Playlist
« Medecine » Harry Styles
« Rainbow » Kacey Musgraves
« Writing's on the wall » Sam Smith
« You and me » Niall Horan
« Love » Imagine Dragon
« Somewhere only we know » Keane
Chapitre 15
Point de vue de Raphaël
« Moi aussi » dis-je un mince sourire aux lèvres.
Léa est une petite fée adorable, attentionnée et soucieuse des autres. Elle s'est toujours montrée bienveillance à mon égard. Je suppose que c'est en partie pour ça que l'on s'entend bien. Léa veille très bien sur les autres.
Je ne comprends pas tout à fait la raison de sa venue, même si j'ai ma petite idée. Il est tôt. La plupart des élèves se réveillent, d'autres sont cours depuis une heure. Je commence ma matinée par du sport.
Léa est assise sur le haut du casier. Elle regarde le sol avec une moue triste collée au visage. Sa réaction est un peu surprenante car elle n'est pas concernée dans cette histoire. C'est moi qui ait rompu avec Ella. J'apprécie que Léa ait pris la peine de se déplacer jusqu'à l'école. C'est gentil de sa part. Léa ne doit pas se sentir triste. Je sais qu'elle s'inquiète pour sa fée mais pour moi, je ne m'y attendais pas forcément. Je veux bien croire que la nouvelle n'est pas facile. Il faut tout de même l'accepter. L'accepter. Je crois que ce mot va rester en travers de ma gorge. C'est ainsi, même si ça fait mal. Au fond de ma conscience, je sais bien que ce n'est pas la bonne solution. Je dois trouver une solution pour m'excuser auprès de ma copine. Rester dans mon coin, silencieux n'est pas correcte. Penser à elle m'arrache le cœur. Ella fait partie de ma vie. Sans elle, il manque forcément une pièce du puzzle. Une pièce importante du puzzle tout de même. Mes amis sont essentiels dans ma vie et avec Léo, on s'est dit qu'une fille ne doit pas se mettre au travers de notre amitié. Tout dépend du motif évidemment mais l'amitié doit-elle passer avant tout ? Je suis partagé sur la question. Toutefois, ça mérite une réflexion.
Avancer ? Comment y songer lorsque notre cœur est lourd, quand se lever le matin devient compliqué, quand on regarde sans cesse notre téléphone en quête d'un message sur la boite vocal, d'un appel manqué ou d'un message ?
Accepter ? Pas quand on pense tout le temps à la personne. Ça en devient une obsession. Sans elle je me sens vide. Beaucoup de sentiments contradictoires me traversent l'esprit. J'ai le regard vide. Je ne veux rien faire. Les photos me donnent envie de pleurer. Regarder nos anciens messages me fait de la peine. Je ne peux pas non plus me résoudre à supprimer son numéro. Même faire ça, je n'y arrive pas.
Je me surprends à être presque dépendant d'une personne, dépendant de ses sentiments qui me font sentir unique. Dès que son regard s'est posé sur moi en première année, tout a changé.
« Attention, c'est une Princesse ».
« Elle ne te regardera pas longtemps ».
« Si elle t'accorde de l'importance, ce sera temporaire ».
« Une fois qu'elle t'aura quitté, tu auras mal ».
« Es-tu prêt à supporter les rumeurs ? Les non-dits ? Les jugements ? ».
Au diable les jugements hâtifs, les avis non fondés et les regards des autres. J'ai aimé Ella dès le premier jour. De toute façon, les étiquettes à mon sujet ont commencé assez tôt en disant que notre relation ne durerait pas. Je déteste ça. Je n'ai jamais compris le besoin des gens a me dire ce genre de choses. En fait, ça ne se fait pas. Chacun son avis mais tant que je suis bien au sein de ma relation, tout va bien. Non ? Ou je me fais des idées ?
Avec Ella, on s'est expliqué sur le sujet. J'en ai ressenti le besoin. C'est étrange. Jamais je me suis sentie obligé de me justifier. En tout cas, Ella l'a bien compris et au fur et à mesure de la discussion, elle m'a expliqué que rien ne modifierai nos sentiments respectifs, que nous sommes deux étudiants comme tous les autres et que nous avons une histoire à écrire ensemble. L'entendre le dire m'a conforté dans notre relation.
« Léa » murmurais-je en me mettant dos aux casiers.
