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Chapitre 2
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— Steve, t'es là ? Steve !
Il sursauta, surpris de voir Kono si près.
— Pardon, tu m'as parlé, demanda-t-il désinvolte. Cachant tant bien que mal son effroi.
— Je t'ai appelé plusieurs, mais tu n'étais plus avec moi ! Tu es sûr que ça va ?
La jeune femme ne cachait rien de son inquiétude. Elle était là, ils la ressentaient tous, chaque seconde depuis qu'ils avaient retrouvé leur commandant. Ils avaient tous conscience que ce qu'avait vécu Steve leur échappait. Il n'y avait que lui pour sortir indemne, du moins physiquement, d'une telle épreuve. Torturé, drogué, privé de sens…Il était quand même parvenu à éliminer ses geôliers. Quand ils sont arrivés sur place, il n'y avait plus grand chose à faire.
Mais depuis, le Seal n'était plus que l'ombre de lui-même. Certes, sur le terrain, il agissait comme d'habitude. Tellement intrépide, tellement…lui. Pourtant, en dehors des heures de bureau, si tenté qu'ils en eurent, il était souvent absent, hors d'atteinte. Si profondément enfouit dans ses pensées.
Ils étaient flics et de sacrés bons flics. Kono était peut-être celle qui ressemblait le plus à Steve. Quand il l'avait embauchée, elle n'était qu'une jeune recrue qui n'avait pas encore terminé l'école de police. Cette institution lui avait énormément appris, mais c'est à Steve, son patron et ami, qu'elle devait ses connaissances et son entrainement plus poussé. Elle lui devait tellement plus que ça. À l'instar de Chin, il était sa famille.
Malgré toutes ces années passées avec lui, aucun d'eux ne pouvaient prétendre savoir ce qui dormait dans la tête du Seal. Aucun d'eux n'avait été prisonnier de guerre ; parachuté en territoire ennemi sans soutien pour mener une opération qui n'a jamais existé ; commandant d'un groupe d'homme qui compte sur vous et dont êtes responsable.
Il était revenu de tellement d'épreuves, pourrait-elle être celle de trop ? Celle qui réveille d'autres plaies mal cicatrisées ? Toute son équipe se posait cette question ; lui y compris.
— Steve, soupira-t-elle, parles-moi.
Le brun s'en voulu. Il était responsable de la tristesse qui peignait les traits de son amie. S'il devait parler ce serait avec elle, mais comment partager ce fardeau ? Ça le soulagerait indéniablement, mais c'était si égoïste.
Devant le regard insistant de l'Hawaïenne, il prit une grande inspiration.
— J'aimerais Kono, crois-moi, souffla-t-il, mais je ne peux pas te faire ça.
— Peu importe ce que c'est. Si c'est ce qui te fais souffrir, alors on le portera ensemble. Ça fonctionne comme ça. On partage nos joies, nos peines…tout. Pas seulement quand c'est facile, lui rappela-t-elle avec force.
— Je ne sais même pas par où commencer, dit-il après plusieurs secondes d'hésitation.
— Par le début.
Il lui parla d'une hallucination, comme un univers alternatif. Un retour dans son enfance, entremêlé de nouveaux souvenirs. Gardant sous silence son réveil dans le noir, il omettait délibérément certains détails ou les modifiait. Comme les sensations ou encore les émotions. Il n'était pas fier de lui mentir, mais elle n'avait pas besoin de connaitre cette terreur qui ne le quittait plus.
Il lui parla quand même de sa rencontre avec la faucheuse -qui pouvait facilement passer pour un rêve- et de son ultimatum. La mission qui lui a été confié et cet homme…Jackson.
Steve termina par son retour face au corps encore chaud de Wo Fat et son obsession pour cet étranger. Il ne sut combien de minutes s'étaient écoulées. Son regard s'était perdu dans le vide, refusant d'affronter les yeux de Kono. Il l'entendit haleter, mais il ne releva pas la tête. C'est un reniflement qui le fit sortir de sa léthargie.
— Je suis désolé ! Je n'aurais pas dû te raconter ça, déclara-t-il en se levant précipitamment.
En deux grandes enjambés, il parcourut la distance qui le séparait de la brune. Elle se leva à son tour et s'enfonça dans l'étreinte offerte.
— Ce n'est pas ce que tu crois, bafouilla-t-elle dans son torse, tu es…tu es mort, déclara-t-elle en déglutissant bruyamment. Si elle n'avait pas eu besoin de toi, tu ne seras pas là, réalisa-t-elle avec horreur.
Jamais il aurait imaginé qu'elle fasse une telle déduction avec si peu d'informations. Pourtant, connaissant la jeune femme, il aurait dû le savoir.
— J'aurais trouvé en moyen de revenir. Je ne peux pas laisser Danny livré à lui-même, plaisanta Steve pour alléger l'atmosphère. Ils en avaient besoin tous les deux.
Il distingua un faible rire étouffé par le tissu de son t-shirt. Les bras de la jeune femme se resserrèrent autour de sa taille et il se délecta de la sensation de ce corps chaud pressé contre le sien. Puisant dans cette étreinte tout l'amour et toute la force dont il avait besoin.
