Playlist

« Comment je vais faire » Hoshi

« Les sables émouvants » Arcadian

« J'ai demandé à la Lune » Indochine

« Happy and sad » Kacey Musgraves

« Same to you » The Vamps

« Mama sorry » Hyphen Hyphen

Chapitre n°20

Point de vue d'Aura

« Wha, j'en ai entendu des histoires mais celle-ci dépasse beaucoup de choses ».

« S'il te plaît ».

Elle hésite entre rire très fort ou pleurer de désespoir face à ma situation. Si je me mets de son côté, je dirais que mes arguments ne sont pas efficaces et ça me fait peur. Le but est de la convaincre de m'aider à mettre Darcy au tapis le plus vite possible. Elle va utiliser sa magie noire contre moi. Je ne veux pas plonger dans cet univers sombre aux attentions malsaines. Alors je dois trouver une stratégie. Mon amie issu du monde angélique est la bienvenue pour ça. Elle est en train d'apprendre de puissants sortilèges en ce moment. Elle peut m'aider. J'ai de la chance qu'elle soit venue jusqu'ici. Son soutien et son aide va beaucoup m'apporter et ça me donne une raison supplémentaire pour la voir davantage. Elle me regarde de ses yeux qui intimident les gens. Ses ailes sont repliées sur son dos mais elles peuvent s'ouvrir en trois secondes et décoller du sol pour disparaitre rapidement dans les cieux. Ce que je peux comprendre et je ne peux pas la convaincre de rester avec moi. Son regard croise à nouveau le mien et aussi étrange que cela puisse paraitre, un mince sourire se dessine sur ses lèvres. Le genre de sourire qui signifie que l'on vous soutien, peu importe les circonstances. Et je suis au courant de l'enjeux qui va avoir lieu. Disons que j'ai aussitôt accepté pour des raisons personnelles, du fait de maman. Elle me manque tous les jours et les conséquences sont indélébiles, ce qui est le problème.

Plus je tente de me mettre en tête que l'idée est totalement folle plus je me dis que je dois y arriver, pas que pour maman car elle le mérite mais aussi pour moi. Pour prouver quoi ? Wha, mon égo prend le dessus sur le reste. Ce n'est pas bon du tout. Va falloir mettre les choses au clair dans ma tête avant de prendre une nouvelle décision. Aussi folle soit-elle, je dois remettre de l'ordre dans mon esprit. D'ailleurs, une sorte de réunion familiale va se programmer afin d'être sûre de mon choix et d'écouter leurs arguments. Ma famille est mon pilier. J'ai besoin d'eux. Sans eux, c'est l'échec assuré. Sans eux, je n'aurais pas pu m'entrainer des heures et des heures pour entrer dans cette école. Si je m'améliore, c'est grâce à eux, ils m'apprennent tout. Ma magie je leur dois. Sans ça, je ne suis plus la même personne et c'est assez effrayant.

Dans toute cette histoire, je passe mon temps à lire des livres de magie pour apprendre des formules, je m'entraine avec mes frères pour travailler mon équilibre et ma rapidité. J'ai l'impression de faire un entrainement militaire et c'est assez étrange. Je passe mes matinées à travailler mes formules et mes après-midi à faire du sport avec Sacha ou Émile. Le soir, je n'existe plus. Je suis dans ce rythme depuis trois semaines maintenant. Je n'ai jamais autant fait attention à ma santé physique que ces dernières semaines. Le sport me vide l'esprit. C'est devenu un moyen de faire abstraction du reste. J'allie les deux. En réalité, je ne pensais qu'à faire ces séances d'entraînement, comme coupée du monde. C'est une erreur. Il a fallut que j'en parle à la directrice de l'école voisine pour en prendre conscience. Ses conseils me seront essentiels. Et je ne peux pas affronter la réalité seule.