Son regard change. Ses yeux ne pleurent plus. Son visage est moins rouge à cause des larmes. Voir Léa dans cet état est nouveau pour moi, je ne me souviens pas l'avoir vu pleurer auparavant. Je lui murmure ces paroles avec toute la bienveillance que je peux lui donner. En aucun cas, elle doit être triste. Je regarde s'il y a une autre personne dans les couloirs, nous ne sommes que deux. Je tends mes mains pour que Léa se pose au creux d'elles. Un mince sourire se dessine sur ses lèvres.
« Je devine ce que tu penses » dit-elle en essuyant ses larmes du revers de la main. « Je suis la minie fée de ta copine. Je n'ai pas d'avis à avoir. Ma présence dans les couloirs n'est pas logique. Seulement, je te connais et on s'entend bien. Depuis longtemps. Tu as des qualités humaines, tu es quelqu'un de vraiment bien alors ne laisse pas les gens en douter. Tu n'es pas que le copain de ma fée à mes yeux. Si d'autres personnes ont ce ressenti, ce n'est pas le mien. Tu fais autant partie de la vie d'Ella que de la mienne. Il fallait que tu sois au courant. Tu as eu la gentillesse de ne pas avoir cessé de me parler lorsque votre relation s'est terminée, tu l'as soutenu lors de la perte de sa sœur et tu as été rassurant à mon égard ».
Je ne sais pas quoi répondre à sa réplique. Je ne m'y attendais absolument pas. Ce que Léa me dit me fait plaisir, je ne me vois pas couper les ponts d'un coup avec elle, enfin c'est une amie on peut dire ça. C'est une minie fée adorable. Ses mots ont une importance pour moi. Les entendre est quelque chose d'un peu surprenant pour moi. Je lui renvois son sourire. Au lieu de me prendre une vague de reproches, d'injures j'ai récolté une vague de chaleur agréable.
Le regard de Léa se pose sur moi avec bienveillance. J'ai l'impression qu'elle ne m'en veut pas. Étrange. J'ai brisé le cœur de sa fée. Pourtant, Léa est à mes côtés, à me dire des paroles réconfortantes.
« Merci » murmurais-je touché par ses propos.
« Raphaël » appelle une voix que je connais bien, c'est celle d'Émile.
« Bonjour Léa, tu vas bien ? ».
« Bonjour Émile, oui merci » sourit-elle.
« Désolé d'interrompre votre discussion mais on doit aller en cours. À la salle de boxe, c'est mon frère qui va t'entrainer ce matin » dit Émile en pointant le doigt vers la salle de sport qu'on aperçoit.
« J'avais oublié ».
Je dis au revoir à la minie fée tout en étant méticuleux sur les paroles prononcées. Je ne veux pas paraitre impolie mais il ne faut pas se faire de faux espoirs. Rien n'est joué. Et de toute façon, je ne sais pas si recoller les morceaux entre nous est une idée réalisable. J'en meurs d'envie sauf que cela ne dépend pas que de moi. Je remercie intérieurement Émile d'avoir coupé cours à la conversation avec Léa. Je l'aime bien. Là n'est pas le problème, sa présence me rappelle que Ella est dans l'école voisine. Et je n'ai pas envie de m'étendre une nouvelle fois sur le sujet. J'ai pensé à lui envoyer un message hier soir. J'y ai renoncé au dernier moment. À la place, je suis partie courir autour de l'école.
Ce matin, c'est entraînement de boxe. Sacha est le meilleur. Il a une technique qui a impressionné le prof. Alors il le laisse entraîner les élèves qui le souhaitent. Sacha préfère s'entraîner avec son frère en général car il est très bon en boxe aussi. Sa technique est basée davantage sur la défense, le prof a été surpris et impressionné par le niveau de ces deux élèves dans la discipline. Dans les vestiaires, je me change rapidement car je suis un peu en retard suivi d'Émile. J'enfile un t-shirt, un short et mes chaussures de sport. Près du ring, j'attrape une paire de gants. Le prof nous indique les consignes au tableau. Des exercices sont proposés mais on peut les adapter. La salle est disposée de la façon suivante, quand on arrive, il y a les vestiaires et des sanitaires à côté. Quant à la salle, il y a quatre rings, la salle est carrée. Les équipements datent un peu.
Je salue Sacha qui m'informe que c'est lui qui m'entraine ce matin. Il prend une paire de gants qu'il enfile sans problème.
