Playlist
« She » Harry Styles
« Wonder » Shawn Mendes
« Twisted » Marina Kaye
« North » Sleeping at last
« Between the stars » Canyon city
« Dusk till dawn » Sia et Zayn
Chapitre 28
Point de vue d'Ella
La silhouette qui me fait face est celle de mon amoureux.
Si quelqu'un entre dans la chambre nous sommes fichus dehors en deux secondes. Pas le temps de réfléchir. Pas question de me retrouver dehors en sous vêtements. Le règlement de l'école est stricte. Ici, chaque élève doit retourner dans sa chambre après le dîner et bien sûr dans son école respective. Ce qui est normal puisque la responsabilité de l'école est engagée. Quand on est jeune et amoureux, on n'écoute pas toujours le règlement de l'école. Désobéir aux règles est déconseillé mais j'aime m'affranchir de certaines règles, notamment rejoindre Raphaël en dessous de sa fenêtre quand je le peux. Et j'en profite. À cause de moi, il a eu une heure de retenue une fois. Tout ça pour un dernier baiser. Je me suis excusée de lui avoir causé du tord.
Ce matin par exemple, je ne culpabilise pas.
Je respire le parfum de Raphaël dans les draps. Donc je ne me sens pas coupable d'avoir bravé le règlement.
Passer un moment avec lui m'a vraiment manqué.
Une chance que nous soyons tous les deux car les autres élèves de l'appartement qui comprend les chambres individuelles, des travaux ont été réalisés pour ça, ne sont pas là. Chacun est parti dans leur famille respective. Nous avons une semaine de vacances à partir de ce soir pour moi et Raphaël va aussi partir voir sa famille. Autant dire que c'était aujourd'hui qu'il fallait organiser notre rendez-vous.
Mon cœur bat un peu plus vite en sa présence.
Plus le temps passe et plus mes sentiments se développent.
Je ne pensais pas vivre ce type d'histoire. En réalité, c'est la plus belle chose qui me soit arrivée depuis le début de ma scolarité dans cette école de fées. Dire que notre histoire a commencé grâce à Léo. Je le connais depuis des années suite à notre lien commun de royauté et nos mondes ont eu affaire ensemble. Alors quand Léo m'a invité à l'un de ses bals, je ne m'attendais pas à sortir avec son meilleur ami.
Raphaël m'écoute. Il ne me regarde pas comme une fée qui un jour aura la responsabilité de sa planète. Il me voit comme une grande fée à en devenir et comme une partie de lui maintenant et j'espère sincèrement que ça sera encore le cas dans dix ans, vingt ans et plus.
Je n'ai pas envie de me lever mais si je ne le fais pas, je vais être en retard en cours et le premier cours de la journée porte sur la magie noire. Autant dire que mon motif d'excuse ne sera pas accepté. Parfois, j'ai envie de sécher une journée et de rester avec Raphaël à ne rien faire.
La nuit a été courte pour moi. Quand il s'est endormi, j'ai passé une heure de plus à me réfugier dans mes pensées. Le début de l'année a si mal commencé. Cette année ne sera plus jamais comme les précédentes et les futures qui m'attendent. Ce ne sera pas une année d'étude supplémentaire mais une opportunité de remonter la pente. Pour ça, aucun mode d'emploi n'existe. L'écrire ne serait pas possible. Surmonter une épreuve difficile n'est pas quelque chose que l'on apprend. Je pense que mon amie sorcière préférée sera d'accord avec moi. Aura est une sorcière géniale. Nous nous sommes éloignées avec le temps. J'ai appris que sa famille traversait une période compliquée. Perdre quelqu'un est sans doute l'épreuve la plus douloureuse qui soit. Aucun mode d'emploi n'existe pour remonter la pente car le processus dure toute la vie. En l'occurrence, ma sœur Rose surmontait un cancer et la maladie a malheureusement pris le dessus sans aucune pitié. Repenser à cet épisode me broie le cœur.
Quand le frère de Lou a été touché, j'ai vu dans les yeux de mon amie Aura qu'une fissure s'était formée dans son cœur. Je crois que mon amie a non seulement été choquée comme nous tous mais à un degré différent. L'état de l'ange était critique, ses plumes blanches immaculées de sang. Nos cœurs se sont comme arrêtés en attendant une amélioration de son état. Là j'ai pensé à Aura. Elle a eu des blessures physiques au début de l'année scolaire. Puis son regard désemparé m'a frappé aussi. Je l'ai revue blessée. Cette image me fait mal au cœur. Aura est une amie précieuse pour moi, même si les années ont fait que l'on a en quelque sorte perdu contact. Je ne l'ai jamais oubliée. Nos cœurs sont connectés. Ça parait étrange dit comme ça, sur le papier j'ai l'impression que c'est réel.
