Salut !
Un chapitre très émotionnel aujourd'hui et particulier, j'espère qu'il vous plaira.
Spéciale variété française pour ce chapitre car c'est principalement ce que j'ai écouté en écrivant et ce que j'aime écouter en général, mes goûts musicaux sont très éclectiques :)
Bonne lecture !
Playlist
« Vivre ou survivre » Daniel Balavoine
« Entre nous » Chimène Badi
« Là où je t'emmènerai » Florent Pagny
« J'en rêve encore » Gérald De Palmas
« Évidemment » France Gall
« Il est cinq heure, Paris s'éveille » Jacques Dutronc
Chapitre n°11
Point de vue de Maé
Ma sœur a certes réussi à battre Stormy mais il y a eu des séquelles. C'était impressionnant. Elle a dû être opérée du bras afin de replacer l'os correctement. Son bras est plâtré, des égratignures sont visibles dans son coup et une sur le front dont elle gardera la cicatrice. En arrivant sur les lieux, j'ai constaté les dégâts, autant physiques, psychologiques car Aura était sonnée et environnementaux, la zone était noire comme brûlée par les diverses sortilèges lancés par l'une et l'autre. Stormy a une détermination sans faille. Je me demande d'où elle la puise. Mais je n'ai pas envie d'y réfléchir maintenant et encore moins d'y consacrer du temps. Aura ne se laisse pas faire et maîtrise très bien sa magie. Elle est toujours inventive dans les moments difficiles et elle a réussi à éloigner Stormy. Je suis fière d'elle. Seulement, Aura en paye les conséquences à être dans un lit d'hôpital. Elle a été transportée à l'hôpital. C'est mieux pour tout le monde et elle est surveillée.
À peine, je l'ai aidée à se tenir debout dans la salle de bain de l'infirmerie de l'école la plus proche, celle des garçons, qu'elle a perdu connaissance. La question ne s'est pas posée que de la laisser tranquille. Elle dort depuis deux jours. Deux jours. Je vais la voir dès que l'emploi du temps me le permet. Parfois j'y vais seule ou alors en compagnie d'un ou de mes deux frères. Aura respire doucement comme si elle dormait juste. Les médicaments anti-douleur l'ont assommée. Ce qui je suppose est normal. Nous ne souhaitons pas qu'elle se focalise sur la douleur. Autant qu'elle se repose le plus possible.
Je ressers sa main très fort, trop peut-être car ce contact aurait déjà casser les os d'un humain. Mes yeux se focalisent sur sa respiration lente et régulière. Et le temps passe si lentement entre ces quatre murs blancs. Cela ne me rassurent pas du tout. Je hais les hôpitaux. Comme nous avons déjà perdu quelques personnes proches, ce lieu représente quelque chose de pas rassurant. On a pourtant l'habitude d'être dans ces lieux. On s'est promis que plus jamais on aurait à aller dans un hôpital et au final, on y est pour Aura.
Parfois, je sors de la chambre le temps d'aller acheter un café dans le hall de l'hôpital et je remonte l'étage. Des patients marchent dans les couloirs, des gens viennent voir leur famille et leur mine tristes me fendent le cœur. À un moment, je me suis trompée d'étage et ne reconnaissant pas le numéro de chambre de ma sœur, un homme me dit que c'est l'étage neurologie. Ne sachant quoi dire, j'ai changé de direction pour retrouver le bon étage. Cet homme était en quête d'informations et compatissait à ma présence dans les couloirs mais ce n'était pas le bon endroit, ma sœur est à l'étage inférieur à celui-ci.
Je n'entends même pas la présence de mon frère Émile qui est entré dans la chambre. Ma main toujours dans celle d'Aura, Émile se tient à côté de moi une main sur mon épaule. Et de nouveau, les sanglots recommencent. J'entends les siens aussi. Émile lui caresse délicatement les cheveux. Il est un grand frère protecteur tout comme Sacha et moi. Je tiens à ma sœur et à mes frères comme la prunelle de mes yeux. Nos parents ne peuvent plus veiller sur nous alors nous endossons ce rôle chacun notre tour.
« Elle se réveillera ».
« Je ne lui laisse pas le choix ».
