Playlist

« Two of us » Louis Tomlinson

« How can I forget » MKTO

« Issues » Julia Michaels

« The story never ends » Lauv

« Paper hearts » The Vamps

« Happy place » Take two

Chapitre n°21

partie 1

Point de vue d'Aura

Je suis en train de contempler le plafond de ma chambre, l'esprit dans un autre monde. Les ombres des diverses constellations que composent le système solaire se projettent sur la surface blanche au-dessus de ma tête. Les étoiles m'apaisent. Je me souviens qu'Ella le faisait souvent quand rien n'allait, quand le moral était à zéro et les diverses formes me font du bien. Juste les regarder. Les ombres se projettent. Elles laissent une trace invisibles sur les murs et personne ne peut dire quelque chose. Je pense à nos parents. Ils me manquent. Mais c'est toujours comme ça, quand on perd une personne chère à notre cœur. Parfois, on a envie de l'arracher pour juste arrêter de souffrir, même un instant, cela fait une pause. Et parfois, mon cœur se serre quand je repense à de bons souvenirs. Pas forcément parce qu'ils font mal mais parce que j'ai envie de renouveler l'expérience encore et encore et que le meilleur moyen de le faire est de fermer les yeux. De ne plus penser au quotidien, pour fuir la réalité, ne plus l'affronter mais voir autre chose à travers les rêves. Alors le meilleur moyen d'être proche de mes parents, de les revoir entier et non plus en poussière est dans les rêves, dans l'imaginaire où rien n'est certain. Rêver permet non seulement l'évasion mais de se réapproprier des souvenirs et ceux avec mes parents en font partie. J'ai envie de les garder en moi toute ma vie. C'est l'objectif. Je ne veux pas continuer ma vie en les laissant de côté. Je sais qu'ils auront toujours un rôle dans ma vie. Ce rôle aura tout de même son importance. Si je deviens une grande Sorcière, je veux qu'ils soient au courant. Ils ont le droit de savoir, de m'aider à leur façon de prendre une décision, de m'aider dans les futures choix, de m'aider à apprendre des sortilèges. D'avoir un rôle d'ange gardien.

Je suis toujours allongée sur mon lit. Sans bouger, sans penser à autre chose que l'avenir qui m'attend dehors. C'est étrange parce que je sais que mes amis sont là, mes frères et ma sœur sont là mais je ressens toujours un manque au fond du cœur. Ce manque fait mal. Ce manque dure depuis un an. Sans eux, je n'aurais pas trouvé de raisons d'avancer dans mon avenir d'étudiante en sorcellerie ni de jeune fille. Il est temps de rallumer les étoiles. Dans notre peau à tous les quatre. Cette phrase est gravée sur notre peau. À jamais. Nous sommes bien plus qu'une fratrie qui s'entende bien et qui a besoin des uns des autres. Sans eux, je serais perdue. Nous savons qu'une part de nous-même n'existe plus. Mais nous tentons de préserver le reste et de la maintenir allumée. Depuis que Sacha a pleuré dans mes bras, quelque chose à changé. Je ne peux repenser à autre chose qu'à ses larmes. Le voir pleurer est rare. Il s'inquiète. Je me demande si Maé et Émile sont au courant. Il doit s'en mordre les doigts car il déteste se montrer vulnérable face aux autres. Le sommeil n'est pas de mon côté pour le moment, je décide de lui écrire un message. Rien d'exceptionnel mais au moins, je veux le réconforter un peu. Mon frère fait beaucoup de choses pour moi.

