Playlist
« Part II » Paramore
« Salted wound » Sia
« The reason » Hoobastank
« Somewhere I belong » Linkin Park
« Bring me to life » Evanescence
« Take my hand » Simple plan
Chapitre n°17
Point de vue d'Aura
« Ai-je le choix ? » dis-je exaspérée comme s'il n'y avait pas une autre solution.
« Oui, on a toujours le choix » répond Maé directement.
« Pas cette fois ».
« Arrête toi une minute, nous ne sommes pas en exercice Aura et tu n'as pas un train à prendre ».
« Accepter cet affront n'est pas anodin et peut-être que ça réglerait les choses ».
« C'est l'idée la plus stupide, la plus improbable que j'ai entendu ».
« Dis-le » dis-je plus ferme en essayant de retenir mes larmes.
« Depuis que maman est partie oui. Il faut que tu l'entendes et si ce n'est pas moi qui te le dit, ce seront nos frères ».
« Tu m'aideras ? ».
« Je... » dit Maé en riant un peu. « Tu sais très bien que oui, je serais une mauvaise sœur mais sache que les heures de travail ne seront pas comptées ».
Maé a assez mal pris le fait que j'accepte le duel avec Darcy. Elle est une sorcière sournoise et manipulatrice au possible alors ce ne sera pas facile mais ma sœur m'a promis de m'aider. Je sais que je ne dois pas compter mes heures. Si j'ai accepté c'est pour une raison, maman. Elle est partie l'an dernier et la cicatrice ne sera jamais comblée, à mon grand regret. De toute façon, sa présence me colle encore à la peau. J'ai l'impression de la voir dès le réveil, quand je sors en dehors de l'école ou dans les jardins, le soir parfois quand je suis dans ma chambre, en sortant de la salle de bain le matin ou encore quand j'entre dans un bar. C'est ce que je fais en ce moment. Je suis assise au comptoir d'un bar, à boire un verre d'eau pétillante au citron mêlée d'un alcool dont j'ignore le nom. Je me torture l'esprit à essayer de trouver une issu de secours, une solution probable qui ne sera pas parfaite mais assez « fiable » pour me sortir du piège dans lequel je me suis mise. Je me demande encore ce qui m'a pris. Si maman était là, elle me hurlerait dessus en me disant que c'est insensé, inconscient et dangereux. Oui maman, je suis au courant. En vérité, je me repose sur l'idée que Maé va m'épauler dans mon entrainement. Avec mes frères, je m'attends à un rythme soutenu, ils m'ont prévu une routine sportive et studieuse qui commence à la première heure demain matin, chose que je vais aussitôt regretter les connaissant.
La musique résonne dans l'établissement nocturne. C'est un jeune chanteur à la voix rauque qui murmure une mélodie douce et planante. C'est vraiment agréable. Il a un vrai talent. Il joue de la guitare et l'effet magique opère tout de suite. La première note de la nouvelle chanson commence. Sa voix envahit la pièce, comme pour apaiser les tensions, transporter les gens dans une atmosphère différente ou alors dans un autre monde, tout dépend de l'humeur dans laquelle on est. J'aime ce type d'ambiance. Tout y prête à penser à autre chose. C'est ce dont j'ai besoin en ce moment. Comme j'aimerai penser à autre chose. M'évader. Alors je ferme les yeux une seconde et profite du rythme musical qui flotte dans l'air. Rien qu'une seconde.
Et la fumée des divers fumeurs plane aussi dans le bar. Je ne suis pas gênée par l'odeur, je ne m'en préoccupe pas. On dit que cela donne un cachet à l'ambiance d'un bar. Un peu cliché comme idée mais vraie pour celui-ci où fumer est un droit. Cela ne m'empêche pas de chercher une raison pour me noyer dans celle-ci. Comme dans mon verre. J'avoue que la comparaison est un peu étrange mais beaucoup de choses me préoccupent. Je relis aussi le papier laissé par ma sœur: « Ne fait pas de bêtises ». Comme si j'allais être irraisonnable ce soir. Maé s'inquiète beaucoup. Elle m'a promis de me martyriser pendant les exercices pratiques. Sa magie est bien plus puissante que la mienne. Maman m'a transmis son pendentif contenant ma magie. Il contient un peu de la sienne, j'ai pu en conserver car le reste est avec elle. Il n'a pas qu'une valeur sentimentale, il a une valeur réelle magique. Si les Sorcières aussi malintentionnées soient-elles, cela aura des graves répercutions.