Dans un autre contexte, cette réplique m'aurait fait sourire mais pas dans ce contexte là. Dans la vie, tout arrive. Le meilleur comme le pire. C'est sans doute pour cette raison que la vie est particulière et que par moment on la déteste. Personne ne mérite ça. Aura est en train de payer les conséquences d'un concours de circonstances puisque Stormy ne l'a pas épargnée. Un bras cassé, des égratignures sur le corps qui se résorberont avec le temps mais pas les conséquences psychologiques. Nous avons déjà vécu une année difficile l'an dernier alors voir Aura dans ce lit d'hôpital m'est insupportable.
« Aura s'est vraiment bien battue ».
« Penses-tu que la situation changera ? Que ce fameux pendentif y est pour quelque chose ? ».
« Aucune idée ».
« Pardon, ce n'est pas le bon moment d'en parler ».
Je ne devrais pas en parler maintenant. Ce pendentif renferme la magie de ma sœur et il représente une grande importance aux yeux des Sorcières mais je ne sais pas pourquoi.
« Ne culpabilise pas Maé » murmure t-il pour me rassurer.
Les sanglots recommencent. Je me sens redevable de la présence d'Émile dans les environs. J'ai besoin de la présence de mon frère. Je le serre fort dans mes bras. Il ne bouge pas. Ses bras m'entourent et me réconfortent. Il a peur. Il cache ses émotions parfois et je suis contente qu'il les exprime davantage, de façon spontanée et je ne veux en aucun cas qu'il soit gêné de le faire. Aura doit s'en remettre. Je lui fais confiance pour ça. Tout le monde a confiance. Et elle est suivit tout le temps. Je pense que c'est ce qui nous rassure. Mes frères passent la voir à l'hôpital dès qu'ils le peuvent mais les cours prennent du temps. Nous suivons notre scolarité comme les autres mais l'état de santé d'Aura nous préoccupe énormément. On ne pense qu'à ça. Difficile pour nous de penser à autre chose, ce n'est pas faute d'essayer. Les choses vont être différentes après ça, je pense que Stormy prépare quelque chose, comme toujours elle se réinvente.
« Ce pendentif canalise son énergie magique. Ses pouvoirs seraient incontrôlables sans lui et ça lui rappelle maman » ajoute t-il.
« C'est la raison pour laquelle je lui ai offert ce pendentif » le coupais-je. « Pour ne pas oublier maman ».
« Laissons tomber nos recherches, les légendes. On n'a pas besoin de savoir en ce moment. Aura a besoin de nous ».
J'acquiesce ses propos. Il a raison. Tant pis pour les livres de magie ancienne, ceux qui racontent des légendes au sujet de la Lune et du Soleil. Ce n'est pas le sujet le plus important. La santé de notre sœur préférée avant tout. Toutes nos recherches sont mises sur pause. Je me demande encore pourquoi on s'est mit en tête d'enquêter au sujet du pendentif. Bref, là n'est pas la question. Je remercie mon frère du regard.
La porte d'entrée de la chambre s'ouvre et je reconnais la voix de mon autre frère.
« Toujours pas de nouvelles ? ».
« Je ne t'ai pas entendu entrer Sacha, c'est bien que tu sois là » ajoute Émile en le serrant dans ses bras.
« Elle dort depuis deux jours » dis-je.
« Ce n'est sûrement pas la dernière fois que Stormy reviendra à l'école » dit Sacha sèchement.
« Non » souffle Émile.
« Tu souhaites rester seul auprès d'elle Sacha ? ».
« Merci » répond Sacha.
Je me lève de la chaise, serre mon frère dans mes bras et lui murmure des paroles réconfortantes. Il est aussi sensible que nous. Je sais que voir Aura dormir depuis deux jours est compliqué.
Dans le couloir, Émile me sourit comme pour m'encourager. Je prends une inspiration. Le dos collé à la porte de la chambre d'Aura, nous avons tous les deux du mal à partir de l'hôpital. Notre sœur préférée est sous le choc des nombreux sortilèges de Stormy. Pourtant, Aura a parfaitement su se défendre mais lutter aussi longtemps a maintenant des conséquences.
