Coucou les gens. Le nouveau chapitre est enfin là! ^^ Il a été long à écrire car j'ai eu pas mal de difficulté à retranscrire de manière satisfaisante les sentiments d'Enora dans ce chapitre car il en est beaucoup question. De plus, les au revoir sont toujours douloureux et je les déteste ^^ et j'ai du dire au revoir à une partie de la vie d'Enora avec elle après tout :p

Un grand merci à Midnight Fantasy Abby (Encore merci, j'espère que la suite te plaira ^^), The Lily and the Hawk (Encore merci pour ta review, j'espère que la suite te plaira :) ), Rukie-chan (Encore merci pour ta review, j'espère que ce chapitre te plaira :) ), elodie94 (Encore merci pour ta review, j'espère que cette suite te plaira ^^), Aliete (J'espère que cette suite te plaira, encore merci pour ta review ^^ )

Bonne lecture.

Chapitre 25

Alors, je ferme les yeux avec la certitude que demain, quelque soit la décision finale, je l'assumerais.

J'ouvre les yeux avec perplexité. Je me souviens m'être couchée et voilà que je me réveille debout. Si c'est encore une blague de Merlin, elle n'est pas drôle… Comme toutes ses blagues, en fait.

Je regarde autour de moi. À première vue, je suis dans une clairière, la même que dans Twilight et pendant un moment, j'ai vraiment peur que ce soit de nouveau un mauvais tour de mon ancêtre. Mais l'arrivée d'un homme coupe court à mes débuts d'insultes intérieures -que Merlin a plus que mérité selon moi. Toute mon attention est tournée vers cet homme. Il faut dire qu'il est difficile de penser à autre chose que lui une fois qu'on l'a vu. Il semble irréel avec sa tête blonde, ses traits semblent avoir été sculptés -seule explication à ce qu'ils soient si parfaits- et il semble être entouré d'un halo de lumière. En un mot, il est éblouissant mais de manière surnaturel... me revoilà partie dans des délires. Hé oh, Enora, c'est un rêve ! Un rêve, nom d'un chien ! Ton subconscient t'a juste envoyé une sorte de fantasme douteux. Peut-être que Merlin espère que ce influencera ma décision.

-Êtes-vous prête ?

Je sursaute. Toute à mes pensées, je l'avais presque oublié, mais il est toujours là et il est maintenant tout proche de moi, à mes côtés.

-Prête à quoi? Je demande avec méfiance.

-À savoir les conséquences du choix de rentrer... ou du moins, une partie de ce que cela engendrerait.

Il n'y va pas par quatre chemins, mais en même temps, ce n'est pas comme si on avait beaucoup de chose à se dire. J'estime tout de même avoir le droit de savoir au moins une chose :

-Qui êtes-vous ?

-Est-ce vraiment important? Sourit-il, et je cligne des yeux, éblouie par son éclat. Vous devez seulement savoir que je suis là pour vous aider à vous décider.

Décidément, j'ai l'impression d'avoir un double de Merlin en face de moi en plus beau... et en moins bleu. Je soupire. Après tout, qu'ai-je à y perdre ?

-Bien, je suppose que plus vite on en finira, plus vite je rentrerai à la maison, je marmonne.

-Vous semblez sûre de vous, remarque-t-il.

J'ouvre la bouche pour lui dire que oui, évidemment que je suis sûre de moi, mais ce n'est pas la vérité et je le sais. Je ne suis pas vraiment sûre de moi sur ce coup-là et la venue de ce mec sorti de je ne sais où n'arrange pas les choses. La situation devient vraiment trop bizarre alors que je pensais qu'on ne pouvait pas faire plus bizarre que de vivre à l'époque médiévale.

-Peut-être pas finalement, sourit-il.

-Alors, qu'allez-vous faire pour m'aider à décider ?

-Je pense que si tu décides de partir, tu dois connaitre quelques conséquences que cela engendreraient. Je ne pourrais évidemment pas tout te dire, mais je pense que l'événement choisi te suffira... Ferme les yeux, ordonne-t-il.

Bien que je déteste les ordres et que celui-ci en soit bien un, je ferme les yeux, impatiente d'en finir une bonne fois pour toute avec cette mascarade. Du moins, est-ce que je prétends intérieurement. J'ai un peu le tournis et l'impression qu'on se déplace sans pour autant bouger les pieds. J'ai froid, tout à coup, comme si c'était l'hiver. La sensation rappelle celle de jouer dehors dans la neige, le froid mordant le corps.

J'ouvre les yeux et découvre qu'effectivement, il y a de la neige. Nous sommes en fait sur ce qui semble être un lac gelé mais celui-ci ne craque pas sous nos deux poids réunis.

-Où sommes-nous? Je demande alors que de la buée s'échappe de ma bouche.

-Regarde bien, fait-il simplement.

