Playlist

« Saturn » Sleeping At Last

« Gravity » Coldplay

« Strange birds » Birdy

« Us » James Bay

« Same sea » Lights

« So close to magic » Aquilo

Chapitre n°21

partie 3

Point de vue de Lou-Anne

« Tu ne m'avais pas dit qu'il y aurait peu de monde ? » dis-je en haut de l'escalier qui mène à la salle.

« Il se pourrait qu'il y ait un peu plus de monde que prévu » me souffle Aura.

La salle est remplie de monde. Des étudiants, des professeurs dont je ne connais pas l'identité et sûrement le directeur de l'école. Autant vous dire que je me sens tâche.

Attirer l'attention n'est absolument pas dans mes préoccupations, surtout pas en ce moment. Je remarque quelques regards tournés vers moi. Je déteste me montrer. Contradictoire pour un ange. Nous sommes connus pour fasciner les gens, un peu à notre insu. Nous n'avons pas conscience de cette fascination renvoyée. C'est étrange. Du moins, je ne suis pas habituée et le regard des gens m'importent un peu trop. Ma timidité me perdra. Il faut dire que c'est dans la nature d'un ange, je ne peux pas me blâmer pour ça. Je descends petit à petit les marches de l'escalier. Tout en faisant attention à ne pas tomber par accident. Celui-ci donne sur une vue d'ensemble de la salle, décorée de roses rouges, de blanc partout, une décoration raffinée digne d'une cérémonie de mariage selon mes compétences en matière de décoration et d'aménagement. J'espère que personne ne se marie par surprise. Au-dessus de nos têtes, trône un magnifique lustre en cristal dont la lumière se diffuse dans toute la salle. Je devine celui ou celle qui est à l'origine d'un tel rayonnement lumineux aussi beau. L'effet escompté est bel et bien réussi. Il s'agit sans doute de l'amie d'Aura. J'ai entendu parler de sa magie sans la rencontrer jusqu'à présent, disons que mon apparition surprise dans la cours de l'école ne compte pas, de mon point de vue en tout cas. Si j'avais su que me retrouver à une fête en serait l'occasion. Dans un contexte aussi particulier, organiser une fête est sans doute une idée absurde ou inconsciente. Et si justement, c'était le bon moment pour en organiser une ? Pour s'évader le temps de quelques heures ? Pas pour fuir quelque chose, pas pour se donner un prétexte de fuite, pour au contraire profiter du moment présent en se donnant une motivation, une raison susceptible de prendre du recul pour aller de l'avant. Je suis Maé qui passe devant moi pour saluer ses deux frères.

« C'est bien que tu sois venues Lou ».

« Je m'en étonne moi-même ».

Sacha rit. Il me connait. Participer à des fêtes n'est pas forcément ma tasse de thé mais comme je suis invitée ce soir, je fais un effort. Il s'agit d'une fête de l'école voisine, celle qui accueille les garçons. Je suis un peu surprise que l'on sépare les deux , les filles destinées à devenir des fées, d'autres filles destinées à devenir des sorcières plus expérimentées et des garçons destinés à devenir des guerriers. Une fois leur apprentissage terminé, ceux issus d'une famille royale seront contraints de régner sur leur planète le moment venu bien sûr mais la pression est grande. J'imagine que ça doit être effrayant. Je ne suis pas dans ce cas. Chez les anges, c'est différent et c'est une autre histoire trop longue à raconter. Je regarde la disposition. Même si on pourrait confondre cette fête à un mariage. Les couleurs sont assorties. Pas de faute de gout. Les invités sont élégants. Personnellement, je me sens un peu mise de côté. Je suis la seule personne ailée dans la salle. Les invités dansent au milieu d'une piste pendant que d'autres discutent ou rient ensemble. Tout le monde est à l'aise. Mais je ne me laisse pas abattre pour autant, je suis bien entourée. La seule chose qui me manque, ce sont mes frères. Ils aiment les fêtes et ça m'aurait permis de ne pas être la seule ange ici. Dans ce lieu magique loin de mon monde. De plus, Aura m'a promis une course avec son balais afin de déterminer laquelle de nous deux est la plus à l'aise dans les airs. Cela promet d'être très drôle. Je lui ai promis de lui laisser quelques secondes d'avance mais pas de la laisser gagner la course.

