Harry/Drago

C'était un soir d'octobre, Drago, Blaise et Pansy étaient assis autour de feu de la cheminée du salon, et tentaient de passer un bon moment. C'était difficile, avec tous ces enfants qui sonnaient pour leur voler leurs friandises. Halloween était une honte pour le monde sorcier, et maintenant que le Ministère avait en horreur toute trace de la tradition Sang-Pur, les grandes festivités de Samhain étaient interdites. Encore quelques années plus tôt, le 31 octobre était un soir où la frontière entre le monde des vivants et celui des morts était la plus mince, la plus facilement franchissable. Le Ministère oubliait qu'en interdisant Samhain, il empêchait le passage vers l'au-delà de nombreux fantômes ayant atteint leur but, ou ayant décidé de passer le voile. Il oubliait qu'en dehors de ce soir spécial, les morts ne pouvaient ni entendre ni voir les vivants. Même Potter ne pouvait rassurer ses parents sur le sens de leur sacrifice.

Drago chassa ses pensées avec une gorgée de Whisky-Pur-Feu. Ce n'était pas le moment de penser à lui, surtout pas les yeux fixés sur les flammes de la cheminée. Il prit le dernier bonbon, une pastille à suçoter de chez Honeydukes, de celles qui pétillaient sous la langue en une explosion de saveurs.

Encore une fois, ils entendirent la sonnette. Blaise soupira, Pansy l'imita, et Drago leva les yeux au ciel en se dirigeant vers l'entrée de son appartement.

Il coinça la pastille entre sa joue et ses dents, juste le temps de parler, pour ne pas être gêné. Toute la soirée n'avait été qu'un vaste défilé de morveux mal fagotés, avec des costumes plus ridicules qu'effrayants — dont une gamine en robe de mariée, allez savoir pourquoi — et Drago n'aspirait qu'à la tranquillité.

Aussi, avant même d'avoir ouvert la porte, il commença de s'excuser — après tout, les enfants n'avaient rien demandé et n'étaient que des victimes de la société de consommation, les pauvres diables.

— Désolé, nous n'avons plus de bonbons, tentez chez les..., commença-t-il avant de d'hausser un sourcil quand la porte fut grande ouverte.

Merde. Merde merde merde.

— Des bonbons ou un sort ? sourit le petit brun à sa porte.

Il savait visiblement très bien chez qui il avait sonné, donc.

— Tu n'es pas un peu vieux pour la chasse aux bonbons, Potter ? demanda la blond de sa voix la plus traînante, la plus méprisante, tentant de camoufler son trouble.

— C'est pas une question d'âge, Malefoy, répondit Harry Potter, bien trop beau dans son costume de vampire.

Ce qui n'arrangeait pas la situation de Drago. Ses rêves mouillés avaient toujours alterné entre un vampire et Potter. Le sourire de celui-ci s'agrandit.

— Alors, des bonbons ou un sort ?

— J'ai pris le dernier, Potter, réessaie chez les Powell, soupira Drago, libérant des ses joues la friandise de chez Honeydukes.

Peut-être que Saint-Potter allait lui foutre la paix s'il constatait par lui-même, et peut-être qu'il pourrait alors retourner à sa petite soirée pathétique avec Blaise et Pansy. Il fronça des sourcils. Le salon était soudain trop calme. Jetant un coup d'œil en arrière, il eut tout juste le temps de voir Blaise s'échapper par la cheminée.

— Sales traîtres, marmonna-t-il, suçant distraitement la pastille.

Il retourna son attention sur Potter, qui n'était toujours pas parti, et qui semblait fasciné par ses lèvres. Instinctivement, il les humecta, le cœur battant à la chamade. Se pouvait-il que...

— Tu sais, Malefoy, c'est assez drôle ce qui m'est arrivé l'autre jour. Je m'ennuyais dans mon bureau, Ron était parti en lune de miel, alors... /

Ce disant, il continuait de fixer ses lèvres. Drago ne fit pas attention à ce qu'il babillait, jusqu'à ce qu'il entende le nom de son amie. /

— Quand j'entre chez Guipure, j'entends Parkinson râler avec une des sœurs Greengrass, à propos d'un imbécile de blond incapable de surpasser ses obsessions d'adolescent, marmottant "Potter par-ci, Potter par-là" sans jamais...

— Et tu écoutes deux dindes comme celles-là ? Je te savais stupide, Potter, mais là on atteint des sommets, se braqua le blond.

— ... et je me suis dit que c'était drôle, l'ignora le brun en souriant encore plus, parce que je n'ai moi-même jamais réussi à oublier le béguin de j'avais pour ma Némésis...

Némésis. Drago écarquilla les yeux, incapable de maintenir le masque plus longtemps, le regard fixé sur le stupide sourire de Potter.

— Alors, Malefoy, des bonbons ou un sort ? réitéra Potter.

Puis sans attendre de réponse, il l'embrassa, et lui vola la pastille Honeydukes. Drago n'en avait plus grand chose à faire.