Bonjour à toutes et tous! Voici ce qui, à la base, n'était qu'un OS écrit pour Halloween. C'était tellement long que je l'ai coupé en trois parties.
Une suite est possible. C'est en cours de réflexion ;-)
Disclaimer: Les persos ne m'appartiennent pas et je ne fais que les emprunter ...
N'hésitez pas à me laisser votre avis.
Sur ce, bonne lecture !
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Jouer avec la mort
Chapitre 1
Le noir absolu, un silence assourdissant, le néant…
Nous utilisons ces expressions au quotidien, mais qui peut en prendre la pleine mesure ?
…
Il cligna des paupières frénétiquement, mais rien n'y faisait, il ne distinguait pas la moindre source de lumière. Il avait le sentiment de suffoquer, englouti par une obscurité telle qu'il ne savait plus si ses yeux étaient ouverts ou fermés.
Aucune différence n'était perceptible entre le sol, les murs ou le plafond. Il avait beau chercher, ses mains en avant, des murs, il n'en rencontra aucun. Il n'y avait rien. Pas une fois de matière palpable, à part son propre corps. Par réflex, il toucha ses jambes, son torse, son visage et ses bras… tout était à sa place. Bien maigre soulagement…
Son souffle était rapide, mais rien ne parvenait à ses oreilles. Pas le moindre fils. Il tenta de parler, mais fut incapable de percevoir sa voix. Avait-il seulement prononcé un mot ?
Des expériences étranges, des moments de panique, il en avait vécu, il le sentait. Son corps doit être prêt à affronter le danger, mais jamais un tel sentiment ne l'étreint. C'était sans aucun doute le pire et le meilleur caisson de privation sensorielle.
Il fallait se maitriser, ne pas paniquer, gérer la situation et rester en pleine possession de ses moyens en toute circonstance. Sa mémoire défaillante. Impossible de trouver un souvenir. Son esprit, à l'instar de l'endroit où il se révèle, était vide. Il semblait savoir des choses, mais elles venaient par automatisme, sans qu'il n'y réfléchisse.
Où était-il ? Que faisait-il là ? Qui était-il ? Qu'avait-il fait pour qu'on lui inflige pareille torture ?
Il s'obligea à penser, rien de construit ou de cohérent, juste penser pour ne pas sombrer. Mais sombrer dans quoi ?
Pas un souffle d'air ne caressait sa peau. Il n'avait ni froid ni chaud. Comment pouvait-il ne serait-ce que respirer, alors qu'il n'y avait pas d'oxygène ?
Aucun repère de temps… rien !
Serait-ce ça, le néant ? Il ne pouvait en être sûr, mais s'il avait dû en faire une description, il l'aurait imaginé comme ça. L'absence de toute choisie choisie…
Il voulait hurler, appeler à l'aide, mais comme plus tôt, rien ne sortait de sa bouche.
La peur, voilà le sentiment qui dominait tout le reste. Une peur viscérale. Celle que personne n'est préparée à affronter. Celle dont personne ne ressort indemne.
Il voulait marcher, mais impossible de savoir s'il était debout, assis ou même couché. Peut-être était-il à genoux, mais difficile à dire. Aucun repaire de temps ou d'espace. Il se mit à frapper, encore et encore, la surface sur laquelle il reposait. Et il hurlait silencieusement.
Frappait-il fort ? Ses poings ne semblent avoir d'impact sur rien. Essayait-il vraiment de crier? Parce qu'il ne ressentait pas la moindre douleur, pas la moindre fatigue… rien !
Et le temps défila, sans savoir combien de secondes, de minutes, d'heures ou peut-être plus… Si la possibilité d'en finir lui avait traversé l'esprit, comme une pensée fugace, il n'avait aucun moyen d ' échapper à cette prison. Condamné à rester dans les ténèbres.
Il paniquait, mais sans respiration rapide et saccadée, sans battements de coeur frénétiques. Tout ce qui lui restait c'était ses pensées.
