Me voici avec le nouveau chapitre... J'ai été rapide cette fois-ci non? mdr Surtout que je n'ai pas beaucoup de temps pour le moment... mais bon, je ne sais pas quoi en penser... J'avais beau le réécrire de différentes façons, je n'étais pas satisfaite donc je vous laisse seules juges ^^
Un grand merci à Kaomisha (Encore merci pour ta review, j'espère que cette suite te plaira ^^), Rukie-chan (Encore merci pour ta review, j'espère que ce chapitre te plaira :) ), Aliete (J'espère que ce chapitre te plaira, encore merci pour ta review ^^), emichlo (Encore merci pour ta review, j'espère que cette suite te plaira ^^) et The Lily and the Hawk (J'espère que tu aimeras ce chapitre, encore merci pour ta review ^^).
Bonne lecture.
Chapitre 24.
-N'oublie pas, tu ne bouges pas si…
-Ce sont des pictes, je sais. Je te signale que c'est moi-même qui l'aie décidé, Tristan! C'est la peau de Merlin que je veux.
Il me lance un regard septique et je soupire alors que nous rejoignons les autres et que je reste à l'écart, attendant. Aujourd'hui, c'est la dernière mission des chevaliers. Ils doivent aller chercher l'évêque pour l'amener au mur en toute sécurité. J'ai d'abord trouvé l'idée étrange. S'il est arrivée jusqu'ici, pourquoi diable aurait-il besoin d'une escorte de plus pour le reste du chemin qui durera à peine trois jours? Surtout une escorte de seulement sept hommes -imaginez la tête de Bors quand j'ai posé la question, j'ai cru qu'il allait mourir d'indignation en s'écriant qu'ils n'étaient pas n'importe quels hommes. Mais il se trouve que l'endroit de rendez-vous est proche du territoire des pictes. Lesquels se montrent de plus en plus audacieux. En même temps, j'aurais aussi la rage à leur place. On les a quand même foutus à la porte de chez eux! Moi aussi, je voudrais faire la peau aux responsable, hors, un évêque n'est jamais innocent dans ce genre de situation, c'est une chose que j'ai bien retenu en histoire: les évêques du moyen-âge sont presque tous des enflures qui abusent de leur pouvoir sous prétexte qu'ils sont les « messagers de Dieu » ou je ne sais quelles inepties.
J'ai donc décidé que si c'était les pictes qui attaquaient, je n'interviendrais pas. Je suis de leur côté en quelque sorte. Par contre, si je croise leur chef, je le démonte comme un playmobil et renvois les pièces détachées à son peuple pour leur montrer ce qu'il risque à bousiller la vie des gens comme ça. C'est équitable selon moi. Et même si ça ne l'est pas, je m'en balance comme de ma première couche.
Les chevaliers sont silencieux, concentrés. Le spectacle est incroyable, je n'ai jamais été un fan de la nature, la campagne,… au contraire mais ça. C'est magnifique. La vue est cependant brouillée par l'apparition d'un cortège.
-Comme promis, constate Gauvain. Le convoi de l'évêque.
-À nous la liberté, s'enthousiasme Galahad avec sourire d'enfant attendant son cadeau de Noël.
-Mmmm, intervient Bors en fermant les yeux d'un air rêveur. Je sens presque son gout sucré.
Les autres rient légèrement, partageant sa bonne humeur. J'ai comme l'impression qu'ils vont prendre un rare plaisir à massacrer ceux qui se risqueraient à approché le convoi. Enfin, sauf Tristan. Il prend un rare plaisir à tuer chaque fois qu'il en a l'occasion.
-Ton passage pour Rome Arthur, réplique Gal.