Il glissa son index sous le menton de son amie et releva sa tête.
— Ça va aller ? demanda-t-il en la regardant dans les yeux.
— C'est pas à toi de t'inquiéter, c'est moi qui devrais te réconforter, rit-elle le regard brillant.
— C'est ce que tu fais ! Mais je ne pourrais jamais cesser de m'inquiéter pour vous.
Un raclement de gorge leur fit tourner la tête. C'était assez inhabituelle de pouvoir surprendre leur commandant, ce qui n'échappa pas aux nouveaux arrivants.
— Hé bien SuperSeal, t'as perdu tes pouvoirs ? plaisanta Danny.
— Qu'est-ce qu'il y a ? les deux lieutenants parlèrent en même temps.
— Mais rien ! On ne peut pas se faire un câlin par envie ? se plaignit Steve d'un ton enfantin.
— Avec toi, je me méfie, commença le plus petit.
Alors que ce dernier partait dans un monologue sur les imprudences de son coéquipier, Chin garda le silence, observant calmement la scène. Ça leur ressemblait tellement. Ces constances rassuraient Steve. Certaines choses n'avaient pas changés. Ils étaient tous là, autour de lui. Les trois natifs se regardèrent et un sourire étira leurs lèvres. Sourire partagé par le blond qui était soulagé de voir son meilleur ami revenir enfin.
Un sentiment indéfinissable emplit le coeur du brun. L'espoir d'un jour reprendre une vie normale commença à fleurir.
C'est ce sentiment qui l'aida à passer les jours suivants, qui se transformèrent en semaines. Ils n'avaient pas le temps de s'ennuyer, dans leur secteur d'activité le boulot ne manquait pas. Il avait repris ses habitudes : les nages et footings au levé du soleil, un peu de jardinage, des soirées en compagnie de son équipe. La vie avait reprit son cours, mais les nuits étaient peuplées de cauchemars qui le replongeait dans un monde de ténèbres.
Sous cet espoir, demeurait une douleur si vive. Son inconnu qui ne l'était plus vraiment, était mort, il le savait, c'était logique mais…le savoir était une chose, l'entendre en était une autre. 5 ans ? Il était resté dans cet endroit si longtemps ? L'image lui fit froid dans le dos.
Qu'était-il advenu de lui après ? Qu'est-ce que la Mort avait fait de son corps ? Avait-il eu tort de lui faire confiance ?
Quand ce n'était pas les cauchemars, c'était son visage efflanqué et ses yeux vitreux qui perturbaient son sommeil. Malgré tout, il dormait plus et ça se ressentait sur son humeur. Il était plus aisé de donner le change les jours sans, car il y en avait.
— Tu crois pas que tu devrais prendre des vacances ?
— Tu cherches à te débarrasser de moi ?
Le ciel peint de rouge et d'orange, le coucher de soleil se reflétant sur l'océan ; Danny et lui, une bière à la main assis sur leurs chaises, contemplant le spectacle.
— Je dis juste que cette année n'a pas été facile et ça fait un moment que tu n'as pas vu Mary, exposa Danny, calmement.
— C'est vrai…mais quelle année l'a été ? l'interrogea-t-il avec ce sourire tordu que le petit blond aimait tant. Le seul jour facile c'était hier !
Ils se regardèrent avant de rire de bon coeur. Ça faisait tellement de bien. Il se sentait si léger dans ces moments.
— Tu as peut-être raison. Je pourrai aller passer quelques jours chez tante Deb. Joannie à dû grandir, dit-il pensif, j'ai loupé tellement de chose quand j'étais dans la Navy, je ne veux pas recommencer les mêmes erreurs.
Une semaine plus tard, après une énième affaire qui mit leurs nerfs à rude épreuve, Steve s'envolait pour la Californie, sans prévenir personne de son arrivée.
— Mon chéri ! s'exclama sa tante en ouvrant la porte.
Il n'eut pas le temps de mettre un pied dans la maison qu'il fut prisonnier des bras aimants de Deb.
— Tante Deb ! souffla-t-il d'une voix tremblante.
Le sentiment ténu d'être enfin à la maison s'empara de son coeur. Il ne lui manquait plus que…
— Où est Mary ? s'empressa-t-il de demander.
— Elle est partie avec Joannie faire quelques courses. Elles ne devraient plus tarder. Vient, on va t'installer.
— Le canapé m'ira très bien, annonça Steve derechef.
— Ne sois pas bête, ta chambre est telle que tu l'as laissée quand tu es partie pour Coronado, lui assura Deb en posant une main sur sa joue.
C'est avec nostalgie qu'il pénétra dans cette pièce qui les avait accueillis, lui et sa tristesse, après le décès de sa mère. Elle renfermait entre ses murs les souvenirs d'une des pires périodes de sa vie. Le deuil, l'abandon, le déracinement. Juste après l'enterrement, leur père les envoyés, Mary et lui sur le continent et quelques mois après il intégrait l'académie de Coronado pour devenir un Marine. De ces évènements avait découlé tout le reste. Toute sa vie n'était basée que sur quelques secondes. Quelques malheureuses secondes avaient scellé son avenir.