Les rayons du soleil passent à travers les vitres du couloir, je sens la chaleur qu'ils produisent sur ma peau. Notre monde d'origine me manque. Maman me manque. Je sais qu'elle veille sur nous. Nous l'avons perdu il y a seulement un an. Un an durant lequel on a remonté la pente, je ne sais pas comment. C'est encore un mystère pour moi. Sans mes frères et Aura, je n'aurais pas réussi à garder espoir et à rester forte seule. Je ne comprends pas comment on a fait. Je pense que reprendre les cours nous a aidé. Pas le temps de se morfondre. On s'occupe l'esprit par les études et on voit du monde tous les jours. Le fait d'y penser me fait pleurer. Des larmes coulent le long de mes joues. Je tente de les atténuer en respirant lentement. Rien n'y fait. Elles dévalent le long de mes joues. Pleurer fait du bien un temps mais ça recommence plus tard. Regarder des affaires de ma sœur me fait pleurer parce qu'elle me manque. Elle va se réveiller. Pas comme Rose cet été par exemple ou maman l'année dernière. Je vois Émile dans le même état. Il pleure en silence. Et le silence devient pesant. Je n'aime pas ça. On ne parle pas. Il sait ce que je pense et inversement. Au lieu d'être seuls dans nos coins, je m'avance vers lui et le serre fort dans mes bras pour l'aider un peu à atténuer son chagrin. Il en a autant besoin que moi. Nous avons parfois du mal à exprimer nos émotions. Je peux comprendre que ce soit compliqué. Mais quand il le faut, laisser les s'exprimer. Elles doivent sortir. Ça évacue et ça fait du bien. Ne pas se soucier du regard des autres, on s'en fiche. Si pleurer nous fait du bien, il faut que les larmes sortent. Elles sortiront à un moment où un autre.
« Je sais à quoi tu penses ».
« Moi aussi » dis-je. « Ne t'en fais pas, tout ira bien ».
« La télépathie est géniale ».
« Je suis d'accord ».
Son regard a changé. Un trait d'humour en toute circonstance. C'est l'une des plus grandes qualité de mon frère. Pour changer de sujet, trouver une brèche pour atténuer la situation critique. Et il a raison.
Une infirmière passe dans le couloir sans nous regarder. Une autre la suit et nous demande si on besoin de quelque chose. Je lui dit que non. Elle nous dit qu'elle doit faire une prise de sang.
Pendant ce temps, j'attends dans le couloir avec Émile. Attendre. On ne fait qu'attendre. On souhaite un miracle, comme ceux qui sont évoqués dans les films. Dans la vraie vie, tout est différent.
« Bonjour » demande une voix que je ne reconnais pas tout de suite.
Une jeune fille aux cheveux bleus se tient devant moi.
Devant mon absence de réponse, elle veut reprendre la parole. Ce n'est pas poli de ma part de ne pas trouver une réponse à dire mais rien ne sort de ma bouche. On espère un miracle. Ils existent non ? Possible. Après tout y croire juste cinq minutes est peut-être bien. Il ne nous reste que ça. La magie ne peut pas tout résoudre. Et ça me frustre parce que la magie peut résoudre tellement de choses.
Un silence s'installe. Je ne veux pas paraitre impolie mais je suis incapable de faire des efforts pour tenir une conversation avec une jeune fille que je ne connais pas. Mon frère vient pourtant de prononcer son prénom mais je n'y ai pas prêté suffisamment d'attention. Ses attentions sont bonnes, sans aucun doute mais la situation est compliquée. Aura dort encore et je n'ai aucune idée de comment elle va réagir au réveil. Va t-elle comprendre la raison de sa présence à l'hôpital ? De toute façon, nous serons présents à ces côtés lorsque elle va ouvrir les yeux. Son regard bienveillant, son rire me manquent. Elle me manque tout simplement.
« Excuse-moi, je ne me suis pas présentée. Je suis Musa. Il me semble que tu connais Ella » dit-elle en tendant sa main pour que je la serre.
Elle est courageuse de briser le silence qui s'est installé pendant quelques secondes qui m'ont paru interminables. Je lui souris par politesse mais c'est tout. Je suis surprise d'entendre une voix douce et mélodieuse. Elle a une voix agréable, faite pour le chant je pense.
