Bonjour mes agneaux ! Comment allez-vous ?!
Moi nickel, j'attends Noel avec impatience :p
Concernant cette fic, elle arrive bientôt à sa fin... Encore deux chapitres après celui-ci, et l'histoire de nos demoiselles sera clôturée ^^
En attendant... Enjoy !
Mieux Ainsi
Lexa n'avait qu'une idée en tête : son futur projet de salle de sport. C'était comme d'accoucher d'un bébé : long, parfois pénible, stressant mais, au bout du compte, le résultat en valait la peine.
« Et voilà le logo. Qu'en pensez-vous ? »
Lexa resta longuement devant l'image qu'un de ses collaborateurs lui présenta à son bureau. Elle l'étudia silencieusement, le menton posé sur ses mains croisés.
« Alors ? »
« Trop de violet. »
« Pardon ? »
« Le nom des salles Woods est synonyme de force. Si on doit remanier le logo, je veux qu'il apparaisse comme moderne et fort. »
« Donc, vous préconisez… »
« … Du rouge. A la limite du orange. Des couleurs chaudes. »
« Le rouge apparait comme agressif. C'est ce qu'on apprend en marketing. »
« Pas s'il est associé à une image qui représente la force, la survie. »
« Comme ? »
« Un phénix. »
« Un phénix ? »
« La plupart des gens qui viennent dans mes salles ont un objectif précis, et un de ces objectifs est la renaissance : s'offrir un nouveau corps, une nouvelle façon de vivre. Il symbolise la force et, en renaissant, il prouve sa persévérance. »
L'homme en face d'elle sourit alors « Intéressant. »
Lorsque Lexa se retrouva seule dans son bureau, elle se posa quelques secondes avant que l'on ne toque à sa porte « Entrez. »
Sylvia entra avec un petit plateau « Je vous ai fait un thé. »
« Oh Sylvia, je vous embrasserais si j'avais encore la force de me lever. »
La femme posa le plateau et sourit amicalement « Alors, avez-vous décidé ? »
« Hm, un phénix, dans les tons feux. »
« Bon choix. Tenez. » elle tendit un gâteau à la jeune femme.
Lexa haussa un sourcil « Vous me nourrissez ? »
« Vous avez perdu du poids. » constata Sylvia « Je m'inquiète pour vous. »
« Il ne faut pas. » sourit faiblement Lexa en buvant une gorgée de son thé.
« Si, il le faut. Depuis votre retour de ce mariage, vous avez changé. »
« Changé ? »
« Déjà, vous avez rompu. »
Lexa la regarda d'un air amusé « Quel rapport ? »
« Non pas que ça ne m'enchante pas, mais… »
« Oh s'il vous plait, vous n'avez jamais aimé Costia. »
« Et il semblerait que je n'ai pas été la seule. »
Lexa la fusilla du regard « Nous avons juste compris que… Nous ne désirions pas la même chose. »
« Est-ce à cause de cette rupture que vous êtes l'ombre de vous-même depuis 6 mois ? »
« C'est… Compliqué. »
Sylvia posa une main maternelle sur son épaule « Je m'inquiète beaucoup pour vous : entre votre retour et les nouvelles salles qui s'ouvrent. Vous devez gérer beaucoup en ce moment, et les fêtes de Noel approchant n'aide pas. J'imagine que vous n'avez rien prévu pour les fêtes ? »
« Au contraire, je dois retrouver Anya et sa femme pour Noel. »
« Vraiment ? »
« Vraiment. C'est leur dernier noël avant d'accueillir leurs jumeaux. » sourit-elle.
« Ah oui vous m'en avez parlé. Mon Dieu des jumeaux… »
« Ca arrive souvent avec une fécondation in vitro. » constata Lexa « Je suis heureuse pour elles. »
« Elles connaissent le sexe ? »
« Non, elles ne veulent pas savoir, et ça ne m'étonne pas d'elles. »
« Noel est dans moins de trois semaines… Et je ne vous vois que travailler… Il n'y a même pas de décoration dans votre bureau et j'imagine que votre villa est tout aussi dénuée d'esprit de Noel. »
« Là encore vous vous trompez… Ma maison est décorée. Certes il n'y a pas énormément de décorations, mais il y a au moins un sapin et quelques roses de Noel. »
Bien que suspicieuse sur ce dernier fait, Sylvia soupira mais ne poussa pas plus loin. Pour cette fois, elle la laissa sans insister. Le soir venu, Lexa rentra chez elle, et comme elle avait totalement menti : aucune décoration n'était installée, aucun sapin, aucune guirlande… A vrai dire, si on avait pas les pubs, les rues décorées et les pères Noel, personne n'aurait cru être à Noel en pénétrant chez Lexa Woods.
Elle s'affala dans son canapé et tapota sur son téléphone avant d'ouvrir un message vidéo. Elle sourit en voyant les têtes de Raven et Anya, cette dernière avec un ventre bien arrondi :
« Heyy salut soeurette ! Dis donc, on se disait que tu n'avais toujours pas répondu à notre invitation pour les fêtes de fin d'année ! On sait que tu es accaparée par ton travail mais… On espérait que tu viendrais au moins quelques jours pour Noel et le jour de l'an. Réponds-nous vite ! Bizzzzz »
La vidéo s'arrêta alors et Lexa soupira : là encore elle n'avait pas vraiment menti à Sylvia : elle avait bien des projets pour les fêtes mais, elle n'avait simplement pas encore répondu par l'affirmative.
Elle se traina jusqu'à sa salle de bain et se déshabilla avant de se poster devant son miroir : elle se tapota les côtes et les hanches : avait-elle vraiment maigri ? Elle devait faire attention, elle devait se reprendre en main. Une chez d'entreprise prônant les salles de sport devait paraitre en forme et sportive. Elle avait même abandonné sa routine du matin depuis quelques mois.
Elle soupira avant de s'engouffrer dans sa cabine de douche. Demain serait un autre jour.
Et le lendemain fut effectivement un autre jour. Lexa enchaina les réunions jusqu'au soir, son dernier rendez-vous. Ereintée, elle pensa à tout plaquer : l'ouverture de cette nouvelle salle de sport lui pompait toute son énergie. Les travaux étaient en route et la nouvelle salle devrait ouvrir d'ici le printemps. En attendant, elle enchainait les projets, les rendez-vous et autres, occupant ses journées, ses semaines, ses mois. Et si elle avait été sincère avec elle-même, elle aurait admis que cet acharnement au travail était simplement la seule solution qu'avait trouvé Lexa pour ne plus penser à Clarke.
De cette dernière, elle n'avait plus de nouvelles. Elle imaginait qu'elle était repartie à New-York, travaillant dans son hôpital, vivant une vie épanouie, peut-être avec Niylah encore… Elle avait espéré que la jolie blonde aurait gardé le contact, aurait essayé, peut-être de la rejoindre… Mais ça, c'était dans ses rêves les plus fous. Au lieu de cela, chacune était repartie dans sa vie, dans sa distance, son mutisme.