J'avais presque oublié. Ils ont tous envie de partir, même Arthur. Les autres veulent rejoindre leur pays d'origine, retrouver leur famille et lui, Rome. Je ne sais pas ce qui l'y rattache mais il y tient. J'évite de penser à ce qui se passera une fois cette mission achevée. Ce que je ferais, ce que je deviendrais, où j'irais. Ils se sont encombrés de moi un peu par devoir au départ, une fois tout ça finit, il me faudra prendre une décision. Déjà, je dois retrouver Merlin, histoire d'avoir une discussion avec lui. Mais si je ne le trouve pas tout de suite, qu'est-ce que je ferais? Je resterais au mur? Je ne sais pas, je n'ai pas reparlé à Eric depuis la légère altercation qu'il y a eu, Tristan ne m'a pas lâché d'une semelle, veillant sûrement à ce que je n'essaye pas d'aller lui parler de moi-même et Eric ne s'est pas vraiment montré. Je suivrais Arthur à Rome? Je le vois mal me trainer là-bas même si je sais qu'il ne dira pas non, ne serait-ce que par politesse ou parce qu'il se sent responsable de moi. Suivre les Sarmates? Mes pensées se tournent naturellement vers Tristan. Voudra-t-il encore de moi quand il aura acquis sa liberté tellement attendue? Ne deviendra-t-elle pas plus importante que moi, en considérant que j'ai pu être importante pour lui? Non, je suis injuste, je sais que je compte pour lui même si je ne sais pas de quel manière exactement. Mais de là à le suivre jusqu'à son pays où il pourra trouver une femme de même origine, peut-être même plus belle? Dagonet acceptera peut-être de me laisser un paillasson au pied de son lit comme pour le chien errant que je suis…
Je deviens pathétique et puis, je pourrais bien trouver Merlin et réussir le faire me ramener chez moi! En fait, la partie la plus difficile est de le trouver cet imbécile, le reste, ce sera une question de survie…pour lui. Il me renvoie chez moi ou meurt. C'est simple, même lui devrait comprendre.
Des cris me ramènent à la réalité et il ne faut pas cinq secondes à Tristan pour décréter en me jetant un coup d'œil:
-Les pictes.
Traduction: fais ce que tu as dit et reste à l'écart que je ne doive pas te surveiller et donc ne pas massacrer autant de Pictes que je le pourrais sans toi. Ils partent donc alors que je me recule dans la forêt avec Airas. Je descends de ma monture en soupirant. J'espère qu'ils ne prendront pas trop de temps. Et les pictes n'ont pas intérêt à s'en prendre à mon Tritri chéri encore une fois, sinon, j'abandonne l'attitude diplomate -ou celle de l'autruche, c'est vous qui voyez- et je les démonte tous comme des playmobil, parole de folle dingue venue du futur!
-Je sens qu'on va s'ennuyer un moment, je réplique à Airas. Si au moins tu pouvais parler.
Il me lance un regard que je juge exaspéré et je me dis que, décidément, les animaux d'ici ont des expressions trop humaines pour être normal. Mais après tout, qu'est-ce que j'y connais en normalité? Je fais bouger de l'eau, fais exploser des fenêtres -note que ça, ça ne m'est plu arriver depuis Julian-, et encore plein d'autre truc suspect alors question normalité, on repassera.
-Je suis peut-être pas normal mais au moins je ne m'amuse pas à décapité des gens, c'est déjà ça non, je grommèle.
-La conception de la normalité change en fonction de la personne Enora.
Un hurlement m'échappe alors que je me tourne d'un bond en sortant mon épée et que même Airas sursaute -à cause de la voix ou de mon hurlement, allez savoir. Je me retrouve ensuite face à un type louche, un bâton à la main. Seigneur, Gandalf ou Saroumane version Schtroumpf. Je n'aurais jamais cru ça possible.
-Vous êtes qui, je demande en plissant les yeux.
-Je me nomme Merlin, réplique-t-il et j'ai un moment de silence, ne croyant pas à ma chance.
-Ha oui? Et bien justement je vous cherchais!
-Je sais.
Je sens que je ne vais pas l'aimer du tout.
-Si vous le saviez pourquoi avoir attendu si longtemps?
-J'attendais le bon moment.
-Parce qu'il y a un bon moment pour mourir, je ricane, l'épée toujours à la main.
-Tu ne me tueras pas.
-Vous semblez bien sûr de vous, je constate avec un reniflement de mépris.
-Tu veux que je réponde à tes questions, je ne peux le faire si tu me donnes la mort. Bien qu'encore faudrait-il que tu y parviennes.
- Croyez-moi, je me débrouillerais pour y arriver.
Il y a un silence pendant qu'on se jauge du regard. Il me regarde des pieds à la tête comme on évalue un cheval de course pour voir s'il a la moindre chance de gagné et la colère est sur le point de déborder. Je n'ai jamais été aussi furieuse. Il est en face de moi, l'homme à cause de qui j'ai autant souffert. Celui qui m'a arraché de chez moi, qui m'a arraché à ma famille. Celui à cause de qui j'ai atterri chez les saxons, à cause de qui j'ai été violée, battue, humiliée. Je dois faire preuve de tout mon contrôle pour ne pas le tuer, pour ne pas répandre toute ma colère sur lui car il à raison…j'ai des questions à lui poser.
