Playlist
« Flares » The Script
« Roses » Shawn Mendes
« One more night » Linkin park
« Next to me » Imagine dragon
« Unbreakable » Jamie Scott
« In my veins » Andrew Belle
Cette année a été la plus étrange de ma vie.
Je crois que je me suis surprise moi-même.
Quand tout a commencé, jamais je n'aurais imaginé un tel scénario. Avec surprise, je l'aime ce scénario. Difficile de ne pas penser que les choses peuvent prendre une autre tournure. J'ai l'impression d'avoir pu créer une sorte de « bulle » l'été avant d'être confrontée à la réalité, à la rentrée qui l'a éclatée. Me prendre cette gifle en plein visage ne m'a pas aidé. J'ai eu l'impression d'avoir été en apnée. Prise dans une étrange spirale que je n'ai pas maitrisé, il m'a fallut du temps pour le comprendre. Cette bulle a été bénéfique pour moi et je me sens désormais prête à avancer. Je ne suis plus seule.
L'année scolaire se termine et nous sommes en vacances, chacun va rentrer chez soi profiter de nos familles respectives.
La terre ferme me parait bien différente depuis les airs. De là-haut, on se rend compte de la beauté de l'école illuminée. Cela me réchauffe le cœur d'imaginer ma douce petite fée assise sur l'une d'elle en train de regarder ce qu'il se passe en bas. Peut-être est-elle en train de rire à une blague de Léo, à s'insurger du caractère de Riven ou à écouter les paroles de Flora. Des hypothèses désormais sans aucune réponse.
L'école est illuminée.
Le ciel est illuminé de ses astres éternels.
Ma douce Léa le sera pour l'éternité.
En attendant, je profite de la vue qui s'offre à moi. Je suis heureuse de rentrer chez moi pour les vacances. Me reposer de l'année compliquée me sera bénéfique.
Me remémorer tous les événements est à la fois douloureux et nécéssaire pour me convaincre que ce n'était pas irréel. D'une certaine façon, c'est un devoir de mémoire. Je sais que Rose me tapoterait l'épaule et appuierait sa tête contre moi. En silence. Ainsi, j'aurais sans doute essayé de deviner ses penser sans y parvenir.
Quand je repense à ce début d'année scolaire chaotique, je mesure le chemin parcouru. Il y en a eu un. Difficile de dire à quel point il a été long et il le sera toute ma vie. Passer à un autre état d'esprit s'impose. Mais Rose n'est plus là. Léa non plus. Elles ne peuvent plus rien me dire. Je continue à imaginer qu'elles sont dans un endroit paisible et en sécurité. C'est ce que je souhaite sincèrement pour elles.
« De ce point de vue je n'en reste pas convaincue ».
Pourquoi Aura tient-elle son balais à l'envers ? Je me le demande depuis dix minutes.
La tempête s'est calmée depuis hier. Le vent a soufflé toute la nuit dernière. Je n'ai pas réussi à dormir beaucoup à cause d'elle et j'ai des cernes sous les yeux. Quelle tragédie pour mon visage.
La lumière du soleil est de mon côté. Il est en train de se coucher et on s'affaire tous à organiser quelque chose pour fêter les étoiles. Elles ont une importance particulière pour nous. Et je pense qu'il est temps de les célébrer. Non pas parce que c'est une fête populaire mais parce que Léa les a rejointes récemment et je pense que c'est le moment de lui faire comprendre que remonter la pente est possible et prend du temps. Nos cœurs sont toujours liés. Je ne peux pas mettre un trait sur elle. Léa était une petite fée incroyable et son regard bienveillant sur moi me manque atrocement. Outre ce que je souhaite est qu'elle aille bien, qu'elle soit assise quelque part en train de contempler la cours de l'école illuminée comme un sapin de Noël. C'est Bloom qui m'a parlé de cette tradition. Passer un moment en famille, décorer la maison de luminaires et un sapin est quelque chose d'inconnu pour nous car nous n'avons pas ce type de traditions dans nos cultures mais j'apprécie la connaitre.
« Vous venez les filles ? » crie Layla d'en bas.
J'entends le rire de Flora qui se contente de hausser les épaules en croisant mon regard. La partie est remise à plus tard.
La cours de l'école brille de mille feux.