Et une des raisons pour lesquelles Lexa n'avait toujours pas répondu à Raven et Anya c'était parce qu'elle était certaine que Clarke avait reçu la même invitation et que, fatalement, elles se recroiseraient, si ce n'était pour les fêtes, au moins pour la naissance des jumeaux.
Elle pouvait toujours mentir et se trouver du travail pour les fêtes, ce n'était d'ailleurs pas impossible, mais la vérité était que revoir Anya lui avait fait du bien, revenir au camp lui avait fait du bien et donc, allier les deux une nouvelle fois pour la fin de l'année, elle le désirait.
« Lexa ? »
La jolie brune sursauta « Hm ? »
« Il est tard… »
« Oh, je n'avais pas vu l'heure… »
« Vous avez reçu un message des travaux à New-York. »
« Au vu de votre visage, ce n'est pas de bonnes nouvelles… »
« Ils ont pris du retard. »
Lexa fronça les sourcils avant de prendre le dossier et de le feuilleter « Ca craint… »
Sylvia gloussa « On peut dire cela. Juste avant les fêtes, les travaux vont être ralenti encore un peu plus. »
« On ne peut pas se permettre du retard. »
« Je ne vois qu'une solution. »
« Laquelle ? »
Sylvia la fixa d'un regard malin, appuya sa pensée par un sourire. Pour Lexa, cela ne voulait dire qu'une chose : une très, très mauvaise idée.
Dieu qu'il faisait froid ici, elle avait presque oublié. Lorsqu'elle mit les pieds sur le tarmac, elle fut prise d'irrépressibles frissons. Elle s'emmitoufla un peu plus dans son épais manteau avant de rejoindre l'aéroport. Son jet privé était une bénédiction mais atterrir sur le tarmac en plein hiver l'était beaucoup moins.
Elle passa les sécurités avant d'entrer dans son taxi. Elle donna l'adresse de son hôtel au chauffeur et en moins de 15 minutes, elle y arriva. Après avoir pris connaissance de sa chambre, elle se posa sur son lit : que faire à présent ? Elle y était… Elle n'avait jamais été si proche depuis des mois.
Elle checka son téléphone avant de prendre une douche salvatrice. Elle était avant tout ici pour le travail, elle ne devait pas l'oublier. Alors, après s'être remise d'aplomb, elle sortit et se rendit sur les lieux de sa prochaine salle et elle constata avec amertume que les travaux étaient à peine entamés.
« C'est quoi ce bordel… » murmura-t-elle
« Excusez-moi, c'est un site privé ici. » lança un homme qui travaillait visiblement sur le chantier.
« Je sais, ce site m'appartient. Lexa Woods. » dit-elle en lui tendant la main.
L'homme pâlit alors et lui serra la main d'une manière tremblante « Oh désolé… Que faites-vous ici ? »
« Je viens constater par moi-même l'avancement des travaux et je suis surprise, et pas de la meilleure manière. Que se passe-t-il ? Je pensais qu'on serait au stade des finitions afin de commencer l'aspect décoratif mi janvier. »
« … »
« La salle est sensée ouvrir début Mars. Les machines devraient être mises pour mi février. Est-ce que nous serons dans les temps ? »
« Le temps n'aide pas… Nous avons accumulé pas mal de retard… »
« Je vous demande juste si la salle sera prête, techniquement parlant, pour fin janvier ? »
« C'est dans un mois… »
« Je sais que c'est dans un moi, je vous demande si vous allez le faire. »
« Les gars sont motivés mais… »
« Je me fous qu'il neige, pleuve ou vente. Ma salle doit être prête. S'il le faut, je passerais moi-même le dernier coup de peinture pour finir. »
Le ton sec et affirmatif de Lexa, ainsi que sa posture et son regard, intimidèrent l'homme devant elle qui, pourtant, faisait largement une tête de plus qu'elle et certainement le triple de son poids. Et pourtant, il inclina la tête et soupira « Oui, elle sera prête. »
« Je suis ici pour quelques jours. A mon départ, je veux des résultats. »
« Entendu. »
Puis Lexa disparut, dissimulant une migraine derrière ses lunettes noires « Ou va-t-on mademoiselle ? »
« Central Park s'il vous plait. »
Une fois arrivée, elle remercia le chauffeur et décida de prendre l'air en marchant autour du parc. Elle y croisa des couples, des personnes âgées, des sportifs faisant le tour du parc, elle aimait cette ambiance, le tout saupoudré d'esprit de Noel.
Puis elle se rendit au Rockefeller Center afin d'admirer l'immense sapin coloré et ses boutiques. Elle sourit car, malgré le froid, New-York était parfaite pour Noel. Los Angeles avec son soleil et ses plages de sables dorés n'était pas vraiment propice à s'immerger dans l'esprit hivernal.
Et alors qu'elle déambulait dans les rues, des cris retentirent soudain et elle fit volte face, mais trop tard.
« Griffin… Griffin ! »
Clarke se releva vivement, manquant de tomber du canapé sur lequel elle avait élu domicile le temps d'une courte nuit.
« Ouais, ouais je suis là. »
« Urgences, tout de suite. »
« Un problème ? »
« Accident au Rockefeller Center, des décos se sont cassées la gueule. Ca a foutu le bordel et semé la panique créant un mouvement de foule. »
« Blessés graves ? »
« Seulement 8, dont 2 enfants. Le reste sont des traumas légers, mais les urgences vont être submergées, on a besoin de toi. »
« Ok j'arrive… »
« Hey, t'es opé ? »
« Oui, t'inquiète. »
« T'as enchainé pas mal de gardes… Tu aurais dû rentrer chez toi depuis longtemps… »
« Ok, on fait un deal : tu me files les cas légers, ça marche ? »
« Ca marche. Allez viens. »
Clarke suivit sa supérieure dans les couloirs de l'hôpital jusqu'aux urgences où les infirmiers et les médecins étaient prêts à accueillir les blessés. Puis les sirènes résonnèrent et un balai d'ambulances et de lumières arrivèrent. Les brancards s'enchainèrent et finalement, Clarke se retrouva à l'intérieur à prendre en charge les cas les moins risqués : d'abord un jeune homme avec une coupure sur le front, ensuite une dame d'un certain âge en état de choc avec une légère commotion. Elle enchaina ainsi quelques cas avant de respirer enfin, imaginant prendre enfin une pause méritée. Et alors qu'elle s'apprêtait à rentrer chez elle…
« Griffin, un dernier cas pour toi ! »
« Sérieusement ? Mais… Pourquoi moi ? »
« Un cas léger pour toi. Et elle te demande. »
« Quoi ? Moi ? »
« Allez va, ensuite tu seras libre. »
Clarke réajusta alors sa blouse et jongla entre les cas en urgences. Elle croisa une infirmière « Un cas pour moi ? »
« Oui, une légère blessure dans le dos : coupures et éclats. »
Clarke prit le dossier et tandis qu'elle tira le rideau pour découvrir sa patiente, son cœur s'arrêta un quart de secondes « Lexa ? »
Sur le brancard, effectivement, Lexa était assise, portant une blouse de patient.