La retrouver cette année a été comme une bulle d'oxygène pour moi. Dans un triste contexte mais je crois que l'on avance ensemble d'une manière unique et pour nous. Je crois que c'est le meilleur choix. Nos familles sont présentes. On a beaucoup de chance. Mes amis le sont aussi et sans eux, les choses ne seraient pas les mêmes. La présence de l'amie d'Aura fait que je me sente bien aussi. Les anges sont des créatures magiques, incroyables et vraiment intéressantes. Je n'en ai jamais vu, hormis dans les livres.
Je me demande si elle n'éprouve pas quelques sentiments pour son amie. Cette idée me fait sourire mais avant de faire une hypothèse, il faut patienter. En tout cas, je serais heureuse pour elle. Lou est un ange vraiment super. Elle a une belle âme. Et elle se soucie de son amie. Je pense que ces deux jeunes filles sont comme connectées, un peu comme Aura et moi mais d'une autre manière que je ne saurais expliquer là maintenant. Mais ça se remarque. Cela m'apaise aussi de la savoir entourée et en sécurité. Il peut arriver n'importe quoi à mon amie, Aura peut compter sur moi à n'importe quelle heure, n'importe quand. Jamais l'une sans l'autre.
Quand je regarde à ma droite et que je touche la main de Raphaël, je me dis que je suis finalement chanceuse.
Il dort encore. Je ne veux pas le réveiller alors je reste silencieuse et me contente de le regarder. Sortir avec lui a été comme une évidence et je ne dis pas ça pour comparer avec un conte de fée pour enfant dont la morale est évidente. Entre nous, c'est naturel. Nos démonstrations d'affection en public sont rares et sincères.
Ma moitié est apaisée. Il ne bouge pas. J'ai envie de rester là aussi mais je doute que mes professeurs acceptent mon absence du jour.
Je souffle déjà à l'idée de sortir de cette chambre.
Je me lève quand même en évitant de faire du bruit et sors sur le balcon qui donne sur la cours de l'école. Les rayons du soleil me réchauffent la peau. Eux me comprennent. La douce chaleur sur ma peau me fait du bien. Sans lui, ma vie ne serait pas la même puisque j'ai besoin d'eux pour tenir debout. Ma magie tient de là.
« Bien dormi ? » me demande t-il en plaçant ses mains sur ma taille.
Ce contact physique est agréable, comme si des petits frissons parcouraient mon corps.
« Comme un bébé » soufflais-je en effleurant sa main.
En réalité, je suis encore sur un nuage. J'ai envie que cette parenthèse dure toute ma vie. Ses mains dans mes cheveux, son odeur qui imprègne ma peau, ma peau contre la sienne. Des détails gravés dans ma mémoire. Nous ne sommes pas allés trop loin mais j'ai apprécié nos premiers contacts intimes. J'aime le fait de ne pas être contrainte. On a le temps. Tant que notre histoire dure c'est le plus important. Ses mains contre ma taille me rappellent les bons instants de la veille qui me semblent déjà loin. Quelques heures de plaisir entre nous aura suffit à me faire vivre une belle parenthèse hors du temps.
« Il est quelle heure ? ».
« Sept heure ».
« On va être en retard » conclue t-il en retirant ses mains de ma taille.
Ce contact physique me manque déjà mais il a raison et j'ai du mal à l'admettre tout de suite. Je finis quand même par répondre quelque chose de futile. Nous sommes encore à l'école. Je ne peux pas rester ici. Il faut que je regagne ma chambre. Personne ne doit apprendre mon intrusion dans la sienne cette nuit. C'était magique pour moi.
« Il reste une heure avant le début des cours ».
Je remue le couteau dans la plaie.
« Tu sais bien que je ne veux pas que tu partes » dit-il en s'approchant de moi, ses lèvres effleurent les miennes.
« Se cacher n'est pas ce que j'envisage ».
« On est encore en cours et l'idée que quelqu'un puisse te découvrir ici avec moi n'est pas ce que j'envisage non plus ».