Les odeurs de gâteaux épicées embaument la cours. Tout est parfait. Il ne manque plus que la neige. Sauf que ce ne sont pas les fêtes de fin d'année du calendrier mais celle qui annonce la fin de l'année scolaire.
Je peux certifier que beaucoup de choses ont changé chez moi depuis un an.
Dans quelques semaines, ce sera le triste anniversaire de la première année sans Rose. Sans elle, je vois l'avenir autrement. C'est elle qui méritait un bel avenir avant que la maladie ne prenne le dessus. Sa présence est partout, me colle à la peau donc j'ai de quoi me raccrocher en cas de besoin. Elle est là. Idem pour Léa. Ma petite fée. Si douce, innocente et pleine de vie.
« Tu y crois ? ».
La chevelure rousse de mon amie Bloom attire mon attention. Elle prononce cette phrase en s'asseyant à côté de moi, le regard vers la cours d'école animée par les lumières et par les rires des autres. Une atmosphère calme, nostalgique à la fois.
« À quoi ? ».
« Tu es plus forte que tu ne le penses Ella et cette année en est la preuve ».
« Merci Bloom ».
« Je n'ai pas réellement connu ma sœur Daphné alors mes rares souvenirs sont mon seul lien avec elle. La tienne sera à jamais dans ton cœur, peu importe le temps que ça prendra elle sera un merveilleux souvenir réconfortant par toi et non plus un souvenir douloureux ».
« J'espère » dis-je en serrant mes doigts. « C'est délicat de me dire que ces souvenirs là vont s'effacer de ma mémoire dans dix ans ou plus car de nouveaux souvenirs vont se créer et avoir une place dans ma mémoire. Seul le temps pourra faire ça ».
« Tu n'es pas seule Ella. J'espère que nous pourrons nous écrire cet été ».
« Oui Bloom. Tu retournes chez tes parents ? ».
« Oui, ils me manquent ».
« Je comprends. Passe le bonjour de ma part ».
« C'est promis » me répond t-elle en prenant ma main dans la sienne délicatement.
Bloom est ma première amie de l'école. Elle a toujours su trouver les mots quand ça n'allait pas. Elle va rentrer se reposer chez ses parents. J'ai hâte de lire sa première lettre.
Une silhouette attire mn attention et je devine facilement à qui la paire d'ailes verte elle appartient. Je suis quand même heureuse de la revoir même si je ne sais pas quand j'aurais une nouvelle chance de rencontrer un autre ange que Lou-Anne. Sa famille est unique et ces créatures magiques sont rares. Des créatures dotées d'une magie puissante et j'ai eu l'opportunité incroyable de connaitre une belle fratrie d'anges.
Je vais longtemps me souvenir de cette année scolaire.
Elle a été éprouvante mais il y a eu des moments lumineux.
J'ai été rongée par la tristesse, la culpabilité, le désespoir de ne plus voir la lumière m'éclairer mais grâce à Bloom, à mes amis, à Raphaël et à Aura mon amie d'enfance tout est désormais possible.
Une partie de moi s'est rallumée.
Difficile à croire. La bulle d'amour que j'ai reçu ici y a contribué. Il y aura le contrecoup de l'été car je serais éloignée physiquement de mes amis. Ils seront présents dans mon cœur et je compte bien sur la technologie pour garder contact avec eux pendant tout l'été. Je veux des nouvelles le plus régulièrement possible. Pendant les vacances d'été.
Je regarde la famille angélique atterrir dans la cours de l'école. Le premier frère aux ailes grises orages se pose, le second aux ailes vertes puis Lou les rejoint. Ses ailes sont incroyables. Elles ont ébloui tout le monde dès son arrivée à l'école à la surprise générale. Elle passe sa main dans ses cheveux pour y remettre une mèche en place. Les anges vont me manquer aussi car leur présence a marqué non seulement l'école mais moi aussi. Il y a eu une sorte de communion tous ensemble. C'est ce dont je veux me rappeler cet été. Les sourires sont collés à leur visage suite à l'éblouissement produits par toutes les guirlandes lumineuses, les bougies qui nous entourent.
L'atmosphère ne me rend pas triste tout de suite car ce sont simplement des « au-revoir » et non des « adieux » le temps d'un été pour mes amis. Il n'y a que les anges que je ne vais pas revoir à la rentrée.