J'ai arrêté ma séance d'entraînement car j'ai perçu la présence de Lou-Anne. J'étais en train de mettre en pratique une formule d'invisibilité en jouant avec les rayons du soleil. Je me dis que c'est une idée judicieuse que d'utiliser l'environnement qui nous entoure. Avec un peu de chance, ça sera un avantage. Toutes les possibilités doivent être prises en compte. J'essaye de visualiser correctement le sortilège que je veux appliquer. Ma magie est en évolution constante. Un avantage si on le voit comme tel mais un réel changement qui me rend un peu nerveuse. Si ma magie doit devenir plus puissante, le mental doit suivre. Les deux sont complémentaires. Sans ma famille, je ne serais pas dans cette école pour maîtriser ma magie. La présence de mon amie angélique à l'école est le meilleur moyen de clouer le bec à Darcy. Sa magie est bien plus puissante que la moyenne. Son aide m'est précieuse.

Le monde semble tourner autour de moi sans que je m'en rende compte. À force d'être dans ma bulle, je ne perçois rien d'autre. Et c'est bien le problème, j'ai l'impression de me voiler la face. On m'apporte de l'aide. Je n'ai pas le ressenti positif que je devrais avoir. J'ai besoin d'air. Le sentiment d'étouffer se fait ressentir et ce n'est pas bon. Je ne devrais pas me sentir sous pression. Pas ainsi.. Pas quand je suis entourée par ma famille, par la directrice de l'école, par mes amis et mon amie angélique qui a fait le voyage jusqu'ici. Ce n'est pas dans la logique. Pour me calmer, je respire doucement et je recommence autant de fois que nécessaire. L'ange à côté de moi me laisse du temps. Je dois me montrer forte, encore une fois et je peux me permettre de me montrer faible parce que je suis entourée, des gens veulent m'aider. Je souffle une dernière fois, ferme les yeux une seconde et les rouvrent. Mon amie n'a pas bougé. Je ne veux pas faire durer ce silence qui devient gênant plus longtemps mais elle prend la parole.

« Je ne te juge pas ».

J'écarquille les yeux car j'ai l'impression d'avoir mal entendu. Non que j'en doute de la parole de mon amie angélique. Seulement j'ai eu tellement peur qu'elle le prenne mal. Nous sommes amies depuis des années et il est que je n'en ai pas parlé à Ella. J'ai pas mal d'amis je le sais mais à force, j'oublie que Lou-Anne a été là. J'ai pas encore dit à Ella que sa présence va changer la donne.

« Comment veux-tu que je te juge » dit-elle avec aisance. « Darcy a affronté ma mère plus jeune aussi et je sais que tu détestes cet argument car ta mère l'a fait aussi. Que tu veuilles l'affronter à ton tour, d'accord. Je ne juge pas. Seulement, accepte mon aide Aura. Tu ne peux pas le faire seule. Tes frères et ta sœur t'entourent, laisse moi t'aider à ma façon ».

« Lou... ».

« Je n'ai pas autant de connaissances en astrologie ou en magie que toi mais si je peux t'apprendre des techniques de vol alors... ».

« Merci ».

Je n'ai jamais douté d'elle. À présent, les choses prendront une nouvelle tournure. Je m'essuie le front à l'aide de la serviette posée au sol, la repose et regarde mon amie dans les yeux. Pleurer est sans doute la seule réaction que j'ai envie de montrer. Ses mots ont forcément un impact sur le moment parce que je suis vulnérable à vif. C'est dur. Mais je me jette dans ses bras, au risque qu'elle me regarde en ne sachant pas comment réagir. Elle me serre aussi fort que possible. Elle caresse même mes cheveux. Je fais attention à ses ailes car je sais que c'est une partie sensible. Je suppose que c'est bien la dernière chose qui l'a préoccupe en me voyant aussi vulnérable. Mais tant pis, je laisse les larmes couler. J'en éprouve le besoin. Lou-Anne me tient toujours dans ses bras alors je me laisse faire. Elle prend la peine de me bercer un peu. Le temps n'est pas un problème apparemment. Plus mes larmes coulent, plus le poids de la culpabilité prend de la place. J'ai l'impression que mon cœur se décompresse. Un peu comme si on m'enlevait une sorte de poids, de la culpabilité même si ça dure quelques secondes c'est ce dont j'ai besoin.