« Hey… Salut. »
Inquiète, Clarke posa le dossier sur le lit et s'approcha de la jolie brune « Ca va ? »
« J'avais peur d'arriver dans un autre hôpital. » sourit faiblement la jolie brune.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »
« Je… J'en sais rien… J'ai entendu des cris, des bruits métalliques. Et je me suis retrouvée à terre…. Et mon dos… »
« Attends… » Clarke fit le tour du lit et défit la blouse pour laisser apparaitre des éclats un peu partout dans le dos « Ok, ce n'est que superficiel. Je vais quand même vérifier chaque coupure pour voir qu'il n'y a aucun débris dans les plaies. »
« Il y aura besoin de recoudre ? »
« Hm, pas que je sache. Quelques pansements et un soin quotidien de nettoyage suffiront. »
« Ok. »
« Je vais commencer. »
« Ce n'est pas à une infirmière de faire ça ? »
Clarke sourit « Cette fois-ci, je m'en charge. »
Malgré la fatigue, Clarke resta une longue heure à soigner les blessures de Lexa, les nettoyer, les panser. Elle prit soin de lui donner une ordonnance pour les soins, ainsi que les coordonnées d'une infirmière à New-York qui pourrait lui prodiguer les soins nécessaires le temps de son séjour en ville. Puis, une fois les soins effectués, Clarke lui laissa le temps de se rhabiller avant de lui amener les papiers à signer.
« Tu es… Tu es à New-York pour affaire ? » questionna Clarke.
« Exact. J'entreprends d'ouvrir ma deuxième salle d'ici le début d'année, et les travaux ont pris du retard… »
« Oh… Tu as un hôtel ? »
« Le Hilton à Manhattan. »
« Sympa. » sourit Clarke « Tu restes combien de temps ? »
« Je n'en sais rien, autant qu'il le faudra pour motiver mes ouvriers. »
Clarke haussa un sourcil « Tu n'as pas de billet retour ? »
Ce fut au tour de Lexa de sourire « A vrai dire, j'en ai pas besoin… Ayant un jet privé, les billets sont superflus pour moi. »
« Oh okkkkk, oui effectivement. »
« Peut-être… Qu'on se reverra d'ici mon départ ? »
« Pourquoi pas. Demain j'ai ma journée, tu veux passer diner ? »
« Oh, je ne voudrais pas te déranger pour ta journée de repos. »
« T'inquiète, j'aurais la journée pour dormir… Disons vers 18h30 ? »
« Ou… Oui, pas de soucis. »
« Tiens… » Clarke sortit de sa poche un portefeuille et l'ouvrit pour prendre une carte de visite « Tu as mon adresse là-dessus. »
« Merci… »
« Et mon numéro de téléphone, perso et maison. »
« Cool. »
« Envoie-moi un message pour que j'ai le tien, on ne sait jamais. »
Lexa s'exécuta et lui envoie un message sobre et le téléphone de Clarke sonna « Parfait ! » sourit la belle blonde « Tiens, je te la confis. A demain donc ? »
Lexa l'a pris avec précaution avant de la glisser dans sa poche « Bien… A demain alors… Je euh… Tu veux que j'amène quelque chose ? »
« Non, t'inquiète. A demain. »
Puis Clarke disparut derrière le paravent et Lexa resta quelques secondes seule : elle n'aurait jamais pensé que leurs retrouvailles se passeraient ainsi… Bien sûr, en venant à New-York, elle avait imaginé qu'elle pourrait la retrouver, qu'elle pourrait parler avec elle… Mais de là à se retrouver être sa patiente, l'ironie du sort était franchement glauque.
Elle se décida à partir et retourner à sa chambre d'hôtel dans laquelle repensa à sa courte et ironique rencontre avec Clarke : elle n'avait pas changé. Non pas que 6 mois pouvaient fatalement changer quelque chose mais… Elle était la même… La même qu'elle avait laissé sur ce rocher, ce soir-là au bord du lac. La même qu'elle avait passionnément embrassé, la même qui l'avait… Repoussé.
Son cœur se serra à ce souvenir amer. Et même si leur éloignement avait probablement atténué son souvenir pour Clarke, qui semblait l'avoir totalement effacé, il n'en était rien pour Lexa. Elle y pensé, encore et encore, se demandant ce qu'elle avait fait de mal, ce qu'elle aurait pu faire. Si une issue autre aurait pour aboutir… Mais Clarke avait raison : leur situation professionnelle aurait compliqué les choses.
Elle entra dans sa chambre et se laissa tomber sur son lit, quand la douleur la rappela à l'ordre et elle cria lorsque son dos toucha le matelas. Elle roula sur le côté dans un gémissement avant d'enlever son pull, puis son débardeur et de regarder son dos dans le miroir de la salle de bain : elle nota une dizaine de pansements plus ou moins grands. Elle grimaça une nouvelle fois : le destin était vraiment tordu.
La nuit fut courte pour Lexa, peu habituée à dormir sur le ventre, ses blessures l'ayant tiraillé toute la nuit. Elle se retrouva toute la journée sur le chantier de sa salle, gérant les équipes comme si elle avait fait cela toute sa vie. Elle aimait le terrain, cela la changeait considérablement de son bureau. Elle donna ses ordres, ses envies pour sa prochaine salle.
L'ouverture de la première avait été un tel succès que, bien vite, les entrées dépassèrent les prévisions de Lexa. Il fallait se rendre à l'évidence : ils seraient obligés d'ouvrir une seconde salle pour répondre à la demande. Pour Lexa s'était une bonne nouvelle, mais c'était aussi source de stress et d'heures innombrables à travailler.
La journée passa aussi rapidement que sa nuit fut douloureuse. Entre manque de sommeil, douleur et stress, Lexa n'était pas dans de meilleures dispositions lorsqu'elle se pointa devant l'immense immeuble au centre-ville. De façade, il ne semblait pas si luxueux que le laissait paraitre l'adresse, mais lorsqu'elle pénétra dans le hall, les choses furent tout autre : intérieur en marbre, un lustre majestueux pour l'accueillir, un unique ascenseur pour pénétrer dans la dizaine d'appartements. Lorsque Lexa appuya sur le bouton « 4 » et qu'en attendant de monter, elle se regarda dans les glaces formant les parois de la cage d'ascenseur, elle eut presque honte de se présenter à Clarke ainsi : des cernes visibles, le teint fade, ses cheveux même auraient mérité un coup de peigne.
Mais elle n'eut pas le temps de plus s'épancher sur sa situation que le « ding » de l'ascenseur et l'ouverture des portes la sortirent de sa médiocre contemplation. Elle marcha dans le couloir et se posta devant la porte estampillée d'un « 10 » doré. Elle sonna, serrant sa bouteille de champagne à la main. Oui, Clarke lui avait dit de ne rien apporté, mais elle s'était dit que ce serait la moindre des choses…
Lorsqu'elle entendit le cliquetis de la serrure, elle retint sn souffle, et encore plus lorsque la porte s'ouvrit et qu'elle vit une silhouette blonde, souriante, lui ouvrir.