Une nouvelle ombre interrompt ma contemplation des étoiles. Ce n'est pas une silhouette effrayante puisque je distingue des ailes. La couleur m'évoque automatiquement l'ange en question. Elle ne doit pas non plus trouver le sommeil et je suis un peu surprise mais quand même heureuse de la voir à ma fenêtre. Elle est assise sur la rambarde du balcon qui donne vue sur la cours de l'école. Je suppose qu'elle n'a pas osé frapper contre la baie vitrée. Je lui fait signe de ne pas être timide et d'approcher, qu'elle ne risque rien ici. Cette école lui assure une sécurité. J'aurais aimé la revoir dans un autre contexte. Mais c'est une autre histoire. Elle me sourit timidement avant d'entrer dans la chambre. Nous sommes amies depuis l'enfance, toujours à se confier, à discuter de tout sans avoir de tabous. On a grandi et évolué différemment quand j'ai dû changer d'école quelques années plus tard. Nous nous sommes retrouvées dès que possible, comme si rien n'avait changé. La voir ici, dans un lieu inconnu et où les anges sont des créatures étranges et fascinantes est étonnant pour elle. Ce que je conçois tout à fait. Combien de fois, j'ai eu envie d'abandonner pour pleurer à mon tour. Ne pas avoir peur du regard des autres. Il nous colle toujours à la peau et c'est bien le problème. On a envie de s'en détacher mais on sait pertinemment que c'est impossible. On est comme poursuivit par ce que pensent les autres. Moi en première. Depuis que maman est partie et que papa nous a laissé, les choses ont changé de manière soudaine et brutale. C'est ce qui fait le plus mal. Sans mes frères et sans ma sœur je n'aurais pas eu la force de tenir. Je leur dois beaucoup. En attendant, mon invitée replie ses ailes, de peur de se faire mal. Les ailes des anges sont sensibles. Elle regarde tout autour d'elle. Je n'ose pas l'interrompre dans l'éventualité de la contrarier parce qu'une chambre d'étudiante est nouveau. Notre amitié ne date pas d'hier. Elle sait que rien ne peut me choquer venant de sa part. Pourtant, elle est hésitante. Les mots ont du mal à sortir de nos bouches. Je m'inclue aussi parce que je ne veux pas la décevoir. Aussi étrange que cela puisse paraitre, Lou-Anne est un ange que j'admire. Elle est incroyable. Je ne dis pas ça uniquement à cause de notre amitié. C'est la vérité. Elle n'a pas peur de montrer qui elle est. Lou a du courage, de la spontanéité et je suis d'autant plus surprise de la voir ici, dans ma chambre d'étudiante temporaire puisque la mienne est dans l'école de sorcellerie d'à côté. Mes sorts ne sont pas aussi puissants que d'autres élèves comme mes frères pour ne pas faire de comparaison mais je me débrouille. Après tout, j'ai affronté une sorcière dangereuse à la rentrée des classes. Pas négligeable.

« Je croyais que tu dormais » dit-elle doucement.

Elle me regarde hésitante. Elle n'ose pas vraiment entrer dans la chambre. Personne ne risque de l'apercevoir. Il fait nuit noire, personne n'est encore debout à cette heure-ci. Les étudiants dorment profondément, à rêver de choses agréables sans doute. L'ange en face de moi et moi-mêmes sommes seules à être encore éveillées à une heure aussi tardive.

« Non, je n'y arrive pas ».

Le sommeil n'est pas de rigueur ce soir. Je repense à mon frère, à Ella et à la surprise de Lou de débarquer dans une école inconnue à ses yeux et être confrontée à une situation des plus étranges. Cela me fait peur aussi. Le problème est que je ne peux me débrouiller seule. Songer à ce que prépare Darcy me glace le sang d'avance. Elle est capable de tout. Tout le monde le sait. De nouveau un silence, chose que je veux éviter. En aucun cas, elle doit se sentir gênée de la situation. Elle n'a rien demandé. Les yeux de mon amie se posent sur moi. On dirait qu'elle veut me poser une question ou me dire quelque chose. Ou alors je me fais des films, ce qui avec la fatigue accumulée est tout à fait possible. Je n'ai pas évoqué l'existence de mon amie angélique avant son arrivée à l'école. Lou a débarqué à l'école car elle s'inquiétait à mon sujet. À moi de la rassurer sur le sujet. Pas question de la laisser dans l'ignorance mais je ne me sens pas tout à fait capable de discuter de ça ce soir. Elle a déjà été mise au courant il y a quelques heures avec la directrice de l'école des fées. Je n'ai pas besoin d'en rajouter. Elle connait l'essentiel. Du moins, pour l'instant car je ne veux pas qu'elle court le moindre danger.

« Moi non plus ».

Pas besoin de réponse pour le deviner. Son visage monte des traces de fatigue et ses yeux sont un peu rouges, je suppose qu'elle a pleuré. Sans lui demander davantage d'explications, je prends la parole. De toute façon, il faut annoncer les choses.

« Je vais te présenter à mes amis demain ».

« Ils n'auront pas peur ? ».