-Et bien, je t'écoute, intervient-il, coupant court à mes pensées. Tu n'auras pas de meilleure occasion pour trouver des réponses à tes questions.
-Pourquoi, je demande. Ça aurait pu être n'importe qui. Vous avez seulement pris une fille sans histoire au hasard ou c'était prémédité? Je ne comprends pas, pourquoi moi?
-Au hasard, s'étonne-t-il. Tu crois vraiment que dans ce genre de situation un homme tel que moi s'en remet au hasard? Je suis bien plus prudent que ça. Nous avions besoin d'aide et tu es celle qui nous a été envoyée pour nous aider à trouver un chef fort.
-Quoi?
-Tu comprendras en temps voulu, répond-t-il seulement. Sache seulement que tu n'as pas été choisie par simple hasard. Il me fallait une personne sûre, loyale et capable de changer le court des choses.
-Comment pourrais-je changer quoique ce soit? Je n'ai rien de spéciale.
-Vraiment, demande-t-il en me lançant un regard entendu. Enora…je sais ce dont tu es capable. Une autre raison qui a fait que ce soit tombé sur toi est que tu es de notre peuple.
-Qu'est-ce que c'est encore que cette histoire, je marmonne.
-On ne m'a pas seulement envoyé une fille aux capacités hors du commun, on m'a envoyé ma dernière descendante.
Mon souffle se bloque dans ma gorge, mon corps se fige entièrement et mes yeux s'écarquillent, s'emplissant de larme. Je ne sais pas pourquoi j'ai envie de pleurer, c'est juste trop…trop. J'en ai plus qu'assez de tout ça. Je décide finalement qu'il se fout royalement de ma gueule et ricane.
-Votre descendante? Sérieux? Vous n'avez rien trouvé de mieux pour expliquer le fait que vous avez ruiné ma vie? C'est pathétique!
-C'est la vérité, réplique-t-il, le regard grave. D'où crois-tu tenir cette « particularité » comme tu l'appelles? Ce n'est pas un hasard, rien n'est jamais pur hasard. Tout ce qui arrive doit arriver et tout ce qui doit arriver arrive toujours.
-Stop, je le coupe. On va mette les choses au point tout de suite l'ancêtre. Si vous voulez que je ne vous tue pas sans réfléchir, vous arrêter de parler par énigme. Ce serait plus que je ne pourrais en supporter.
Il se tait, je réfléchis. Du moins j'essaye. Sa descendante. Non d'un chien mais pourquoi faut-il que ça tombe toujours sur moi? Il ne pouvait pas être stérile?
-Qu'attendez-vous de moi exactement, je demande.
-Que tu fasses les bons choix, répond-t-il sereinement.
-Et quels seront les bons choix?
-Je ne peux te le dire. Tu le découvriras bien assez tôt.
-Je ne veux pas choisir quoique ce soit, je crie soudain. Je veux rentrer chez moi!
-En es-tu persuadée?
-Oui, je ne devrais même pas être ici, tout est de votre faute alors arrangez ça!
-Tu seras donc confronté à ton premier choix, constate-t-il tristement. Et il pourrait tout aussi bien être ton dernier.
-Vous me menacer de mort, je m'indigne.
-De mort, s'étonne-t-il. En voilà une idée étrange, bien sûr que non.
Je lui lance un regard septique. À ce moment, un cri puissant retend, venant de loin et je frissonne, jetant un regard inquiet derrière moi. Merlin suit mon regard et me rassure.
-Il n'arrivera rien aux chevaliers aujourd'hui. J'ai donné l'ordre de ne pas les tuer.
-C'est pour ça que Tristan est revenu blessé et presque mort de la dernière confrontation? Confrontation à laquelle vous lui avez assuré que les vôtres se contentaient de « divertir » les chevaliers soit dite en passant.
-Oui, la situation a légèrement échappée à mon contrôle.
-Légèrement, je raille. C'est un sacré euphémisme! Ils auraient pu le tuer. Pourquoi l'ont-ils attaqué si vous aviez ordonné de ne pas les blesser?