Aujourd'hui, il était un Marine jusqu'au plus profond de son être. C'était inscrit dans son ADN. Mais il n'oublierai jamais cet enfant remplit de rêves bien différents.
La pièce était sobre, impersonnelle, sachant son temps compté ici, il avait refusé de personnaliser l'espace. Martelant qu'il n'était pas chez lui.
Un lit, une table de nuit, une commode et un bureau, c'était sommaire et suffisant. Autant s'y habituer maintenant, avait-il dit à sa tante. Lui rappelant ainsi son départ imminent.
Il rangea ses affaires et rejoignit Deb, qui l'attendait dans la cuisine avec une tasse de café fumante.
— Ne te méprends pas mon grand, je suis si contente de te voir, mais je te connais, il y a une histoire derrière ta visite, lança-t-elle, à peine fut-il assis.
— Je ne peux pas avoir envie de voir ma famille ?
— Bien sûr que si, mais tu ne prends jamais de vacances. Tu as toujours était comme ça. Alors ?
— Danny m'a fait remarquer que j'avais besoin de vacances et il avait raison. Vous me manquiez. Je ne te promets pas de prendre des congés aussi souvent que le font les gens "normaux", mais certains évènements m'ont fait voir les choses un peu différemment.
Elle le fixa quelques instants, cherchant dans ses yeux ce que sa bouche ne dirait jamais. Ne décelant rien de précis, elle se résigna à accepter cette explication…pour le moment.
— Je sais que tu ne me dis pas tout, mais je sais aussi que je n'obtiendrais rien de plus. Promets-moi juste de faire attention à toi, lui ordonna-t-elle doucement.
Steve n'eut pas l'occasion de répondre qu'une porte s'ouvrit, frappant le mur dans un bruit sourd. Il intercepta sans mal, la petite tornade blonde qui déboula dans la cuisine.
— Hé ! Qu'est-ce que j'viens de pêcher ? Il a une drôle de tête ce poisson, sourit Steve en chatouillant sa nièce.
— Suis pas…un poisson…onc' Stefe, bafouilla Joannie entre deux éclats de rire.
— Joannie ? Pardon ma puce, je ne t'avais pas reconnue, s'excusa-t-il faussement désolé. Tu es lourde maintenant, se plaignit le brun en la reposant sur le sol.
Il releva la tête pour faire face à sa soeur. Elle s'élança vers lui et il la rattrapa avec joie. Sa petite soeur ! Il avait oublié à quel point elle lui était indispensable. Ils s'étaient rapprochés depuis la mort de John. Dix années s'étaient écoulées depuis qu'on les avait séparés. Ils avaient eu tellement de choses à rattraper. Se redécouvrant, avec leurs histoires, leurs blessures, tout ce qui faisait d'eux les adultes qu'ils étaient. Redevenant, quand ils étaient réuni, Mar et Stevie.
Les jours furent peuplés de jeux, de disputes fraternelles, de cuisine, de pop-cornes engloutis devant un bon film. Steve avait envie de futilités. Il traîna ses trois compagnes sur les dalles du Walk of Fame. Se plonger dans une partie de Quidditch au Wizarding World of Harry Potter. Se délecter des petits yeux pétillants pleins d'émerveillement, de Joannie à DisneyLand Resort.
En parallèle de ces journées au planning chargé, une certaine routine s'était installée. Quand la petite fille finissait par s'écrouler d'épuisement, souvent sur son oncle, ce dernier allait la coucher et revenait sur le canapé, près de sa soeur. Bien souvent, la fratrie s'endormait pelotonnée sous un plaide. L'ainé allongé sur le dos et sa cadette collée à son flan, la tête posée sur son torse. Il y avait si longtemps qu'ils n'avaient pas dormi ensemble. Un besoin impérieux de retrouver cette époque d'insouciance.
Il n'a jamais eu peur de mourir. Cela faisait longtemps qu'il avait accepté ce fait. Beaucoup de ses frères d'armes n'avaient pas dépassé le début de la vingtaine. Il lui fallut cette expérience et la conscience que la mort n'était peut-être pas comme il l'imaginait, pour se rendre compte que le temps passé auprès des siens ne serait jamais suffisant. Il ressentait l'urgence de saturer sa mémoire de souvenirs magiques, de petits bonheurs simples.
Le temps qui compte est toujours compté.
— Tu as combien de jours de congés ? demanda Mary, la tête calée sur l'épaule de son frère.
Ils avaient improvisé un feu de camp dans le jardin. Assis sur des couvertures, ils faisaient griller des Marshmallows en contemplant les étoiles.
— Tu en as déjà marre ?
Le jeu de mot ne passa pas inaperçu et pour toute réponse, il sentit un coude frapper ses côtes.
— Un mois, soupira-t-il, prêt à subir l'interrogatoire de sa soeur.
— C'est bien ! Je suis contente, même si ça va faire vide quand tu vas repartir.
Elle haussa les épaules et se blottit plus près du Seal. Il fut surpris. Premièrement, parce qu'elle n'essaya pas d'en savoir plus. Qu'il prenne des vacances c'était déjà quelque chose, mais un mois, ça aurait dû l'alerter. Avait-elle réussi à percer son masque ? Fort probable. Deuxièmement, parce qu'elle venait de partager ses sentiments, fait plutôt rare dans leur famille.