Je ne veux pas abuser de sa gentillesse et me retire de son étreinte très bénéfique. J'ai eu besoin de sécher mes larmes en la prenant dans mes bras. Non pas pour oublier mais pour laisser ce qui me perturbe de côté le temps d'un câlin. Alors je ne veux pas la mettre mal à l'aise mais elle me sourit, un sourire bienveillant. Aucun jugement entre nous et je lui suis reconnaissante de sa venue ici. Raison de plus pour la revoir car on ne s'est pas revue depuis un bon moment.

Je n'ai pas vu l'heure passer. Nous l'avons passée à discuter. Échanger avec elle en dehors de l'école m'a changé les idées. Le fait de ne pas être entre les quatre murs de l'école fait que je ressens moins d'oppression, comme si les murs avaient des oreilles. Ce qui est probablement le cas. Mon pendentif est en sécurité. Lou-Anne me parle de la pierre de Lune. Je ne sais pas pourquoi ce bijoux hérité de ma mère aurait un lien quelconque avec le fait que Darcy veuille me mettre en pièce. C'est probable. Darcy n'a aucun scrupule. Mes lectures à la bibliothèque n'ont pas donné de piste à suivre. Pas dans l'immédiat en tout cas, que des légendes. Je m'en méfie. Apparemment, je vais devoir me résoudre à détruire ce pendentif. Quelque chose comme ça. Quelque part, je m'en doutais sans m'y résoudre. Piste à creuser.

« Je suis désolée de t'imposer ça ».

« Ne culpabilise pas autant ».

Nous prenons le chemin du retour. Elle sait que je culpabilise encore et il va falloir y mettre un terme. Me creuser l'esprit n'arrangera rien.

Quelques heures plus tard, je suis allée prendre une douche pour me sentir propre après cette journée de sport qui recommence demain. Je fais sécher mes cheveux blonds à l'air libre. Je ne préoccupe plus tellement de ma tenue du jour et encore moins de ma coiffure. Depuis que mes frères m'entrainent, je suis dans une bulle. C'est une sensation très étrange. Parfois, je me demande si toute cette histoire n'est au final qu'un mauvais rêve. Le genre de cauchemar qui semble si réel et quand on ouvre les yeux, on est comme déconnecté, perdu. Sauf que ce n'est pas le cas. Dommage parce que je ne sais pas comment me sortir de cette affaire. Triste constat que je suis obligée de faire. Et je ne peux pas me sortir de cette situation seule.

Le programme s'intensifie. Mes frères entendent ma détresse mais cela ne me rassure pas pour autant. Je me dirige vers la fenêtre de ma chambre que j'ouvre pour accéder au balcon. Dans cette école, les chambres ont des balcons. Le mien n'est pas aussi lumineux que celui de mon amie solaire mais je ne vais pas me plaindre. Je me demande comment va Ella, je ne lui pas envoyé de message aujourd'hui. Elle doit se poser pas mal de questions sur Lou-Anne. La situation me fait à moitié rire parce que je me souviens de son visage surpris quand elle l'a vue au milieu de la cours de son école. La beauté de ses ailes a fait le tour de l'école en quelques heures. C'est vrai que voir un ange en réalité est presque impossible. Ils tiennent comme personne à leur intimité et Lou-Anne y tient aussi.

Je prononce une formule dans le vent. Une pluie d'étincelles prend forme sous mes yeux. Un peu de magie positive dans ce triste monde ne fait pas de mal. Je pense que dans les prochains jours, j'essaierai de faire les présentations officielles entre mes amis d'ici et Lou-Anne. Si elle doit restée ici un moment, autant qu'ils apprennent à la connaitre. En attendant que les étincelles redescendent au sol, je regarde le ciel. En quête de je ne sais quoi, les étoiles m'interpellent et j'en devine quelques unes. Je me perds un peu dans les contemplations.