-Une stupide question d'orgueil, grommèle-t-il et à cet instant il est presque marrant. Tu étais censé arriver chez nous, je les avais prévenus mais nous sommes arrivés trop tard…
-Oui, je suis au courant, d'ailleurs, ça aussi va falloir l'expliquer.
-…ça a été une terrible déception pour eux qui se voyait déjà accueillir une nouvelle sœur, continue-t-il sans faire cas de mon interruption. Quand ils ont appris que tu avais échoué avec Arthur et les chevaliers Sarmates, ils n'ont pas appréciés. Mais quand ils ont appris ta relation…privilégié avec l'un d'eux, ils ont mis le fait de ne pas pouvoir te récupérer sur cette relation et ont donc rejeté la faute sur Tristan.
-Comment êtes-vous au courant, je demande, sidérée et rougissante.
-Oh, je sais beaucoup de chose, mon enfant, sourit-il. Enfin, ce fut une petite erreur de la part de mon peuple mais ça ne se reproduira plus.
-J'espère bien, je marmonne en plissant les yeux, menaçante. Car je pourrais faire une petite erreur moi aussi et décapité celui qui aurait fait une nouvelle…erreur, aussi petite soit-elle. Enfin, je comprends que vous cherchiez un vrai chef pour votre peuple quand on voit comment vous vous débrouillez!
Il me sourit, pas plus préoccupé que ça par ma menace à peine voilée et par l'insulte subtile... ou pas. Puis il soupire lourdement en regardant de nouveau derrière avant de reprendre la parole.
-Tu veux donc rentrer chez toi?
-Pour la énième fois, oui, je m'exaspère alors qu'une sensation désagréable me serre le ventre et le cœur mais je décide de ne pas y prêter attention. Et vous allez me faire rentrer chez moi maintenant. Vous n'aviez pas le droit de faire ça, je m'emporte soudain. Savez-vous au moins ce par quoi je suis passée? Et tout ça pour quoi? Parce que vous avez été en retard? Et bien laissez moi vous dire que vous avez agis avec un bel égoïsme en me faisant venir ici, vous n'avez pensé qu'à vous en vous cachant derrière l'excuse de votre peuple. Vous être un égoïste incroyable!
-Je ne le nie pas, acquiesce-t-il avant de me lancer un regard lourd de sous-entendu et d'ajouter: Il semblerait que ce soit de famille, n'est-ce pas?
-Je…n'essayez pas de changer de sujet, je réplique, mal à l'aise car il a totalement raison.
-Je ne pense pas que tu veuilles vraiment rentrer au fond de toi…
-Je ne vous demande pas de penser, seulement d'arranger.
-…mais tu as raison. Je n'avais pas le droit de ne pas penser à ce que toi tu voudrais. J'ai cru, apparemment à tort, que tu finirais par aimer ta vie ici, ou du moins par t'y habituer mais tu ne viens pas du même monde j'en ai conscience aujourd'hui même si, encore une fois, je ne pense pas qu'au fond de toi, tu souhaites vraiment rentrer. Quoi qu'il en soit, nous en serons sûrs bien assez tôt.
-Comment ça?
-Demain, à l'aube, cela fera un an, jour pour jour, que tu es arrivée. Si partir d'ici es ton souhait le plus cher, si quitté cette terre pour retrouver la tienne est ce que ton cœur choisi alors il en sera ainsi.
-C'est aussi simple que ça, je demande, incertaine. Je m'endors et si je suis sûr de ce que je veux…pouf, retour à la maison?
-Plus ou moins. Tu devras affronter le sommeil et c'est là que tu sauras ce que tu veux vraiment…
-Vous recommencez à parler par énigme, je grimace.
-Et ce n'est pas fini, soupire-t-il. Je ne devrais peut-être pas te le dire au risque d'influencer ta décision final mais tu as le droit d'être au courant. Sache que ce sera ta seule chance de rentrer, si tu ne la saisis pas, tu n'auras plus d'occasion, il sera trop tard.
-Que voulez-vous dire, je souffle avec angoisse.
-Toute décision à une conséquence. Toute décision a un prix à payer. Tu ne pourras pas tous les sauver mais n'oublie pas ceci: une vie pour une liberté, une vie pour une vie.
-Et ça veut dire quoi ce charabia? Je suis censée comprendre quoi?
-J'en ai déjà trop dit. Ils ne voudraient pas que j'en dise plus.
Je lance un regard sidéré. Trop dit? C'est une plaisanterie? Il n'a rien du tout et je n'ai rien compris! Affronter le sommeil? Une vie pour une liberté? Pas tous les sauver? Ça veut dire quoi exactement?