« Hey ! Ca fait un bail hein ! »
Lexa se retrouva paralysée par la surprise : devant elle, Niylah. Evidemment, il y avait une chance que Niylah soit toujours là. Mais il y avait aussi une infime chance que, à l'instant d'elle et Costia, elles se soient séparées. Qu'elle avait été bête de croire que…
« Sa… Salut. » balbutia-t-elle en essayant de reprendre consistance.
« Entre ! »
Lexa s'exécuta et fut éblouie par l'intérieur, assez contemporain, de l'appartement, qui n'avait pas à envier à sa maison. Elle fit quelques pas, donna son manteau à Niylah qui l'accrocha dans le vestibule.
« Clarke m'a prévenu que tu viendrais. »
« Elle… Elle n'est pas là ? »
« Elle a été rappelée à l'hôpital, mais elle ne devrait plus tarder. Installe-toi, tu veux boire quelque chose ? »
« Oh euh… Oui, avec plaisir. Tout sauf du soda ou de l'alcool. »
Niylah sourit « Jus de fruit donc. Je reviens, mets-toi à l'aise. »
Se mettre à l'aise… C'était bien la dernière chose que Lexa arriverait à faire ici et maintenant. Elle ne se sentait pas à sa place, comme une intruse dans une famille qui n'avait aucune place pour elle. Clarke et Niylah étaient encore ensemble, elles vivaient ensemble, chose qui n'était pas le cas six mois auparavant. Elles semblaient heureuses, sereines…
Assise dans le canapé, elle attendit le retour de Niylah. Après quelques minutes, cette dernière revint, plateau en main, avec deux verres de jus et des crackers.
« Alors… Ce fut une surprise de savoir que tu étais dans les parages. »
« Je suis là pour affaire. J'ouvre une salle de sport près de Central Park. »
« Oh ! Génial. Et tu viens voir où cela en est ? »
« Absolument. » sourit poliment Lexa « Les travaux, dû au froid surement, prennent du retard. Je dois m'assurer que tout soit en ordre pour le début d'année. »
« Je comprends. »
« Et… Vous, toi… »
« Oh, bah pas grand-chose : Clarke poursuivit sa voie dans la pédiatrie. Elle avance bien et est très douée, la meilleure de sa promotion. »
« J'imagine. Elle a toujours aimé exceller dans tout ce qu'elle entreprenait. »
Cette simple phrase déclencha chez Niylah un irrépressible sentiment de jalousie. Sans le vouloir, Lexa venait d'affirmer qu'elle connait Clarke depuis bien plus longtemps et qu'elle la connaissait surtout mieux. La belle blonde sourit alors « Oui, vous vous connaissez depuis un moment déjà. »
« On a passé pas mal d'été ensemble, avec Raven et Anya bien sûr. »
« Bien sûr. Au fait… Tu as laissé ta compagne en Californie ? »
« Oh euh… On est plus ensemble. » avoua Lexa, ce qui fit perdre son sourire à Niylah.
« Oh, désolée. »
« Non, non, tout va bien. Divergence d'opinions et de points de vue mais on s'est quittées en relatifs bons termes. »
« Ah… C'est bien, c'est mieux. » Niylah se leva alors et hoqueta, se massant les tempes « C'était évident. »
« Pardon ? »
« J'ai compris en vous voyant toutes les deux dans ce camp. »
« Je… Je ne comprends pas… »
« Tu sais, quand j'ai connu Clarke, quand j'ai commencé à m'intéresser vraiment à elle, elle avait dressé des murs si hauts et si épais que je me demandais ce qu'il avait bien pu se passer dans sa vie pour qu'elle soit si hermétique à l'idée d'aimer. J'imaginais qu'elle avait connu une fille, ou un mec, qui l'avait fait souffrir ou qu'elle avait aimé passionnément et avec qui ça s'était fini tragiquement… Elle n'a jamais voulu en parler, elle a toujours éludé la question… »
« Je… Niylah… »
« Et puis… » Niylah continua comme si Lexa n'était pas là « J'ai compris. Quand je vous ai vu ensemble à ce camp. »
« Mais… »
« J'ai compris : vos regards, les sourires en coin… J'ai d'abord pensé que c'était de la nostalgie, des souvenirs d'une enfance heureuse et estivale, partagée dans ce camp. Mais ensuite… J'ai compris… J'ai compris que tu avais été celle qui avait bâti, pierre après pierre, ce mur qu'elle avait érigé plus tard. J'aurais dû m'en rendre compte avant mais… Clarke sait tellement bien dissimuler les choses. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé en détail entre vous mais je sais… Je sais que quelque chose s'est passé. Quelque chose d'important. J'imagine que… Vous avez vécu quelque chose de fort. »
« … »
« Et quand j'ai finalement compris ça, j'en suis devenue jalouse. Parce qu'il semblerait que vous ayez tellement partagé, tous ces étés. J'ai eu beau faire des efforts… Jamais je n'arrivais à la cheville de l'image que tu représentais pour elle. Même si elle le dément aujourd'hui… »
« Niylah. »
« Je sais pourquoi tu es là aujourd'hui. »
« Pardon ? »
« Evidemment, l'accident n'était pas voulu j'imagine bien… Mais ton arrivée ici… Je savais que ça arriverait un jour ou l'autre. »
« Je ne comprends pas. »
Niylah hoqueta « Je vous ai vu, ce soir-là. »
« Qu… Quoi ? »
« La veille du départ, je vous ai vu. Je l'ai suivi… Quand elle est sortie pour te rejoindre à ce lac, je l'ai suivi. Quand je l'ai vu te rejoindre, je me suis cachée… Curiosité malsaine ou juste sado masochisme, je n'en sais rien, mais j'ai tout vu : vos sourires, ce baiser… »
Lexa se figea sur place, son sang se glaça dans ses veines. Elle se sentait comme une petite souris prise au piège, coincée, attendant avec peur les griffes acérées d'un chat vicieux, sournois et affamé. Elle aurait voulu s'échapper, ou même revenir en arrière, ne jamais avoir sonné à cette porte, ne jamais avoir accepté la proposition de Clarke, ne jamais… Avoir mis les pieds à New-York.
« Niylah… »
Loin d'apparaitre furieuse, la belle blonde sourit tristement malgré tout « J'aurais pu vous surprendre, peut-être que cela aurait changé les choses… Mais j'ai laissé. Je suis repartie. »
« Elle… Elle m'a repoussé, elle l'a fait pour toi. »
Niylah sourit un peu plus « Oh je le sais… Elle l'a fait pour moi… Et uniquement pour moi, pas pour elle. » Elle revint s'asseoir à ses côtés et tendit sa main. Lexa la fixa et vit soudain quelque chose qui attira son regard.