Il souffle ça comme une complainte. On est tous les deux, je ne vais pas me plaindre moi-même. Je profite de nos derniers instants. C'est sûr que s'il me regarde ainsi, je ne vais jamais partir d'ici.
Ce sont des écoles non mixte en plus. Si on découvre qu'une fille s'est introduite dans l'école des garçons ou inversement ce n'est pas avec une simple heure de retenue que je vais m'en sortir et lui non plus. Pas question d'avoir un renvoi temporaire. Mais j'aime désobéir aux règles de temps en temps. Être avec Raphaël est une bonne raison de désobéir de temps en temps. Je ne vais pas me plaindre d'avoir passé la nuit dans ses bras. Au contraire, je suis heureuse d'avoir eu une parenthèse en dehors du temps avec lui.
« Tu es en pyjama ma belle » ajoute t-il.
« Oh » me rendant compte de mon jugement hâtif.
Sortir en pyjama n'est pas judicieux.
C'est ma dernière journée de cours avant les vacances.
« Je ne veux pas te mettre dehors mais tu dois regagner ta chambre ma douce Ella ».
« Tu m'accompagnes ? ».
« Habille toi d'abord » dit-il en embrassant mon front.
Il ne perd pas le Nord.
Aller en cours après une nuit à ses côtés ne m'enchante absolument pas. Je sais que je vais passer la journée à rêver à autre chose que les propos du professeur. Les paroles de mon amoureux à l'oreille, ses mains sur mon corps, voilà ce à quoi je vais penser toute la journée. À rien d'autre et le sourire béa aux lèvres qui ne va pas me quitter non plus. Je vais attendre patiemment le prochain rendez-vous.
Je m'habille rapidement et tente de démêler mes mèches de cheveux entremêlées pendant la nuit. D'habitude, c'est Flora qui s'applique à me coiffer. Elle a toujours adoré coiffer mes cheveux comme une tête à coiffer. Elle concocte des soins appropriés pour eux et ma chevelure est douce et brillante. Je m'applique à ne pas faire un chignon trop désordonné tout en étant rapide à faire. J'attache le tout en espérant qu'il tienne la matinée. Le résultat me satisfait au bout de quelques minutes devant le petit miroir de sa chambre. Les garçons devraient demander à l'école d'investir dans des grands miroirs, comme le mien qui me permet de me regarder de la tête aux pieds. Ainsi, mes tenues du jour sont toujours à la pointe.
Quelques secondes plus tard, la magie commence à envahir la pièce. Je suis prête à commencer une journée de cours avec le cœur aussi léger que la veille mais je ne m'attendais pas à ce que la main de Raphaël m'attire à lui. Je ne m'y attendais pas. J'aime cette prise de risque là, à savoir que nous sommes sur le point de nous abandonner jusqu'à la prochaine fois. Ses lèvres daignent à se seller aux miennes. Il était temps qu'il le fasse. Ce délicieux contact est le seul dont j'ai besoin. Ses lèvres sont si douces. Il penche légèrement la tête pour faire durer le plaisir et approfondir son baiser dont je ne peux plus me passer. Il a commencé alors il va terminer cet instant délicieux entre nous. Je me mets à encercler son cou de mes bras pour en profiter davantage et l'avoir plus près de moi aussi. Ses mains encerclent mes joues. Son contact chaud m'encourage à lâcher prise pour aujourd'hui. Mes mains dérivent jusqu'a son t-shirt que je me retiens de retirer tout de suite. Il replace mes bras autour de son cou. Nous sommes en retard et nous n'avons plus le temps de faire autre chose. Il se détache en ayant un sourire aux lèvres.
« Je n'allais quand même pas te laisser partir sans t'embrasser ».
Je disparais aussitôt dans un essaim de lumière comme un rayon de soleil. À prendre au sens propre comme au figuré.
« Bonnes vacances » ai-je murmuré rapidement avant de m'éclipser.
Je regagne ma chambre baignée par la lumière du soleil.
La sonnerie me fait sortir de ma rêverie.
Je sors de ma chambre, prête à faire comme si de rien n'était.
Autant dire que le cours sur la magie noire m'est complètement indifférente. Je pense encore à la nuit passée avec lui. Difficile de ne pas penser à autre chose.
Je peine à suivre le cours en question tout en me faisant à l'idée que le goût des lèvres de Raphaël sont encore sur les miennes.