Je lâche la main de Bloom pour serrer mon amie Aura dans mes bras. Son rire a résonné à mes oreilles, surement une blague d'Émile.
« Le lieu est encore plus beau illuminé ».
« Tu le reverras l'année prochaine » souffle son frère.
« Ne commence pas, c'est notre dernière soirée tous ensemble avant de rentrer chez nous » intervient Maé.
La soirée vient de débuter. Il n'est pas encore dix heures du soir.
J'entends un résonnement sonore désagréable dû au micro sur la scène. Mon amie musicienne Musa est sur la scène de l'école munie de sa guitare acoustique.
« Désolée » tapote t-elle sur le micro. « Comme c'est notre dernière soirée, j'ai pensé qu'une chanson vous ferait plaisir ».
Les paroles flottent dans l'air.
L'atmosphère chaleureuse évolue dans une sorte de bulle. Nous sommes entre nous et rien ne peut gâcher ce moment. Il y a de la nostalgie dans l'air sans que mon cœur ne soit lourd. Profiter de la soirée entourée par toutes les personnes que j'aime est au programme et non pleurer parce que les dernières heures de cette année scolaire sont atypiques. Je ne vais pas l'oublier et ce n'est pas de mon ressort de vouloir l'oublier. Elle va me suivre toute ma vie mais je suis reconnaissante du soutien de la part de mes amis. D'ailleurs, je garde cette précieuse bulle apaisante dans mon cœur.
Plus les paroles s'élèvent dans l'atmosphère autour de nous plus je me sens apaisée. Cette chanson a le don de me faire sentir bien, dans une bulle agréable loin de la négativité. Je crois que les paroles me correspondent et j'ai envie de me les apprécier.
« So I will get to thinking of her »
« Si tu savais » murmurais-je à Rose.
Et c'est évidemment valable pour Léa.
« It will be fine line ».
Cette phrase me fait sourire.
Elle prend tout son sens.
La main de Raphaël devant moi, il me propose une danse. Mes autres amis sont en train de danser sous le rythme des paroles chantées par notre fée musicienne préférée. Merci Musa de chanter cette chanson. Je remercie aussi son auteur d'avoir écrit des paroles qui prennent un sens réel là maintenant.
« It will be fine line » répète Musa pour la troisième fois.
Cette phrase est répétée six fois dans la chanson.
Je dirais que la première fois, on l'écoute.
La seconde fois, on l'entend différemment.
La troisième fois, on l'accepte.
La quatrième fois, on la comprend.
La cinquième fois, on la répète.
La sixième fois, on la repère parce que l'on y croit.
Cette phrase désormais lourde de sens prend une dimension personnelle. Durant cette année, ma résilience a très bien fait son travail et elle le fera tout au long de ma vie.
Musa répète cette phrase une quatrième fois.
Le regard bienveillant de Raphaël se pose sur moi. Je ressers mon étreinte autour de lui, en m'assurant de ne pas le lâcher. Sans lui non plus, je n'aurais pas réussi. Quand l'amour nous porte haut, on peut croire que surmonter une douleur profonde telle que la perte de Rose porte ses fruits.
« Test of my patience ».
Etre concernée sur mes cours et vivre avec l'absence de Rosa a été difficile. Elle a été avec moi et elle le sera toujours. Cela me fait mal de penser à elle mais je veux garder précieusement nos souvenirs joyeux dans mon cœur.
Musa a donné une atmosphère unique. Sa voix se marie parfaitement. Elle a la douleur sur le cœur suite à la disparition de sa mère quand elle était une enfant. Pourtant Musa n'a jamais cessé de se montrer courageuse et combative pour avancer dans sa vie. Elle est un exemple. Je suis heureuse de la compter parmi mes amis ici. Des mèches de cheveux dépassent de son chignon et je ne peux que trouver ça adorable.
« It will be alright ».
Cette phrase incroyable clôture la chanson.
La première fois, on prend une claque.
La seconde fois, on réalise.
La troisième fois, on comprend.
La quatrième fois, on la répète.
La cinquième fois, on adhère à cette phrase.
La sixième fois, on reprend notre souffle.