Il se ruait dans tous les sens, des mouvements rapides et saccadés, frappait, tirait à pleine poignée sur ses cheveux, criait, mais en vrai… son corps bougeait-il seulement ?
- Il suffit ! rugit une voix, sortie tout droit des entrailles de l'enfer.
Et à ces mots simples, le son sembla revenir.
- Pourquoi ne dors-tu pas, comme les autres ?
Les autres ? Mais quels autres ?
- Où suis-je ? Qui êtes-vous ?
La voix se mit à rire. Un rire sordide. Il en aurait eu des frissons si c'était possible.
- Tu l'as nommé tout à l'heure… Maintenant, tu vas te rendormir !
- Jamais ! Je veux sortir d'ici, tonna-t-il, mais sa voix lui parut si faible et misérable à côté de celle de l'inconnu.
Elle devait venir de partout et de nulle part en même temps. Tel un serpent qui rampe sous sa peau. S'insinuant dans son esprit et balayant tout sur son passage. Son corps, mû par une soumission primale, se recroquevillait, s'enterrant dans cette noirceur qui le terrifiait.
Pour seule réponse, ce même rire lugubre emplissait l'espace, faisant pression sur son crâne. Sa tête allait exploser. Mais il se refusait à la pince. Se battant contre ce poids qui l'écrasait.
- Que crois-tu faire ?
Et alors que la voix se riait de lui, un hurlement venant de ses entrailles lui déchira la gorge. Il a sentit, la douleur émanant de son ventre. La brûlure dans sa gorge.
Son corps se réveillait-il ? Ou la "créature" avait-elle trouvé une autre forme de torture ?
Ses paupières s'ouvrirent brusquement. Face à lui, une silhouette, recouverte d'une longue cape noire, les mains croisées dans le dos. L'obscurité reculant pour laisser place au gris. Puis des formes se dessinèrent. De prime abord, floues, les formes devinrent un paysage. Non, pas un paysage, une pièce. Sa chambre d'enfant !
Il était chez lui… chez lui ?
- Bonjour, Steve, s'exclama la silhouette.
La voix résonnait. Un étrange écho, comme si ce corps ne pouvait contenir.
- Vous êtes… lui ? demanda-t-il incertain.
- Non, je ne suis pas "lui".
La voix était amusée. Un peu rieuse, sans être hilare. Ses yeux scannaient la pièce. Un petit lit, une lampe de chevet en bois avec des gravures faites par… par qui ? Il ne se souvenait pas.
- Qui êtes-vous ? Qu'avez-vous fait ?
- Je t'ai sorti d'un endroit où tu n'aurais jamais dû aller.
- Le néant ! À ce simple mot, une terreur indescriptible s'empara de son corps. Qui êtes-vous ?
La silhouette resta immobile pendant plusieurs secondes.
- Je suis plus vieille que toute choisie. Je suis immuable et inévitable. J'étais là, au commencement et je serai là, à la fin, souffla-t-elle d'une voix basse.
Une énigme ?
- Je dois deviner ? C'est un jeu pour vous !
On pouvait percevoir la colère qui faisait trembler ses cordes vocales.
- Non, absolument pas. Réfléchit bien, Steve. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois. Enfin, peut-être pas personnellement, sinon ta vie aurait été bien plus courte.
La réponse le frappa soudainement.
- La mort !
Il aurait voulu ajouter quelque chose. Poser des questions. Exiger des explications. Peut-être même rire, mais il manque de souffle.
- Je te félicite, tu es perspicace.
Et une phrase prononcée plus tôt, lui revint en mémoire.
- Que voulez-vous dire par "un endroit où je n'aurais jamais dû aller" ?
- Tu as énervé beaucoup de mes subordonnés, tu sais!
- Je n'ai rien fait. Ça n'a aucun sens, se défendit-il avec véhémence.
- Combien de fois crois-tu avoir déjoué la mort ? C'est une question rhétorique. L'un a semblé-t-il, manqué d'humour.