J'aime bien être ici au final, je ne regrette pas d'être venue. Je suis étonnée d'avoir été invitée mais je néglige quand même pas l'opportunité de venir ici. De plus, on ne me dévisage pas. C'est peut-être prétentieux dit comme ça mais réel, je ne compte plus le nombre de fois où on me juge gratuitement. Un ange cache soit disant des choses, c'est soit disant arrogant. Non. Pas du tout. Mes parents m'ont bien élevé. Mes frères aussi sont bien élevés et respectueux des gens. D'ailleurs, ces trois là me manquent. Nous sommes une fratrie soudée et comme Aura, être loin depuis quelques jours est déjà trop pour nous. Alors, je me contente de leur envoyer une photo de moi, le visage coupé avec en arrière fond la salle, mon verre à la main histoire de leur donner un peu de nouvelle et les rassurer que je ne sois pas seule pour la soirée. Ils sont très protecteurs. Avoir trois frères n'est pas facile tous les jours mais je suis pareille avec eux alors on se complète. Puis, notre famille est proche de celle d'Aura alors la confiance est évidente. Et mes frères connaissent Raphaël depuis longtemps aussi. J'ai été surprise de savoir qu'il est scolarisé ici. Comme par hasard. Le monde est vraiment trop petit. La dernière fois que je l'ai vu remonte à longtemps alors si j'ai le temps de le saluer ce soir, je n'hésite pas et mes frères veulent avoir de ses nouvelles. D'ailleurs, je pense les inviter ici quelques jours, avec l'accord de la directrice bien sûr. Ils pourront m'aider avec Aura et je tiens à les avoir près de moi. Ma famille me manque. Je l'ai déjà dit ? Je le répète. Mais ce sont trois beaux anges qui font tourner la tête de nos parents depuis l'enfance. Il ne faut pas se fier aux apparences. S'ils m'entendaient, ils me donneraient un coup de coude chacun en me disant de me taire.

« Tu ne sais plus boire ? ».

Je relève la tête un peu surprise que l'on m'adresse la parole tellement je suis dans mes pensées, à chantonner les paroles de chansons qui sont chantées. Le regard d'Aura croise le mien. Elle tient un nouveau verre dans la main. Je ne peux pas distinguer son contenu car tous les verres sont colorés en rouge. La soirée n'a pas commencé depuis très longtemps, deux heures je crois. Et tout se passe bien, je regarde les gens tout en discutant un peu avec mes amis. Sacha et Émile sont partis rejoindre d'autres personnes, je suppose que ce sont leurs camarades de classe. Moi je reste dans mon coin pour le moment. Non que je me sente pas à l'aise. Il est encore nouveau pour moi de me retrouver à une fête d'une école que je connais peu. Aura semble remarquer quelque chose sur le haut de ma robe car je ne comprends pas pourquoi elle me dit ça. Il y a une tâche ? En effet, il y en a une. Bien joué. C'est bien le moment pour se tâcher. Mon amie attrape une serviette en papier avant que je ne le fasse moi-même et m'essuie le superflu. J'ai dû la faire quand je prenais la photo. Ma maladresse. Non, je n'ai pas remarqué avant mais maintenant ma robe est de nouveau présentable. Mon amie attrape ma main pour m'amener vers un groupe de personnes. Je suis vraiment sous son influence puisque je ne dis rien. Autrement, j'aurais déjà protesté. Sans doute que ce troisième verre me monte un peu à la tête. Je sais qu'il y a aussi de l'eau pétillante. Bonne idée. Le mien est vide. Je suis quand même mon amie, toujours sans rien dire. Je me laisse faire telle une marionnette. Je suppose qu'il faut la suivre pour apprendre à connaitre les autres. La musique résonne et donne une atmosphère festive, chaleureuse à la salle. Je me surprends à murmurer les paroles d'une chanson. Aura me tend mon verre à nouveau rempli. Je la remercie en le portant à mes lèvres. Au moins, j'ai quelque chose dans les mains. C'est un moyen facile de se donner une occupation à une fête. Je n'y ai pas songé avant. Tout le monde en a un dans une main.