Je me mets face à Sacha qui semble en forme aujourd'hui. Un mince sourire se dessine sur ses lèvres, il m'indique que l'on peut commencer. Je lui souris doucement à mon tour. Il m'indique et m'explique les positions à prendre. Lui est droit, les poings devant le visage près à se défendre d'une attaque mais qu'il se rassure, je ne vais pas frapper très fort pendant ce cours.
Sacha frappe le premier. Je me défends aussitôt. Pour une fois que mes réflexes sont en accords. Je suis meilleur avec un arc et des flèches. Mais on essaye d'être à peu près bon dans tous les domaines. Je me concentre sur ses consignes. La boxe est un sport qui me détend lorsque je suis sur les nerfs. Taper dans un sac, ne penser à rien d'autre que nos gestes envers ce sac vide la tête. En ce moment, j'essaye de travailler ma technique et les efforts payent. Par contre, je ne vais pas proposer un combat contre Émile et Sacha car je serais mis K.O en deux coups et envoyé à l'hôpital. Non merci.
Je continue de taper dans les gants de Sacha. Il suit mes mouvements qui ne sont pas très rapides. J'essaye de faire correctement les consignes qu'il me dictent. Je l'écoute une fois sur deux et évidemment j'ai un visage en particulier en mémoire et c'est compliqué pour moi de faire abstraction. Et pourtant j'en rêve car cette histoire me hante l'esprit.
« Raphaël ».
Sacha doit se poser la question de pourquoi est-ce que je ne le regarde pas. Je fixe un point au fond de la salle. Ma respiration est lente. Mes gants sont toujours sur mes mains, j'essuie mon front chaud à l'aide de mon poignet. Sans prétexter un regard aux autres, je regarde encore ce point au fond de la salle. Je me demande pourquoi il attire autant mon attention.
Je me rends compte que je ne suis pas le seul à avoir de l'affect, voire à souffrir dans l'histoire. Ce n'est pas comme si Ella et moi avions rompu pendant une dispute ou comme si j'avais prononcé des mots qui ont dépassé ma pensée. Non. J'ai rompu en sachant que les conséquences seraient difficiles. Les ruptures ne sont jamais simples. Dire que j'ai regretté cette décision aussitôt et je me demande encore pourquoi j'ai rompu. Je mets mes mains entre mon visage et soupire. J'ai la sensation de me prendre une gifle à la figure dont la trace sera indélébile. Et ça fait mal. Je sens presque les larmes couler.
« Raphaël ? » répète t-il.
« Oui » dis-je en secouant la tête.
Comme si secouer la tête allait me faire revenir dans la réalité: le cours de boxe. Les autres élèves continuent de taper dans les poings de leur adversaire. Émile est sur le ring d'à côté, je sens que son regard se pose sur moi. Il continue ses mouvements face à son adversaire.
Je demande à Sacha si je peux aller boire de l'eau aux sanitaires une minute. Il accepte sans attendre de justification de ma part. Je jette les gants de boxe dans un coin du ring.
Les toilettes ne sont pas loin de la salle, il suffit de traverser les vestiaires et c'est à côté. La fraîcheur des sanitaires me fait du bien. Je commençais à ne pas me sentir bien sur le ring. Je ne me suis pas assez concentré sur l'exercice demandé par Sacha. Mes pensées négatives ont prit le dessus et je me suis trouvé en difficultés. Je passe de l'eau sur mon visage afin d'enlever les traces de transpiration. Les gouttes mêlées à la sueur ruissellent mais il n'y a pas que ça, sans que je ne m'en rende compte, les larmes coulent le long de mon visage lorsque je me regarde dans le miroir au-dessus du lavabo. Les joues rougies par l'effort, mes yeux sont rouges à cause des larmes. Jamais je ne me suis vu comme ça. La rupture ? Je ne vois pas autre chose. Je me repasse de l'eau sur le visage, un peu aussi sur mes cheveux bruns, m'essuie rapidement les mains et repars en direction du ring. L'eau s'est déjà évaporée. Je vois un Sacha intrigué.
« Tu vas bien ? » me demande t-il en retirant ses gants et en descendant du ring.
« Je... Non ».
Sacha s'assoit à côté de moi sur le banc en face du ring et frotte doucement mon dos. Sa présence me rassure. Je n'arrive pas à sécher mes sanglots. Je n'ose pas pleurer et ce n'est vraiment pas l'envie qui me manque. La sueur dégouline le long de mon front, comme si je pleurais alors que ce n'est pas le cas.