Répéter cette dernière phrase me donne envie de pleurer mais je refoule mes larmes. Je ferme les yeux, respire pour me calmer. Pleurer dans ses bras me pend au nez. Il effleure mes cheveux de manière si délicate. Son contact physique me fait du bien. Je me laisse porter par le rythme de la musique et par la respiration de Raphaël qui me berce. Avec lui, je me sens en sécurité. Le reste est mis sur pause.
Profitons du moment présent. Je sais que Raphaël va rentrer chez lui mais j'ai envie de songer à une visite de sa part à la maison. Je peux arranger ça en un coup de baguette magique. Mais ce n'est pas le sujet de ce soir.
Musa entraîne sur d'autres chansons qui nous font planer. Sa voix mélodieuse fait l'unanimité auprès de nous. Non pas parce que nous sommes ses amis mais parce que le talent de notre chère fée de la musique doit être reconnue à sa juste valeur. Musa a un réel talent. J'espère qu'elle va continuer à chanter et peut-être mettra t-elle un pied dans l'industrie de la musique.
En attendant, elle continue de chanter pour notre plus grand plaisir. Je croise son regard, un sourire se dessine sur ses lèvres. Son sourire en dit long. Je suis heureuse de l'entendre avant de rentrer à la maison pour l'été.
Entre un solo de guitare acoustique, Musa prend la parole.
« Sans casser l'ambiance, c'est notre dernière soirée avant les vacances. Je voulais juste dire que cette année avec vous fut la plus atypique de ma vie. J'ai même rencontré des ange et une fantastique sorcière qui va se reconnaitre dans la foule. La prochaine chanson, c'est l'une de mes préférées. Les paroles comptent à mes yeux et je pense qu'elle reflètent aussi l'atmosphère de ce soir: douce et agréable même si je vois de la mélancolie sur vos visages. Elle s'appelle « Humans » du groupe australien The Faim ».
« Easy comes, easy goes
Somewhere out the window
Give you hope you don't know
It's never really simple
I, I'm enjoy the ride
And you are no different than I
Some will change, some too late
I may be latter
Will you be the one to say
« Happy ever after » »
Les paroles de Musa nous transportent ailleurs.
Elle a ce don.
Elle peut reprendre des chansons, se les approprier pour nous faire partager son émotion. Notre fée de la musique continue de chanter pour notre plus grand bonheur.
« That's what makes us human
Every time we lose it
You find how a heart aches
Every day has ruines
But we know what the truth is
Sometimes you gotta break
Just to know you are human
Human »
Quand la foule réclame une dernière chanson, Musa accepte à condition que nos voix s'élèvent aussi. Elle m'adresse un clin d'œil complice après son annonce.
Le regard de Raphaël se pose à nouveau sur moi. Je regarde ses lèvres et les pressent contre les miennes. Ce doux contact est l'un des meilleurs. L'atmosphère qui nous entoure à être comme dans une bulle de sécurité. C'est ce que je veux faire évoluer chez moi. Mais il y a encore du chemin à parcourir. Cela ne sera pas facile, ça en vaut la peine.
Je glisse mes doigts dans les chevelure de Raphaël. Je veux que ce moment dure toute ma vie. Lui et moi. Rien d'autre. Sans rien autour de nous non plus, comme deux âmes connectées. Mais la bulle doit éclater, les étoiles doivent se rallumer. La lumière doit prendre plus de place.
Les applaudissements que mon amie reçoit est entièrement mérité. Elle regarde la foule émue aux larmes, un sourire incroyable au visage. Elle mérite tout ce soutien et je suis certaine que sa maman doit être fière de sa fille. Il y a de quoi l'être, je le suis pour elle.
Quand mon amie descend de la scène, elle vient retrouver Riven. Ses mains se lient tout de suite alors on les laissent seuls quelques minutes.
On se dirige ensuite vers une table. Je me rends compte que ce sont nos derniers instants ensembles avant la prochaine rentrée scolaire. Nos sourires sont collés au visage.
« J'ai hâte d'avoir de vos nouvelles cet été ».
« Pas pour moi » lance Rien de manière sarcastique.
« Je n'en attendais pas moins ».
« Je vais vous manquer » répond t-il avec son fameux sourire en coin.
« Pas de cartes postales pour moi, elles mettent trop de temps à arriver, je préfère envoyer des mails alors restez connectés les amis ».