« De toi ? Ils n'ont certes jamais vu d'anges, tu ne passes pas inaperçue Lou. Ils t'accepteront tout de suite ».

« Je le prendre comme un compliment alors » me sourit-elle.

Lou ne cessera jamais de ne pas avoir confiance en elle. Je comprends qu'elle appréhende de rencontrer mes amis mais tout ira bien. Ils ne peuvent rien lui faire. De toute façon, je ne vais pas la quitter des yeux une seule seconde. Elle sera à mes côtés. Ses ailes lui permettront de prendre la fuite si nécessaire en quelques secondes. Je vais devoir argumenter pour la rassurer. Ils m'en parlent depuis le début. Dès qu'Ella a vu Lou dans la cours de l'école. Elle a été fascinée, comme beaucoup d'autres élèves. Résultat, la nouvelle s'est répandue un peu partout. Non que ce soit une mauvaise nouvelle mais un ange aime la discrétion. Ce n'est pas dans les habitudes de Lou de clamer son statut d'ange partout où elle va. Mais on va mettre cet engouement sur le compte de la curiosité, de l'amusement que mes amis ressentent. Un ange les impressionne, hé bien ils ne sont pas au bout de leur surprise. Les circonstances sont un peu étranges mais je pense que c'est le bon moment. De plus, je suis heureuse de revoir une amie de longue date. Elle va bien s'entendre avec mes amis. Sachant qu'en plus, elle connait ma famille donc ce ne sera pas une situation totalement inconnue. Ce sera drôle. Des gens n'ayant jamais vu d'ange de leur vie, en voir un sera drôle. Je suis assez étonnée sachant que les fées ont des ailes. Je suppose que c'est une autre histoire.

Lou s'avance vers moi, s'assoit sur le bord du lit avant de s'allonger sur les couvertures. Elle ne dit rien. Son regard se porte directement sur les projections des constellations au plafond. Un sourire se dessine sur ses lèvres. Elle pense à quelque chose. J'imagine que les projections lui rappellent des souvenirs. J'observe la scène. Je m'allonge aussi. Nous sommes côte à côté en train de regarder les ombres célestes sur le plafond de la chambre. Rien ne va perturber cette nuit. Nous ne disons toujours rien. Les formes noires bougent au rythme de la lumière. Le sortilège lancé plus tôt dans la soirée semble l'apaiser. L'ambiance nocturne est bien plus agréable qu'affronter la lumière du jour. Je m'y sens mieux.

« Je ne te le dis pas assez mais merci. De m'accueillir alors que nous nous sommes pas revues depuis longtemps. D'un côté, c'est étrange de me retrouver dans une école de magie. Quand j'ai atterri devant les étudiants dans la cours, tous les regards posés sur moi, c'était étrange. Bref. Mais je suis contente de te revoir. Au fond, je sais que notre amitié est restée intacte depuis le temps, du moins je l'espère ».

« Moi aussi Lou. Tu m'as manqué. Ne doute pas de notre amitié, elle m'ait précieuse ».

« Tu as de nouveaux amis ici » annonce t-elle.

« Tu me connais depuis plus longtemps qu'eux ».

Nous ne faisons rien d'autre que de discuter, laissant des instants de silences parfois. On ne bouge pas. Elle regarde toujours les illuminations que je finis par arrêter en claquant des doigts. Maintenant, nous sommes plongées dans le noir complet. Pas un bruit hormis nos respirations. J'aime bien partager des moments simples mais depuis que Lou est là, je me demande bien pourquoi elle est venue jusqu'à mon balcon. Le problème est que je me pose sans doute trop de questions. J'en profite pour réciter un autre sortilège, des petites flammes s'allument tout autour de nous. J'ai disposé des bougies un peu partout dans la chambre. Un peu comme un cocon agréable. J'ai un peu copié sur Ella pour ça. Mais les constellations projetées ont un effet apaisant sur moi. Je vais ensuite dans la salle de bain me brosser les dents. Je passe aussi de l'eau sur mon visage. En m'essuyant le visage, je lis une nouvelle fois l'inscription noire gravée à vie sur ma peau et en effet il est temps de remettre les pendules à l'heure chez une sorcière dangereuse. Nous sommes quatre à avoir la même inscription sur notre corps et je pense que les choses vont évoluer. En attendant, je sors de la salle de bain pour retrouver mon amie angélique toujours sur le lit mais assise à l'indienne.