- Toute tes futures décisions dépendront de celle de cette nuit, ajoute-t-il.
Je remarque soudain le calme venant du champ de bataille de mes amis et tourne la tête en fronçant les sourcils.
-Au fait com…, je commence en me tournant pour m'arrêter net.
Ben il est passé où? Il ne m'a même pas laissé le temps de le frapper. Je cligne plusieurs fois des yeux puis secoue la tête. Si ça tombe, je viens d'inventer cette conversation. Ça expliquerait la métamorphose de Gandalf en Schtroumpf. Non, je sais que ce n'est pas le cas. Je viens bien d'apprendre que je suis la descendante de Merlin en personne. C'est peut-être le choc de cette découverte qui camoufle la joie d'une autre nouvelle: je vais rentrer chez moi. Quoi qu'il ait voulu dire avec son histoire d'affronter mon sommeil, ma décision est prise: je rentre à la maison.
Cependant, quelque chose me dit que ce ne sera pas si facile quand je vois le faucon de Tristan me rejoindre avec une mauvaise volonté évidente. C'est le message de Tristan pour me dire que la bataille est finie. Je remonte en selle sans plus d'attention pour l'oiseau mais il ne semble pas d'accord car il croasse et fonce sur moi. Je lui lance un regard noir.
-Tu ne veux pas que je te remercie non plus, je grogne alors qu'il s'installe sur le cheval, juste en face de mes mains.
Il me fixe un moment et, rapide, il me mord un doigt.
-AIE, je crie. Bon ça va, merci. Tu es content?
Apparemment puisqu'il repart dans un cri satisfait. Je sors des bois et attends. Au bout d'un moment Tristan arrive, il s'arrête près de moi, me fixe longuement et demande:
-Tout va bien?
-…Oui bien sûr, je réponds avec un faux sourire et il plisse des yeux, pas convaincu-je ne peux pas lui en vouloir.
-Je dois partir en éclaireur…
-Je viens.
-Tu seras silencieuse?
-Promis.
Il me regarde, encore moins convaincu et j'en suis presque vexée. Il faut dire qu'il garde un mauvais souvenir de la seule et unique fois où je suis partie avec lui en éclaireur. Je ne sais plus ce qu'il s'est passé exactement mais je me souviens qu'il était question de chaussure. Il ne va pas m'en vouloir éternellement pour ça tout de même? Surtout qu'il l'avait cherché! Enfin, je crois…
Je pourrais certes le laisser en paix mais je veux profiter de sa présence. Aujourd'hui pourrait être notre dernier jour ensemble. Nous partons donc en avant, Tristan aussi taciturne que d'habitude et moi, d'un silence inhabituel, perdue dans mes pensées.
J'essaye de me représenter rentrant à la maison. Que se passera-t-il? Est-ce que ce sera comme si rien n'avait existé? Serais-je la seule à me rappeler quoi que ce soit? Ou bien est-ce que j'oublierais tout? D'ailleurs quel est le mieux? Me souvenir de tous les bons moments passés ici mais aussi les plus mauvais ou tout oublier et reprendre ma vie là où je l'ai laissée en partant?
Je sens le regard de Tristan revenir sur moi régulièrement et sa voix me fait sursauter.
-Vas-tu me dire ce qui te tracasse, râle-t-il.
-Rien, je grommèle en détournant le regard.
A-t-il vraiment besoin d'être aussi observateur? Je n'ai pas envie de penser à ce qui va arriver après cette journée, je veux juste la vivre et ensuite… ensuite partir. C'est ce que je voulais, je l'ai toujours voulu alors pourquoi j'ai mal?
-Tu mens et qu'est-ce que j'ai dit à propos de tes mensonges, demande-t-il avec un regard entendu.
-« Pas de mensonge avec moi Enora, je te connais trop pour croire à la première absurdité que tu sors », je rétorque dans une imitation pitoyable de sa voix.
-Donc, encore une fois, qu'est-ce qui te tracasse?
-Je…je pensais juste à l'avenir, je souffle finalement.
Ce n'est pas vraiment un mensonge.
-Je me demandais ce que j'allais faire, j'explique devant son regard perplexe. Vous allez enfin avoir votre liberté. Vous n'aurez plus besoin de trainer un boulet inutile et encombrant, je conclus en haussant les épaules dans une fausse désinvolture.