Danny était persuadé que la Navy avait fait de son meilleur ami ce qu'il était ; s'il savait à quel point il se trompait. Il avait été un bon Marine puis un bon Seal parce que leurs parents les avaient élevés à la dure. Certes, il y avait eu des moments de tendresse et de complicité, mais peut-être pas exactement comme dans les familles plus classiques. Leur grand-père était un soldat, leur père, un flic et plus tard ils apprendront que leur mère travaillait pour la CIA…
"Quelle famille !" pensa-t-il avec un sourire.
Le temps passait vite entouré des siens. Il collectionnait les souvenirs ainsi que les photos. Les journées étaient pleines de premières fois, de découvertes, de rires…mais quelque part au milieu de tout ça, une ombre. Il ne pouvait sortir Jackson de sa tête. Malgré qu'il ne soit pas venu exprès, le fait d'être en Californie ne lui avait pas échappé.
— Je m'absenterai peut-être un jour ou deux, je ne sais pas encore. Il faut que je fasse quelques recherches, prévint-il.
Parmi ses bonnes résolutions, l'honnêteté était en pôle position. Bien sûr, il ne partagerait jamais ce qui est classifié, mais être moins secret envers son Ohana, si ce n'est pas pour les protéger.
— Privé ou professionnel ?
— Privé !
Mary attendit en silence, laissant le choix à son frère de poursuivre ou non. Elle était heureuse que ce dernier lui parle, se confie à elle. Alors elle ne pousserait pas sa chance. Elle voulait juste qu'il sache qu'elle était là.
— J'ai…j'ai appris le décès de quelqu'un qui était originaire d'un patelin pas très loin d'ici. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais j'ai envie d'aller y faire un tour, murmura-t-il incertain.
Toujours si sûr de lui. Incertain, n'est pas un mot que Mary Ann aurait utilisé pour décrire le Seal et pourtant c'était bien là.
— Quelqu'un que tu connaissais bien ?
— Non, pas vraiment. Même pas du tout ! Mais…j'en sais rien. C'est stupide ! Je ne l'ai vu qu'une fois.
— Mais cette personne t'a marqué, affirma la plus jeune.
— Ouais, murmura-t-il.
— Alors vas-y ! Des fois on fait les choses pour une raison qui nous échappe. On doit juste les faire.
Il passa un bras autour de ses épaules et déposa un baiser sur sa tête.
— Quand es-tu devenue aussi sage, Mar ?
— Je l'ai toujours été, c'est juste que tu viens de t'en rendre compte, affirma-t-elle avec un sourire mutin.
Un fou rire sonore et contagieux prit possession de Steve et l'hilarité gagna Mary. C'est ainsi qu'ils finirent la soirée. Tous les deux au coin du feu, enveloppés dans un silence paisible, les lèvres collantes de Marshmallow.
Le lendemain, Steve prit des nouvelles de son équipe. Il demanda à Danny d'embrasser tout le monde et de dire à Grace qu'il préparerait une journée rien que pour elle à son retour. Il vérifia l'itinéraire pour se rendre à Charming. D'après la carte, il était à 550 kilomètres.
En partant maintenant, il y serait en fin d'après-midi. Sa décision était prise, pourquoi faire trainer les choses.
Son paquetage prêt, il embrassa les deux femmes, leur promettant de les appeler.
— Je te les confie, je te fais confiance pour les surveiller et si elle font des bêtises, tu m'appelles. D'accord ? murmura-t-il comme un ordre de mission, accroupi face à sa nièce.
La petite fille hocha la tête avec sérieux avant de mettre ses petits bras autour du cou de Steve.
— Ze te l'promets, chuchota-t-elle à son oreille avant de déposer un bisous sur sa joue.
Le Seal arborait un visage amusé, mais fier en se relevant. Mary de son côté s'inquiétait que sa fille puisse autant ressembler à son frère en si peu de temps.
Il ébouriffa une dernière fois les cheveux de Joannie et prit la route. La musique emplissait l'habitacle et permettait à son esprit de divaguer. Il laissa ses pensées l'assaillirent librement.
Qu'espérait-il trouver là-bas ? La paix ? En quoi se retrouver dans "sa" ville natale allait calmer son obsession ? Pourrait-elle être pire après ? Quelle réponse espérait-il obtenir ?
Mary avait raison, il devait le faire et comme bien souvent dans sa vie, il gérerait les conséquences après.
C'est sur cette bonne résolution qu'il augmenta le volume et, ses lunettes de soleil vissées sur le nez, avala les kilomètres accompagné par les accords de Led Zeppelin.
Il lui fallut environ cinq heures pour apercevoir le panneau : Welcome to Charming.
Son rythme cardiaque augmenta sensiblement. La route qui se déroulait, lui était bien trop familière. Les murs de roche qui encadraient la chaussée. Steve enfonça soudainement la pédale de freins, faisant piler le véhicule. Il n'avait pas eu la présence d'esprit de consulter son rétroviseur et la voiture, qui était bien trop proche, le percuta.