Émile est dans ses pensées et il ne faut pas attendre longtemps avant qu'il ne remarque la présence de la jeune fille suite à sa prise de parole. Voyant que je suis un peu perdue dans la conversation, Émile m'explique que Musa est la copine de Riven. Il est dans la même classe que mes frères ainsi que Raphaël. En effet. Cela explique pas mal de choses.
« Musa est une fée. Elle est scolarisée à l'école voisine à la tienne comme Ella, il me semble qu'elles sont dans la même classe » ajoute t-il.
« Bonjour » finis-je par répondre.
« Comment va t-elle ? ».
« Son état est stable mais elle dort toujours » répond mon frère. « Merci d'être passée Musa, c'est gentil ».
« C'est toi qui chantait dans ce bar l'autre soir aussi ? » dis-je en comprenant enfin en entendant son prénom. « Ta voix est envoutante, j'espère que tu comptes développer ce talent ».
« Merci beaucoup je fais tout pour, en parallèle de mes études de magie » répond t-elle visiblement touchée par mes paroles.
« Attend, tu connais Ella ? » demandais-je.
« Oui nous sommes dans la même classe » dit Musa. « Il me semble que ta sœur et Ella se connaisse bien alors je me suis permise de venir demander des nouvelles. J'espère que tu ne le prends pas mal » dit-elle doucement.
« Pardon je n'ai pas fait le rapprochement » dis-je doucement.
« Aucun soucis » dit-elle.
« Et merci, c'est vraiment gentil de passer la voir. Mon autre frère est dans la chambre ».
« D'accord » me sourit-elle.
« Ella ? » réussis-je à reconnaitre au bout du couloir. « Tu es venue ».
Je ne pensais pas la revoir de sitôt, du moins pas dans ces tristes circonstances. Pas quand ma sœur est allongée sur un lit d'hôpital plongée dans le sommeil pendant une durée indéterminée.
Je suis contente de pouvoir compter sur Ella. Son regard dérive vers moi avec bienveillance. Ma sœur a besoin de son soutien. Je connais Ella depuis de nombreuses années.
« Tu n'es pas fâchée contre moi ? » dit-elle hésitante.
Je ne suis pas là pour alimenter quoique ce soit. Ella est présente parce qu'elle a su pour Aura et elle veut lui apporter son soutien. Elles étaient amies d'enfance et le temps s'est installé dans cette relation amicale. Elles étaient comme les deux doigts de la main. Il faut dire que la perte de Margaret fut difficile, celle de Rose cet été et celle de notre mère aussi l'an dernier. Ces derniers temps ont été compliqués. Deux années horribles. Il a fallut du temps pour comprendre la situation et appréhender un futur meilleur, ce qui en soit ne peut être pire.
Je regarde Ella qui tient un joli bouquet de fleurs dans la main. Elle dégage un parfum délicat que je peux sentir de là où je me trouve. C'est une gentille attention.
« Ne dit pas de bêtises, sans ton intervention, qui sait ce qu'il se serait passé pour vous deux. Une chance que tu aies été dans les parages » dis-je en prenant ses mains dans les miennes.
« C'est elle qui a fait tout le travail. Elle a été incroyable ».
« Je refuse de la perdre » dis-je la voix tremblante.
Je sens la présence bienveillante de mon frère derrière moi. Mes yeux sont rouges à force de pleurer. Je tente de refouler les autres larmes qui menacent de franchir la barrière de mes yeux. Laisser exprimer ses émotions tu parles.
« Vous êtes encore là ? » dit mon autre frère.
Je l'ai un peu oublié à force d'être dans mes pensées puis Ella est arrivée et nous avons discuté un peu. Sacha referme la porte en faisant le moins de bruit possible. On ne sait pas si Aura est réellement consciente des bruits aux alentours ou si elle n'entend rien. Pour le principe, on fait attention. En tout cas, ce sont les deux plus mauvais jours de mon existence. Ça le sera jusqu'au réveil de ma sœur.
« Tu lui as parlé ? » demandais-je.
« Oui » répond Sacha.