Tristan arrête net son cheval et tire sur le mien, le faisant s'arrêter du même coup.
-Que l'on soit clair, dit-il d'un ton dur. Et je te prierais de bien écouter car je déteste me répéter. Tu n'es ni encombrante et encore moins inutile. Quant à savoir où tu iras je ne vois pas en quoi cela pose problème. Tu peux toujours nous suivre…
-Si je te disais que j'ai moyen de rentrer chez moi, je demande avec appréhension alors que nous redémarrons.
Il y a un long silence et je sens le regard de Tristan braqué sur moi.
-Et bien, c'est que tu voulais non, demande d'un ton prudent et à la fois étrangement neutre, comme s'il avait du mal à cacher ce qu'il ressentait. Mais tu m'avais dit que c'était impossible alors pourquoi poser la question?
-Je me suis apparemment trompée, je souffle. À vrai dire, Merlin a la solution.
-Comment sais-tu que…Enora?
-Oui, je fais avec un air innocent.
-Tu as peut-être quelque chose à me dire?
-Et bien, non, pas que je sache en tout cas, je réponds en regardant ailleurs mais son regard intense finit par me faire céder. Bon, d'accord. J'ai vu Merlin et nous avons…discuté, j'explique.
-Discuter?
-Oui enfin, moi, j'ai surtout crié, tu me connais.
-Es-tu complètement folle? Tu es restée seule avec un Picte?
-Je te rappelle que c'est lui qui m'a fait venir, il ne m'aurait pas fait de mal! C'est plutôt lui qui aurait dû avoir peur après le coup qu'il m'a fait. Toujours est-il qu'il m'a dit que j'avais un moyen de rentrer chez moi.
-Et chez toi, est-ce loin, demande-t-il prudemment.
-Assez pour que je ne vous vois plus jamais toi et les autres, j'avoue sans oser le regarder. Si je rentre, je ne reviendrais pas et vous n'aurez aucun moyen de me revoir non plus.
Je déteste ma façon d'être franche et de ne pouvoir garder aucun secret pour lui. Je ne devrais pas lui dire ça, il ne doit pas savoir. Qui sait ce qui se passerait s'il en parlait aux autres chevaliers? Mais voilà, je ne peux rien lui refuser et ça m'angoisse. Que ferais-je s'il me demandait de rester? Mais il ne le fera pas, je le sais. Jamais il ne s'abaissera à me demander de rester, sa fierté l'en empêche et une partie de moi s'en réjouit alors que l'autre est déçue. Je suis un paradoxe vivant.
-Je vois, répond-t-il simplement, reprenant l'air distant du début de notre rencontre.
-Tu es impatient de rentrer chez toi, je demande après un silence gênant, désireuse de changer de sujet et de ne pas le laisser m'échapper.
-Je n'ai pas vraiment de chez moi, répond-t-il pensivement. Rien ne m'attend là-bas, je n'ai rien laissé et je me sens chez moi n'importe où.
-Même pas ta famille?
-Ils ne restent que moi.
-Je suis désolée, je souffle avec sincérité.
-Pourquoi donc?
-Parce que je sais que ça doit être dur. Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans ma famille. Mes parents et mes amis, c'est tout ce qui a toujours compté pour moi…
…jusqu'à aujourd'hui, je pense intérieurement. Oui, aujourd'hui, il y a Tristan aussi et les autres chevaliers. Ils comptent aussi pour moi…tellement mais pas assez.
Le reste du chemin se fait silencieusement. On s'arrête dans un coin « sécurisé » pour la nuit et il va en informer Arthur alors que je les attends. Bors est le premier à arriver près de moi et me taquine directement.
-Il a finalement accepté de te reprendre avec lui après le premier massacre, ricane-t-il et je fais la moue, vexée -personne n'oubliera donc cet incident?
-Laisse là tranquille, intervient Dagonet.
Je lui lance un regard perçant et il grimace, comprenant le sous-entendu. Il sait qu'il me revaudra le fait de m'avoir abandonné et il craint de savoir ce que je ferais. Il n'a pas peur que je lui fasse du mal physiquement -je risquerais plus de me faire mal à moi qu'à lui du reste, vu sa carrure- mais s'inquiète plus pour son orgueil de mâle. Et ce n'est pas parce qu'il me défend mollement contre les taquineries de Bors que je vais oublier.