C'est le lendemain en milieu d'après-midi que je m'entraine à nouveau avec mes frères. Il se trouve que leur école regorge de terrains de sport à la disposition des élèves. Une chance pour eux car à côté de celle où je suis il n'y a que la forêt. Je tape dans ce sac de boxe depuis une demi heure. J'ai l'impression de mourir. Mon frère Sacha me regarde attentivement, m'indique où positionner mes pieds et comment porter mes coups par rapport au sac. Je n'affronterai pas Darcy corps à corps, encore heureux mais je perfectionne mes gestes. Au moment où mon sortilège fera son effet sur elle, je devrais rester sur mes gardes. Elle est capable de tout et c'est bien le soucis. Je continue mes mouvements jusqu'à ce qu'une ombre avec des ailes attire mon attention. Un mince sourire sur les lèvres que je fais disparaitre aussitôt pour me concentrer sur mes mouvements, mon frère risquerait de me le reprocher. Je tiens un minimum à éviter une dispute. Pas que c'est à deux doigts de se produire mais mon frère commence à appréhender cet affront. Je me demande ce qu'il se passe dans son esprit. Je n'ai pas demandé à Émile de le surveiller, peut-être que je devrais. Juste pour savoir.

Le soleil me tape sur la tête et en faisant du sport, j'ai chaud à un point tel que j'ai envie de m'allonger sur le sol et de rester ainsi. Mon frère ne me laisserait pas faire. Je vais devoir tenir encore un peu. Je prends une bouffe d'air, secoue la tête et regarde à nouveau ce sac de boxe noir depuis maintenant une heure. Je commence à avoir envie de jeter mes gants au sol. Mes mouvements ne sont pas aussi rapides que ceux de mon frère qui est bien meilleur en boxe que moi. En même temps, ce n'est pas difficile. Je le regarde une seconde et constate un mince sourire de satisfaction sur le visage, je peux peut-être émettre la théorie selon laquelle il est fier de m'entrainer cet après-midi, que mon niveau en boxe remonte. Ce n'est qu'une théorie issue de mon imagination. Je m'émets rien du tout.

Sacha ne parle pas, il me sourit. Signe qu'il est satisfait de la séance de sport d'aujourd'hui. Cela signifie que je peux enlever mes gants de boxe, m'allonger sur le sol et ne plus bouger du reste de la journée. Je respire fortement à cause de l'effort fournit. Non que je me plaigne mais actuellement je m'octroie le droit de râler. J'ai la tête allégée d'une multitude de sujets qui occupaient mes pensées 24h/24. C'est un soulagement de se vider la tête, en partie grâce au sport. J'ai de la chance que l'école de mes frère ait accepté ma venue dans leur locaux. Cela me donne une excuse déguisée pour constater que mes frères vont bien. Je suis contente de ne pas interroger leurs camarades de classe pour avoir des informations.

« Si tu veux me tuer, sache que tu es sur la bonne voie ».

« Merci de ta confiance, je ne suis pas cruel ».

Ma remarque le fait rire. Une fois en une heure est quand même une prouesse. Le pauvre, je le sous-estime. Lorsqu'il m'entraine, plus rien d'autre n'existe. Il est dans son rôle de prof ou d'entraineur je ne sais pas mais il est doué. Je ne peux que m'incliner. Il a raison de me pousser dans une bulle, une bulle positive. Nous discutons en dehors des heures où on travaille sur ma rapidité grâce à la boxe. Il est d'un soutien infaillible. Je ne veux pas qu'il ait peur. Darcy est une sorcière redoutable et j'ai envie de lui rendre la monnaie de sa pièce. Je ne suis pas la seule. La directrice de l'école m'accompagnera et interviendra en cas de besoin. Darcy doit être maitrisée.

« Je ne sais pas comment prendre tout ça, je ne sais pas comment réagir correctement ».