Je termine de boire mon premier verre et décide de commander quelque chose ayant un goût équivalent, après tout j'ai l'âge légal et je ne risque pas grand chose.
Le serveur me sert le verre en question. Dès la première gorgée, le liquide me brûle un peu la gorge mais la sensation s'atténue rapidement. Je n'ai pas l'habitude de venir dans ces lieux, boire un verre seule à méditer sur ce qui me préoccupe. Pourtant, la liste est longue et j'essaie de peser le pour et le contre à chaque fois mais ça devient compliqué. J'ai l'impression de tourner en rond. Darcy a affronté ma mère plus jeune et depuis elle voue une fascination à ma magie, bien entendu elle veut mettre la main dessus. Je n'ai aucune idée du pourquoi mais elle continue alors je lui règle son compte à chaque fois. En réalité, il n'y a aucune raison particulière. Ses sœurs sont pires. Elles ne sont jamais satisfaites de leurs conquêtes, ils leurs faut toujours plus. Reste à savoir comment faire comprendre à Darcy que rien n'est gagné et qu'elle ne doit cesser ses actions. Elle ne veut rien entendre alors pourquoi chercher à lui faire prendre raison.
Je bois une autre gorgée de ma boisson et garde le verre à la main sans me préoccuper qu'une personne s'est installée sur le siège d'à côté. Et ça m'est égale. Le chanteur est toujours sur la scène. Il termine de prononcer les dernières paroles de la chanson. La musique est idéale en toute circonstance, elle apaise les tensions, la colère, répare lorsque rien ne va plus. Elle nous fait penser à autre chose dès la première note. Elle appartient à toutes les personnes qui se trouve dans la même pièce que les notes. J'ai envie de me noyer dans l'atmosphère musicale, ne plus penser à autre chose, me fondre un peu dans le décor. Je réalise que je délire un peu. Je me demande comment arranger les choses mais au final il n'y a pas grand chose à faire. Mon regard plane un peu dans le vide. Je sais que demain sera une longue journée mais j'ai envie de profiter des quelques heures de liberté restantes avant de m'entrainer avec Maé demain.
Une jeune fille aux cheveux bleus prend la place du chanteur précédent. Je tourne la tête pour voir si d'autres personnes que je suis susceptible de connaitre est présente dans la salle. J'ai joué au piano un soir, elle chantait. Je me souviens d'elle. Apparemment, je passe inaperçue. Je décide de boire trois nouvelles gorgées mon verre et de partir lorsque son regard se pose sur moi. Je me sens un peu prise au dépourvu. Elle va vouloir me dire bonjour et je ne saurais pas quoi lui dire de plus.
Je bois une nouvelle gorgée. Musa commence à chanter. Je termine mon verre et le pose sur le comptoir avant de rentrer à l'école.
En sortant, je suis soulagée de respirer de l'air frais. La chaleur de la salle est derrière moi. Je m'apprête à partir dans la nuit
« S'il te plaît ? ».
Qui peut bien me demander de rester ici et je ne suis pas d'humeur à discuter avec une personne rencontrée dans ce bar. Je suis venue ici pour m'aérer l'esprit. Demain, je me lève tôt. Mon regard n'a pas envie de dériver vers cette personne. Je n'ai pas envie de répondre. À quoi bon ? Il ne peut s'agir que de Musa mais je ne lui ai parlé qu'une seule fois par hasard.