Les autres invités dansent au milieu d'une piste parce qu'une chanson très populaire en ce moment résonne dans l'enceinte de la pièce. Je constate que beaucoup d'étudiants sont groupés. Les affinités se créent rapidement. Nous sommes entre nous. Tant mieux, chacun passe un bon moment. Je n'ai jamais été très adepte des fêtes, je préfère toujours une soirée à la maison confortablement installée à regarder un bon film. Un peu comme la soirée que j'ai passé avec mon amie sorcière préférée. Le regard de Sacha se pose sur moi, Aura m'a entrainé auprès de sa famille. Il s'approche un peu et m'explique qui est qui dans la salle. Je suis son doigt qui m'indique là où les professeurs se trouvent, des groupes d'élèves à éviter, ceux à qui parler car ils sont sympathiques et il me montre leur groupe d'amis un peu plus loin. Je hoche la tête en comprenant tout ce qu'il vient de me dire. Ainsi je peux prendre un peu plus mes repères ici. Aura vient lui dire de me laisser un peu tranquille. Je profite de la soirée en leur compagnie. Sauf qu'un autre groupe approche vers nous. Une fée aux cheveux châtains et aux yeux verts croisent mon regard et me sourit. Je reste un peu figée face à son intervention surprise. Encore une fois, ma timidité me perdra. Mes ailes se sont un peu étirées en plus. D'instinct, elles sont déjà prêtes à m'envelopper du monde extérieur. Mais je ne le fais pas. En partie sous le regard appuyé de mon amie à côté de moi. Elle m'indique du regard d'ouvrir la bouche. Ce n'est pas poli de ne pas répondre. Cette fée est vraiment jolie. Elle a l'air gentille en plus. Donc si elle ne me veut pas de mal, je peux avancer d'un pas et lui répondre quelque chose. Mon dieu, j'ai l'impression d'être une enfant à un repas de famille. L'image est nette et précise au moins. La fée me regarde toujours d'un large sourire sur le visage. Évidemment, personne n'a vu un ange de leur vie ou c'est moi qui ne comprends plus rien ?

« Bonsoir » réussi-je à dire.

Voilà, j'ai quand même réussi à prononcer un mot. Mon amie se place aux côtés d'une autre fille, je devine qu'il s'agit d'Ella. Son amie d'enfance. Je ne l'ai vue qu'à mon arrivée à l'école. Elle m'a regardé quand j'ai feuilleté des livres à la bibliothèque une nuit. Son regard était rivé sur mes ailes. À croire que c'est exceptionnel dans une école de fées. Je ne comprends pas. Mais si je l'exprime à voix haute, on va me traiter d'arrogante et d'impolie. Ce n'est pas le cas. Cela me rend curieuse. Voir les gens regarder mes ailes m'intrigue toujours. Ce n'est pas de l'arrogance, juste un questionnement dont je n'ai pas eu de réponse jusqu'à présent. Je souris poliment à tous ses amis, encore une fois muette. Décidément, ils doivent se poser pas mal de questions à mon sujet. Je me sens mal. D'habitude, je ne suis pas aussi discrète avec mes amis mais là je ne les connais pas. En plus ils n'ont pas l'air méchant. Allez, respire doucement. Tout va bien se passer. Ella me reconnait et vient me saluer en première. Je suis reconnaissante. Ensuite, je croise le regard de Raphaël qui lui semble content de me revoir. Les autres tournent directement la tête vers lui d'un air interrogatif. Raphaël rassure les autres en leur demandant de ne pas paniquer. Tous se mettent à rire et moi aussi. Il apaise l'atmosphère un peu étrange qui plane autour de nous. Non, je ne vais pas m'envoler aussi rapidement. Je me sens bien. Il ajoute que certes je viens de loin mais il raconte que je connais la famille d'Aura depuis longtemps. Juste quelques détails, rien de nouveau à apprendre à mon sujet. Il indique ensuite qu'il connait mes frères. D'où le fait qu'il n'a pas été aussi surpris que les autres à mon arrivée dans l'école des fées. Il a compris que quelque chose se prépare. Il est vrai. Les étudiants ont eu l'air presque choqué. Je me suis retenue de rire mais j'ai eu affaire à mon amie Aura avant tout et c'est l'objet de ma visite. Je remercie Raphaël d'un sourire d'avoir pris la peine de me présenter un peu.

« Un ange ? ».

Merci de la précision. Un ange. Non que cela me vexe mais je ne suis pas que ça. Je ne te connais pas. Un garçon aux cheveux colorés en rouge. Reste calme Lou. Continue de sourire poliment. Heureusement pour moi, on ne me rit pas au nez. Chacun d'eux se présentent. Nous discutons un peu. Ils ne me posent pas de réelles questions embarrassantes. Je suis rassurée sur ce point.