Ses instants magiques sont à chérir et à conserver au fond de mon cœur.
Évidemment je me sens un peu inutile dans cette salle de cours alors qu'il y a une heure, j'étais avec Raphaël.
Le cours porte sur la magie et autant dire qu'il a beaucoup à dire sur le sujet. Deux heures. La moitié du cours est faite et on a eu une pause de cinq minutes. Je ne sais pas pourquoi mais les trois sœurs sorcières qui détruisent ce monde à petit feu me viennent en tête. Comment Darcy et ses deux sœurs sont-elles devenues aussi dangereuses ? Sont-elles nées avec cette haine dans les veines ou on leur a appris ? Peut-être ont elles été conditionnées à avoir cette haine en elles ? C'est une question que je me pose. Comment peuvent-elles se réjouir de la douleur ? Leurs cœurs souffrent-ils à ce point ? Je vais arrêter avec mes questions existentielles sans réponses. De toute façon, la situation ne va pas changer demain. Mon cœur se serre en y repensant et je me mets à songer à ce qui peut nous attendre.
Je pense aussi à Léa ces derniers temps. Elle aurait adoré voir des anges. Penser à elle est à la fois douloureux et réconfortant car je me souviens de ses sourires qui sont gravés dans ma mémoire et ne plus les voir me chagrine. La culpabilité de ne pas avoir été capable de la sauver me ronge aussi. Je lui ai promis de la venger, de mettre cette sorcière à terre le plus rapidement possible afin que personne d'autre ne soit victime de sa magie noire. Encore une fois, j'ai cette horrible impression que c'est utopique. Une poudre aux yeux. Personne ne peut prétendre arrêter les malfaçons de cette sorcière. Elle est loin d'être seule, ses deux autres sœurs peuvent se charger du travail. Que les choses se feront plus tard alors que le temps presse. Suivre des cours, apprendre la magie en théorie et en pratique en premier, mettre au point un plan pour arriver à mes fins en temps voulu, voilà l'objectif.
De toute façon, je vais penser à elle tous les jours pour le restant de ma vie et je ne peux pas ne pas lui parler de temps en temps, juste pour lui raconter ma journée. C'est une sorte de rituel. Idem pour Rose.
D'ailleurs le magnifique soleil qui a illuminé l'école s'est transformé en ciel nuageux, rien de grave jusque là. Le temps change vite et je ne sais pas si c'est censé être rassurant. Je laisse mon imagination de côté, il se peut que j'invente. Plus le cours avance plus je me mets à penser que ce changement de temps n'est pas « naturel ». Le soleil laisse place aux nuages je suis d'accord mais pas à un temps orageux. Les températures ne sont pas élevées comme en été, nous ne sommes qu'au printemps. Il se passe quelque chose dehors et je veux en savoir plus. Je peine à ne pas sortir de cours sans rien dire pour me rendre compte de la situation. Le prof n'apprécierait pas et sans preuve, cela pourrait se retourner contre moi. Je ne veux pas d'ennuis. Alors je reporte ma concentration sur le cours. C'est vraiment difficile. Je jette un coup d'œil dès que possible à la fenêtre. Si le prof a remarqué le premier et n'a rien dit la première fois c'est évident qu'au bout de dix fois, oui. Il s'approche de ma table et tire les rideaux. Son intervention n'a pas cassé le fil conducteur de son cours, je me demande comment il fait. Les élèves sont concentrées aujourd'hui. D'habitude, une au moins aurait lancé une remarque sarcastique quand une autre aurait ironisé. Rien du tout ne s'est produit, toutes ont le nez rivé sur leur livre de cours. Là aussi je suis surprise de ne pas être la seule à comprendre qu'il y ait un problème dehors. Maintenant que je ne peux plus regarder par la fenêtre, je dois garder mes impressions pour moi.
Quand la sonnerie met fin au cours, je sors dans le couloir en priant pour que ma pensée mélancolique ne mène à rien. Cette image me reste en mémoire et je ne peux pas m'empêcher de songer que mon intuition me dit quelque chose de pas logique.
Discrètement, j'écris un message à quelqu'un pour lui faire part de mon impression. Je ne risque pas de recevoir de réponse immédiate, l'heure de cours est terminée pour ma part mais celle d'Aura vient de commencer. Je vais devoir attendre sa réponse en me demandant si mon imagination ne me joue pas des tours.
