me souris t-elle.
Je m'installe au piano, prend une inspiration et commence à jouer une douce mélodie pour m'échauffer un peu les doigts. Musa, de son prénom annonce qu'elle a écrite une chanson récemment mais avant elle va reprendre une chanson interprétée lors de la soirée à la rentrée. Dès les premières paroles, je reconnais sa voix. Il n'y en a qu'une. C'est elle qui a chanté lors de la soirée au début de l'année.
Je me souviens aussi de la soirée que c'était. Une soirée particulière où Darcy est venue dire bonjour. J'ai été obligée d'agir. Darcy allait s'en prendre aux élèves des deux écoles. D'ailleurs, je pense qu'elle reviendra. Je ne veux pas y penser maintenant.
Mes doigts parcourent les touches du piano de manière naturelle, je me laisse porter par le rythme de la chanson chantée par la Fée devant moi. Un rythme lent au début et qui devient plus rapide au milieu de la chanson. Elle a une voix si agréable à entendre. Je suppose que l'audience est captivée. Je ne peux pas jouer et prêter à l'attention des gens autour de nous mais je veux quand même jeter un bref coup d'œil et je remarque des regards souriants. Les regards de mes frères et sœurs en font parties. C'est tout ce qui compte pour moi à cet instant précis et personne ne vient gâcher la magie qui règne ici grâce à la voix de Musa. Wha. Cela doit être une sensation incroyable. Voir le public chanter en même temps, le public qui chante les paroles de manière spontanée et enthousiaste. Tout est parfait ce soir.
L'audience applaudit et remercie chaleureusement Musa d'avoir pris le micro ce soir. Elle me remercie du regard de ma participation.
« Applaudissez là aussi, elle le mérite » dit Musa.
La plupart des regards se trouvent à présent braqués sur moi. Je me sens un peu gênée mais c'est gratifiant.