« Lou est une amie de très longue date » intervient Sacha. « Sa présence nous aidera pour mettre Darcy au tapis le plus rapidement possible ».

« Et je suis heureuse de vous la présenter ».

Mes ailes sont soigneusement repliées dans mon dos. Ainsi, elles ne me gênent pas. Et on me pose moins de questions. Le regard d'Ella se pose une seconde sur moi. Je me souviens de sa première impression à la bibliothèque. J'ai cru être sur un plateau de cinéma. La nuit noire, l'ambiance nocturne, la bibliothèque et des livres étalés sur la table. Une parfaite scène de cinéma. J'ai eu envie de rire sur le moment mais ce n'était pas approprié et correcte. Alors, je me suis assise à ses côtés. Elle n'a pas détaché son regard de mes plumes. Chose nouvelle pour moi car ce n'est pas la chose la plus incroyable chez un ange. Je m'égare un peu.

« Comment vont tes frères ? » demande Sacha.

« Vous leur manquez ».

« Va falloir songer à y remédier, qu'en penses-tu ? ».

« Bonne idée ».

Sur ces belles paroles, la fête reprend son plein. Au final, cela en valait la peine de venir jusqu'ici. Les choses prennent une autre tournure, plus positive ce soir et je suis ici pour soutenir mon amie. Je pense que c'est le plus important. Des regards se tournent vers moi mais je n'y prête pas attention. Ce soir, je m'amuse. Je lance un regard complice avec mon amie. C'est comme ça que je la traine sur la piste de danse. Les quelques verres ingurgités aident, c'est un fait réel. Je murmure les paroles de la musique qui résonne dans la salle. La suivante est plus triste mais entraînante tout de même, un paradoxe. En attendant, je m'amuse. Le quotidien ici me semble plus cool. En fait, c'est différent de chez moi. Je pense que c'est ce qui m'a donné envie de venir ici. Aura a eu besoin de mon aide, je crois. En même temps, je ne lui ai pas dit avant. J'ai quand même débarqué au sein d'une école inconnue jusqu'à présent, dans un monde différent du mien. Un ange au milieu d'un établissement magique est loin d'être courant. Mais je me suis adaptée. Une chance. Grâce à mes amis de longue date, ça a été possible. Je suis ici depuis peu et je me sens bien. Toutefois, j'hésite à parler avec eux pour que mes frères viennent. Ils devaient venir après que je sois arrivée mais ça n'a pas été possible. Sur le moment, j'ai été déçue. Ce n'est pas une longue séparation il ne faut pas exagérer mais ils me manquent. Nous sommes inséparables. On nous surnomme « les quadruplés ».

Je constate aussi qu'une lueur étrange attire mon attention à l'extérieur. Prétextant un reflet lumineux du lustre sur la baie vitrée de la salle au premier abord, je n'y prête pas d'importance. Sauf que si. Quelque chose se passe à l'extérieur. Je fronce les sourcils pour mieux voir de là où je me trouve sans éveiller les soupçons de mes amis à côté de moi sans les effrayer pour une rien. Je serre mon verre des mains. À force, je vais finir par l'écraser. Ce que je finis par faire car la situation dehors n'est pas normale. Je distingue une silhouette mais je suis incapable de deviner de son identité. Je ne connais pas grand monde ici, jusqu'à ce soir. Mon verre termine sur le sol. Je ne distingue pas la réaction de mes amis. Ils ne comprennent pas pour quelle raison mon verre s'est renversé, il restait du liquide. Cela fait diversion quelques secondes pendant que j'en profite pour avancer jusqu'à la baie vitrée en question. Ainsi, je suis libre de m'assurer que ce qu'il se déroule dehors n'a pas d'importance et que la fête se déroule bien. Il se trouve que mon intuition première ne m'a pas menti. Une silhouette étrangère à l'école s'est introduite dans la cours de l'école. Si j'éveille les soupçons, les gens vont soit paniquer soit tous se ruer à l'extérieur. Si c'est bien la personne à laquelle je songe, je me charge de la faire partir des lieux. Elle n'est pas invitée. De plus, la fête bat son plein et je suis certaine que des étudiants sont un peu dans les vapes dû à l'alcool. Je me fais discrète quand je m'avance de plus en plus près de la baie vitrée qui mène au jardin. Dehors, il fait nuit noire. Pas de lumière extérieure susceptible d'indiquer une intrusion à l'école. Personne dans les airs non plus. Mes frères ne sont pas prêts d'arriver ce soir. Si je les appellent, ils viennent dans les prochains jours, le temps du voyage. En attendant, je continue d'avancer. Pas de bruit dehors. Mon imagination me joue des tours.

