Harry, Drago, Scorpius

Harry était étonné de ne pas s'être désartibulé en transplanant. Il entendit vaguement un petit cri, mais c'était très probablement un acouphène.

Le corps douloureux et couvert de sang, il gémit contre le mur de l'aire de Transplanage du Chemin de Traverse. La soirée d'Halloween était une des plus dures pour les Aurors, mais la plupart d'entre eux préféraient prendre leur journée pour passer du temps avec leurs enfants, ou célébrer la première chute de Voldemort, ce qui était compréhensible. Seulement, quand on faisait partie des six seuls célibataires ou volontaires de tout le Département, et donc des seuls six imbéciles à avoir répondu présent le pire jour de l'année pour les Aurors, on pouvait comprendre la montée de ressentiment pour les collègues absents.

Ron était parti pour Sainte-Mangouste, mais Harry avait bien trop peur que ses informations personnelles fuitent à nouveau. C'est donc pour cela qu'il avait préféré s'en remettre au soin de son nouvel ami, Blaise Zabini, étudiant en médicomagie. Etant le mari de l'excellente Auror Daphné Greengrass — qui avait étonné tout le monde en se destinant à cette carrière —, il lui avait toujours ouvert sa porte pour des soins basiques voire légèrement poussés depuis le scandale de Sainte-Mangouste, qui n'avait véritablement scandalisé que les proches de Harry. Il fallait...

— Potter, espèce d'imbécile, cracha une voix familière, est-ce que je peux savoir ce que tu fais à transplaner en sang devant des enfants ? Ce n'est pas parce que c'est Samhain que tu peux te permettre un accoutrement pareil.

Harry tourna son regard vers son interlocuteur et distingua, à travers les verres brisés de ses lunettes, Drago Malefoy. Evidemment. Il n'y en avait de toute manière pas deux comme lui pour l'insulter si violemment en restant aussi poli. Abaissant légèrement son regard, il remarqua un enfant déguisé, qui pleurait. Oh.

— Malefoy, soupira-t-il en commençant de se diriger vers l'appartement de Blaise. J'ai transplané ici pour me faire soigner, pas pour faire peur à des enfants. Navré que ton fils ait eu à en faire les frais, mais ce n'était pas prévu, d'accord ?

— Tu pouvais aussi aller à Sainte-Mangouste, plutôt que de te présenter comme ça en public et effrayer mon fils !

Harry se contenta de lui lancer un regard évocateur. Il peinait déjà à respirer, il n'allait pas non plus gaspiller son énergie pour remettre un idiot à sa place.

— Ah, oui, le scandale... Et tu penses que ça ferait quoi, comme scandale, ça ? Harry Potter, à l'agonie, sort de l'aire de Transplanage accompagné du Mangemort Drago Malefoy et de son fils ! La nouvelle génération prend-elle exemple sur la première ? Suite en page quatre et sept de ce numéro. C'est pire que de connaître ton nombre de côtes fêlées, et ça porte préjudice à d'autres que toi ! Potter, écoute-moi !

Ce n'était pas vraiment dans les plans de Harry. Depuis la Huitième Année, il avait appris à ignorer Malefoy et ses idioties. C'était beaucoup plus facile à vivre. C'était aussi beaucoup plus facile que de faire face à l'éventualité que Malefoy, entre tous, ait raison.

— Potter !

Il continua donc de marcher, ignorant également les lumières des appareils photographiques, les murmures des sorciers et sorcières présents dans la rue.

— Harry Potter ? Comme le garçon dont tu parles tout le temps, Papa ?

Là, il marqua un arrêt, et se retourna. Malefoy fusillait son fils du regard, les oreilles légèrement roses. Harry aurait ri s'il n'avait pas eu si mal aux côtes.

— Papa ?

— Oui Scorpius, finit par abdiquer Malefoy, comme le héros du monde sorcier dont je te parle lors de tes leçons d'histoire contemporaine. Effectivement.

Cette fois-ci, Harry ne put retenir un pouffement, puis une longue plainte de douleur. Scorpius n'était pas un prénom comme les autres, effectivement. Ils étaient arrivés devant chez Blaise, et Malefoy ne bougeait plus. Là, deux choses se passèrent simultanément : Harry se rappela que Blaise avait été à Serpentard, et celui-ci ouvrit la porte d'entrée du passage permettant d'accéder à l'appartement au-dessus de la boutique de mode de Pansy Parkinson.

Si la perspective de passer une soirée avec Malefoy lui aurait parue, quelques minutes plus tôt, infernale, il avait depuis changé d'avis. De plus, la tête du blond lorsqu'il vint à la même que Harry était assez comique.

— Après toi Malefoy, sourit-il. Et puis il faut voir le bon côté des choses, tu auras encore plus de trucs à raconter à Scorpius après ce soir, ajouta-t-il après le regard noir du blond.

La soirée s'annonçait plutôt bonne. Il manqua de tomber à cause de la douleur en montant les escaliers. Enfin, la soirée serait bonne si Blaise parvenait à le soigner.