Émile a rejoint son frère et ils échangent un regard. Je ne comprends pas leur langage fraternel. Mon voisin se lève et part discuter un peu avec son frère. Ils connaissent ma situation actuelle mais je ne veux pas qu'ils s'inquiètent. Je suis responsable de mes actes. Pourtant, je suis vulnérable et je ne me souviens même plus de la fois où j'ai pleuré en public pour la dernière fois. Si lorsque j'étais enfant. D'ailleurs, ce souvenir douloureux me frappe en plein visage. J'ai travaillé dur, j'ai pris du recul sur la vie, j'ai été concentré sur les cours afin d'avancer, de remonter la pente. Ça a fonctionné mais la rupture avec ma copine a ravivé ça.
« On arrête le cours pour aujourd'hui » annonce le prof.
J'entends Émile qui se dirige vers moi. Il me tend la main pour m'aider à me relever. Je le regarde reconnaissant de son geste. Il m'accompagne jusqu'aux vestiaires où l'on se dirige vers les douches, individuelles par chance. Je prends ma douche en dernier. J'ai envie de m'asseoir sur le carrelage froid et de laisser l'eau chaude me tomber dans le dos et sur la tête. L'eau chaude me fait du bien.
Le sentiment de dépression prend possession de mon âme et mon corps est en train de suivre.
Se voir les yeux rouges, le visage tiraillé, sans motivation concrète me fait un peu peur. Disons que ça m'intimide un peu. Et je refuse de voir la vérité en face, je souffre d'une rupture que j'ai causé. Ironique. Pour que ça me ronge, il faut que j'aille voir Ella, que je m'excuse et que je lui dise que cette rupture est la pire idée du siècle. De plus, j'ai lu des rumeurs farfelues à mon sujet dans la presse. Je n'ai jamais voulu ça. Étant donné qu'Ella est une Princesse, la presse prend plaisir à raconter des faits non fondés. Lire ces papiers m'a fait mal parce que je connais la vérité. Eux ne font que relayer des informations déformées sans se préoccuper des conséquences.
Je termine ma douche. Un plan se construit dans ma tête mais je l'élimine au plus vite. La spontanéité. Une fois séché, je mets une chemise bleue propre que je ne ferme jamais jusqu'en haut, un sous vêtement propre et j'attrape mon téléphone pour écrire un message à mon meilleur ami Léo. J'enfile ensuite un pantalon noir et ma paire de chaussure.
Je me dois de rattraper mon erreur monumentale, je vais voir Ella pour m'excuser et discuter si possible. Si elle accepte. J'ai peur. Je n'ai plus grand chose à perdre. Il faut que je sois spontané.
Je dépose mes affaires dans la chambre et repars dans le sens inverse. Je redescends les escaliers et arrive à l'extérieur de l'école. Si un surveillant me voit, je suis bon pour deux heures de retenue et une convocation dans le bureau du directeur.
« Crois-tu que ce soit une bonne idée ? ».
Sa voix me fait sursauter. Léo aurait pu répondre à mon message au lieu de me faire peur. Je mets ma main sur ma bouche afin d'étouffer mon cris de surprise. Il me regarde avec un air sérieux. Il aurait été capable de rire en voyant mon visage surpris de sa présence à cette heure si tardive. Dans les couloirs, il n'y a personne que nous. Léo est mon meilleur ami. Il me connait très bien, je le considère comme un frère. Nous venons du même monde. Savoir qu'il me soutien me touche parce qu'il n'est pas obligé. Il pourrait prendre partie. D'un côté, je n'aurai pas eu mon mot à dire. Il respecte mon choix, aussi mauvais soit-il. Sauf que cette rupture est une absurdité, une erreur que je n'aurai pas dû commettre. Discuter avec Ella aurait été une meilleure idée, laisser passer du temps au moins et discuter ensuite. C'est plus logique. Voilà que mon esprit devient connu, je ne sais plus ce que je pense ni ce que je dis.
Léo relève son regard dans le mien. Je ne sais pas si c'est rassurant mais je ne suis pas sûr de moi. Mon corps tremble un peu, mes joues rougissent et je sens ma gorge se serrer. J'ai presque envie de rire tellement la situation est pathétique. Je reprends le contrôle de mon souffle afin de formuler une phrase correcte.