Il prononce cette phrase directement, sans réfléchir, comme si c'était naturel. Je me sens chanceuse de l'avoir pour frère. Il n'a pas de jugement et il n'a pas émis d'opposition quand j'ai évoqué l'affront que Darcy m'a lancé. Il m'a soutenu. Non que les autres ne le fassent pas mais je sens des regards inquiets. Ils le tolèrent. Accepter est encore quelque chose de difficile et je le sais. Même étant la principale concernée dans cette histoire, au fond nous le sommes tous et j'ai embarqué ma famille dans cette histoire ainsi que l'école de fée où je suis accueillie pour une période indéterminée. Hors de question que mon frère culpabilise. J'ai envie de le rassurer du mieux possible mais je n'ai pas l'impression que mes mots suffisent.

Mon frère enlève ses gants de boxe en premier. Il les jette au sol sans se préoccuper de les ranger. À mon tour, je retire les miens. Il reste silencieux et après avoir fait du sport, il ne dit rien. Pendant quelques secondes et je fais de même. Les gants tombent sur le sol sans que personne ne s'en préoccupe, lui qui me dit que cela coûte cher et qu'il faut en prendre soin. Apparemment, mon frère semble ailleurs. Je ne sais pas s'il acceptera de me répondre. Autant le laisser tranquille jusqu'à ce qu'il accepte de me dévoiler ce qu'il a sur la conscience.

« Tu n'as pas besoin Sacha ».

Il me regarde comme surpris de ma remarque. Il me fait confiance mais dans son rôle de grand frère protecteur, il est le meilleur. Je me demande ce que maman dirait. Elle penserait qu'affronter Darcy est une énorme erreur. Première chose à laquelle je pense et Maé me l'a dit. Elle tient de maman. Mes frères et moi sommes un peu plus sur la même longueur d'onde. Il faut de tout dans une famille et je suis reconnaissante d'avoir des liens fraternels aussi forts. C'est une chance et j'espère que les prochaines semaines vont nous aider à prendre du recul. D'ailleurs, Lou-Anne doit être dans les parages. Je l'ai vue tout à l'heure puis elle a disparu. Elle n'a pas dû oser intervenir, préférant se faire discrète. Les anges sont les maîtres en matière de discrétion. Je devrais m'en inspirer parfois. Je la cherche un peu en regardant le ciel mais sans succès.

Je reporte mon attention sur Sacha. Il y a de l'émotion dans ses yeux. Je ne veux pas qu'il se sente mal, triste ou je ne sais quoi d'autre. Au fur et à mesure des secondes qui passent, je constate des gouttes qui coulent le long de son visage. Ce ne sont pas les gouttes liées à la transpiration. Ce sont d'autres gouttes, celles qui viennent du cœur, celles qui font mal, ce sont des larmes. Voir mon frère pleurer est la pire chose que je souhaite voir. Il déteste se montrer vulnérable. Mais il ne doit pas se sentir ainsi. Il est la personne la plus forte que je connaisse. Nous sommes une famille. Mon cœur menace de sortir de ma poitrine. Je fais le geste que j'ai eu envie de faire plusieurs fois aujourd'hui mais aussi depuis quelques temps, prendre mon frère dans mes bras. Il me dirait que c'est son rôle et non le mien. Oui mais cette fois, c'est à moi de prendre un peu soin de mon frère. Il a besoin de soutien lui aussi. Il m'en apporte suffisamment et mes épaules peuvent supporter sa peine. Nous sommes une famille. Une famille unie dans toutes les circonstances possibles et inimaginables.

Je le laisse pleurer autant de temps que nécessaire. Il laisse l'émotion sortir. Elle a dû être contenue depuis un moment. Je le serre dans mes bras aussi fort que possible pour lui montrer que je suis là, qu'il peut se montrer vulnérable. Il est dans une période difficile. Depuis que maman est partie, tout à changé pour nous quatre. Il a fallu surmonter l'épreuve aussi horrible soit-elle de la vie. Nous n'avons pas discuté suffisamment j'ai l'impression. Nous l'avons pleurée mais pas ensemble et il aurait fallu le faire. À croire que nous avons pensé aux études à la place de vivre notre deuil. On l'a fait pour sortir la tête de l'eau. Au quel cas, nous serions devenus fous. Une année ne suffit pas à prendre du recul sur la vie, sur la perte tragique dont on a fait face. Mais on a le mérite d'avoir réussi à remonter une partie de la pente et pour ça, je suis fière de mes frères et de ma sœur.