Et c'est bien la fée de la musique qui se présente devant moi, toujours ses cheveux bleus rassemblés en deux couettes sur le côté de sa tête, le regard perdu cette fois-ci et de l'inquiétude se lit facilement dans ses yeux. Pourquoi m'adresse t-elle la parole ? Elle ne me connait pas ou peu. Je suis la meilleure amie d'enfance d'Ella point final. Rien d'autre à ajouter et je tente de devenir une grande Sorcière en apprenant la magie, elle une fée mais tout de même deux étudiantes. Autre point en commun entre nous. Nous ne sommes pas amies, loin de là. Si elle m'apprécie un peu, tant mieux je suis ravie mais de mon côté nous n'avons aucun lien particulier. Si c'est Ella qui lui a demandé de me suivre, de m'adresser la parole, j'aimerai le savoir. Ella aurait dû me le dire ou du moins, j'aurai aimé au moins le deviner par des indices. C'est que Darcy a dû divulguer partout son attention de me réduire à néant pour obtenir mon pendentif, sous prétexte que ma mère me la non seulement légué mais a aussi mis Darcy au tapis il fut un temps. Vengeance. Prétexte facile et pathétique de mon point de vue. Darcy n'a pas besoin de ça. C'est pour son égo. Je ne représente pas un danger pour l'univers magique.
Je suis étonnée de la voir devant moi. Le public attend dans la salle. Musa ne doit pas être dehors avec moi, elle doit être sur la scène à faire ce qu'elle sait faire de mieux et à partager sa passion auprès d'un public venu la voir chanter. Je ne comprends pas. Elle me regarde toujours, tente même de me sourire un peu. Je suis sceptique.
« Tu ne devrais pas être là, les gens t'attendent ».
Musa ne s'attend pas à ma réplique. J'ai utilisé un ton détaché, comme si j'en avais rien à faire. Vous savez, ceux qui sont parfois prononcés par des personnages énigmatiques, mystérieux et autres qualificatifs du genre dans l'industrie du cinéma ou dans les livres. Je n'ai pas envie de discuter ce soir. Demain matin est une longue journée. J'ai juste voulu me vider la tête en allant boire un verre, seule ok c'est étrange mais j'aime être seule, j'ai besoin de moment solitaire afin de me centrer sur moi-même, plus qu'une autre personne je pense mais c'est ma nature, ma façon d'être. Je ne vois pas pourquoi me justifier serait susceptible de le faire comprendre ou concevoir auprès des gens. En réalité, je m'en fiche. De plus, c'est la seule phrase que je prononce envers elle. Je n'ai pas envie de me justifier de ma présence ici. Je déteste me justifier.
Le regard de Musa est pourtant bienveillant à mon égard et je n'ai pas de raison de me montrer froide et distante envers elle. Elle ne me veut aucun mal. Lui expliquer implique le fait qu'elle en parle avec Ella. Et je ne veux pas la mettre au courant, en tout cas le plus tard possible parce que c'est à moi que Darcy a demandé des comptes. Je me demande encore pourquoi. C'est quand même Ella qui a l'héritage d'une famille royale. Pas moi. Mais ma magie intéresse cette Sorcière alors elle tente de mettre la main dessus pas tous les moyens. Je le serre entre mes doigts, mon pendentif est à mon cou en ce moment. C'est comme si j'avais besoin de ressentir la présence de ma mère à travers lui.
« Je n'ai pas envie de chanter ce soir ».
Sa voix mélodieuse me fait sortir de mes pensées et mon regard se reporte sur elle. Je ne veux pas paraitre impolie. Elle a quand même pris la peine d'abandonner son concert de ce soir pour venir me parler. Je peux au moins me montrer attentive aux propos de Musa. Je sais que c'est une fée intelligente et compréhensive. Juste que me montrer vulnérable n'est pas dans mes habitudes, excepté auprès de ma famille car ce sont mes frères et sœurs qui me connaissent par cœur. Eux veulent peuvent se permettre de me rendre la raison et à la place de Musa, j'aurai aimé que ce soit l'un d'eux qui vienne me chercher ce soir. Sauf que je ne peux pas reculer. Je suis prise au piège. Une fée me regarde, prêt à agir sans que je ne sois au courant à cause de mon esprit embourbé par les vapeurs d'alcool du bar et de fumées. Elle me regarde toujours. Si ses amies sont dans le secteur, je ne peux aller bien loin. En étant gentille avec elle je parle parce que je ne veux en aucun cas utiliser ma magie à mauvais escient. Je m'en voudrais toute ma vie, incapable de me regarder dans le miroir.