Le regard de Steve poursuivait son examen minutieux de la pièce, à la recherche de souvenirs qui continuaient de lui échapper.
La silhouette se retourna pour lui faire face et le brun eut un mouvement de recule. Il faisait face à… rien. Aucun visage n'apparaissait sous la capuche. Une obscurité sans fin.
- Tes souvenirs te reviendront doucement, l'informa la silhouette, comme si elle pouvait lire dans ses pensées. Je te propose que nous nous entraidions.
- C'est à dire ? l'interrogea-t-il dubitatif.
- Tu ne veux pas retourner dans le néant, n'est-ce pas ? Et moi, j'ai besoin que tu fasses quelque chose pour moi.
Le brun examinait son vis à vis, sans vraiment savoir où regarder. Il maintint un visage impassible et un signe de tête, invita l'entité à poursuivre.
- Je veux que tu ailles chercher quelqu'un dans les limbes, annonça-t-il sans détour. En contrepartie, tu seras libre de reprendre ta vie où elle s'est arrêtée.
- Pourquoi vous n'y allait pas vous-mêmes ? Qu'est-ce qu'il y a là-bas ?
- Je n'ai pas le droit de pénétrer en son sein. Il n'y a pas grand choix à part de la désolation et des corps sans vie.
Steve savait ou du moins dans les grandes lignes, ce qu'était les limbes. Il essayait de s'en faire une représentation graphique, mais c'était impossible. Comment imaginer un tel lieu ?
- Qu'allez-vous faire de cette personne ?
- Cela ne te regarde en rien, rugit la voix.
- Alors je n'irai pas. Je préfère mourir que de sacrifier quelqu'un d'autre.
- C'est ce que j'aime chez toi. Depuis que tu es petit, tu as cet instinct de héros. C'est comme encré dans ta chaise et c'est pour ça que j'ai besoin de toi. Je ne vais pas lui faire de mal et crois-moi, quand tu auras vu les limbes tu te féliciteras d'avoir accepté de l'en sortir, souffla la grande faucheuse.
Ce fut la première fois depuis le début de cet entretien, que Steve perçu une émotion humaine émanant de l'entité. Mais pour autant, pouvait-il lui faire confiance ? Il n'avait aucune preuve sur ses intentions. Il n'en avait pas non plus sur son identité. Comment être sûr que ce n'était pas un stratagème de la créature ?
- Comment être certain que vous ne me mentez pas depuis le début ?
- Je ne peux et ne ferai rien pour te prouver quoi que ce soit. À toi de décider si tu peux me faire confiance.
Il la regarda incertain. Tiraillé entre deux sentiments contradictoires, mais sans savoir pourquoi, il convient au choix de se fier à son instinct. Il avait l'étrange certitude qu'il ne le trahirait pas.
- Très bien, qu'est-ce que je dois faire ? lança-t-il d'un ton ferme.
- Je vais t'envoyer aussi près que possible de l'endroit où il se trouve. Tu sais ce qu'est le Styx ? Steve acquiesça. Sans savoir comment, il le savait. Tu devras traverser quelque chose qui y ressemble. Ensuite cherche une route. Tu devrais le trouver près d'un rocher arborant des écritures.
Le brun n'eut pas le temps de demander plus des exemples d'explications -comme à quoi ressemble la personne qu'il doit trouver ou comment va-t-il revenir ? - qu'il se retrouve, en un clignement de paupières, ailleurs.
Ses yeux essayaient de s'habituer à l'éclairage qui ressemblait fortement à celui d'une chambre noire. Il n'y avait pas de brouillard et pourtant, on ne distinguait rien à plus de deux mètres. Les lieux se dessinaient à mesure qu'il avançait. Impossible d'avoir une vue d'ensemble du paysage. Le sol ressemblait à un désert aride. Il fit trois pas et commença à grimper ce qu'il pensait être une falaise. Tous ses sens étaient en alerte. Une mélodie tournée en boucle dans sa tête -la seule dont il semble se rappeler- pour éviter à la panique de l'envahir. La montée était raide, mais rien d'insurmontable pour quelqu'un qui avait grandi en escaladant les montagnes Hawaiiennes.