« Tu sais, je suis chanceuse d'être entourée de mes frères. Ils sont protecteurs, je le suis aussi envers eux. Je suis chanceuse d'être privilégiée au sein d'une famille et sache que même si nous avons un peu perdu contact, je suis avec toi. À cet instant précis. Quoiqu'il puisse arriver, tu peux compter sur nous ».

« Oh, merci Lou » dis-je les larmes aux yeux.

Il est vrai que nous accumulons des choses et au fil du temps, notre capacité de résilience s'affaiblie. Tout le monde en a une. La seule chose qui nous différencie est qu'elle est propre à chacun. Elle peut être plus ou moins grande mais notre capacité à encaisser, à gérer cette pression mentale est différente pour tout le monde. Les choses changent. Comme un château de cartes qui s'effondre pour Ella, comme un chapitre interminable pour moi et sans ma famille je serai dans un état de tristesse infinie. Mes frères me soutiennent, ma sœur aussi et sans eux, les choses auraient été bien autres. Je ne me serais pas inscrite seule dans une école de magie. J'aurai erré chez moi tel un robot sans fonctions. Le sourire rangé dans un placard, le cœur en miette et l'esprit dans un monde parallèle. Un robot. Et ce n'est pas la bonne solution. Se morfondre n'est bon pour personne. C'est la solution la plus facile. Je comprends que l'on se sente perdu, seul sans personne à qui se raccrocher mais ce n'est pas une bonne solution non plus. C'est à nous-même de se sortir de notre morosité, de nos difficultés. On peut demander de l'aide mais certainement pas dépendre d'une autre personne pour nous relever. Sinon on entraine la personne avec nous. Deux souffrances. Comme si une n'était pas suffisante. Je refuse tout ça. Je dois accepter de l'aide extérieure. Mon amie d'enfance Ella représente beaucoup pour moi, sans compter ma famille. Ella est toujours présente, à chaque période de ma vie. Sa sœur n'est plus là, une partie d'elle n'existe plus non plus. Je le sais. Heureusement, elle n'est pas toute seule dans cette histoire. Et pour clôturer ce chapitre, je pense que nous avons tous besoin de changer quelque chose. Reste encore à trouver quoi. Je sais seulement que mon pendentif y est pour quelque chose. Ce n'est pas la solution mais je reste persuadée que c'est une partie du puzzle. Mes recherches à la bibliothèque ne m'ont pas éclairées autant que je ne le pensais. Mais je suis dans une autre école de magie, différente des sorcières. Je dois tenter ma chance. De plus, la magie de Lou m'aidera. Elle a beaucoup à m'apprendre. Je sens que ces prochaines semaines seront intenses, instructives et pour la bonne cause. Pas que pour mon apprentissage mais aussi pour mettre Darcy au tapis comme elle le mérite.

Les larmes se mettent à couler toute seule. Sans demander la permission. Pas besoin de le faire. Ce sont des larmes qui font mal, celles qui vous contractent la gorge, celle qui vous fendent le cœur. Peu importe les circonstances, elles n'attendent pas de signal pour dévaler le long des joues. Il faut que toute cette émotion sorte. De la même manière que mon frère Sacha qui a pleuré contre moi l'autre jour. J'y pense. Il n'a jamais montré ses émotions, pas aussi vulnérable en tout cas. Mais ce n'est pas grave, j'ai aimé le réconforter un peu, le rassurer un peu. Jouer mon rôle de petite sœur.