« Nous allons nous marier. »
« … »
« Elle m'a demandé en mariage quelques semaines après notre retour. Et si elle avait semblé sûre d'elle… Je sais, pour ma part, qu'elle le faisait surtout pour se racheter d'avoir succombé, même un bref instant, à son amour de jeunesse. Peut-être l'aurait-elle fait, peut-être m'aurait-elle demandé en mariage un jour ou l'autre mais… Là, je savais. Je savais qu'elle le faisait surtout pour se rassurer : se rassurer d'avoir une vie parfaite, d'avoir une compagne parfaite, que ses sentiments étaient vrais. Oh je ne dis pas qu'elle ne m'aime pas ou qu'elle ne m'a jamais aimé… Mais je dis juste… Que je ne suis jamais arrivée à gravir ou détruire cette tour… Quand toi, il t'a juste suffit de te glisser dans la seule et unique faille de ce mur. »
« Niylah… »
« Je sais pourquoi tu es ici, pourquoi tu as accepté son invitation, mais c'est trop tard.
« … »
« Avec le temps, nous y arriverons. Ca ne sera pas parfait, ça ne sera pas tout rose, ça sera même peut-être éphémère mais ce temps nous appartiendra. Un temps où tu ne seras plus là. »
« Je… »
« Tu dois partir. » Le ton ferme de Niylah ne laissa aucune alternative à la belle brune « TU vas partir, et ne jamais revenir. Laisse Clarke vivre, laisse vos souvenirs au passé. Elle doit aller de l'avant. »
« Avec toi ? »
« Avec moi. Je ne sais pas ce que tu lui as fait, mais tu ne peux pas t'échapper en la laissant dans la peine, puis revenir comme une fleur et te l'accaparer comme bon te semble. A quoi pensais-tu vraiment ? Tu croyais la retrouver ce soir, peut-être renouer des liens oubliés, voire même passer la nuit avec elle… Pour au final, repartir une nouvelle fois au bout du pays et la laisser de nouveau dans la solitude et le désarroi ? C'est tellement égoïste de ta part. »
« Egoïste ? »
« Satisfaire un besoin sexuel et la laisser comme une merde se débrouiller ensuite avec ses sentiments pendant que toi, tu repars dans ta petite vie tranquille au soleil… Clarke ne te le dira jamais mais… Elle est fatiguée. Fatiguée de se battre contre des moulins à vent. »
Les yeux de Lexa commençaient à s'embuer de larmes et des courbatures lui engourdirent les membres. Sa tête bourdonna alors et elle se leva soudainement « Tu as raison, je… Je vais m'en aller. » Elle passa devant Niylah et attrapa son manteau et son sac « Je… Je suis désolée, je n'aurais jamais… »
« Oui, tu n'aurais jamais dû venir. » confirma Niylah qui se leva à sa suite et ouvrit la porte d'entrée « Adieu Lexa. »
Elle ne sut quoi dire, quoi répondre… Elle soupira, avant de passer la porte. Niylah eut quand même la courtoisie de ne pas lui refermer la porte au nez. Lexa préféra partir sans se retourner et ne s'effondrer que dans la cage d'ascenseur où ses larmes chaudes lui brulèrent les joues et sa respiration lui bloquaient les poumons. Elle sortit dehors et l'air frais de l'hiver l'enveloppa comme un linceul. Elle héla un taxi qui, dieu merci, ne mit pas longtemps à arriver. Puis elle se terra dans sa chambre, ses douleurs au dos incomparables à celles qu'elle avait ressenti ce soir.
Ereintée, elle s'endormit habillée, des larmes séchées sur les joues.
Lorsque Clarke rentra un peu plus tard dans la soirée, Niylah l'accueilli avec le sourire. Lorsque Clarke lui demanda pourquoi Lexa n'était pas là, Niylah lui avait naturellement répondu que cette dernière avait eu un empêchement et qu'elle avait décliné poliment leur invitation. Lorsque Clarke espéra un message de Lexa pour avoir des nouvelles, elle n'eut rien, ni le soir, ni le matin suivant. Les heures passèrent et Clarke envoya des messages qui ne trouvèrent aucun écho.
Lexa, quant à elle, se plongea dans le travail, comme elle savait si bien le faire : durant les 3 jours qui suivirent, ses journées avaient une routine stricte : elle se levait, avalait un rapide déjeuner, avant de passer sa journée sur le chantier, donnant ses ordres, vérifiant l'avancée des commandes. Lexa en profita pour accélérer quelques procédures comme les couleurs des salles, les machines à agencer… Puis, quand elle sentait son dos la tirailler, elle rentrait, commandant un repas rapide dans sa chambre d'hôtel. Elle en profitait aussi pour accueillir l'infirmière prévue pour ses soins. Selon les dires de cette dernière, Lexa devait lever le pied pour que la guérison soit plus rapide mais, évidemment, pour Lexa, il y avait toujours un impératif quelque part.
Mais au soir du quatrième jour, les choses changèrent. Tandis que l'avancement des travaux ne nécessitaient plus sa présence, Lexa voyait son séjour new-yorkais se terminer. Elle sortit de son taxi, prête à accueillir son infirmière quand, à l'entrée de l'hôtel, elle se figea. Devant elle, le regard neutre et la posture solennel…
« Clarke ? Mais… »
« Salut. »
Lexa s'approcha « Qu'est-ce que tu fais ici ? Et comment as-tu su… »
« Tu m'as dit que tu résidais au Hilton à Manhattan, y'en a pas 40. »
« Ah oui, c'est vrai… »
Clarke ne bougea pas d'un pouce et Lexa ne sut quoi faire « Tu m'invites ou je me les gèle dehors ? »
« Pardon ? »
« Ah moins que tu veuilles boire un café quelque part. »
« Je… J'attends l'infirmière et… »
« C'est moi l'infirmière. »
« Pardon ? » s'étonna Lexa « Mais… »
« Il n'y a pas non plus 40 infirmières déléguées à l'hôpital qui font des interventions dans un hôtel. » sourit-elle faiblement « J'ai pris son tour pour ce soir. »
« Oh ok… Bien… Montons alors. »
Lexa la conduisit jusqu'à sa chambre et Clarke fut surprise de la taille de la chambre « Wow, la vache, ça rigole pas… »
« Tu… Tu as ce qu'il faut ? »
Clarke haussa un sourcil « Evidemment. »
Lexa, sans un mot s'assit au bord du lit et leva son pull, juste assez pour laisser apercevoir les pansements, certains présentant quelques tâches rouges, ce qui rendit Clarke perplexe, et encore plus lorsqu'elle les retira « Hm… »
« Quoi ? »
« J'imagine que tu ne te ménages pas vraiment… Et n'essaie pas de mentir, ça se voit. »
« Ne t'inquiète pas, c'est fini. »
« Fini ? »
« Je retourne à Los Angeles demain. »
« Hm… J'en conclus que tu as bien avancé ici ? »
« Assez oui. »
« … »
Un petit silence s'installa, le temps que Clarke ne prodigue les soins à Lexa, non sans un petit frisson d'avoir le dos nu de la jeune femme devant elle. Sans parler des frissons que Lexa ressentait à chaque fois que les doigts de Clarke touchaient sa peau.