Il se stoppa net. Un souvenir ? Il se revoyait au milieu de vastes étendues sauvages. Contemplant les paysages inimitables qu'offraient ses îles sur il a passé son enfance. Lui, une dizaine d'années, locataire la main d'un homme dont l'identité lui échappait.
Il repartit avec un sourire. Ça lui reviendrait, il en était maintenant convaincu.
Essoufflé, il parvint enfin au sommet. Face à lui se dressait les vestige d'une cité abandonnée. Désolation était un euphémisme. L'atmosphère était lourde. Il fixait, avec des yeux empli de terreur et d'incrédulité, le fleuve qui le séparait de sa destination. L'eau sombre serpentait dans son lit, animée par un courant qui venait de nulle part. Il distinguait sans mal la mer de corps décharnée qui en tapissait les profondeurs.
Il avait lu l'Enfer de Dante et d'autres ouvrages qui traitaient du sujet, il en avait des souvenirs vagues, mais rien n'aurait pu le préparer à un tel spectacle.
Voilà ce qu'il devait traverser pour rejoindre la route.
Une barque attendait sur le rivage. Steve grimpa dans cette dernière, pris en main le sceptre et poussa l'embarcation sur l'eau. Les premiers mètres se passèrent sans encombres, mais bien vite la marée de corps ralentissait son avancé.
Les remous qu'il créait réveillent les cadavres et bientôt, il vit des mains blafardes, aux doigts squelettiques, agripper les bords de la barque, qui se mit à tanguer dangereusement. Son premier réflex fut de frapper les obstacles, mais il ne pouvait pas s'empêcher de penser que tous ces corps étaient des êtres humains. Ses yeux se baissèrent pour contempler cet océan de désespoir. Certains semblaient vouloir hurler, la bouche béante, mais pas un son ne sortait de ces visages lugubres.
La berge lui paraissait s'éloigner de plus en plus. Dans un élan de panique à l'idée de finir englouti dans ce fleuve sans fond, entrainé par toutes ces mains, il se mit à ramer plus vite. Faisant fit de ceux qu'il bousculait sur son passage. Son souffle se faisait plus court, sa respiration plus rapide et il accueillit avec joie la douleur dans ses bras, preuve qu'il n'était plus dans le néant.
Enfin, après un temps indéterminable, il met accoster. Plus que quelques mètres. Il sortit la barque de l'eau, espérant qu'elle soit encore là, à son retour.
Il y avait des âmes partout, errant sans mais. Elles n'avaient pas l'air de remarquer sa présence. Steve avançait rapidement, mais avec précaution, ne souhaitant pas réveiller ces êtres en sommeil.
Sa main se posa sur le mur de roche encadrant la route. Il touchait la surface inégale à la recherche des gravures, tout en maintenant son allure. Il ne souhaitait ni examinateur ni s'attarder dans ce lieu.
Il s'arrêta quand ses doigts se rencontrèrent une forme habitable. Scrutant la pierre, Steve essaya de déchiffrer les gravures partiellement effacées. Il pouvait deviner une date, sans parvenir à distinguer les chiffres, et un symbole. Ses yeux scrutaient les alentours à la recherche de… Que devait-il chercher exactement? Un de ces corps mornes et osseux ? Comment allait-il le reconnaître ? Ils se ressemblaient tous !
Il balayait l'espace qui rappelait vaguement un désert où il avait été. Était-il un de ces corps qui se formaient, marchant vers nulle part ? Comment pouvait-il le savoir ? Ce n'était pas comme s'il pouvait l'appeler. Il s'éloigna de la route en s'enfonçant plus profondément dans le paysage. Contournant un rocher un peu plus gros qui lui barrait la vue. Il vit un homme, nu, allongé sur un amas de pierres, le dos arqué dans un angle inhumain. Certes, maigre, mais pas squelettique .. Il s'approcha à pas mesurés, attendant un signe qui lui indiquait que la personne était consciente, mais rien. Sa cage thoracique bougeait au gré de ses respirations. Lentes, mais présentes. Arrivé à sa hauteur, le brun s'accroupit, posa une main incertaine sur son bras et secoua doucement.