D'ailleurs, je reconnais une silhouette angélique dehors.
Un ange aux ailes grises orage et aux yeux verts comme Lou-Anne.
Je me demande ce qu'il fait ici, dans une école de fées. Mais ce ne serait pas poli de le lui faire la remarque. Il n'a pas l'air d'être ici pour le plaisir, il a l'air essoufflé. Je perçois ses ailes qui tremblent légèrement alors il a dû se passer quelque chose et ça m'inquiète. Je décide de descendre les escaliers et quitte à louper le début du prochain cours, tant pis je veux être sûre que cet ange se porte bien. Si je me remémore son prénom, il s'agit d'Arlann. Je ne veux pas me tromper. Je vais dehors et il m'a aperçu. Son regard est comme rassuré de voir une tête connue à l'école. Il a l'air d'être seul. D'habitude il est toujours entouré par ses frères ou Lou. Les anges sont rarement seuls j'ai l'impression. Il a dû se passer quelque chose d'inhabituel pour qu'il vienne ici. J'ai cinq minutes à lui accorder et j'ai besoin de savoir.
« Arlann ? » l'appelais-je.
Non que je sois étonnée de voir un ange ici mais ses tremblements mêmes légers m'incitent à être prudente sur mes questions. Je ne veux pas l'effrayer par mes paroles ou éviter toutes paroles maladroites. Je suis petite face à lui même si je sais me défendre. Je ne veux pas l'attaquer. Il approche un peu pour s'abriter du vent qui souffle de plus en plus fort. Encore un phénomène étrange. Il se trame quelque chose. Je sors d'un cours sur la magie noire alors je présume qu'il en flotte dans l'air. Ce serait une drôle de coïncidence. Nous n'avons pas eu de nouvelles de nos sorcières préférées depuis quelques temps, ce qui est suspect de leur part.
« Ella, au moins un visage connu dans cette école et je suis content que tu te souviennes de mon prénom ».
« Quelque chose ne va pas ? Tes ailes tremblent ».
« Un mauvais présage » conclue t-il.
« Entre à l'intérieur, il y a trop de vent pour que l'on s'entende ».
« Il se passe quelque chose Madame la directrice, je suis sûr qu'il y a de la magie noire dans l'air ».
Je suis dans le bureau de la directrice avec Arlann et celui-ci maintient ses propos. Mon intuition n'est pas si infondée que ça. Si je ne suis pas la seule à l'avoir ressentie, les anges aussi l'ont compris. S'il se passe quelque chose, il va falloir agir. Toutes nos heures passées à la bibliothèque vont nous aider, nos heures d'entrainement aussi. Arlann a finalement expliqué son intuition mais aussi qu'il a volé au-dessus du lac tout à l'heure et qu'une présence de magie noire l'a intriguée. Je suis presque certaine que Darcy prépare un mauvais plan ce soir. Si elle veut agir, elle va le faire en public. Elle aime les démonstrations.
« Si Darcy est derrière ça il y a une raison » finis-je par dire.
« J'admets que ce temps n'est pas habituel mais de là à avancer la présence de magie noire ».
La directrice est perplexe. Sans preuves concrètes, difficiles d'avancer quelque chose de crédible. Je vois les nerfs de l'ange à rude épreuve. Il pressent quelque chose de compliqué à expliquer clairement. Il est évident que l'on ne peut argumenter sans preuves. S'introduire aux alentours de l'école des sorcières représente un risque et c'est encore pire si on s'approche du lac. Discuter du sujet avec elle est peine perdu.
Une fois dehors, le vent ne s'arrête pas. Si l'ange ressent quelque chose d'étrange, je me dois de le croire. Si cela s'avère inexacte il vaut mieux être vigilant. D'habitude, Darcy agit en public. Elle aime provoquer un émoi. Je ne veux pas inquiéter l'ange. S'il est venu jusqu'ici dans une école de fée, il y a une raison.
« Je vais t'aider. Je te crois » le rassurais-je.
L'ange lève les yeux vers moi et j'y perçois une sorte de lueur d'espoir, comme s'il était seul à avoir eu une mauvaise impression tout à l'heure. Il attend une confirmation. La réponse de la directrice ne l'a pas complètement convaincue.
« Si tu as besoin d'aide, je suis là » complétais-je.