J'accepte de la suivre à l'intérieur du bar, assise à une table en dehors du reste de la salle, un peu comme un salon privé. Ici la musique est moins forte et mes oreilles sont reconnaissantes. Musa croise les doigts et me sourit encore, elle m'encourage à être à l'aise auprès d'elle. Je ne crains rien. Je ne m'attendais pas à discuter avec elle dans un bar au sujet d'un sujet personnel. Accepter l'affront de Darcy est risqué pour moi mais pour d'autres aussi, même si je ne l'admets pas immédiatement.
« Je suis au courant pour Darcy et toi ».
« Comment ? » répliquais-je aussitôt.
Cette histoire doit restée privée pour le moment et personne ne doit contraindre cette décision, c'est la mienne. Musa a dû entendre des bribes d'informations je ne sais pas par quel moyen. Si Ella est au courant, elle m'en voudra. Mais je pense que Darcy a dû le crier sur tous les toits depuis l'annonce. Cette sorcière ne cache pas sa joie en cas de satisfaction personnelle et dès qu'il y a un enjeux. Je ne crains pas sa magie. La mienne peut l'égaler mais ce que crains est qu'elle brise les règles, qu'elle utilise un sortilège dangereux, ce qui est probable. Donc je devrais m'inquiéter mais aussi étrange que cela puisse paraitre, je ne suis pas inquiète. Pas de la même façon que d'habitude, j'ai le sentiment que je peux réussir. Alors ma sœur pense que c'est une part d'insouciance et que je ferais moins la maligne le jour J. Darcy sera prête, motivée à me mettre au tapis.
« Je m'inquiète ».
« Tu ne devrais pas ».
Je suis étonnée de me montrer aussi sèche envers elle. Elle tente de m'aider, de m'arracher les mots de la bouche. Ce n'est pas une bonne manière de me montrer sous un meilleur jour. Je passe pour une personne hautaine. Mon regard se détourne de ses yeux bleus une seconde avant de respirer doucement, un verre d'eau pétillante entre les mains. J'avale une gorgée de ma boisson commandée plus tôt et tente de trouver les mots corrects pour m'exprimer calmement et le plus clairement possible sans trop en dire.
« Je ne sais pas ce que prépare Darcy. Elle est imprévisible, tout le monde le sait et elle ne perdra pas de temps, elle veut m'envoyer sur les roses le plus vite possible mais je ne me laisserai pas faire. Cette histoire ne doit pas faire le tour du monde magique. Je suis étonnée que tu sois au courant mais comme tu insistes pour m'aider ou m'épauler je ne sais pas pourquoi tu le fais, j'espère que ce n'est pas un gage ou une action charitable arrangée parce que je ne le supporte pas ».
« Je viens parce qu'Ella s'inquiète. C'est notre amie. Cette histoire la rend folle, elle se pose beaucoup de questions à ton sujet notamment et nous épluchons les livres de magie à la bibliothèque pour en savoir plus sur ton pendentif tant convoité ».
« Moi aussi je m'inquiète mais il s'agit non seulement de ma vie privée, ce pendentif n'a pas qu'une valeur sentimentale ou magique et puis il s'agit d'une histoire entre moi et Darcy, je suis désolée » dis-je en buvant une nouvelle gorgée de mon verre.