Les paupières s'ouvrirent. Steve se pencha pour être dans le champ de vision de l'homme, mais ce dernier ne le voyait pas. Son regard était vitreux, comme aveugle. Le même teint exsangue, mais les traits moins effacés. Le visage encadré par des cheveux mi-longs, qu'il devinait blonds. Il ne connaissait même pas son prénom. Durant quelques secondes, il plongea dans ces yeux sans vie qui l'engloutissaient. Était-ce son air plus humain qui le rendait fascinant? Pourquoi était-il là ? Qui était-il ?
Mais Steve se secoua, ils vont partir, ne souhaitant pas s'attarder dans ce lieu lugubre, à l'atmosphère pesante, plus que nécessaire. Il allait le porter. Se penchant, il glissa un bras sous la nuque et l'autre sous les genoux et se releva avec précaution. L'homme était assez grand, mais paraissait tellement fragile. Steve avait peur qu'il se brise entre ses doigts.
Rebrousser chemin jusqu'à la barque se fit sans incident. Il déposa l'homme dans le rafiot et représailles le sceptre. Au milieu du cours d'eau, l'homme commença à bouger, comme appelé par les âmes enfouit sous l'eau.
- Hé, non ! Reste avec moi. Je vais te faire sortir d'ici, tu comprends ? l'interpella Steve, saisissant la principale de l'inconnu qui voulait vouloir rejoindre les profondeurs.
Quand leurs peaux se rencontrèrent, le brun sentit son rythme accéléré et un courant électrique traverser sa paume. Il retira sa principale derechef, surpris. Il aurait aimé lire dans les pensées de son vis à vis pour savoir ce qu'il avait ressenti, parce qu'à partir de cet instant, les yeux de l'homme ne le quittaient plus.
Ils accostèrent sur la berge et Steve abandonna la barque. Un regard derrière lui et il se souvint. La falaise ! Il ne pourrait pas pas redescendre en portant l'homme. Ce dernier, toujours le regard fixé sur lui, ne paraissait pas être conscient de ce qui l'entourait.
- Tu es avec moi ? l'inconnu opina lentement. Est-ce que tu peux marcher ? Il faut descendre et il va falloir que tu m'aides si tu veux qu'on sorte d'ici.
L'homme commença à se redresser, mais ses jambes, trop faibles, lâchèrent sous son poids.
- Doucement ! Je vais t'aider, lui assura Steve en s'avançant.
Il glissa un bras autour de la taille s'aillante et passa le bras de l'inconnu sur ses épaules. La deuxième tentative fut la bonne. L'équilibre était précaire, mais ils devraient s'en contenter.
Le brun eut une pensée fugace, mais suffisant pour lui tordre les entrailles… son temps était-il compté ? Pouvait-il rester coincé ici ?
Cette peur insidieuse envahit son esprit, ne laisse pas de place pour rien d'autre. Il fallait qu'ils sortent de cet endroit au plus vite. Malgré les efforts de son compagnon de fortune, la descente s'avérait ardue.
L'angoisse s'emparait de tout son être. Il faisait son possible pour la museler, mais il avait le sentiment de suffoquer. Il se forçait à parler, de rien de précis, juste pour maintenir sa conscience en éveille et ses sens en alerte.
- Tu t'appelles comment ? l'homme le regarda incertain. Tu te souviens de ton prénom ?
La réflexion fut longue et intense, alors qu'ils continuaient leur progression. Steve commençait à croire qu'il n'obtiendrait pas de réponse quand l'autre prit la parole.
- Jax… Jackson, souffla l'inconnu avec difficulté, la voix rauque.