« Merci Timmy, on sait à quoi s'attendre » ajoute Léo.
« Dites, vous n'avez pas vu Aura ? » demandais-je.
« Non » répond Timmy.
« J'ai mon idée » sourit Raphaël.
« Je suis exténuée » lance Musa en arrivant un verre à la main.
« C'était génial ».
« Merci Ella, heureuse que ça t'ai plu ».
Je me suis assise plus tard dans la soirée sur une des marches de l'escalier extérieur, la vie plongeante sur l'école. De la nostalgie, des sourires mêlés à la tristesse qui m'habite depuis le début de l'année.
Je ne sais pas s'il y a pas une conclusion à tout ça. La seule chose que je peux affirmer est que je suis debout. Nombreuses sont les fois où me relever ne m'a pas semblé possible. Pourtant ça l'est. Le château de cartes parait si haut, insurmontable malgré sa fragilité. Ses bases ont été suffisamment solides pour ne pas tomber tout de suite. Les fondations solides ont tenu le coup. Les murs se forment. Je ne dis pas que des chutes de pierres seront évitées tout au long de ma vie. Il y en aura. Je ne suis pas seule à avoir peur des chutes. Apprendre à la éviter, à les contrôler sera ma nouvelle mission. J'ai quasiment tout appris dans cette école. En faire partie fera de moi une fée puissante et indépendante. J'ai peur. Je ne vais pas les cacher mais apprendre comment améliorer avec elles à mes côtés. La silhouette de mon amie Aura se dessine jusqu'à ce qu'elle s'assoit à côté de moi.
« Je crois qu'on a réussi. À remonter la pente. On a commencé le processus ».
« Sans toi, ça n'aurait pas été pareil ».
« Je ne sais pas ».
« Aura, tu as été là, on a traversé ça ensemble ».
« Toi aussi » souffle t-elle.
Nous regardons le ciel ensemble.
« Tu vois cette étoile ? C'est Rose. Je l'ai appelée ainsi car c'est l'une qui brille le plus ».
Sa main effleure la mienne et elle la prend contre son cœur.
« Je sais » dit-elle les larmes aux yeux.
« À côté, ce sont tes parents et ils veillent sur vous quatre ».
« Je sais » répète t-elle avec la même émotion.
Quelques secondes de silence entre nous s'écoulent sans gêne entre nous.
« C'est ce que je souhaite sincèrement » murmure t-elle en serrant ma main.
« C'est le cas. Te le promettre, te le dire est important ».
« Merci Ella, ça compte beaucoup ».
« C'est normal. On traverse une période difficile mais je peux au moins te promettre que ça ira. C'est ce que Rose me dirait ».
« Sages paroles. Rose aurait raison ».
« On se relèvera ensemble, peu importe le temps ».
« Je le souhaite Ella » me sourit-elle.
Nous avons évolué depuis le début de l'année. Chacune de notre côté mais ensembles quand même car nos amis sont solidaires et être avec eux nous a été bénéfiques. Les effets sont visibles au bout d'un an. En un an, il y a eu tout ça. Je sais aussi que les larmes vont couler car Rose me manque tous les jours même si elle est dans mon cœur en permanence.
Revoir ses affaires ne sera pas facile, la douleur sera toujours là. La nostalgie va reprendre le dessus. Maintenant, j'ai un peu plus de recul en un an. Reprendre mes études par exemple m'a aidé à me noyer dans une autre chose. Sans mentir, même si Rose me manque, je pense à elle tout le temps. J'ai eu la chance d'être entourée de mes amis, dont Aura. Elle a eu le soutien de son amie angélique. Parler ensemble a été incroyablement bénéfique pour nous deux et pour Lou aussi. Le point commun indéniable est que sans nos frères et sœurs, amis dans mon cas a été indispensable.
Rallumer les étoiles oui mais ça demande du temps. On ne peut pas prévoir ce délai qui est propre à chacun.
On peut être tranquille au moins pour l'été.
On a tous besoin de se reposer pendant les vacances et j'ai besoin de profiter de mes parents.
La vie réserve de drôles de surprises. Si au début, j'ai repris mes études dans un état émotionnel lamentable, à la fin de l'année scolaire je suis plus apaisée, malgré tous les dégâts causés par Darcy.