L'attente. Je déteste ce mot. Nous sommes encore dans cet hôpital depuis ce matin et je n'ai aucune idée de l'heure qu'il est. Aura dort depuis deux jours et j'ai l'impression de ne vivre que pour ça. Attendre un geste. Aussi minime soit-il mais au moins révélateur d'une amélioration de son état. Je ne pensais pas que ce serait aussi long. Les secondes semblent durer des minutes et les minutes des heures.
« Elle t'entend ».
« Je ne sais pas » regarde t-il dans le vide.
« Il vaut mieux y croire ».
« Merci » me dit-il en me donnant un mince sourire.
On a échangé avec le médecin qui s'occupe d'elle. Il est conscient qu'attendre est insupportable pour nous mais son optimisme à propos du réveil d'Aura nous donne de l'espoir. Un espoir minime mais ça en est un quand même. Une raison de plus de ne pas pleurer en n'ayant aucune chance de guérison pour elle. Cette nuit sera moins difficile que les précédentes.
« Bonjour Ella, bonjour Musa » dit mon frère. « Je ne nous avez pas vu directement ».
« Pas besoin d'excuses, je comprends. Comment vous allez et comment va t-elle ? ».
Au final, je ne lui ai demandé aucune nouvelles. Je m'excuse du regard. Ce n'est pas très poli de ma part de ne pas avoir été avenante. Pour être honnête, je n'en ai pas eu envie.
« On fait comme on peut » dit-il sans savoir quoi répondre.
Qu'est-on sensé répondre dans ce type de cas ? Aucune réponse ne me semble correcte. Un haussement d'épaule, c'est tout. De toute façon, je n'ai pas envie de réfléchir.
Je vais passer la nuit auprès d'elle. Je tiens à suivre l'avancée de son état. Prendre des nouvelles. Personne ne m'attend à l'école. Si je dois affronter le plafond du regard, autant que ce soit celui de la chambre de l'hôpital aux côtés de ma sœur. J'ai besoin d'elle.
« Nous allons vous laisser » dit Ella en regardant Musa.
Avant qu'elle ne perte, elle me tend le bouquet de fleurs que je hume comme un réflexe. L'odeur est agréable et me fait penser à autre chose qu'à un établissement hospitalier pendant deux secondes. Deux belles secondes. Merci Ella. J'espère qu'Aura pourra les sentir bientôt.
« Merci Ella et merci Musa, j'aurai aimé te rencontrer dans d'autres circonstances ».
Elle s'éloigne avec Musa en me disant que c'est normal d'avoir rendu visite à son amie d'enfance même si elle est restée avec nous.
Je suppose que l'histoire a fait le tour de l'école. Je ne me vois pas en train de répondre aux questions que beaucoup d'élèves se posent ni à me justifier. Je ne veux pas me justifier.
Le dos collé au mur de la chambre, je regarde mes frères qui s'apprêtent à partir.
« Envoie nous un message dès qu'il y a du nouveau » me dit Sacha.
« Et vous dès que vous rentrez à l'école ».
« Jamais assez de câlins » dit-il en me donnant un sourire lorsqu'il me serre dans ses bras.
« Je vous aime ».
« Nous aussi Maé » murmure t-il.
Je respire profondément avant d'entrer dans la chambre. Plongée dans le noir, j'allume une lumière près de la salle de bain afin d'y voir un peu plus clair. Être seule avec elle dans un silence de plomb est étrange. Rare sont les fois où ça m'est arrivée.
Je mets les fleurs d'Ella dans de l'eau. Elles donnent une autre atmosphère dans la chambre. Une touche de couleur dans une pièce blanche. Lorsque ses yeux se rouvriront, elle verra au moins quelque chose d'autre que le blanc de la pièce. Elle se posera pleins de questions dont elle voudra des réponses mais je doute que ce soit le moment d'y penser.
Le silence devient pesant au bout de quelques heures. Je n'entends que la respiration lente de ma sœur. Sa poitrine descend et monte doucement.
Ne pas se morfondre. Rien n'est joué.
Respire.
Oublie qu'il s'agit d'une chambre d'hôpital. Oublie le reste.
Regarde la dormir paisiblement.
Elle est tranquille. Rien ne semble la déranger.