Je sais que nous ne sommes pas si proches mais je me dois de le soutenir dans sa démarche. C'est important qu'il sache que je peux aussi être vigilante ici.
La menace qui plane au-dessus de nos têtes nous rend plus vigilants. C'est vrai que je ne l'étais pas autant au début de l'année. Depuis que Darcy est venue nous attaquer plusieurs fois elle va recommencer. Je culpabilise encore qu'elle s'en soit pris à un ange, Léandre en l'occurence qui n'a absolument rien fait. Elle a osé le prendre par surprise et nous causer une belle frayeur. Que Darcy décide un matin de s'en prendre à moi c'est son problème et ça devient le mien. Qu'elle ose s'attaquer gratuitement à Léandre me déplait fortement et me dégoute. Cela donne le niveau du courage de cette sorcière sans pitié. Si elle est capable d'agir dans le dos; il faut être sans cesse sur nos gardes et ne pas lui tourner le dos. Darcy s'est attaquée à Aura en plus et à Lou. Sans oublier ma douce Léa qui me manque atrocement et qui en a payé les frais, très cher. Hors de question que cela recommence. Je ne sais pas pourquoi mais je pense que sa prochaine action sera d'un autre type.
Léandre a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.
C'est sa dernière victime.
Ce ne sera pas sa toute dernière si elle n'est pas stoppée dans son élan. À ce stade, elle est capable de détruire l'école dans un accès de folie.
« C'est vrai ? ».
Je peux supporter les abus psychologiques de Darcy, pas les autres. Si elle ose remettre les pieds à l'école, elle aura affaire à moi.
Ses belles ailes grises effleurent presque ma peau. Je sais que les anges sont pudiques et n'apprécient pas trop les contacts surtout que je ne le « connais » pas. Je ne vais pas me plaindre car ses plumes sont très douces, comme de la soie. Je n'ose pas le lui dire à voix haute mais je le pense très fort. Son regard sérieux s'adoucit tout seul. Je me demande à quoi il pense. Je me surprends un peu à l'observer d'un peu plus près. Ses ailes sont si belles, si fidèle au ciel orageux que l'on peut voir dans le ciel. Ses yeux sont aussi beaux que ceux de Lou et de ses frères. C'est pourtant lui le plus joyeux, celui de bonne humeur et pourtant je découvre une autre facette, une facette plus sombre. Il s'inquiète pour sa famille mais pour nous tous désormais.
« Je ne peux pas te promettre que ça ira bientôt mais je peux au moins t'apporter mon aide » dis-je les larmes aux yeux.
C'est ce que j'ai envie de lui dire. Pour le rassurer un peu. Pour lui montrer qu'il peut compter sur moi. Aura et sa famille se connaisse et comme ils sont ici aussi, j'estime que mon devoir est de l'aider.
Son regard vert se pose sur moi.
Je me surprends à commencer à pleurer comme une enfant. Je m'essuie les yeux rapidement en espérant ne pas qu'il les voient.
« Pourquoi tu pleures ? J'ai dit quelque chose de mal ? ».
Les larmes prennent un peu le dessus. Je ne sais pas pour quelle raison je me mets à penser à Léa et je sais qu'elle veille sur nous. Ça fait mal de ne plus la voir du tout. Elle aurait adoré voir un ange comme Arlann et elle aurait adoré voler autour de ses frères et sœurs. Une petite fée si pure et innocence. Elle est dans les étoiles maintenant. C'est sa place. C'est mieux pour elle d'être hors de ce temps orageux, ça lui faisait peur.
« Excuse-moi, ne t'inquiète pas ça va. Juste que Léa me manque. Elle aurait adoré voir un ange ».
« Oh mais elle veille sur toi et c'est une étoile supplémentaire qui brille tu sais ».
« C'est ce que je souhaite » dis-je en essuyant une nouvelle larme.
Ce qu'il vient de me dire prend tout son sens. Lou est aussi bienveillante que ses frères. Je suis heureuse de les connaitre. Nous traversons des heures spéciales maintenant.
« Tu as fais beaucoup pour Aura alors on peut avoir confiance ».
« Merci » dis-je sincèrement touchée et sans savoir quoi ajouter de plus.
J'apprécie sa franchise.
« L'amitié est faite pour ça, s'entraider » intervient une nouvelle voix et il s'agit d'Aura.
