Drago et Blaise
— Mais c'est pas vrai, Drago !
Le blond leva les yeux au ciel. Depuis la fin de la guerre, Blaise était infernal — mais il était aussi le seul avec qui Drago pouvait faire une colocation dans le monde moldu. Pansy avait préféré s'installer à Pékin, cette idiote, et Théo étudiait dans une université allemande quelconque. Il essaya de ne pas penser à Greg, qui aurait sûrement accepté s'il n'avait pas été dans une cellule à Azkaban, ou à Vince, qui aurait sûrement accepté s'il n'avait pas été mort.
Il était donc obligé de faire avec Blaise, son meilleur ami, certes, mais aussi le mec le plus inutile et pointilleux du monde sorcier, et peut-être même du monde moldu.
— Putain, Drago ! Ecoute-moi au lieu faire des âneries avec les muscles de tes yeux ! Où est-ce que t'as acheté cette merde ?
Ce disant, il fit un grand geste de la main : elle était emprisonnée dans la mâchoire du coffret en bois de cerisier que Drago avait acheté la veille.
— Je me suis procuré cette petite merveille chez un antiquaire moldu Blaise, et pour une sacrée somme, alors si tu voulais bien arrêter cette comédie et rendre à mes affaires leur état normal peut-être que j'arrêterais de faire des âneries avec mes yeux, grinça Drago en fusillant son ami du regard.
— Non mais c'est pas vrai ! Pourquoi je fais une coloc' avec le seul débile capable de trouver un putain de coffret maudit dans une boutique moldu ? Maman, promis je suis hétéro laisse-moi revenir, se plaignit le métisse. Et puis qui te dit que c'est une boutique moldue ? C'est pas le même où t'as croisé Potter il y a deux mois ?
— C'est la boutique de son cousin, c'est normal qu'il y vienne de temps en temps, marmonna Drago, commençant à croire son ami.
— La boutique de son cousin, répéta Blaise d'une voix suraigüe, les nerfs commençant à lâcher. Parce que t'as eu le temps d'en parler avec le Sauveur, en plus ?
Il marqua un instant de pause, avant de tourner brusquement la tête vers Drago.
— Attends mais c'est là que tu disparais quasiment tous les soirs depuis deux mois ? Tu sors avec Potter ? Et c'est moi qui me tape toutes les corvées pour que t'ailles roucouler avec un binoclard dégoulinant de bons sentiments typiquement Gryffondor ?
— Je ne dirais pas qu'on roucoule, Blaise, opposa faiblement le blond, sachant pertinemment que c'était inutile.
— Appelle-le, exigea Blaise, la mâchoire crispée.
— Pardon ?
— Mon sang commence à dégouliner sur le putain de tapis Drago, appelle ton copain le Sauveur du Monde Sorcier et de ses Sept Univers Parallèles pour qu'il libère ma main de ce putain de truc que son putain de cousin t'a putain de vendu et peut-être, et je dis bien peut-être, que je songerai à te laisser plus de putains de soirées libres.
Drago savait reconnaître un danger imminent quand il en voyait un, et Blaise Zabini en colère faisait partie de ses pires cauchemars.
Quand Harry arriva à l'appartement, Drago n'osa pas le regarder dans les yeux, fixant les siens sur le mur opposé à Blaise. Après tout, ils avaient prévu de ne pas se voir ce soir-là, pour que Harry puisse profiter de son filleul. Il ne parvint pas à cacher sa surprise quand, quelques minutes plus tard, Harry les invita chez Andromeda, ni quand celle-ci le prit dans ses bras en le voyant, ni quand les cheveux de Teddy Lupin prirent une jolie teinte blonde, presque blanche, pas plus que Blaise ne parvint à cacher son sourire devant les babillements de l'enfant.
Peut-être qu'il n'était pas si maudit que ça, ce coffret, finalement.