L'homme sortit en trombe et commença à invectiver le chauffard qui, d'après ses dires, n'aurait jamais dû obtenir son permis.
— Mais c'est pas possible d'être aussi con, beugla le californien.
Steve prit une grande inspiration, attrapa son portefeuille et sortit à son tour, prêt à s'excuser, mais l'autre homme se calma derechef en voyant le Seal approcher. L'homme déjà plus petit, sembla se ratatiner sur place. Steve savait qu'il pouvait impressionner, dans son métier il valait mieux, mais à cet instant, arborant un visage contrit, la réaction de son vis à vis le fit sourire.
— C'est pas grave. Regardez, elles n'ont rien, commença à bafouiller son vis à vis en lui indiquant les deux pare-chocs.
— Je vais quand même vous donner ma carte et si…
— Mais non, c'est bon, pouffa le californien, minimisant la situation.
Sur ses mots, ce dernier remonta dans sa voiture et partit sans demander son reste. Ce petit le fit rire jusqu'à ce que la raison de l'incident lui revienne. Il se dirigea d'un pas déterminé vers "Le rocher". Elle était là, gravée dans la pierre, cette même date illisible qu'il avait vue dans Les Limbes.
Dans un geste d'une stupide sans nom, il fit le tour de la roche par automatisme. Sans surprise, il n'y avait rien. Agacé, le Seal remonta dans son véhicule.
Une, deux, trois fois, il tourna la clef dans le Neiman en vain. Le démarreur cliquetait, mais refusait obstinément de démarrer. Il ne voyait pas comment un simple accrochage au niveau du pare-chocs arrière pouvait avoir des conséquences sur le démarreur cachait derrière la roue avant gauche.
Résigné, il rechercha sur son téléphone le dépanneur le plus proche.
— Teller & Morrow, lut-il à voix haute dans un rire nerveux.
— C'est une blague ? s'exclama-t-il en scrutant le ciel par réflex.
À peine quinze minutes après son appel, la dépanneuse se garait en marche arrière devant lui. Un homme de taille moyenne, la cinquantaine, les cheveux frisés et grisonnant, s'approcha de lui.
— Bonjour, le salua-t-il en tendant la main, qu'est-ce qui vous arrive ?
— Le démarreur claque quand je tourne la clef dans le Neiman.
Steve lui parla de l'accrochage qui avait eu lieu quelques minutes auparavant. Lui avouant que même s'il a l'habitude de faire de la mécanique, ce n'était ni l'endroit ni le moment pour démonter la moitié de l'avant afin de vérifier. En comptant qu'il n'avait pas les outils pour.
Sur le trajet, ils parlèrent d'automobile ; de la Mercury de son père que Steve retapait. Ils bifurquèrent sur les deux roues et les customs en particulier. Le brun se retenait de poser des questions plus intéressées. Il attendrait d'être au garage. Peut-être que l'occasion se présenterait d'elle-même. Il ne pouvait pas foncer tête baissée, il devait être patient.
Ce mot associé à lui, ferait marrer Danny. À cette pensée, un sourire naquit sur ses lèvres. Dans d'autres circonstances, il aurait adoré faire ce road trip avec son meilleur ami.
Arrivé au garage, Steve sortir de la dépanneuse et attendit que sa voiture soit descendu du plateau. Pendant que deux de leurs mécaniciens se mirent à examiner le véhicule, un troisième lui offrit un café qu'il accepta avec une joie non dissimulée.
Il traînait sur le parking tout en sirotant son breuvage ; contemplant les motos garées de façon militaire. Une pensée lui traversa l'esprit : s'il prenait un mètre pour vérifier, il était certain que l'espace entre chaque bécane était identique… Honnêtement, il détestait attendre.
Il fut rejoint par un énième homme. Un peu le même genre que le dépanneur ; la même tranche d'âge, les cheveux grisonnant, mais lisses. Seul signe distinctif et pas des moindres, deux grandes cicatrices lui barraient les joues, partant de la commissure des lèvres en direction des oreilles.
— Bonjour, vous venez avec moi, on va remplir vos papiers, lui indiqua l'autre de but en blanc.
Steve se contenta de le suivre jusqu'au bureau. Il sortit les papiers de son portefeuille ainsi que les papiers de location.
— Écossais ? demanda-t-il pour faire la conversation.
— Qu'est-ce qui vous fait dire ça.
L'homme ne parut pas être offusqué, alors le brun poursuivit.
— L'accent pour commencer. Ça m'arrive de me tromper, il est très proche de l'accent Irlandais. Ensuite vos cicatrices…le sourire de Glasgow, dit-il en indiquant ses cicatrices, si ce n'est pas l'Écosse, je ne dois pas être loin de la vérité, sourit-il.
— Bien joué ! Il n'y a aucune chance que vous soyez de là-bas, alors comment savez-vous tout ça ? demanda l'homme sincèrement curieux.
— Effectivement, je suis né à Hawaii, rit-il, j'ai beaucoup voyagé.