« Sacha ».

Il reste contre moi, je ne le force pas à mettre fin à notre étreinte. Je me sens dans un autre rôle, celle de la petite sœur protectrice. Pour une fois que les rôles sont inversés. Je ne veux pas le brusquer et je continue de frotter doucement son dos, un peu comme le ferait une maman. Elle nous manque tous les jours. Il n'y a pas un jour où l'on ne pense pas à elle. Chaque jour est comme un nouveau scénario, on ne sait pas ce que l'on va y découvrir. Il y a un an, nous étions déjà des personnes différentes mais cette année nous aide à avancer. Nous voyons du monde tous les jours, les cours et les entrainements occupent nos pensées. Aucun de nous ne veux craquer en premier et encore moins en plein cours ou devant les autres. Combien de fois j'ai imaginé l'un de mes frères ou Maé venir me consoler ou inversement. Cette pensée ne veut pas sortir de mon esprit et pourtant, j'y suis confrontée. Mon frère est dans mes bras, pleurant car il n'en peux plus de se contenir. Je ne cache pas que mes larmes coulent aussi. Le voir ainsi me fait mal. Mais c'est une triste vérité qui dure depuis un an et qui va encore durer dans le temps. Il n'efface jamais la douleur, il l'estompe.

« Ne t'excuse jamais pour ça » réussis-je à dire.

Nous restons encore un moment ainsi, dans la même position. Je le laisse reprendre sa respiration, le laisse essuyer ses larmes. Il a dû mal à cacher ses émotions. Je pense qu'après avoir pleurer aussi longtemps et surtout après le sport, il ne refuserait pas une douche chaude.

« Même en pleurant, tu restes digne » riais-je.

« Merci ».

Dans ses yeux, je le vois bien. Il est fidèle à lui-même. Sacha récupère ses gants de boxe et va les ranger dans le placard. Je fais de même. Il récupère ses affaires et pars en direction des douches. Il m'indique qu'il n'y a personne, je peux me permettre exceptionnellement de prendre une douche ici. Mais il me semble qu'Émile veut sortir en ville afin de se changer les idées tous les quatre avec Lou-Anne. Sacha ne doit pas être d'humeur mais je me dis que ça lui ferait du bien. J'appelle Maé pour lui confirmer notre venue. Elle raccroche en première enthousiaste. Sacha est déjà parti dans les vestiaires et il a raison, il n'y a personne donc je peux profiter des douches, de plus j'ai pris des affaires propres.

Je suis d'accord pour dire qu'une douche est la chose la plus merveilleuse.

Une fois prête, je sors des vestiaires avec Sacha et on se dirige vers le bar en question dont Maé m'a parlé. J'ai enfilé une jupe noire et une chemise bleue à pois blanc. Mon frère porte la même chemise que moi et un pantalon noir. On est assorti. Je suppose qu'Émile va rire en nous voyant. J'ai mis mes boots noires, mon frère aussi. Mon autre frère va définitivement rire en nous voyant.

« Tu sais qu'on est habillé quasiment pareil ? ».

« Je sais » dit-il en riant.

Mon balais est resté à l'école. Je vais devoir l'utiliser plus souvent. J'ai perdu la main. Je ne pense pas que ce soit judicieux de l'utiliser maintenant, autant y aller par la magie. Les sortilèges à ce sujet ne sont pas ma spécialité, je laisse ça à Ella.

« Vous voilà » dit Maé quand elle nous aperçoit. « Il ne manque plus que notre ange préféré qui devrait arriver ».

« Magnifique » répondis-je.