Je vois les romains arriver et m'éloigne pour retrouver Tristan, à l'opposé. Je lui attrape la main, le besoin de contact devenant vital, et la sert.
-Tu dors avec moi, je demande.
-Il faut que quelqu'un veille, répond-t-il à voix basse.
-Demande à quelqu'un d'autre, s'il te plait, je quémande en me serrant contre lui.
Il soupire mais part à la recherche d'un remplaçant qu'il trouve en la personne de Gauvain. Je les vois discuter, Gauvain me jette un coup d'œil en fronçant les sourcils et finit par acquiescer. Tristan me rejoint, me prend la main et nous nous éloignons des autres. Il pose une cape à terre et nous nous allongeons, moi dans ses bras.
Mes yeux restent ouverts, je ne peux me résoudre à les fermer maintenant et ça m'exaspère. Je vais enfin avoir ce que je voulais, je vais rentrer à la maison mais ce que je craignais arrive aussi. J'ai peur de ce que je laisserais derrière moi, de faire le mauvais choix. Je sais aujourd'hui que Tristan est fait pour moi, si je pars et que je garde son souvenir, je ne vivrais plus vraiment. Le regret et la douleur du manque m'accompagneront chaque jour et je ne suis pas certaine de pouvoir le supporter.
Mais je ne peux pas rester ici… sans ma famille. Quelque part et malgré tout ce que j'ai vécu ici, je ne suis encore qu'une enfant qui réclame ses parents. Je finirais par en vouloir à Tristan si je reste ici pour lui, je lui reprocherais de m'avoir retenue et je ne le veux pas car, même s'il est particulier, Tristan mérite d'être aimer comme personne et je ne suis pas sûre d'y arriver si je dois renoncer aux miens.
-Tristan, je l'appelle en murmurant.
-Hum?
-Si je partais…est-ce que tu me détesterais, je demande.
Il y a un silence, si bien que je me demande s'il ne s'est pas endormi mais il finit par me répondre.
-Je pourrais te dire que non, juste pour te rassurer, commence-t-il. Mais je ne supporte pas le mensonge alors… je pense que oui, je finirais par te détester d'être repartie. Mais maintenant, tu me connais bien et tu sais pourquoi je m'efforcerais de te mépriser.
Oui, je le sais. Ce sera pour se protéger. Il est plus facile de détester quelqu'un que de vivre avec son absence. S'il me déteste, je ne lui manquerais pas et quelque part ça me soulage parce que ça veut dire que je compte assez pour lui pour qu'il souffre de mon absence. Encore une fois, je me conduis en grande égoïste et je me fais honte. Il serait mieux pour lui de ne pas m'aimer, il serait mieux pour lui que je ne sois qu'un amusement passager. Ce serait plus simple pour nous deux. Si je pensais vraiment qu'il ne me voit que comme un passe-temps, j'aurais moins de mal à partir. Si je n'étais vraiment qu'un passe-temps pour lui, il n'aurait pas à souffrir de mon départ. Il ne penserait à moi que comme la fille avec qui il a passé de bons moments à une époque.
Mes pensées s'embrouillent, j'ai l'impression de ne plus savoir ce que je veux alors je ferme fortement les yeux, invoquant des images de la maison pour me détendre. Je me colle à Tristan en sentant les larmes me monter aux yeux.
-Serre-moi, je quémande en enfouissant mon visage dans le creux de son cou.
Et il le fait, comme s'il avait peur lui aussi, comme s'il se doutait que c'est la dernière fois qu'il me tient dans ses bras.
Alors, je ferme les yeux avec la certitude que demain, quelque soit la décision final, je l'assumerais. Je ferme les yeux avec la certitude que demain, j'aurais renoncer à une partie de moi.
Et oui, je coupe déjà ^^ mais je ne pouvais pas faire plus long que ça... Si j'avais mis la décision avec, le chapitre aurait été beaucoup trop long...Il fallait bien le couper quelque part :p
Bon, pour le coup, je ne sais pas trop que penser de ce chapitre donc... passons aux questions:
Quelle sera la décision d'Enora? A quoi sera-t-elle confrontée pour prendre sa décision? Est-ce que Tristan se réveillera seule et ce sera la fin de cette fic? Est-ce que Merlin va changer d'avis et séquestrer Enora? Enora pourra-t-elle prendre une décision sans regret?
Voilà pour aujourd'hui ;) Laissez une review surtout :)
Bye