Je commence à me lever de la chaise, j'ai mal à la tête, la fatigue qui est ajoutée et mon humeur qui sera exécrable d'ici cinq minutes, je doute que Musa ait envie de parler. Il vaut mieux y mettre fin et peut-être que demain, j'accepterai de discuter un peu plus. Musa parle de ce sujet sans tout connaitre réellement et lui apporter des réponses ne changera pas la situation. Si Darcy a des yeux au sujet de mon pendentif et sur la bague d'Ella, ces deux objets ont un lien mais reste à savoir lequel. C'est intriguant quand on y pense mais dans mes recherches, je me suis faite la réflexion selon laquelle nos deux objets soient probablement fait de la même matière. Ce serait troublant mais pas impossible. Notre magie par contre n'est pas la même. Je ne dirais pas que la mienne est plus puissante qu'une autre mais sans me vanter je me débrouille bien, ma famille se débrouille bien et mes frères et sœurs sont mes meilleurs professeurs. Ils m'ont tout appris. C'est en partie pour ça que ma sœur va m'aider à m'entrainer ainsi que mes frères qui m'ont préparé une routine sportive et instructive pour que ce combat de magie se passe le mieux possible et non allongée sur un lit d'hôpital.
« D'accord » commence t-elle à dire. « Tu auras dû mal à garder tout ça pour toi. Je... Je veux t'aider mais tu ne sembles pas vouloir accepter mon aide alors tu peux partir si tu veux ».
« Je ne peux pas t'en dire plus ».
Je quitte le petit salon privé en ayant la certitude que demain sera une journée chargée et particulière. J'ai gardé beaucoup de choses pour moi et pas mal de choses vont éclater. En parler est une mauvaise idée. J'apprécie tout de même l'aide de Musa.
En rentrant à l'école, je suis surprise de constater la désertification de l'école. Un week-end. Cette idée me saute aux yeux. Les étudiants sortent le week-end, comme moi ce soir mais je suis rentrée tôt, juste pour me vider l'esprit mais j'ai besoin de dormir. Plonger dans un profond sommeil sans me préoccuper de la présence de Maé dans ma chambre. Une chance, je suis seule. Les volets sont déjà fermés, je suppose que ma sœur s'en ai occupée.
Je me glisse entre les couvertures, ferme les yeux et plonge dans un autre monde.
Le réveil du lendemain me donne envie de le jeter contre le mur de la chambre. Je n'ai aucune envie de bouger. De me lever encore moins et les vapeurs d'alcool d'hier soir se manifestent par un mal de tête. Une chance, une boite de médicaments et un verre d'eau sont posés sur la table de nuit.
« Pile ce dont j'ai besoin ».
J'avale un cachet et une gorgée d'eau. J'ai la tête comme une citrouille. Courir dans ces conditions n'est pas une bonne suggestion. Je ne peux me défiler à la dernière minute. Descendre dans le réfectoire de l'école sans réveiller les élèves qui dorment encore, il n'est que sept heure du matin, autrement dit une bonne heure pour aller courir dehors.
L'entrainement. Je commence par enfiler des vêtements de sport, la chose que je déteste le plus.
« Je sais que ce sera une matinée sportive mais on va commencer doucement »me dit Sacha avant que je ne me jette dans ses bras.
« Merci »soufflais-je.
Je ne le remercie pas seulement pour me prévenir que la journée d'aujourd'hui sera cool, je le remercie aussi pour son soutien sans faille et je m'en veux un peu de ne pas le lui montrer. Il le sait mais je veux m'en convaincre aussi. Il ne met pas fin à mon câlin spontané et je me sens bien dans cette position. Il sent le parfum. Une odeur boisée vraiment agréable.
On commence le parcours choisi pour notre reprise, enfin ma reprise car je ne cours pas beaucoup seule. Il est vrai que je passe mon temps à la bibliothèque et non dehors à entretenir ma forme physique et à me vider l'esprit, chose que les garçons de l'école voisine dont mes frères font partie pratique tous les jours, sauf le week-end, ils respirent un peu. Avec Maé, on en profite pour rattraper notre retard en terme de sommeil.