L'aiguille de l'horloge bouge si lentement. J'ai envie d'accélérer le temps.
Impossible, évidemment.
Le sommeil prend le dessus à trois heures du matin. Je m'évade dans un monde imaginaire quelques heures. Le temps de ne penser à rien. Plus au quotidien en tout cas et parfois, ça fait du bien. Oublier le quotidien un moment, moment peut être égoïste parce qu'on a de la peine, supporter le quotidien devient compliqué. Je m'en fiche si personne ne le comprend. Personne ne peut le comprendre. Il faut malheureusement le vivre. Triste constat je suis d'accord.
Mon rêve est basé sur ma sœur. Il est paisible. Elle rit, sourit et cours sur la plage à mes côtés pendant que nos frères sont en train de se baigner. Je suis sûre qu'ils rient aussi. Ils profitent du moment présent. Sans contraintes. Sans culpabilité. La journée est belle, le soleil brille et il fait chaud. Une belle journée entre nous.
C'est le sommeil le moins réparateur que j'ai eu. La tête contre le bras de ma sœur, le dos courbé n'est vraiment pas la position la plus confortable. Les rayons du soleil inondent la pièce. Je ressens la chaleur dans mon dos.
En me levant de la chaise sur laquelle j'ai dormi, je m'étire comme un chat. Je remarque que l'infirmière a changé la poche d'hydratation de ma sœur. Elle a prit soin de ne pas me réveiller afin de me faire quitter la chambre. Je la remercie en silence. Je ne me souviens pas avoir entendu du bruit cette nuit.
Un plateau est posé sur la petite table. Un thé fumant attire mon regard. Je porte la tasse à mes lèvres et la boisson chaude au citron me réchauffe le corps et me réconforte un peu. J'en bois trois gorgées avant de reposer la tasse.
C'est le quatrième jour. Je me demande encore combien de temps il va falloir attendre pour qu'elle se réveille.
Je regarde mon téléphone et plusieurs messages de mes frères m'interpellèrent. Ils sont bien rentrés à l'école et ont repris les cours aujourd'hui. Ils veulent passer ce midi. Je prends quand même la peine de répondre à chacun et les rassure de la situation. Je me surprends à leur raconter mon rêve de cette nuit. Étrange peut être mais j'ai besoin d'échanger quelques banalités avec eux.
Mes frères sont venus à l'heure de midi et l'un a envisagé de passer la nuit dans la chambre, histoire que j'aille me reposer à l'école. Il y tient et je ne peux refuser.
Je demande juste à Émile de me tenir au courant si quoique ce soit évolue. Et s'il a besoin de discuter un peu. Mon frère approuve mes paroles. S'il y a un problème, je viens le rejoindre au plus vite. Il acquiesce.
En quittant la chambre de ma sœur, je serre une nouvelle fois Émile dans mes bras. Dans les couloirs, nous marchons en silence. Seul les bruits des chariots du personnel hospitalier résonne. On dirait que tout est mis sur pause quand on est à l'intérieur, rien ne nous préoccupe plus que ce qu'il se passe ici qu'à l'extérieur. En sortant de l'hôpital, je demande à Sacha de se montrer prudent sur le chemin de l'école. J'attends qu'il entre dans son école avant de poursuivre mon chemin. Il me sourit avant de pousser la porte de l'établissement. Je dois retourner en cours demain.
Cinq jours.
Je lis le message d'Émile. Sa nuit a été longue. Il n'a pas réussi à fermer l'œil. Les infirmiers ont une nouvelle fois fait une prise de sang. On attend les résultats dans la journée. Je ne sais pas si ce nouvel examen va changer quoique soit.
C'est déjà la fin de la semaine. Ma sœur est entre ces quatre murs depuis une semaine.
Les cours de la journée sont passés vite. Je n'ai pas vu le temps passer. Sacha a eu raison de me dire qu'aller en cours allait m'occuper l'esprit quelques heures. Penser à autre chose qu'à l'état de santé de notre sœur.
Je suis encore dans ma chambre lorsque mon téléphone sonne. En voyant le numéro de mon frère je décroche tout de suite.
J'entends la voix rauque de mon frère.
« Aura s'est réveillée ».