« Alors… On va faire comme si de rien n'était ? »
« Pardon ? » lança Lexa en remettant son pull correctement.
« Bah j'en sais rien, je t'invite à diner, tu ne peux pas… Et… Plus rien, pas une explication, pas un mot. Je t'envoie des messages, tu n'y réponds pas. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? C'est moi ou… »
« Non, non, absolument pas. C'est que… » Elle se mordit la lèvre inférieure « Ecoute, je n'aurais jamais dû accepter ton invitation. »
« Pourquoi ? »
« Parce que… Pas après ce qu'il s'est passé au camp… Il… Je… »
« Au camp ? Tu… Tu parles de ce baiser ? »
A ces mots, Lexa se leva et croisa ses bras devant elle, en guise de défense « Ecoute… Je… J'étais stupide, j'ai cru que… Qu'en venant… Bref… Tu es heureuse avec Niylah, vous allez vous marier, vous avez un magnifique appart, tant mieux pour vous. »
Clarke se leva à son tour « Comment tu sais ? »
« Quoi ? »
« Que nous allons nous marier. »
Lexa se figea alors, prise à son propre jeu « Je… »
« Tu es venue c'est ça ? Tu es venue pour diner. »
« … »
« Passe encore l'info sur le mariage, Niylah aurait pu te le dire au téléphone, mais l'appart… Tu ne pouvais le savoir qu'en y allant. »
« … »
« Tu es venue, et tu es repartie. Pourquoi ? »
« Clarke, stop. »
« Non ! Dis-moi. »
Lexa sentit les larmes monter mais tenta désespéramment de les dissimuler « Clarke… »
« Pourquoi tu es repartie ? A cause de Niylah ? »
« Non ! »
Mais sa réponse, bien trop rapide aux goûts de Clarke n'arriva pas à la convaincre « Bien sûr. Alors quoi : c'est le fait qu'on va se marier ? Qu'on vive ensemble ? »
« Non, écoute Clarke… Je… N'aurais jamais dû venir. »
« Pourquoi ? Je croyais que tu étais ici pour affaire. »
« Oui, oui bien sûr… »
« Mais pas seulement… » réalisa soudain Clarke « Tu es venue pour me voir… Pourquoi ? »
« Ecoute Clarke… Rentre chez toi, serre ta femme dans tes bras, oublies moi et… »
« T'oublier ?! Tu plaisantes ou quoi ? Ca fait six mois que je me dis qu'il faut que j'aille de l'avant, que j'essaie de me construire. De me convaincre que ce baiser n'a eu aucune incidence sur moi. Je… J'aime Niylah, j'ai envie de l'épouser ! »
« Je sais, je sais. Et vous serez heureuses, j'en suis sûre. Je vais repartir chez moi et… On ne se reverra jamais. »
« Ah oui ? Avec les jumeaux d'Anya et Raven en route ? »
« Je ferais en sorte d'y être quand tu n'y seras pas. Ecoute… Il… Il vaut mieux pour toi que je m'éloigne. A chaque fois que je suis près de toi, je fais tout foirer… »
Clarke s'avança mais Lexa fit un pas en arrière « Lexa… »
« Je t'en prie… Va-t-en… » S'en était trop pour elle. Elle ne put retenir ses larmes « Je t'en prie… »
Clarke fronça les sourcils mais n'insista pas. Elle soupira, reprit son manteau et son sac avant de quitter la chambre. Avant de fermer, elle se tourna une dernière fois vers Lexa « Au revoir. »
« Adieu. » répondit Lexa, retenant un sanglot. Mais lorsque la porte fut fermée, Lexa s'écroula au sol et pleura dans ses mains, étouffant des sanglots qu'elle pensait discrets mais que Clarke détecta derrière la porte. Cette dernière quitta l'hôtel la boule au ventre.
« Ah chérie c'est toi, tu rentres plus tôt que prévu. » sourit Niylah en embrassant la jolie blonde sur les lèvres. Mais en sentant une certaine réticence, Niylah fronça les sourcils « Ca va ? Tu as l'air contrarié… »
« Elle est venue n'est-ce pas ? »
« Quoi ? Qui ? »
« Lexa. »
A ce prénom, Niylah se figea et soupira « Qu'est-ce que ça changerait ? »
« Elle est venue oui ou non ? »
« Oui. Oui, elle est venue, et alors ? »
« Pourquoi m'avoir menti ? Pourquoi avoir dit qu'elle n'était pas venue ? »
« Parce que j'ai pensé que ça serait mieux. »
« Mieux ? Pour qui ? »
« Pour toi, pour nous. »
« Depuis quand tu penses pour moi ? »
Niylah gloussa l'air aussi attristé que fatigué « Je savais que ce jour arriverait. »
« Quel jour ? »
« Le jour où on s'engueulerait à cause d'elle. »
« Mais de quoi tu parles ?! »
« De Lexa. »
« Lexa ? »
« Qui d'autre… »
« Niylah mais… »
La jeune femme soupira en se tapa le front « Et merde… Clarke, il a toujours été question de Lexa, ne comprends-tu pas ? »
« Non, je ne comprends rien. Pourquoi avoir menti ? Pourquoi avoir dit qu'elle ne voulait pas venir quand, visiblement, elle était déjà là. Ca veut donc dire qu'elle est repartie d'ici… Et donc que vous avez parlé… »
Niylah sourit « Dis donc Sherlock, tu sembles bien soucieuse du bien-être de Lexa… »
« Niylah, qu'est-ce qui t'arrive ? »
« Ce qui m'arrive ? J'ai tenu bon tu sais, durant près de quatre ans. J'ai essayé de comprendre, j'ai essayé de voir le verre à moitié plein… Mais… C'est se battre contre des moulins à vent. »
« Mais de quoi tu parles ? »
« De toi Clarke, de toi et de Lexa. »
« Y'a pas de moi et Lexa. »
« Ca c'est ce que tu crois. Tu sais… J'y ai tellement cru… »
« Arrête, arrête de dire ça, arrête de parler comme si c'était fini ! » s'énerva Clarke « Et tu en fais quoi de ça ? » dit-elle en montrant sa bague de fiançailles.