L'Écossais tendit la main pour prendre les papiers. Alors qu'il copiait les informations, il relava soudain la tête. Ses yeux qui ne cachaient rien de sa surprise, scrutaient le Seal. Il se leva, contourna le meuble et sortit par une seconde porte. Steve le vit parler avec l'homme qui était venu le chercher. Leurs regards passèrent plusieurs fois des papiers à Steve, comme si l'un n'allait pas avec l'autre.
Le brun décida d'attendre calmement. Faisant mine de ne rien avoir remarqué.
— Excusez-moi, j'ai cru qu'il y avait une erreur, j'avais mal lu.
Et il recommença à taper les informations sur son clavier. Allait-il devoir leur arracher des réponses ? Il préfèrerai éviter pour une fois. Il opta pour un sujet neutre.
— À votre avis, ils en ont pour combien de temps ? Juste pour savoir si je dois chercher une chambre.
— Vous pouvez dormir ici, si vous voulez. On a une chambre de libre, ajouta l'homme avec une désinvolture feinte.
— Vous louez des chambres ?
— Pas vraiment, mais on en a, en cas de problème.
La porte s'ouvrit pour laisser place à un des mécaniciens qui, plus tôt, était couché sous sa voiture.
— C'est réparé, déclara-t-il visiblement fier de lui.
— Déjà ? Vous êtes des rapides.
L'Écossais finissait les papiers tandis que Steve partait voir ce qu'ils avaient fait sur le véhicule et s'assurer qu'il pourrait récupérer sa caution. Finalement, il n'avait plus de raison de rester.
— Vous avez des toilettes ? fut sa seule idée.
On lui indiqua un bâtiment à l'autre bout du parking. En poussant les portes battantes, il ne s'attendait à rien de particulier, mais fut surpris par l'atmosphère qui régnait dans le lieu. Un bar dans le pur style Irlandais ; une table de billard trônait fièrement au milieu de petites tables de bistrot et de canapés qui avaient déjà bien vécu. Beaucoup de bois, une lumière douce traversait les fenêtres rendant l'endroit chaleureux.
Mais ce qui retint son attention fut le mur exposant des photos d'identité judiciaire.
Il s'approcha doucement envahi par un sentiment indéfinissable. Noyé dans la marée de cadres, il était là. Le teint halé, le visage plus carré et anguleux, mais c'était bien lui. Il avait raison sur un point : il était blond. Mais il n'était pas préparé à faire face aux yeux bleus perçant qui le fixaient, à ce sourire insolant et plein de vie qui comprimait son coeur. Une plaque accrochée juste en-dessous portait l'épitaphe "Jax Teller, président".
— Vous cherchez quelque chose ? s'enquit l'Écossais.
Le Seal, qui l'avait senti approcher, n'eut pas la force de décrocher ses yeux de la photographie. Le nouvel arrivant attendit patiemment, lui laissant le temps de trouver la bonne réponse, si tenté qu'il y en ait eu.
— Je vais être honnête avec vous…je ne suis pas là par hasard, avoua-t-il son regard se détachant enfin du mur pour soutenir celui de l'autre. Je suis vraiment tombé en panne, rit-il, mais je venais ici. J'ai appris le décès de Jax récemment.
L'appeler par ce diminutif lui donna l'impression d'être plus proche et en même temps un sentiment d'imposture.
— Vous vous êtes connus comment ?
Steve nota qu'il ne paraissait pas surpris.
— C'est…compliqué, souri-il, je vais vous laisser. Merci pour la voiture et le café.
Alors qu'il se retournait pour décamper, l'autre homme lui attrapa le bras. Sans pouvoir s'en empêcher, Steve fit volte-face avec un regard d'avertissement. L'Écossais lâcha prise et leva les mains en signe d'excuse.
— Vous voulez boire quelque chose ?
— Une bière. Non, un whisky ! s'exclama-t-il après quelques secondes d'hésitations. Il lui fallait quelque chose de plus fort.
Steve ne savait toujours pas pourquoi il était venu et encore moins pourquoi il s'attardait.
Alors que l'homme se dirigeait derrière le bar, le brun prit place sur un des tabourets. Il devait essayer d'obtenir des informations, il se contenterait du moindre détail. Mais par où commencer ? Il avait des centaines de questions, laquelle choisir ? Perdu dans ses réflexions, son regard dériva et se posa automatiquement sur l'image accrochée au mur. Son sourire réchauffait son coeur, mais l'idée que l'homme face à lui était mort creusait une plaie béante dans sa poitrine.
Si seulement ils avaient pu se rencontrer avant…
Alors quoi ? lui hurlait sa conscience.
Jamais il n'avait ressenti ce genre de sentiments pour un autre homme et il aimait penser que Jackson avait ressenti la même chose. C'était au-delà du physique. Bien sûr, en le voyant comme ça, il ne pouvait nier qu'il était beau, mais ce n'est certainement pas ce qui l'avait frappé lors de leur première et unique rencontre. Quand il l'avait tenu tout contre lui, en sécurité au creux de ses bras…il semblait être à sa place.
— Alors, vous êtes dans l'armée ? questionna l'Écossais pour briser le silence.
— La Navy, précisa-t-il en pensant à Danny, et appelles-moi Steve.