« Aucune idée ».
« Tu ne veux pas en discuter avant ? Je peux t'accompagner jusqu'à chez elle demain sans problème, tous les deux sans les autres si tu le souhaites ».
Léo me regarde avec bienveillance. Il est toujours près à aider son prochain. C'est drôle parce que je me souviens de la fois où son ancienne copine a refait son apparition. Elle vient de notre monde. Je suis vraiment étonné que Léo ait eu des sentiments envers elle parce que son caractère est juste exécrable. Elle est hautaine et son égo est énorme. Sa réapparition après quelques temps tranquille, Léo a été surpris et je ne parle pas de Bloom qu'il fréquentait à ce moment là. Il m'avait fait part de ses craintes. Normal. Une chance que la situation se soit arrangée. Léo ne se sentait pas fier de la situation. Je l'ai un peu aidé à apaiser les tensions. Bloom a bien compris que les sentiments de Léo envers elle étaient honnêtes et que s'inquiéter n'était pas utile. Léo a discuté des heures avec Bloom et les efforts ont payé.
Je ne sais pas pourquoi j'y repense encore, surtout maintenant. Insensé. Mes membres sont comme figés, impossible d'avancer un pied devant l'autre. J'ai l'impression d'être un pantin que l'on s'amuse à bouger comme bon lui semble sans qu'on ne lui demande son avis. Résultat, je me trouve devant mon meilleur ami, devant l'école en pleine nuit sans savoir quoi dire car les mots me manquent. Je me sens comme inutile. Je ne me suis jamais autant torturé l'esprit. Pour des sentiments honnêtes et réciproques envers une personne qui est dans ma vie depuis je crois trois ou quatre ans.
Mon meilleur ami s'approche de moi, pose sa main sur mon épaule.
« Je ne te souhaite pas bonne chance alors » me dit-il en me donnant un clin d'œil.
À ses mots, je m'éclipse dans la nuit noire. Tant pis pour les conséquences. Je me dirige vers le monde ensoleillé, celui où le soleil ne se cache que la nuit pour laisser place à la Lune. C'est elle qui veille sur moi ce soir.
Je sais que cela est risqué. Je risque assez gros auprès de l'école si mon absence est remarquée. Je peux compter sur Léo pour ne rien dire.
Je respire profondément avant de frapper à la porte de chez Ella. J'ai peur. Mes mains sont moites et tremblantes. Savoir si c'est une bonne idée ou non n'est pas facile mais je m'en fiche un peu. Je suis devant sa porte. Il faut que je sache. Mon esprit s'est assez torturé comme ça.
Je toque à la porte une première fois sans réponse. Entrer n'est peut-être pas raisonnable alors j'attends un peu avant de toquer à nouveau contre la porte. Celle-ci s'ouvre légèrement, comme si elle était mal fermée et qu'une faible pression sur elle peut la faire s'entrouvrir. J'hésite un peu. Je jette un rapide coup d'œil pour avoir la certitude que personne ne se trouve derrière.
« Bonsoir » murmure une voix féminine.
« Bonsoir Madame » répondis-je en devinant qu'il s'agit de la mère de ma copine.
« Je suis étonnée de te voir ici ».
« Je... ».
« Ne t'excuse pas d'être ici » rit-elle en descendant les escaliers.
J'avoue me sentir légèrement mal à l'aise, pas dans le mauvais sens du terme. C'est la maman de ma copine. De façon inconsciente, je me sens un peu intimidée. Ayant perdu ma mère bien plus jeune, je manque parfois d'une figure féminine qui me remettrait sur le droit chemin de temps en temps. Bref, je m'égare. Luna impose le respect. Elle ne juge pas les gens. Elle incarne le calme et le dialogue. Je lui ai déjà parlé de la perte de ma mère. Je n'en parle vraiment pas beaucoup. Son regard s'est posé sur le mien, elle m'a remercié de lui accorder sa confiance sachant que ce n'est jamais facile de parler de la perte d'un être cher. Ses mots ont été rassurants. Elle n'a pas connu ma mère mais le portrait que j'en ai fait lui a fait sourire. Elle m'a certifié que ma mère serait fière de l'homme que je suis devenue.