À croire qu'il s'agit d'un étudiant simplement sortie prendre l'air. Rien de plus logique vu la chaleur qui règne dans la pièce. Après avoir regardé autour de moi sans relever quelque chose de suspect dans les environs, je m'apprête à rentrer quand une ombre attire mon attention par dessus mon épaule. Je ne la reconnais pas directement mais son rire si. Toujours de dos, je n'ose regarder derrière moi. En vérité mon corps ne veut pas bouger et j'attends le sors qu'elle se prépare à réciter me frapper de plein fouet dans le dos. Je me prépare à une forte douleur. Je me dis que ça va arriver mais rien ne se passe. Une seconde. Deux secondes. Trois secondes. Cinq secondes. Ces secondes me semblent interminables. Je suis vraiment une proie facile. Me faire du mal est facile pour cette ombre. Pourtant, rien ne se passe. Jusqu'à ce que j'entende son rire à mes oreilles et un frisson me parcours le corps. Un rire strident. Le genre de rire à faire peur dans le noir. Il s'agit d'un danger imminent et je me demande encore le pourquoi du comment de son inaction. Personne ne peut nous voir. Je ne sais pas si hurler est encore dans mes cordes. Hurler pour sauver ma peau d'une part et donner une alerte. Les gens non loin de nous peuvent sûrement faire quelque chose. Rien.

« Lou ? Ne me dis pas que c'est toi, je te croirais pas ».

Ses mots résonnent en moi. Jamais une autre personne que mon entourage proche ne m'appelle ainsi. Mon prénom est Lou-Anne. C'est un prénom composé. Mais je ne me vois pas lui faire une leçon aujourd'hui. Le ton sarcastique employé ne me plait pas du tout. Je sers mes poings. Mes ailes sont collées à mon dos mais prêtes à décoller dès que possible, dès que le danger sera là. Elle veut juste discuter un peu. L'écouter n'est vraiment pas dans mes préoccupations. C'est quand même une sorcière ennemie. Qui plus est, une des plus dangereuses et où sont ses sœurs ? Jamais l'une sans l'autre d'habitude. Si elle est seule, j'ai un avantage. Elle est capable de m'épuiser jusqu'à ce que ses sœurs sortent de l'ombre pour terminer le travail commencé. Elle est capable de tout. Dans ce cas, c'est vraiment sournois de sa part. Et intelligent mais je n'ai pas envie de le penser ni de le dire à voix haute. J'ai envie de lui répondre mais instaurer un dialogue avec cette folle, très peu pour moi. Elle prend à nouveau la parole et je ne sens pas une once de haine ou de volonté de me plaquer contre un mur pour me faire du mal. Au moins, elle prend des précautions. Que ses doigts frôlent une seconde mes belles ailes, ça ira mal.

« Fait un effort petit ange ».

C'est la seconde fois qu'elle prend la parole et moi je ne me retourne pas pour lui faire face. Le dos tourné vers elle, Darcy doit se sentir folle. Elle n'aime pas restée sans réponse. Sachant ma position délicate, personne d'autre que nous deux, je suis une proie servie sur un plateau d'argent mais rien ne se passe.

« À croire que tu m'aies oubliée Darcy ».

« Hé bien non ».

Je n'ai pas dis grand chose mais suffisamment pour que ses nerfs augmentent. Darcy est aussi patiente qu'un pigeon en cage. Aussi susceptible que sa peste de sœur ainée. En tout cas, je suis seule face à elle et je dois me débrouiller pour qu'elle ne rentre pas dans la salle pleine de monde. Je ne veux pas causer le moindre dégâts. Je regarde rapidement autour de moi. Rien. C'est étrange venant de sa part. Je ne vais pas me plaindre non plus. Elle est capable d'en profiter et de tirer l'avantage, ce que je veux éviter. Je n'ai pas d'autre choix que de fuir si je ne veux pas être sa prochaine proie. Je ne vais pas prendre le risque de faire encourir un danger pour les élèves qui s'amusent dans la salle. C'est une fête pas un terrain de règlement de comptes. Je tiens à préserver cet établissement qui a quand même pris la peine de m'accueillir sans me connaitre. Je ne suis qu'un ange de passage. Je suis ici pour aider une amie à mettre au tapis la sorcière qui se tient derrière moi, rien de plus. Hors de question de me laisser faire. Pas dans ces conditions. Je m'envole le plus vite possible. La sorcière a mis deux secondes avant de s'en apercevoir. Ma rapidité est un réel atout. Dans ma position, hors de question qu'elle mette la main sur moi. Je vais protéger cette école.