La présence de mon frère Sacha est la bienvenue ce matin. Il me suit au pas de course, on cours sans se prendre au sérieux, riant par moment. Le rire est le meilleur remède du monde. Nous longeons la forêt près de son école, ensuite vint une rivière que nous traversons toujours en longeons la forêt. Les paysages changent au fil des kilomètres. Chacun de nous a une playlist branchée aux oreilles, nos pas nous guident dans l'environnement qui nous entourent. Nous ne parlons pas par moment. Je garde le rythme sur les trois premiers kilomètres et il me rattrape facilement au quatrième et me devance sur le dernier. Il a l'habitude du sport, moi moins.
« Pas mal du tout pour une reprise ».
J'aime ces moments, là où l'endorphine prend le dessus et fait oublier les raisons du pourquoi on est venu s'entrainer ici. Hier soir par exemple, je contemplais la foule, j'écoutais les paroles du chanteur tout en étant absorbée par une atmosphère d'alcool et de fumée de tabac chaud. Les nuages se mêlaient aux odeurs des divers cocktails servis sur le bar ou sur les tables.
Avec mon frère, nous sommes seuls dans les environs et je le soupçonne d'avoir eu un rapport détaillé de ma soirée dans ce bar, sans doute auprès de Musa pour avoir vendu la mèche. Je ne peux pas lui en vouloir, ce serait égoïste de ma part. Sacha est toujours attentif aux autres, l'une de ses qualités indispensables. Il sait lire ce qu'il ne va pas sur les visages. Contrairement à ce que l'on pense, le visage dit beaucoup de choses. Savoir ce qu'il signifie vraiment relève d'un sens aiguisé de l'observation et je suis certaine que mon frère a déjà sa petite idée derrière la tête.
Il m'encourage. Il me connait mieux que personne et il sait qu'affronter Darcy serait arriver un jour où l'autre. Si ce n'est pas moi, ce sera une autre personne et sans réellement savoir pourquoi mais je vais explorer les fins fonds de ce pendentif familial. Il doit forcément renfermer quelque chose qui va m'aider.
Je m'adosse à un arbre pour reprendre mon souffle. Mon frère est appuyé au bord de la rivière en train de se mouiller le visage. Il n'est pas aussi rouge que moi mais il a l'air motivé à continuer à courir alors que je donne l'image d'être au bout de ma vie. Ce n'est pas ce que je veux renvoyer. Pas devant mon frère qui compte un peu sur moi. Ma respiration se calme, mes mains sont moins moites et je commence à ressentir des frissons. La chaleur de mon corps plus celle procurée par le sport s'estompe. Dommage, je me suis sentie bien en courant, comme si les problèmes ne me concernaient plus, si la réalité ne me collait plus à la peau ou que je me permettais de penser à autre chose, de me vider la tête.
Maé s'est mise en tête de m'entrainer à pratiquer des sortilèges puissants et Sacha de m'aider à m'entrainer physiquement. Voilà donc mon début de programme avant d'être face à Darcy. Mais je suppose que cela ne sera pas aussi simple. Darcy est déterminée. Sacha aussi car il est persuadé que je vais la mettre au tapis au troisième sortilège. J'ai ris en lui disant à quel point il était optimiste.
« Tu y crois ? ».
« En toi ? »me demande t-il.
« Oui ».
« Bien sûr, pourquoi ? ».
« Je ne sais pas ».
Les choses peuvent mal tourner avec Darcy et je ne veux pas paraitre trouillarde.
« Cela pourrait mal tourner »ajoutais-je.
« Tous les jours ».
Je soupçonnais cette réponse. Comme quoi, il faut absolument que je cesse de réfléchir autant, mon excès de confiance s'est envolé aussi vite qu'il est arrivé. Et je ne sais pas quel sens caché il y a. En fait, je mens. J'ai bien compris le sens soit disant caché. Le danger nous guette tous les jours. Il peut se passer n'importe quoi, n'importe quand et n'importe où alors je suppose que Darcy a forcément une idée derrière la tête. Elle va se préparer comme pour se dire que sa victoire est déjà faite. Je ne veux pas me mettre dans cette situation. Gagner. Sachant que rien n'est encore joué et la partie va commencer bientôt.