Des étoiles brillent plus que les autres ce soir en particulier et je suis certaine de Léa, Rose et les parents de mon amie veillent là-haut.
J'ai envie de me raccrocher à cet espoir.
J'ai envie d'y croire.
Si ma peine doit s'exprimer alors d'accord.
On se relève des marches d'escaliers pour se rendre dans nos chambres respectives. Aura ne va pas rester à l'école, elle va regagner la sienne pour notre dernière nuit.
Demain sera une longue journée.
De retour dans ma chambre, je me laisse tomber sur le lit, flemme de me mettre en pyjama. La soirée a été belle et voir tous les sourires de mes amis m'a fait du bien même si on va se revoir dans deux mois, ils me manquent déjà dans un coin de ma tête.
Aura est une amie précieuse. Même après des années de séparation, notre amitié existe encore. Et j'en suis la première heureuse. C'est une amie de longue date qui mérite d'aller mieux, d'avancer, de recommencer à rire et à sourire. Il y a eu un début à tout ça cette année. Si au début, c'était pour masquer notre tristesse commune, faire bonne figure auprès des autres je crois que ça l'est moins et un jour ce sera spontané. J'ai hâte de la revoir à la rentrée pour recréer davantage de souvenirs avec Aura.
On ira mieux ensemble.
Avec elle à mes côtés, je peux espérer un renouveau. Il est évident que l'on va être confrontée à des chutes de pierres de notre château respectif mais on va apprendre à les éviter.
Ensemble.
Je murmure la formule qui consiste à illuminer mon plafond d'astres célestes. Les regarder me fait du bien.
Je ne peux m'empêcher de « repérer » Rose et Léa parmi eux. Elles brillent. Grâce à elles aussi je suis certaine que ça ira.
C'est difficile car tout est encore récent mais ma vision des choses va évoluer l'année prochaine, l'année suivante aussi. Nos cœurs seront toujours liés.
« Je te le promets Rose. Je te le promets Léa » soufflais-je
J'ai envie de revoir ma sœur le sourire aux lèvres en train de courir les cheveux au vent sur la plage de Solaria. Nos pieds sur le sable chaud, les rayons du soleil sur notre peau. Rose éclate de rire. Elle accélère la course jusqu'à attraper un foulard rouge attaché à un poteau planté dans le sable. Je cours derrière elle pour tenter de la rattraper mais elle a toujours été plus rapide que moi à la course. Je sais que son traitement la fatiguait. Rose insistait toujours pour courir sur la plage avec moi. Je ne sais pas ce que l'adrénaline lui procurait jusqu'à ce qu'elle me dise un jour pourquoi.
« J'ai l'impression de me sentir vivante quand je cours. Il n'y a pas la maladie, elle fait une pause. Je passe un merveilleux moment hors du temps avec toi Ella et je veux que ça continue ».
Ce jour-là, j'ai compris.
Dès que possible, nous allions courir sur le sable.
J'entendais son rire communicatif résonner et mon rire s'y mêlait.
Nous étions deux sœurs, deux amies à qui tout souriaient.
C'est une image simple mais c'est la plus belle pour moi en ce moment. Je suis certaine qu'elle aurait adoré la couleur rose de l'école et elle aurait partagé la passion de mon amie Flora pour les plantes en général. Son sourire me manque et je veux m'en rappeler toute ma vie. Elle n'a jamais perdu espoir quand nous étions sur la plage, au contraire elle en avait à ce moment-là. C'est ce que j'admirais chez elle depuis le début. Elle m'apportait bien plus qu'elle ne le pensait. Il est évident qu'une partie de moi encore allumée à l'époque commençait à s'envoler à force de la voir aller à l'hôpital de plus en plus. Ça a changé un jour quand je voyais son sourire aux lèvres. Ça changeait la donne, c'était une exception à son quotidien de malade du cancer. Et j'avais de nouveau espoir qu'un nouveau traitement était possible. Je ne me suis jamais demandé pourquoi elle ne baissait pas les bras par moment à cause de la douleur alors quand Rose me disait que courir sur le sable lui procurait un sentiment de renouveau, j'ai vu les choses différemment. Elle voulait profiter de chaque moment.