— Chibs, se présenta à son tour le plus âgé.
— Jolie collection de moto, dit Steve en désignant la direction du parking.
— Merci ! Tu t'y connais un peu en bécane ?
— Pas autant que je le voudrais. Je suis plus calé dans d'autres genres de véhicules, sourit-il.
— Comme…?
Ils semblaient avoir trouvé un terrain neutre pour faire connaissance. Le Seal répondit de bonne grâce. Heureux de se détendre en parlant d'un sujet qui le passionne.
— À peu près tout ce qui a quatre roues. Tout ce qui vole et tout ce qui flotte ou pas, comme les sous-marins, précisa-t-il.
Chibs sembla réfléchir avant de le regarder étonné.
— T'es pas juste de la Navy, hein. T'es un Seal !
— Affirmatif ! Perspicace, rit-il.
— Dans mon métier aussi, on s'y connait un peu, répondit l'Écossais amusé, faisant échos aux paroles de Steve plus tôt.
— Vous avez besoin de ce genre de connaissances en mécanique ?
Chibs le regarda un peu surpris, mais se mit à rire face au regard moqueur que lui lança son invité. Conscient tous les deux de ce qui se cachait derrière le garage. Les "activités" annexes que pouvait avoir un club comme celui-là.
— En fait, on est quasiment rangés depuis…depuis que Jax n'est plus là, dit Chibs retrouvant son sérieux. Ne te méprends pas. Ce n'est pas son départ qui en est la raison, mais l'inverse. Il a fait ce qu'il devait faire pour sortir le club de cette impasse. Vas-y, l'incita-t-il. Devant le regard perplexe de Steve, il ajouta, je sais que tu as des questions.
— Comment était-il ? Je veux dire…tu le connaissais beaucoup mieux que moi.
— Contrairement à ce qu'il pouvait penser, c'était quelqu'un de bien. Ce club l'a brisé et on est tous responsables.
Il semblait vouloir ajouter quelque chose, mais ce ravisa.
— Qu'est-ce qui s'est passé ? Le brun ne pouvait réfréner son besoin d'en savoir plus.
— Il y aurait beaucoup à raconter, mais pour faire court, on l'a manipulé, on lui a menti toute sa vie. Le meurtre de sa femme a déclenché une rage que j'ai rarement vue. Après ça, il a cherché la vérité à tout prix et il l'a trouvée. Ça n'a fait qu'aggraver une situation déjà bien merdique.
— Tu peux m'en dire plus sur sa femme ? Elle a été tuée à cause du club ?
— Il l'a longtemps cru, mais non. Enfin, pas directement. Ils étaient amoureux depuis qu'ils étaient ados. Tara est partie pour faire ses études de médecine et pour s'éloigner du club et de tout ce qui l'entourait. Mais Jax ne l'a jamais oubliée. Quand elle est revenue dix ans plus tard pour l'enterrement de son père, ils ont lutté. Mais ils ont fini par se rendre à l'évidence, ils ne pouvaient pas vivre l'un sans l'autre.
Sa curiosité mal placée lui revint de plein fouet. Il ne pouvait ou ne voulait pas savoir pourquoi la réponse lui faisait mal. Il n'admettrai jamais la jalousie qu'il ressentait à l'égard de cette femme.
Steve changea de discussion et revint sur un terrain plus neutre. Ils discutèrent encore un peu et le brun se dit qu'il devait partir. Il n'y aurait pas de bon moment. Cet endroit lui donnait l'impression de se rapprocher de Jax, de toucher du bout des doigts cette réalité qui n'existerait jamais.
Il était temps qu'il rentre. Il devait laisser tout ça derrière lui. Ça s'arrêtait là. Voilà ce qu'il allait faire.
La route défilait devant ses yeux depuis deux bonnes heures et Steve décida de s'arrêter pour passer la nuit dans un motel. Assaillit par une fatigue pas tant physique que mentale.
Il commença par appeler sa soeur puis Danny. Il ne s'attarda pas ; il se sentait las. Récupérant son sac pour prendre ses produits de douche, une grande enveloppe jaune en tomba.
Il la fixa longuement, comme il aurait fixé un suspect. Ce n'est pas par crainte ou par manque de curiosité qu'il l'abandonna sur le lit, prétextant un besoin vital de prendre une douche. Bon, peut-être un peu par crainte. Il ne pouvait se défaire du pressentiment que quand il découvrirait ce qu'elle renfermait, il ne pourrait plus faire marche arrière. Comme il avait eu raison.
À peine sorti de la salle de bain, une serviette enroulée autour de ses hanches, il s'installa sur le lit ; un regard inquisiteur braqué sur l'importune. Mais la curiosité prit le pas sur tout le reste et d'un geste vif, il sortit le contenu de l'enveloppe.
Une seconde lui suffit pour réaliser ce qu'il tenait entre ses mains. Il devina aisément quand l'Écossais l'avait glissée dans son paquetage.
Malgré tout, la question demeurait entière : pourquoi ?