« On reprend ? ».
« Parce que ce n'était que le début ? ».
Mon frère rit. En plus, il se moque de moi. La belle affaire. Je ne sais pas quoi répondre, la situation est un peu déroutante, il a promis une journée cool mais j'aurai dû me méfier davantage. Il ne s'imaginais pas que l'on s'arrêterait aussi tôt. J'aurai sans doute dû demander à Émile. Il est un peu plus cool. Quoique je ne sois pas certaine de ma décision. Il doit sans doute s'entrainer à la salle de boxe avec Raphaël à cette heure-ci.
« Tu vas travailler tes mouvements ».
Mes mouvements ?
Mon frère me rapproche mon manque de souplesse ? Il me semble m'être bien débrouillée le soir de la fête organisée par l'école ? Aucun dégât n'a été constaté parce que j'ai fait en sorte qu'il n'y en ai pas.
Je me relève du sol sur lequel je m'étais assise. Il me dit que nous rentrons à l'école. Sur le chemin du retour, je tente de reprendre mon souffle de la course que l'on vient de faire. J'ai aimé le parcours mais mon corps semble épuisé alors que le rythme était correct, jusqu'à présent. Ce sont les deux derniers kilomètres qui me rendent épuisée.
« De la boxe ? ».
Sacha m'a amené directement dans la salle de boxe de son école, celle où les élèves s'entrainent. La pièce est spacieuse et les équipements sont utilisés uniquement par les élèves de l'école et les profs parfois. Au fond de la salle, je peux apercevoir des élèves que je ne connais pas. Ils sont concentrés sur leurs mouvements. Je fixe le sac de boxe qui me fait face et jette un coup d'œil autour de moi. Aujourd'hui, il n'y a pas beaucoup d'élèves. Donc si je fais des mouvements incorrects, personne ne pourra se moquer de moi. Sacha est parti chercher des gants de boxe. Quelques minutes plus tard, il m'aide à les enfiler et les serrent bien à mes poignets.
« Rien d'exceptionnel aujourd'hui, on va travailler sur tes mouvements. Darcy est rapide et tu dois l'être tout autant qu'elle, de façon plus spontanée que lorsqu'elle t'as prise par surprise à la fête de l'école en début d'année ».
« Tu m'as concocté un programme ? ».
« Juste une série de mouvements à répéter pour l'instant, on verra plus tard pour le reste ».
« Combien ? ».
« Pour commencer, frappe sur ce sac une dizaine de fois ».
Mes gants ne frappent que le sac, cinq fois. Je n'arrive pas à faire les mouvements rapides que mon frère me demande. Il se place alors derrière moi et commence à m'élever les bras pour que je frappe plus fort dans un premier temps. Mes mouvements sont loin d'être fluides. Mon frère me demande de placer mes pieds de façon à ce qu'ils soient ancrés dans le sol, pour ne pas me déstabiliser facilement par mon adversaire. L'important est que je sois à l'aide dans ma position et mon sortilège doit atteindre sa cible. À ce moment là, je commence à réaliser l'ampleur que cela représente. Affronter Darcy sera difficile et je me demande encore pourquoi je suis seule dans cette histoire, face à elle le jour J je parle. Mes frères et sœurs m'ont promis de se tenir le plus près possible de moi si les choses tournent mal. Cette promesse me rassure.
En attendant, je prends un peu plus d'assurance qu'au début de la séance de boxe et je frappe plus fort dans le sac en face de moi.
Salut !
J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira, cette fois-il est un peu différent des autres. Darcy prépare quelque chose mais quoi exactement, telle est la question...
J'ai eu envie de tester les dialogues en gras pour que ce soit plus « confortable » à lire, j'ai vu ça dans beaucoup de fictions et c'est vrai que l'on repère les dialogues plus facilement. Je teste et si vous n'aimez pas, je remets en mode normal.
Avis/suggestions je prends !
La playlist est disponible.
Bonne lecture ! ;)