Émile me demande comment je vais et je lui raconte de début de l'entraînement que j'ai eu avec Sacha. Il rit parce qu'il ne s'étonne pas du merveilleux programme concocté. Bien sûr, je ne raconte pas le moment où Sacha a pleuré dans mes bras. Il ne voudra pas en parler ce soir. Nous sommes réunis tous les quatre pour penser à autre chose et se changer les idées. Avec Lou-Anne, je suis contente qu'elle ait accepté de nous rejoindre. Il est vrai que je n'ai pas pris le temps de la présenter aux autres ni de lui faire découvrir les environs. Il va falloir prévoir ça. Elle compte rester dans les environs un moment. Autant que mes amis apprennent un peu à la connaitre. C'est un ange qui je suis certaine s'entendra bien avec eux. Elle est géniale. J'espère que Maé a prévenu le bar de son arrivée. Les anges sont des créatures rares qui ne se montrent pas beaucoup au public. Je ne veux pas qu'elle soit importunée.

« Lou ? Il était temps » intervient Maé.

« Excusez-moi » dit-elle en repliant ses belles ailes.

« Bonsoir Lou ».

« Bonsoir Émile, comment tu vas ? ».

Nous discutons tous les cinq de tout et de rien. Nous buvons quelques verres. La soirée se passe vraiment bien. On lui pose des questions sur sa famille, notamment ses trois frères que les miens n'ont pas beaucoup vu ces dernières années. Je suppose qu'ils vont prévoir de se voir. Ils s'entendent bien depuis quasiment l'enfance. Lou-Anne a été dans ma classe plus jeune mais le trajet entre son monde et le sien n'était pas à côté. Son placement en internat était difficile pour elle. J'ai compris le jour où elle m'a dit qu'elle changeait d'école les raisons de son départ. Sans mes frères et Maé, je me serais aussi sentie perdue.

« Faire de la boxe ? Avec mes ailes, ce n'est pas facile mais je me débrouille. Tant que l'on ne vise pas les ailes, ça va. Seulement, les gens ne s'en soucient pas beaucoup. C'est une partie sensible et nous atteindre est facile. Mes frères sont plus doués que moi ».

Je débarque dans leur conversation sur la boxe. Sacha raconte la suite de l'entrainement qu'il m'a fait subir aujourd'hui et Lou-Anne se montre curieuse à ce sujet. Elle est fascinée par les autres créatures magiques qui n'ont pas d'ailes, pas tout le temps. Les fées sont des créatures qui en possèdent mais seulement pour un temps indéterminé. Les sorcières n'en ont pas. On utilise des sors pour y palier. Je raconte alors mes recherches au sujet du pendentif et elle se met à rire quand elle est allée à la bibliothèque le premier jour. Elle a vu Ella assise en train de lire un livre. Son regard n'a pas arrêté de se fixer sur ses ailes vertes. J'imagine sa réaction, j'aurais ris très fort. Les anges sont certes de très belles créatures qui intriguent beaucoup de gens mais ils ont de belles âmes et une loyauté sans faille quand il l'accorde à quelqu'un.

Nous commandons une assiette de nourriture à partager en attendant que Lou termine son histoire drôle.

Ensuite, vu l'heure il est temps de rentrer à l'école. Sur le chemin, nous laissons mes deux frères au portail de la leur. Et en arrivant au portail de la notre, je demande si Lou veut rencontrer mes amis au grand complet demain par exemple, ce qu'elle accepte. Un peu à mon étonnement car elle est timide et n'aime pas trop se montrer, c'est l'une des particularités des anges. Ils tiennent à leur discrétion. Je suis contente qu'elle veuille apprendre à connaitre d'autres personnes. Elle a ses habitudes mais c'est une amie de longue date alors je veux qu'elle se sente bien là où j'étudie. Peut-être que l'on pourra prévoir de se voir davantage. Mais on en parlera demain.

Je monte dans ma chambre, Maé dans la sienne et Lou dans la sienne.

Sur mon lit, je récite le sortilège qu'Ella m'a apprit, celui qui dessine des constellations sur les murs. Je me mets à penser qu'il serait temps de les rallumer.


Salut !

J'ai eu dû mal à écrire ce chapitre mais au final, je suis contente de ne pas l'avoir laissé trop trainer. Il est particulier et j'ai eu des blocages au niveau de l'écriture. J'espère qu'il vous plaira.

Bonne lecture ! ;)