« Contrairement à mon père, ces pages ne sont pas destinés à mes fils, Abel et Thomas. Ils n'auront jamais connaissance de ce club, je m'en suis assuré. Ils ne connaitront pas cette vie faite de désillusions ; cette existence de chaos, de haine et de souffrance. Je noircie ces pages pour moi et seulement moi. Toutes ces pensées que je ne peux partager avec personne.
À tort ou à raison, j'ai donné ma vie à ce club et il m'a tout pris. J'aime mes frères, profondément, mais je n'étais pas fait pour cette vie et j'ai fini par me brûler les ailes.
Le manuscrit de mon père s'intitulait "La vie et la mort de Samcrow, par John Teller". Il serait plus juste d'intituler le mien "La vie et la mort de Jax Teller, par Samcrow".
Est-ce que les choses auraient pu finir autrement ? Peut-être à une époque, mais après le meurtre de Tara, il n'y avait plus de retour possible. La meilleure partie de moi, la seule digne d'être sauvée, était morte. Un tel désir de vengeance ne pouvait être assouvi que par le sang. Et il a coulé à flot ! »
Durant un court instant, Steve hésita. Devait-il continuer ? Ça paraissait si intime. Mais il était déjà trop tard. En seulement quelques phrases, Jackson avait réussi à le happer dans son univers et il devait savoir.
Il dormit peu cette nuit-là. Dévorant les pages sans pouvoir s'arrêter. À bien des égards, il se reconnaissait à travers ces lignes. Des sentiments qu'il ne connaissait que trop bien. Une solitude encrée dans sa peau.
Le Seal ne s'était jamais senti aussi proche de quelqu'un qu'il n'avait rencontré qu'une seule fois. Le regret de ne pas l'avoir connu quand il était encore temps, lui tordait les entrailles. Une envie insoutenable de le prendre dans ses bras, d'absorber toute cette peine, toute cette douleur pour le soulager. Lui dire qu'il n'était plus seul, qu'il était là désormais pour le protéger.
Ces pages étaient remplies d'une colère qui lui était bien trop familière. À la différence de Jackson, on lui a donné le droit de tuer, mais ça ne faisait pas de lui quelqu'un de meilleur.
Il y voyait également son père. Abandonner ses enfants pour les sauver. Ça avait détruit le blond. Plonger aussi profondément dans ses pensées lui permit de voir sa propre histoire différemment. Steve ne serait jamais d'accord avec ça, mais il comprenait.
— Tu as trouvé ce que tu cherchais ? lui souffla Mary à son retour chez tante Deb.
— Je ne sais pas, mais j'ai trouvé ce que je cherchais ici, sourit-il sincèrement en resserrant ses bras autour de sa soeur.
Durant les jours qui suivirent, Steve abandonna son programme trop chargé. Il prit le temps de se reposer. S'enfermant dans une bulle protectrice, l'esprit apaisé de savoir sa famille à en sécurité.
Trop vite, il fut temps pour lui de rentrer. Il avait des engagements à tenir. Il passerait sa dernière semaine de congés avec ses amis et une journée réservée rien qu'à Grace. Il tiendrait cette promesse, coûte que coûte.
— Tu reviens vite, d'accord.
Il embrassa sa tante et sa soeur, le coeur lourd de les quitter, mais réconforté par la certitude de les revoir bientôt.
— Et toi tu m'as promis de ne pas trop grandir, je compte sur toi.
Il enlaça sa nièce qui retenait à grande peine ses larmes. S'était bien une McGarrett, sans l'ombre d'un doute.
Le vol de retour se passa sans encombre. Le Seal était un habitué des avions, ce n'était pour lui qu'une formalité. Il n'avait prévenu personne de son retour, souhaitant avant tout autre chose, retrouver son chez lui. Ce n'était pas tant la maison qui lui avait manqué, mais l'océan. Sans conteste sa plus longue et plus belle relation. Il lui était vital. Et à cet instant plus que jamais, il ressentait physiquement le besoin d'aller se perdre dans ses embruns.
Et c'est la première chose qu'il fit quand le taxi le déposa. Son paquetage laissé en bas des escaliers, ses affaires échouées sur sa chaise de plage, il plongea avec urgence. Il se délectait de sentir ses muscles travailler. Retrouvant la pleine conscience de son environnement, ne faisant plus qu'un avec la nature.
Son esprit vide de toute pensée, enveloppé dans une brume bienfaitrice. Comme il lui avait manqué, il n'en prenait conscience que maintenant. Bien sûr, il pouvait faire sans, on peut s'habituer à tout, mais quel soulagement de le retrouver.
Le soleil commençait à s'éteindre pour laisser place au soir, quand il sortit enfin de l'eau. Le corps endolori, mais détendu. Il commanda une pizza ; les courses attendront le lendemain. Il prit le temps de ranger ses affaires, prendre une douche et lancer une machine, avant l'arrivée du livreur.
Avec une bière et une Hawaïenne rien que pour lui, il s'installa devant la télé. Un sourire étira ses lèvres en pensant à Danny. Pour une fois, il allait pouvoir savourer ce mets sans un cours sur : Les dix raisons pour lesquelles l'ananas sur la pizza devrait être considéré comme crime contre l'humanité.
…
Alors ? Comment vous voyez la suite ?