Steve fut agréablement surpris de découvrir la voix de l'homme. Un sourire étira ses lèvres.
- Enchanté, Jackson ! Moi, c'est Steve. Tu sais comment tu as atterri ici ?
Jackson secoua la tête et le brun n'insista pas. Déjà étonné qu'il soit consciencieux. D'ailleurs, il se questionnait sur ce fait. Pourquoi n'était-il pas comme les autres ? Son arrivée en ces lieux était-elle récente ? Ou était-il là par erreur ?
Égaré au milieu de toutes ses questions, il ne remarqua pas immédiatement qu'ils étaient enfin arrivés en bas. Ils firent quelque pas, mais Steve ne voyait aucune porte ou autre sortie. Pourquoi la visibilité en bas était-elle si réduite ?
Il aida Jackson à s'assoir avant de s'installer à côté. Malgré cette urgence qu'il ressentait à chaque instant, le besoin de se reposer se faisait pressant. Jackson tanguait, menaçant de s'effondrer à tout moment. Steve passa un bras autour de ses épaules et inclina le corps vers lui.
- Appuis-toi sur moi, lui souffla-t-il, plus pour le rassurer que pour le convaincre. Son compagnon était si faible qu'il n'opposait pas la moindre résistance.
- J'ai froid, croassa Jackson avec difficulté.
Mû par une volonté propre, les bras de Steve s'enroulèrent autour de l'homme et ses mains se mirent à frictionner sa peau pour le réchauffer. Un sentiment surprenant l'envahit, prenant possession de tout son être. Un besoin presque vital de protéger ce corps pressé contre le sien. Mais une autre information l'interpella: comment pourrait-il avoir froid ? Steve ne percevait ni air ni température.
Son compagnon enfouit son visage dans son torse.
- On ne va jamais sortir d'ici, n'est-ce pas ?
- C'est vrai que je n'en sais pas plus que toi, mais hé, il relève le visage de Jackson, on va sortir d'ici. Je te le promets, ajouta-t-il avec véhémence.
Ils restèrent assis, appuyés l'un contre l'autre, jusqu'à ce que le brun se sente capable de reprendre leur périple. Et alors qu'il se lever pour s'éloigner, à la recherche d'une issue, il ressentit un étourdissement et, impuissant, perdit connaissance. Le dernier son qu'il perçu fut son prénom murmurait par Jackson.
Quand ses paupières se rouvrirent, il était de retour dans sa chambre d'enfant. Jackson était allongé au pied de la faucheuse.
- Merci, souffla la silhouette encapuchonnée.
Steve n'eut pas le temps de répondre, que le corps de son compagnon s'arqua et une lumière aveuglante, d'un blanc vif, emplit la pièce et l'obligea à fermer les yeux.
- Hé! SuperSeal, réveilles-toi !
Steve ouvrit les yeux pour se retrouver couché au sol, une arme à la main. Devant lui, Wo Fat imitant sa position, les yeux grands ouverts, éteints. Il était trempé, son corps endolori et son esprit confus.
- Steve, t'es avec moi ? demanda son coéquipier en l'aidant à s'asseoir.
- Où est Jackson ? Où est mon père ? Je veux voir mon père, bafouilla-t-il alors que, de manière désordonnée, ses souvenirs l'assaillaient, se mêlant aux derniers évènements.
Chin et Danny se regardèrent inquiets.
- Je ne sais pas qui est ce Jackson et concernant ton père… il est mort, i ans, lui rappela-t-il d'une voix hésitante. Je suis désolé, mon pote.
Il se souvenait. Les frères Hesse, l'assassinat de son père, son retour à Hawaii, le 5-0… tout, il se rappelait de tout. Un noeud se format dans sa gorge. Une sensation de picotement traversa son visage et sa vision devint flou alors que ses yeux se remplissaient de larmes.
Steve avait refusé de rester à l'hôpital et étrangement, son partenaire demeurait calme et silencieux. Pas de réprimande ou de diatribe interminable.