Je fuis aussi loin que possible, à défaut je me retrouve au-dessus d'une forêt, celle à côté de l'école. Mon regard se porte partout. Actuellement, je regrette la présence de mes frères mais ils ne sont pas là. Avec eux, je peux communiquer via la pensée. Mes amies sont là mais sont loin. Impossible pour moi de leur indiquer ma position et les prévenir de la présence de Darcy. Il va falloir que je vole à nouveau jusqu'à l'école sans me faire repérer. Autant dire que c'est complexe. Si la sorcière me voir, je suis fichue. Autour de moi, que des arbres, la lune est pleine et cela ne me facilite pas mon camouflage parmi le paysage. Je m'adapte. Je ne rêve que d'une chose, que mes frères soient à mes côtés. J'ai envie de pleurer. Je respire profondément pour refouler mes larmes. Ce n'est pas le moment de craquer. La présence de Darcy se fait sentir. Elle est là, planquée dans l'obscurité, prête à agir et à m'épingler au dos d'un arbre. Qu'elle essaye de toucher à mes belles plumes, c'est moi qui vais inverser la situation. Quand on touche à quelque chose de personnel, je sais me défendre. Je n'ai pas autant de magie que mon amie Aura. Je regarde la lune une seconde avant d'avoir une idée. Si c'est possible de détourner sa lumière vers le lac qui se trouve non loin de moi, ce sera une première diversion. C'est la seule idée censée qui me traverse l'esprit alors, autant tenter l'expérience. De toute façon, éviter les foudres de Darcy est à l'heure actuelle une utopie. Elle va forcément me retrouver. C'est une sorcière redoutable et je suis étonnée qu'elle soit encore ici. Les dégâts causés par cette famille ne se comptent même plus. Toute la haine, la colère contenue dans leur corps explose dès que le moment leur permet. Ce sont de dangereuses sorcières. Leur place est en prison, à l'abri des autres pour éviter toute forme de violence. Elles sont maîtres dans l'art de corrompre. Je ne comprends pas. Mais c'est un autre sujet.

« Allez Lou, respire. Concentre-toi. Murmure les bonnes paroles. Le reste se fera tout seul ».

Je ferme les yeux pour ne pas être déçue du résultat. Je me décide d'ouvrir un œil histoire de vérifier si ma magie est encore d'actualité. Je ne suis pas dans mon environnement habituel et une sorcière me poursuit. Pas à l'instant T car elle n'a pas remarqué ma présence. Je ne crois pas souvent aux miracles mais là, s'en est un. Ma magie fonctionne. Ma magie opère.

Une lumière vive se dirige vers le lac. Je dois dire que l'effet vaut le coup d'œil mais je ne suis pas là pour admirer le sort jeté.

Mes ailes me portent aussi que le vent me le permet. Je dois quitter les lieux au plus vite.

J'aperçois l'école. Une chance, je ne suis qu'à une minute de là. Mes ailes peuvent me porter jusque là. Je suis motivée à y aller, la peur au ventre de me faire surprendre quand même. Pour être honnête, c'est la première fois que je ressens une telle adrénaline.