Mon amie se tient devant moi et je n'ai rien vu venir. Ses cheveux blonds volent au vent. Je ne me souviens pas être surprise par son intervention mais il semble que la discussion avec son ami a suffit à me faire penser à autre chose. Aura est à nos côtés comme le plus naturellement du monde et je me réjouis de sa présence en la prenant contre moi, ce à quoi elle ressert son étreinte autour de moi.
Aura et moi.
Je pense avoir souhaité qu'elle vienne dès la lecture de mon message et j'en suis heureuse.
Elle comprend mon inquiétude.
On avance ensemble.
Même si c'est dur. On avance quand même. Le temps fera désormais parti de notre processus de résilience.
« J'ai eu ton message » répond t-elle en posant ses doux yeux verts sur moi.
Ça me revient immédiatement en tête.
Je lui ai écrit dès la fin du cours.
Mes pensées se sont assemblées rapidement pour composer un message qui j'espère a été compréhensible pour elle. Je me suis demandée pour quelle raison le soleil a laissé place à un orage qui continue de gronder. On sait que ce n'est pas normal. La Nature nous signifie quelque chose d'inhabituel ou alors je ne comprends plus rien.
L'ange ne dit rien.
« J'ai eu une intuition similaire aussi et malheureusement je ne vois pas trente six réponses » ajoute mon amie sorcière.
« À quoi vous pensez ? » finit par intervenir son ami angélique.
« Tu ne penses pas qu'une certaine sorcière serait dans les parages ? ».
« Madame la directrice nous a dissuadé. Elle n'avait pas l'air convaincu. Je n'ai pas eu de pressentiment supplémentaire ».
« Nous sommes trois à l'avoir eu ».
« Et ça doit signifier quelque chose ? » demande l'ange.
Celui-ci ne récolte rien d'autre qu'un regard noir de mon amie.
Nous n'avons pas de preuves que ce soit Darcy. Pourquoi amener cette piste ? Si elle veut se montrer, elle va le faire comme une grande fille. Être constamment sur nos gardes ne va pas nous aider.
Elle sait comment faire, pas besoin de le lui dire.
« Alors nous allons menés une enquête, histoire d'être sûrs et ça mènera toujours à un début mais attendons la fin de la tempête ».
« Une enquête ? Je doute que ce soit raisonnable » dis-je comme sur la défensive.
« Il est évident que je ne vol pas avec un temps pareil ».
« Tu es suffisamment rapide pour éviter les éclairs ».
L'ange n'est pas réticent tout de suite. L'idée n'est pas mauvaise mais s'aventurer sur un terrain inconnu n'est pas recommandé. Et s'il arrive encore quelque chose à un ange je ne vais pas l'accepter. Il ne faut pas que nos écoles respectives, celles des fées et des sorcières nous découvrent en flagrant délit d'intrusion dans un établissement sans autorisation et en pleine nuit. On doit rester discrets et consacrer notre temps précieux à une éventuelle stratégie qui va rester dans un coin de notre tête.
« Tu joues sur les mots Aura ».
Il ne conteste pas les propos de mon amie. À croire qu'il a eu un incident une fois dans les airs avec un éclair. Je suis curieuse de savoir comment ça s'est passé.
« Ne me regarde pas comme ça » rit Aura.
Ces deux-là me font rire.
Mon rire me surprend un peu car c'est spontané et rire dans un drôle de contexte fait que j'ai besoin d'une pause, même minime. Ils me regardent un peu étonnés au début mais leurs rires respectifs se rejoignent au mien.
Au moins, nous sommes un peu en dehors du temps et de la folie qui se trame dans le ciel à l'heure actuelle.
La pluie redouble d'intensité et les orages ne se calment pas non plus. Je ne sais pas ce qu'il se prépare mais quelque chose est en train de changer.
Hey !
Je m'excuse du temps que m'a pris ce chapitre car la fin a été modifiée et ça n'a pas été facile à écrire.
On s'approche de la fin. C'est l'avant-dernier chapitre. Mon dieu que ça me fait drôle.
Le prochain et dernier chapitre sera mis en ligne dans la foulée ainsi qu'une note de fin.
Cette histoire date d'il y a deux ans mais elle m'a réellement servie de thérapie. Ce sera certes le point final de cette histoire mais il m'en reste d'autres dans les tiroirs. J'espère qu'elles vous plairont autant qu'à moi.
La playlist pour ce chapitre est toujours disponible.
Bonne lecture !