Je prends Lou dans mes bras. À son contact, j'ai l'impression que mon cœur se serre. Je n'ai pas encore eu l'occasion de lui dire à quel point elle m'a manqué. Oui, j'ai une fratrie incroyable. Des nouvelles connaissances que je considère comme des amis dont Ella que je connais depuis l'enfance et dont je suis heureuse de retrouver. Notre chagrin sera un chapitre bientôt remplacé par d'autres plus joyeux. Lou est aussi présente. Je ne pensais pas la retrouver ici. Je suppose que le destin s'en est chargé et a trouvé l'idée judicieuse. Le contact de sa peau est froid. Elle est agréable et douce. Nous nous prenons pas souvent dans les bras. En général, nos contacts physiques sont limités aux mains liées, à un bras autour de la taille. Ce soir, j'ai eu envie de la serrer fort dans mes bras, pour la remercier de ne pas me laisser tomber, d'avoir pris la peine de voler jusqu'à cette école inconnue pour elle il y a encore quelques heures. Elle n'a pas demandé la présence de ses trois frères, ce qui m'étonne un peu. Je devrais peut-être suggérer l'idée sachant que Raphaël les connait bien. D'ailleurs, je me demande si je ne devrais pas aller le voir. Il m'a soutenu lui aussi et mes frères sont ses meilleurs amis. Ils ont besoin de soutien aussi. J'ai envie de le remercier pour tout ce qu'il apporte à mes frères en ces moments complexes. Il n'a pas hésité à rester des heures à discuter avec eux, à m'écouter quelques fois alors qu'il devait étudier, penser à sa propre histoire puisque lui aussi a vécu la perte de sa mère. Plus jeune que nous mais je suppose que les cicatrices sont encore là et que la pilule ne passe pas. Peut-être que le chagrin que nous ressentons tous les quatre plus celui d'Ella est difficile pour Raphaël. On y pense pas forcément tout de suite.

« Non, je n'y arrive pas. Pas toute seule. J'ai une fratrie incroyable mais j'ai besoin de ton aide Lou. Je t'aime ».

« Moi aussi Aura » dit-elle en me frottant doucement le dos.

Je ne fais même plus attention au générique du film qui défile. Nous avons démarré un film plus tôt dans la soirée, mangé des marshmallows, enroulée auparavant dans une couverture, la tête de mon amie posée contre mon épaule. Maintenant, nous sommes debout au milieu de la chambre, l'ordinateur posé sur une petite table. Mes doigts effleurent les ailes de mon amie mais elle n'y prête pas attention. Ses plumes sont douces. La couleur verte n'est pas répandue chez les anges. En générale, elles sont blanches, noires aussi et rares sont les autres couleurs qui y sont attribuées à la naissance. Lou a des ailes vertes sapins. Je pense que mes amis demain seront sous le charme. C'est évident. Je me sépare d'elle, soulagée, l'esprit vidé. Libérer mes émotions ce soir m'a fait du bien. Je dois avouer que ce type de soirées calmes, improvisées sont les meilleures. Habituellement, nous mangeons des marshmallows en regardant un film. Tout semble facile, spontané. Plus de problèmes du quotidiens, plus de pensées négatives. Juste une amie, de la nourriture et un film. Des soirées comme on en a besoin quand cela s'avère nécessaire. En cas d'urgence. Et ce soir, j'ai eu besoin de retrouver mon amie.

Nous nous quittons après s'être assurée que tout ira mieux par la suite. Cette soirée m'a aidé. Je regarde Lou s'envoler dans la nuit noire. Je n'ai aucune idée de l'heure qu'il est. Je m'allonge sur le lit après avoir jeté les détritus à la poubelle. Mes yeux se ferment tout seuls. Je sombre dans le pays des rêves. Quelques heures de sommeil ne me feront pas de mal, au contraire j'en ai besoin. Un moment où mon cerveau sera en pause.

« Réveillée ? ».

Je reconnais cette voix. Par contre, comment est-elle entrée dans ma chambre ? C'est une question intéressante.

Ce n'est pas la voix de Lou.

« Maé ».

« Bonjour petite sœur ».

La couverture est toujours sur mes yeux. Impossible pour moi de sortir du lit. Je n'ai pas beaucoup dormi cette nuit. À croire que la pause voulue par ma conscience ne s'est pas faite entendre.

« Laisse moi me réveiller ».

« Viens prendre ton petit déjeuner en bas, il est neuf heures ».

À ces derniers mots, je repousse immédiatement la couverture de mon visage. Il semblerait que je me sois reposée plus que je ne le pensais. En tout cas, j'en ai eu besoin. Dormir. Ce mot qui veut dire beaucoup et qui me fait rêver depuis quelques nuits. Je me lève du lit, croise le regard de Maé.

« Vaut mieux que ce soit moi qui te réveille plutôt que la sonnerie » rit-elle.

Ma sœur est plantée devant moi, un mince sourire aux lèvres qui montre sa satisfaction. Elle a dû se demander pourquoi je ne me suis pas levée plus tôt. Mon frère a dû la prévenir d'un éventuel retard ou autre chose mais non je dormais. Passer une partie de la nuit aux côtés d'une amie à regarder un film, à discuter, à pleurer et à manger fait que je n'ai pas eu beaucoup d'heures de sommeil.