« Clarke, je ne remets pas en cause tes sentiments pour moi, je sais que tu en as, je sais que tu m'aimes mais… Différemment. »
« Différemment ? »
« Différemment de Lexa. »
Clarke se laissa tomber sur le canapé, enfouissant sa tête dans ses mains « Merde, j'y comprends rien… Pourquoi d'un seul coup, tu me fais ça ? »
« Parce qu'elle a débarqué ici, parce que… J'ai eu peur. »
« Peur ? Peur de quoi ? Que je tombe pour elle ? » dit-elle ironiquement « Tu le crois vraiment ? »
« Comme j'ai vu ce baiser entre vous au mariage. »
« Le baiser ? Quel bai… » Et comme si elle venait tout juste de s'en souvenir, Clarke écarquilla les yeux « Tu… Tu savais ? Tu le savais et tu n'as rien dit. »
« Je l'ai vu, je vous ai suivi… »
« Je l'ai repoussé. »
Niylah gloussa « Elle m'a sorti la même excuse. Comme si le fait que tu la repousses justifie ce que vous avez fait. »
« Elle m'a prise par surprise ! »
« Tu aurais pu mettre un peu plus de vigueur pour la repousser… Mais là n'est pas la question. Clarke… Tu l'aimes. »
La jolie blonde la fixa, incrédule « Pardon ? »
« Ce n'est pas un scoop. Avant je savais qu'il y avait quelque chose, quelque chose qui gravitait autour de toi, comme un fantôme, imperceptible. Mais à présent, je sais… C'était une évidence quand je vous ai vu ensemble y'a six mois. »
« Je comprends rien… »
« Tu devrais pourtant, c'est limpide. Clarke… » Niylah s'agenouilla devant elle « Je sais que ça représente quelque chose pour toi… » dit-elle en montrant sa bague « Mais… Je sais que tu ne pensais pas à mal… »
« Je t'aime Niylah… »
« Je sais, je sais Clarke mais… Si tu étais franche avec toi-même, tu avouerais que ta demande en mariage était aussi imprévisible qu'inopinée. Que tu l'as faite essentiellement pour oublier Lex… »
« … Non ! » la coupa Clarke « Je l'ai faite parce que je veux faire ma vie avec toi. »
Niylah sourit alors et lui caressa la joue « Ca aurait probablement marché tu sais… Si elle n'était pas revenue. »
« … »
Niylah se releva alors et défit la bague de son doigt « Il vaut mieux arrêter maintenant. Si tu m'aimes comme tu le dis, si tu me respectes… Alors, on arrêtera cette mascarade pour de bon. »
Clarke éclata en sanglots et Niylah la prit dans ses bras « Je t'aime, dieu sait que je t'aime mais… Je ne peux plus faire comme si je ne voyais rien. Je n'ai pas envie de me demander si, quand tu m'embrasses, tu ne regrettes pas. Si, quand on fait l'amour, tu n'aimerais pas être avec elle. Si tu lui aurais fait la même demande. J'aime à croire que ce que nous avons vécu durant quatre ans ne soit pas que poussière… »
« C'était… C'est sincère ! »
« Je sais, ça l'était pour nous deux, mais nous n'y mettions juste pas le même symbolisme. »
« … Je suis triste, en colère aussi… Mais, c'est comme si je m'y étais préparée. Quand tu m'as appelé pour me dire que Lexa était en ville et qu'elle viendrait diner chez nous… J'ai compris… »
« Ce… Ce n'était pas… Ce n'était pas ce que je voulais… J'avais aucune intention de te faire souffrir… »
« Je n'ai pas souffert… J'ai été heureuse… Et je l'aurais probablement été durant des années encore, avant de me rendre compte que… Ce n'était qu'une façade. »
« … »
« Clarke, tu es une femme remarquable : belle, intelligente, passionnée. Mais… Tu es terriblement handicapée sentimentalement parlant. »
Clarke aurait presque pu acquiescer si elle n'était pas si abattue « Qu'est-ce qu'il se passe maintenant ? »
« Maintenant ? On va se poser, discuter des options, de comment procéder. Ne te méprends pas, je suis en colère et triste aussi que cela se termine ainsi, mais je crois qu'au fond de moi je le sentais… Ca ne pouvait venir que d'elle. »
« … »
Niylah soupira. Cette nuit-là, les deux jeunes parlèrent, encore et encore. Des larmes furent essuyées, mais aucune parole ne fut plus haute qu'une autre. Aucun cri, aucune parole regrettée par la suite. Les choses, une fois dites, se passèrent relativement bien.
A la fin, quand la discussion fut close, le jour n'était plus très loin, et Niylah dormait dans la chambre d'ami.
Lexa avait passé une mauvaise nuit. Elle ne dormit qu'une poignée d'heures avant d'appeler l'aéroport et de refaire ses valises. Elle s'assura une dernière fois de la bonne conduite des travaux, et envisagea même de nouveaux projets. Puis, elle monta dans un taxi en direction de JFK, fébrile et triste. Son dos la tiraillait encore mais ce n'était rien à côté de son cœur serré face à cette peine qui l'englobait actuellement. Elle ne savait pas ce qu'elle attendait de ce séjour new-yorkais, mais elle ne s'attendait certainement pas à cette désillusion de plus.
Et alors qu'elle sortit de son taxi pour entrer dans l'aéroport, son téléphone sonna. Lorsqu'elle vit le nom apparaitre sur son écran, elle frissonna. Non, elle ne pouvait pas, elle ne pouvait plus. Alors, avec une légère hésitation néanmoins, elle bloqua le numéro puis l'effaça de ses contacts. Etait-ce un soulagement ou une fuite ? Peu importait, à présent c'était fini. C'était mieux ainsi. Puis elle monta dans son jet, un dernier regard vers le ciel new-yorkais, avant que les portes ne se ferment. Quelques minutes plus tard, le jet décolla vers les cieux californien, Lexa regardant par le hublot, une dernière larme s'écrasant sur sa joue.
Oui, c'était mieux ainsi.
Clarke avait très mal dormi, pour ne pas dire : pas dormi du tout. Se tournant et retournant dans son lit avant de, finalement, se lever à 6h du matin. Elle se traina jusqu'à sa cuisine où elle grapilla quelques mets, puis finis par se rendre dans son salon, une clémentine à la main. Elle se figea alors en voyant Niylah assise dans le canapé, fixée sur sa tablette.
Hey… »
Niylah se tourna légèrement « Hey… Tu n'arrives pas à dormir ? »
« Pas vraiment… »
« J'imagine. »
« Ah oui ? »
« Oui. Est-ce que tu me laisseras le temps de rassembler mes affaires ? »
« C'est quoi cette question ? J'ai absolument pas l'intention de te foutre dehors. »
« Je sais. » sourit Niylah « Mais j'imagine aussi que tu as besoin de te retrouver, et c'est pas avec ton ex à côté que tu vas y arriver. »
Son ex… Clarke frissonna de déplaisir en entendant ce nouvel adjectif pour qualifier Niylah. Elle grimaça et Niylah s'en rendit compte « Je n'ai pas dormi non plus. »
« Niylah, tu comptes beaucoup pour moi, il est hors de question que ça se termine ainsi. »
« Je sais, je sais. Et je renie rien. Mais je préfère ne pas faire durer. Ca serait aussi dur pour moi que pour toi. La transition n'en serait que plus injuste. » »
« La transition ? »
Niylah sourit dans un soupir « On sait toutes les deux comment cela va se finir. »
« Comment ça ? »
« Tu iras la retrouver. »
Clarke se leva du canapé et la fusilla du regard « Attends, t'es sérieuse là ? Tu crois vraiment ça ? On… On a rompu, enfin je crois, et j'ai encore du mal à réaliser… Et tu crois vraiment que c'est la première chose que je vais faire ?! »
« Clarke… Si tu étais honnête avec toi-même, tu saurais que tu la rejointes il y a déjà des années… »
« N'importe quoi… »
Sans une once de colère, Niylah la prit dans ses bras « Tu sais, je t'aime énormément, et en tant que fraichement ex, mais anciennement compagne, je te souhaite le meilleur. Nous sommes adultes, nous allons faire notre chemin, chacune de notre côté, et on sait toutes les deux que le tien te dirigera vers les côtes californiennes. »
« … »
« Oh je n'ai pas dit que tu irais dès demain… Mais… Tu iras, tout le monde le sait. »
Clarke se sentait mal, presque fautive d'y avoir pensé, de l'avoir même imaginé alors que son couple avec Niylah battait sévèrement de l'aile en un claquement de doigts.