Il devait vraiment être dans un état pitoyable pour avoir droit à autant de patience.
Plusieurs jours s'écoulèrent, peut-être une semaine ou deux. Le Seal avait eu ses résultats de prix de sang. Une quantité mortelle de drogue et autres substances avaient été trouvées. D'après les médecins il ne devrait plus être de ce monde. Il était apparemment normal qu'il soit quelque peu désorienté, qu'il ait des hallucinations, des pertes de mémoire ou des absences.
Avait-il tout imaginé ? Cette pensée l'obsédait. Alors qu'il était encore une fois victime d'insomnie, ce qui était devenu la norme, il partit sur une impulsion, voir Kono.
Quand il se retrouva face à sa porte d'entrée, il hésita. Devait-il frapper ? Il était prêt à faire demi-tour. À quoi pensait-il en se ramenant ici en pleine nuit? Il fit quelques pas d'incertains en direction de sa voiture, mais ses entrailles se tordirent à la pensée d'un jour, d'une nuit de plus. Combien de temps allait-il tenir ? Le manque de sommeil commençait à se faire sentir ; il avait de plus en plus de mal à fonctionner durant la journée, à distinguer ce qui était réel ou pas. Non, il ne pouvait pas rester ainsi. Il fallait savoir.
- Mécène ? Qu'est-ce qui est arrivé ? Tu vas bien ? s'inquiéta Kono dès qu'elle ouvrit la porte.
- Tout Va Bien ! Désolé de te réveiller, mais… j'ai besoin de ton aide, avoua-t-il piteusement.
Il préférait confier cette recherche à une personne tierce. Il avait fait faire un portrait robot qu'il lui donna. Il ne saurait dire pourquoi elle, mais il avait suivi son instinct, comme toujours.
- Je sais que c'est maigre, mais je n'ai rien d'autre.
- Un portrait et un prénom, on a déjà eu moins que ça, sourit Kono de cette bienveillance qui la caractérisait.
- Merci, souffla Steve en l'enlaçant, avec une gratitude qui transparaissait dans sa voix.
Voilà pourquoi il avait confié cette tâche à Kono. À peine 24h qu'il attendait et il avait failli appeler la jeune femme des dizaines de fois. Il n'avait pas les idées assez claires. Il n'aurait eu aucune limite pour obtenir des réponses, sans pouvoir accepter la vérité… cette homme n'existait pas. Pourquoi il ne pouvait pas le sortir de sa tête ? Le Néant ? Les Limbes ? Jamais il ne parlait de ça à quiconque. Qui pourrait le croire ? C'était tellement absurde. Pourtant, à cette simple pensée son corps tressaillit. Gardant en mémoire cette terreur incommensurable.
Comment pourrait-il vivre en sachant ce qui était tapi dans l'obscurité? S'était en s'effondrant devant la télé, épuisé, qu'il avait réussi à grappiller quelques maigres heures de sommeil. Incapable de rester plongé dans le noir.
- Patron, l'interpella Kono en pénétrant dans son bureau le lendemain matin.
Il était encore tôt et il était seul dans les locaux, définissant le rapport de leur dernière affaire. Ses yeux accrochèrent directement le dossier tenu par l'Hawaïenne. Incapable de parler, Steve attend sa phrase avec un calme feint.
- J'ai trouvé ton gars, commença-t-elle en prenant place dans un fauteuil. Jackson Teller dit Jax. Il a grandit à Charming en Californie. Membre d'un club de motards avec un casier plutôt chargé…
- Il y vit encore ? la coupa-t-il sans pouvoir se retenir. Se coeur cognant fort contre sa cage thoracique.
- Il est mort, i ans, percuté par un poids lourd, acheva-t-elle.
Il essayait d'intégrer ce que ces révélations impliquaient. Un poids enserrant sa poitrine. La gorge nouée…
Alors que Kono s'apprêtait à son interroger son commandant, celui-ci prit la parole.
- Alors… tout était réel, souffla Steve, la voix mal assurée et le teint blême.
…