« Merci ».

J'entre dans la salle de bain me laver le visage. Ma mine fatiguée m'afflige. N'en parlons pas encore. Les entraînements avec mes frères me fatiguent et me prennent du temps. Je ne suis pas certaine que Darcy se laissera impressionner si aisément. J'ai envie de l'enfermer à vie dans quelque chose et que l'on entende plus parler d'elle. Mais ce n'est pas aussi simple. Ma masse de cheveux blonds ne va pas se coiffer comme par magie. Ironique. Je tente de brosser mes cheveux, histoire de leur donner une structure correcte pour aujourd'hui. Inutile de lutter plus longtemps avec eux, je rejoins ma sœur après m'être habillée. Aujourd'hui: pantalon classique, t-shirt classique et mes boots grises. Classiques. Je descends avec Maé dans le réfectoire de l'école, là où tous les élèves se rejoignent pour boire un café ou un thé ou alors pour discuter. Un endroit cool. Maé commande un thé noir, moi aussi. J'ai besoin de me réveiller avec un thé. Elle me regarde, un sourire collé au visage. Je me demande ce qu'il la met dans une si bonne humeur. C'est agréable de la voir sourire. Je continue de boire ma boisson chaude. Elle soupire et ouvre son sachet de madeleine. Ses cheveux ondulés changent de couleur au contact des rayons du soleil. Des reflets cuivrés apparaissent. Je me demande si elle a songé à changer de couleur de cheveux un jour. Je regarde ses ondulations naturelles telles des boucles à l'anglaise.

« À quoi tu penses ? ».

« À toi qui va souffrir à ton entrainement avec Émile car Sacha est occupé aujourd'hui mais il sera disponible en fin d'après-midi et à la réaction de nos amis à un ange cet après-midi, ce sera drôle ».

« Merci de ta compassion ».

D'habitude, Sacha m'entraine l'après-midi, on devait faire la même chose que la dernière fois. Mon autre frère va se charger de me faire souffrir. Génial. Je n'ai pas signé pour ça. J'ai envie de jeter ma madeleine à la figure de ma sorcière préférée assise en face de moi mais je me retiens de tout geste regrettable. D'ailleurs, je me demande si elle est au courant de son inquiétude. Sacha a pleuré dans mes bras. Fait étonnant dont je n'arrive pas à mettre une explication dessus. C'est une sensation étrange. Il n'est pas du genre à pleurer devant quelqu'un, encore moins de sa propre famille. Il a tendance à cacher ses émotions. Sans doute pour montrer que pas grand chose ne l'atteint mais je pense que quand ça touche la famille, il ne le supporte pas. Je vais devoir mener mon enquête auprès de Raphaël. Il me devra pas mal de réponses. J'en ferais sûrement part à Maé un peu plus tard. Je dois aussi évoquer le sujet de discussion de Lou hier soir. Elle a compris mon désespoir. Le mot est un peu fort. Je ne suis pas dans un contexte facile mais pas insurmontable. Après tout, j'estime que je m'en sors bien, grâce à mon entourage. Sans eux, hé bien ça n'aurait pas été la même chose. Je le dis pleins de fois mais c'est la vérité. Et cela me hante. Je pense avoir peur de perdre tout ça, tout ce qui me fait tenir debout alors que je devrais être seule, une âme en peine. Sans rien. Sauf que non, je ne suis pas comme ça, je ne veux pas l'être non plus. Je veux prouver à moi dans un premier temps que s'effondrer n'apporte rien, qu'être entourée par ma famille est essentiel et que nous sommes unis et forts ensemble.