C'est ce que je veux absolument retenir.
Idem pour Léa.
Son rire emplissait la pièce, elle volait toujours très vite de sorte à entrer en collision avec moi et à atterrir la tête un peu étourdie dans ma main. Ses petites ailes si fines qui battent encore puis son sourire aux lèvres.
Léa ne juge personne.
Léa est optimiste et forte malgré sa taille. Je garde précieusement en mémoire le souvenir d'une amie formidable.
Je l'imagine assise sur une étoile. C'est une image qui lui correspond très bien.
Alors en guise de promesse pour Rose et Léa, je me dois de remonter la pente. Comme l'a souligné Aura tout à l'heure, on est en train de le faire.
Rallumer les étoiles.
Elles brillent toutes les nuits au-dessus de nos têtes.
Elles sont éternelles.
Les souvenirs sont éternels et je veux les conserver le plus longtemps possible pour sourire les jours où je n'en n'aurais pas envie. Pour me donner un coup de coude, pour ne pas me rendre triste ni me replier sur moi-même et encore moins regarder la pluie tomber de ma fenêtre.
Si j'ai un tatouage floral sur la jambe gauche c'est bien pour Rose.
Le cœur se situe à gauche.
L'emplacement a été logique. Le réaliser a été thérapeutique dans le sens où quelque chose de symbolique la représente sur moi à jamais. Le motif floral a été une évidence et dès que je la regarde, mon cœur s'apaise parce que Rose est là. Je pense y incorporer des étoiles pour l'illuminer une prochaine fois. Je me sens chanceuse de l'avoir dans la peau. Aura et sa famille en ont un. Nous avons un point commun supplémentaire, une marque indélébile. Je ne peux que me montrer reconnaissante d'avoir retrouvé Aura cette année. Pourtant, Musa vit avec la disparition de sa mère depuis l'enfance et elle a hérité de son don de chanteuse.
Je me relève du lit pour aller dans la salle de bain me démaquiller et me mettre en pyjama après une douche chaude. L'eau sur ma peau me détend.
Je suis impatiente de rentrer à la maison demain. J'ai hâte de les retrouver pour souffler de cette année mouvementée et qu'ils me manquent beaucoup. Si je suis autant inquiète à leur sujet c'est parce que leur séparation m'a fait très mal et je chérie chaque moment passés avec eux. J'ai du mal à supporter la distance parfois entre l'école et la maison. Ils me manquent beaucoup alors je suis heureuse de les retrouver demain soir en arrivant avec un bouquet de fleurs dans les mains.
De retour dans mon lit, je mets fin aux constellations au plafond. Elles ont le don de me rassurer et de me calmer quand ça ne va pas. Ce sort est très utile. Je m'enfonce dans les draps qui sentent le parfum de linge propre, j'aurais aimé avoir au moins l'odeur de Raphaël sur les draps. Ce sera pour une prochaine fois.
Je ressers le pendentif en forme de lune entre mes doigts. Ma mère me la offert plus jeune et il m'aide à penser à elle. Si je lui dois ma magie issue de la lune, elle m'aide à relativiser aussi et elle se complète avec la magie du soleil de mon père. C'est pour ça que j'ai acheté un pendentif en forme de soleil pour compléter le collier. C'est encore une fois symbolique. C'est un objet précieux à mes yeux.
Les choses iront mieux. C'est sûr.
Ma magie est celle des astres alors je peux espérer toucher du bout des doigts les étoiles pour Rose et Léa. Ce soir, elles ont été dans mes pensées.
Rallumer les étoiles est un prix à payer pour aller mieux.
Grâce à ma résilience qui fait très bien son travail, c'est le cas et je suis la première surprise. Le cheminement personnel va prendre des années mais en un an, j'ai l'impression qu'il se forme. Je suis heureuse de le ressentir. Même si ça va prendre du temps.
Cela me fait un peu drôle mais ça me rassure d'un côté car ça me conforte dans l'idée que ma sœur m'aide de son côté.
Peut-être qu'elle discute assise sur une étoile avec Léa.
La fatigue prend le dessus, je me retourne et ferme les yeux en me plongeant dans un autre monde, bercée par les étoiles et par la joie de rentrer demain chez nous comme avant. Pourtant, les choses ont changé.
FIN