Une ombre par dessus mon épaule. Darcy. Comment l'oublier. Elle jette un sors au niveau de ma direction et je l'évite. Je passe en volant au-dessus de l'école. Elle me suit toujours. Évidemment, son rire résonne dans l'atmosphère et ça ne me rassure pas du tout. De plus, elle m'insulte de tous les noms, je passe les détails. Ses sortilèges ne passent pas loin de moi. Une chance que je puisse les éviter. Ma vitesse augmente au fur et à mesure que mes ailes me portent grâce au vent qui s'est levé. Ma vitesse de vol a augmenté. Je n'aurais pas eu le même aérodynamisme sans Darcy à mes trousses. Triste constat mais les éléments sont de mon côté. Merci le vent. Mon cœur menace de sortir de ma poitrine. Le vent froid me glace la peau. Je n'ai pas d'autre choix que de voler aussi vite que possible. Elle est toujours derrière moi à crier. Elle ne s'arrête donc jamais. C'est un enfer. Je suis suffisamment loin d'elle pour peut-être tenter quelque chose. Je ne réitère pas le sors de tout à l'heure au-dessus du lac mais tente un autre essai. Tant pis, je me mets face à l'ennemie qui approche rapidement, j'ai le temps de faire ce que j'ai à faire. Le même exercice qu'avec Aura. Je balaye mes ailes en arrière afin de créer un mouvement de vent et ça marche bien. Je suis surprise de la rapidité et de l'effet. Le vent créer par mes ailes forment un courant d'air suffisamment puissant pour faire reculer Darcy. L'important est de la tenir éloignée du bâtiment et de moi par la même occasion. Je ne tiens pas à affronter son regard une nouvelle fois. Nos échanges de sortilèges se font dans un bon rythme. Pourquoi est-ce que je pense à ça maintenant ?

Une première porte vitrée est ouverte. Une seconde est fermée. Mais je ne peux pas passer par la première sans la briser et par la seconde non plus. Mon cœur se serre dans ma poitrine. Je n'ai pas le choix. J'ai l'air essoufflée. Ce n'est pas le fait d'avoir couru un marathon, voler un marathon. Ça n'existe pas, hé bien je l'invente pour un temps limité. Le stress. J'angoisse. Sans me poser davantage de questions car le moment est mal choisit, je fonce dans la baie vitrée. D'abord un bruit d'impact puis les éclats de verre volent dans la pièce. Cela surprend tout le monde dans la salle. Je ne réfléchis absolument pas au bruit provoqué. Mon corps atterrit sur le sol. Je m'étale de tout mon long sur le sol. Je ne fais pas attention aux éventuelles coupures sur mes mains, sur mon visage ou mes jambes car ce n'est pas ça qui m'importe. Tous les élèves sont choqués de la scène. Je n'ai pas le temps de me sentir honteuse que Darcy point déjà le bout de son nez. Je me suis contentée de me mettre sur les genoux quand je sens des bras m'aider à me relever. Je devine le parfum de mon amie et je ne résiste pas à l'envie de la prendre dans mes bras et tant qu'à faire à laisser aussi mes larmes couler le long de mes joues. Le regard des autres ne m'importent plus. Je suis fatiguée de la course poursuite entre cette sorcière folle à liée et sans aucun scrupules et moi. Darcy regarde la scène d'un sourire en coin de satisfaction. À croire que ma maigre magie ne fait pas le poids face à elle. Elle n'est pas facilement impressionnable. Il faut dire que ma magie n'est pas aussi puissante que d'autres, elle est un peu différente. Je suis une créature différente des autres. Les bras de mon amie me serre aussi fort que possible. Et je ne remarque pas tout de suite que nous sommes enfermées dans une bulle rose que je reconnais directement. Cette bulle nous protège du monde extérieur et des attaques de Darcy qui s'énerve de plus en plus. Je suis toujours dans les bras de mon amie, après avoir jeté un rapide coup d'œil autour de nous.

« Tu n'es pas la bienvenue dans cette école, retourne d'où tu viens » annonce Maé.

« Quel accueil, je m'attendais à mieux ».

Un ton ironique comme elle sait le manier à la perfection. Darcy dans toute sa splendeur.

« À quoi t'attendais-tu Darcy ? » dit mon amie à son attention.

Aura se détache de moi délicatement et avance d'un pas envers Darcy qui semble la plus heureuse du monde. Je n'ai même pas remarqué que la bulle rose autour de nous a disparu. Maé vient se tenir à mes côtés et m'enveloppe délicatement d'une couverture. À cause de Darcy, j'ai non seulement détruit une baie vitrée et en plus elle en profite pour faire une apparition digne de ce nom en plein milieu de la salle. C'est le moment le plus honteux de ma vie. Je ne sais pas comment la situation va se terminer.

J'aperçois la directrice de l'école des fées froncer les sourcils et demander de l'aide aux autres professeurs présents pour faire sortir Darcy de la salle.

La fête est terminée. Ruinée.