La présence de Lou-Anne dans cette épreuve m'est d'une grande aide, plus que je ne le pensais. Ella m'aide beaucoup aussi, je ne dis pas le contraire mais c'est différent. Nous nous sommes retrouvées dans un contexte étrange. Nous avons perdue une personne plus qu'importante à nos yeux. Nous vivons ce manque permanent ensemble dans un sens. Nous sommes liées. Raphaël a aussi perdu sa mère plus jeune et j'imagine combien les cicatrices doivent lui faire mal à certaines périodes de l'année. Je ne parle pas que des anniversaires, des fêtes, de Noël mais des autres dates importantes comme le jour où il a présenté sa première copine à sa mère, le jour où il a acheté son premier costume, le jour où il a eu son examen de première année à l'école pour passer à la classe supérieure. Ce genre de choses importantes et dont on se souvient, plus je pense que les anniversaires. Ce sont des étapes de vie. Je suis admirative qu'il continue de fêter son anniversaire, qu'il réussisse ses études en pensant à la joie que cela aurait procuré pour sa mère. C'est légitime. Il a apporté son soutien à ma famille. Nous aussi. Nous lui devions cela, Raphaël est vraiment une bonne personne et Ella est chanceuse de l'avoir dans sa vie. La vie est étrange. On rencontre des tas de personnes. Certaines arrivent à faire la différence d'une façon plus ou moins importante mais chaque rencontre nous apporte quelque chose de positif au final même si c'est insignifiant au premier abord.

Quand je regarde Maé, je ne vois pas qu'un membre de ma famille mais comme une personne indispensable à ma vie. Elle trouve toujours une solution. Nous aurions pu prendre des cours par correspondance à la rentrée, voyager pendant un an histoire de nous préserver, de nous ressourcer ailleurs que chez nous mais non. Reprendre les études, avoir un rythme régulier et voir du monde nous aide tous les jours. Nous sommes comme tous les autres étudiants de l'école. Un peu de normalité fait du bien parfois, au moment où l'on est perdu. Je termine de boire mon thé, sans ressentir autre chose que la présence de Maé et la plénitude qui règne dans le réfectoire de l'école des fées telles tes étudiantes que nous sommes. Je croise le regard de Maé et elle me sourit.

« Pour Sacha, je suis au courant. Lui qui ne montre pas ses émotions souvent, je sais qu'il souhaite à ce que tu ailles bien. Il a finit par m'envoyer un message ».

« Nous sommes dans le même bateau. Rien ne peut changer le cours des choses. On mettra Darcy au tapis et l'histoire sera terminée ».

« Penses-tu que ce sera aussi simple ? Aura, ton pendentif est ce qu'elle veut. Hors de questions de te mettre en danger ».

« Ce ne sera pas le cas. Personne ne se mettra dans une situation complexe. Je n'ai pas travaillé autant pour rien, pas avec Sacha et Émile » dis-je d'un ton plus ferme. « Nous avons suffisamment discuté tous les quatre pour le savoir. Tu dis toi-même qu'il ne faut pas baisser les bras ».

« Je sais. C'est pour cette raison que nous sommes aussi unis » dit-elle en regardant son avant bras gauche.

Comme si le tatouage que nous avons tous les autre en commun allait répondre quelque chose. Bien sûr que non. La situation est assez complexe pour que nous ne baissions pas les bras, pas aussi tôt. Darcy n'attend que ça. J'ai discuté avec les professeurs susceptibles de m'aider, à la directrice aussi et nous serons plus que je ne le pensais pour cela. Ce sera une bataille. S'y préparer autant physiquement que psychologiquement ne sera pas facile et si je m'entraine avec mes deux frères et Maé, ce n'est pas pour abandonner. En l'occurence, j'ai une pensée pour notre mère. Elle m'encourage à continuer. Disons que cela fait une raison supplémentaire. En venant dans cette école, je ne m'attendais pas à recueillir autant de soutien avec ma famille et étudier la magie dans une école de fées pendant un temps me sera utile pas que dans ma vie future.

« Que dirais-tu de rallumer les étoiles ? » ajoute Maé.

« Il est temps » complétais-je un mince sourire d'encouragement aux lèvres.

Nous quittons le réfectoire, main dans la main afin de se donner un peu de courage. Il est l'heure d'aller en cours. En fin d'après-midi, nous allons pouvoir retrouver une amie angélique qui est impatiente de rencontrer enfin les personnes qui font partie de ma vie depuis des mois. Elle qui a fait forte impression en atterrissant dans la cours de l'école quelques jours plus tôt, elle sera au centre de l'attention à nouveau. De plus, Maé va m'entrainer en début d'après-midi. Le programme de la journée est chargé.


Hey !

Suite de cette histoire, première partie du chapitre. J'ai eu du retard, excusez-moi d'avance mais pas mal de chapitres se sont accumulés et en écrire plusieurs peut amener à un retard. J'espère que celui-ci vous plaira.

Bonne lecture ! ;)