En y repensant, l'émotion commence à monter. Je sens que les larmes montent et humidifient mes yeux. Luna me regarde toujours. Elle s'approche de moi. C'est elle qui brise le silence qui s'est installé depuis tout à l'heure. Dans ces moments là, je ne suis pas bavard. Ne sachant pas quoi dire d'une part et d'une autre part, je veux me faire discret. J'ai quand même quitté et brisé le cœur de sa fille. Ce n'est pas commun de ressentir une quelconque forme de compassion envers celui qui a causé la tristesse de son enfant. C'est pourtant ce qu'il se passe.
« Depuis le temps que je te connais Raphaël. Tu devrais savoir que je ne te juge pas. Ce qui s'est passé entre toi et ma fille reste entre vous. Je mentirai si je te disais que les couples ne se disputent pas. Ce serait contraire à moi et à mon mari. Nous savons que c'est et Ella en a souffert. C'est ce que nous regrettons le plus ».
Je devine l'émotion sur les derniers mots de Luna. C'est une femme forte, Ella me le disait toujours. Que rien ne peut la rendre triste hormis faire de la peine à sa famille. Luna regarde ailleurs, pour éviter de montrer sa peine. Les parents s'inquiètent toujours pour leur enfant. Difficile pour eux de paraitre bien devant leur yeux lorsque au fond d'eux, le cœur est éteint ou brisé parfois. Il faut sourire parce qu'un enfant demande de l'attention, des soins et il faut se montrer fort pour eux.
Ella m'en a déjà parlé plusieurs fois, les disputes de ses parents. C'est ce qui lui fendait le cœur à chaque fois qu'elle rentrait ou partait de chez elle pour retourner à l'école. Les disputes lui rappellent à quel point un couple peut être fragile parfois. Sa bonne humeur masque tout ça car on ne s'en doute pas. Elle parle de ses parents comme des modèles. Les disputes ne sont qu'une ombre sur le tableau. Et je peux concevoir ça. Protéger ses parents fait partie de ses priorités et elle a balayé les disputes. Sa bonne humeur devait être un trait de sa personnalité qu'elle voulait montrer en premier chez elle. C'est vrai que ce trait m'a tout de suite plu chez elle.
« Merci » dis-je presque ému par ses propos. « Vous ne m'avez jugé et pourtant j'ai brisé le cœur de votre fille ».
« Ma fille a son caractère. Ne t'arrête pas à ça parce que ton cœur est brisé aussi. Si tu viens ici c'est parce que tu souffres et ce n'est pas facile à faire » me sourit-elle doucement.
« Il est vrai » admis-je. « Je suis aussi venue m'excuser auprès d'elle, tenter de me justifier ne sert à rien je pense mais au moins lui dire que je regrette ma décision. À elle de voir si elle souhaite me reparler ou non ».
« C'est une bon début mais je te préviens quand même, elle est rentrée tard hier soir. Ella est sortie avec une amie de longue date et ont bu quelques verres ensemble. Elle a dormi une bonne partie de la journée mais à toi de voir si tu souhaites la voir. Je pense qu'elle est réveillée ».
Je hôte la tête en connaissant les conséquences si jamais Ella réagit mal à ma venue, surprise je l'avoue. Je respire profondément avant d'entrer dans la chambre. Je jette un coup d'œil pour savoir si elle dort ou non. Au quel cas, je laisserai la lettre que je tiens dans les mains. J'ai peur que ma nervosité ait fait en sorte d'humidifier le papier à cause de mes mains. Une odeur d'alcool plane dans l'atmosphère et je refuse de l'admettre immédiatement qu'elle ait pu boire, pas seule en tout cas. Ce n'est pas son genre de boire. Cette éventualité me fait peur. Ella est allongée sur son lit. J'entends sa respiration lente et calme, ça me fait du bien de savoir qu'elle est en sécurité. Même si je ne peux voir son visage. Je me sens ridicule de me trouver dans sa chambre. Elle va se réveiller et prendre peur si elle voit ma silhouette dans la pénombre. En plus, des dizaines de bougies sont allumées. C'est l'une de ses habitudes favorites. Les petites flammes donnent une atmosphère chaleureuse et conviviale, romantique aussi. Sauf que le contexte ne l'est absolument pas. Et je le regrette un peu. Ne sachant pas quoi dire, je dépose quand même la lettre sur une petite table en faisant le moins de bruit possible afin de ne pas la déranger si elle dort. Une fois fait, je me dirige vers la sortie. Sans compter sur le faible son qui me fait stopper net, le son de la voix d'Ella.
« Raphaël ? ».