« Je… »
« Je vais finir de rassembler mes affaires. »
« Ca n'est pas pressé tu sais, il est hors de question que je ta chasse d'ici. »
« Heureusement qu'on ne s'est installées depuis longtemps. Je n'ai pas vraiment eu le temps de m'éparpiller. » lança-t-elle ironiquement.
« Arrête… »
« Désolée. Je vais sortir aujourd'hui. »
« Tu… Tu vas aller où ? »
Pour toute réponse, Niylah sourit « Ne t'inquiète pas. »
« Si, au contraire, j'ai pas envie que tu te sentes expulsée. Tu peux rester ici autant que tu le veux. »
« Ca ne serait pas l'idéal, ça ferait durer le déplaisir. Il vaut mieux faire une transition franche et courte. »
« Tu as de quoi te retourner au moins ? »
« J'ai toujours mon appart. »
« Tu ne l'as pas rendu ? »
« Ma sœur l'a repris le temps de ses études ici. C'est toujours mieux que de revenir chez ses parents. »
Clarke esquissa un triste sourire « Je suis désolée… »
Niylah posa ses mains sur les siennes et lui assura « Tout va bien, vraiment. » comme si tout était en ordre, comme si tout cela était normal.
Et dans la matinée, Niylah finit de boucler sa troisième valise, faisant le tour de l'appartement, et montant dans sa voiture. Clarke ne savait pas quoi faire, pas quoi dire… Elle regrettait que tout cela se passe ainsi. Elle ne le voulait pas, elle ne l'avait jamais voulu. Elle tenait énormément à Niylah : elle avait été une grande part de sa vie, durant trois ans, elle partagea sa vie comme personne. Elle ne pouvait oublier toutes ces années ensemble… Elle ne le pouvait tout simplement pas. Et pourtant, ce fut Niylah qui lui donna l'impulsion avant de monter dans sa voiture.
« Tu sais, ça me fait mal de dire ça mais… Tu devrais l'appeler. »
« Quoi ? »
« Lexa. Cette histoire… Votre histoire dure depuis bien trop longtemps. »
« Tu ne me suggères pas de foncer voir Lexa alors qu'on a rompu y'a moins de 12h… Si ? »
« Je te suggère d'arrêter de vivre en façade et d'enfin croquer la pomme pleinement. J'ai toujours eu l'impression que tu vivais à moitié, que tu n'osais y aller à fond… Alors, pour une fois, fais-le. »
« Niylah… »
« Oh ne crois pas que ça ne me fasse pas chier de te dire ça… A vrai dire, si je ne tenais pas tant à toi, je te laisserais te démerder avec ça… »
« … »
« Elle repart bientôt j'imagine. C'est le moment. »
« Est-ce que mon ex m'encourage à aller voir ailleurs ?! » ironisa Clarke.
« Tu as oublié les adjectifs : géniale et superbe ex. »
« Ah oui, pardon. »
Niylah s'approcha et déposa un tendre baiser sur la joue de Clarke « Va… Ne perds plus une minute. »
« Je… Je ne sais pas comment faire. »
« Demande-toi ce que tu aurais fait il y a six ans, si vous ne vous étiez pas séparées. »
Sur ces dernières paroles, elle démarra le moteur et sa voiture disparut au premier carrefour, laissant une Clarke aussi seule que démunie. Elle était perdue, elle était… célibataire. Elle soupira et lorsqu'elle se retrouva dans son appartement, définitivement seule, elle s'affala dans son canapé et fixa son téléphone : il était à peine 9h du matin, et tout s'était passé en un éclair.
Elle ferma les yeux, éreintée mentalement et, sans vraiment le vouloir, elle s'endormit, rattrapant le peu de sommeil qu'elle eut la veille. Mais lorsqu'elle les rouvrit, midi sonna. Elle s'étira, bailla et ouvrit de nouveau son téléphone. Elle devait être partie à présent.
Et si…
Elle se redressa alors : que risquait-elle ? Elle inspira et pensa quelques secondes à lui envoyer un message. Mais elle avait besoin de parler, d'entendre sa voix. Alors elle l'appela… Mais au bout de cinq sonneries, elle tomba sur le répondeur. Elle hésita avant de laisser un court message fébrile « Le… Lexa… C'est moi, Clarke… Ecoute… Il faut qu'on parle. Je… Il faut vraiment qu'on parle… S'il te plait, c'est important. »
En panne d'inspiration, elle raccrocha alors, le cœur au bord des lèvres. Devait-elle insisté ? En voyant son numéro, Lexa ne voulait certainement pas répondre mais, peut-être, par inadvertance, elle décrocherait. Alors elle appela encore et encore… Mais tomba systématiquement sur la boite vocale. Elle pensait alors qu'elle avait éteint son téléphone…
Il lui fallut une heure et tout le courage du monde pour monter dans un taxi en direction de l'aéroport. Il lui fallut un milliard de questions sans réponse, pour sortir du véhicule et se retrouver dans le bâtiment ou se brassait des centaines de personnes. Puis, elle fut soudainement perdue : ou devait-elle aller ? Que devait-elle faire ? Pouvait-elle y croire encore ? Et Lexa, la laisserait-elle y croire ? Ou cela mènerait-il ? Elle n'en avait aucune idée, littéralement. Perdue dans cet immense aéroport, elle dût se rendre à l'accueil pour savoir d'où partait les jets privés. Quand on lui indiqua la direction, elle se fraya un chemin parmi la foule, son cœur s'accélérant à chaque foulée.
Mais son excitation retomba bien vite lorsqu'au travers des grandes baies vitrées, le tarmac dédié aux jets privés était désespéramment vide. Elle soupira, le front collé à la vitre.
« Vous cherchez quelque chose madame ? »
La jolie blonde se tourna et vit un jeune homme à la chemise estampillée de l'aéroport de JFK.
« Je… Je cherchais un jet privé… Mon amie était dedans… »
« Oh… Le seul jet privé partit de ce tarmac a décollé il y a deux heures déjà. »
« Merci… » sourit tristement Clarke avant de tourner son attention de nouveau vers le tarmac. C'était logique, c'était évident. C'était peut-être mieux ainsi.
Oui, mieux ainsi…
TBC