Et c'est ce que je fais - je suis incroyablement docile aujourd'hui. Je ne reconnais pas l'endroit et m'apprête à reposer ma question lorsque je remarque des personnes sur la rive, armées d'arcs, je ne distingue pas totalement les traits mais je sais de qui il s'agit. Ce sont les Chevaliers. Ce qui me perturbe est la présence féminine du groupe. Je sais que ce n'est pas moi puisque lors de l'événement, j'étais partie et elle ne me ressemble pas du tout, même de loin.

Je fronce les sourcils. M'ont-ils déjà remplacée ? M'ont-ils oubliée si rapidement ? Je sais que je n'ai pas le droit de me montrer jalouse car, après tout, j'ai choisi de partir et les chevaliers n'ont pu qu'accepter mon choix... Tristan n'a pu qu'accepter, il n'a pas cherché à me retenir parce qu'il savait que le choix me revenait et que je devais choisir ce qui me rendrait heureuse moi.

Je distingue directement la silhouette de Tristan bandé son arc sur un ordre d'Arthur et je me tourne enfin vers les victimes avant de me glacer. Ce ne sont pas des victimes, loin de là, mais des Saxons, ces barbares sans cœur qui m'ont torturée et autres. Comme d'habitude, la haine me ronge à leur vue mais aussi la peur. Ils ne sont que huit alors que ces monstres sont nombreux, trop nombreux.

J'assiste à la suite dans un état second, les flèches partant d'un côté alors que les monstres avancent, ne sachant tirer si loin. Je remarque tout de suite la stratégie appliquée par les chevaliers : Ils essayent de réunir les monstres au centre pour que leur poids brise la glace et qu'ils la traversent. Mais ça ne marchera pas, je le vois, je le sais. Ils vont mourir, tous mourir.

Je vais m'élancer mais l'homme envoyé par Merlin me bloque le passage.

-Tu n'es pas réelle ici, ils ne te verront pas, tu ne pourras rien faire, dit-il d'une voix neutre. Tu dois regarder jusqu'au bout.

Alors j'assiste à l'avancée des monstres vers mes chevaliers et la femme, le cœur battant dans ma poitrine au point de la transpercer. J'entends ensuite les cris de Dagonet et le regarde s'avancer, la hache haute. Je ne comprends pas sa folie avant qu'il ne frappe la glace avec. C'est une bonne idée, ça pourrait les sauver, mais le fils du chef en décide autrement en ordonnant à ses monstres de le viser. Je ne sais même pas pourquoi je les entends de là où je suis mais j'y arrive. Je les entends, tous.

Je regarde Dagonet continuer de frapper la glace alors que les autres essaient de le protéger et que les monstres tentent de le tuer. Je prie pour qu'il y arrive, il doit y arriver. Dagonet ne peut tout simplement pas mourir. À cet instant, une flèche l'atteint et mon cœur s'arrête.

J'entends mon cri comme si j'étais en dehors de mon corps, je ne me contrôle plus. Je me sens m'avancer sans pourvoir me retenir. Je sais que je ne peux rien faire, mais je dois faire quelque chose, je ne peux pas juste regarder sans bouger. Je sens l'homme passer ses bras autour de moi, m'empêchant d'aller plus loin. Je vois floue, un masque rouge voile mon regard, le monde change de couleur alors que la haine, la peur, la douleur coulent dans mes veines. Je sens le vent me fouetter le visage, la neige tournoie et je me rends compte, dans un état second, que c'est moi qui provoque ça. Je veux pousser cette force jusqu'à eux mais un mur semble empêcher ma force de passer, la neige et le vent se cognent contre cette barrière imaginaire, ne voulant pas la transpercer malgré toute la force que j'y mets.

Je m'épuise vite et mes genoux cèdent sous mon poids alors que l'homme me retient. La tête me tourne, me lance. J'ai utilisé trop de mes capacités d'un coup, mais me force à rester consciente et à regarder ce qui s'est passé pendant ma crise, si la flèche a été la seule à transpercer mon ami, mon frère, mon chevalier.

La nausée monte. Bors hurle après Dag, mais celui-ci ne répondra plus jamais, je le sais, c'est fini. Ma gorge se sert au point que je n'arrive plus à respirer. J'étouffe, j'ai mal. J'essaye de me ressaisir, de me dire que ce n'est qu'une possibilité de l'avenir, que ça arrivera seulement si je pars, et qu'il me suffit de rester. Seulement voilà : suis-je capable de rester ? Je suis égoïste, je le sais et, déjà, une voix me murmure que, de toute façon, ils sont déjà morts à mon époque; alors, qu'est-ce que ça change ? Mais ça change tout, je lui hurle. Parce que si Dag meurt de cette manière, ça voudra dire que c'est parce que je ne suis pas restée pour le sauver, même si je ne vois pas ce que je pourrais faire exactement pour l'aider.

-Maintenant tu sais, annonce l'homme, toujours d'une voix plate, et j'ai envie de le frapper jusqu'au sang pour ce manque de réaction devant ce que l'on vient de voir.

-Qui d'autre? Je demande d'une voix froide, rageuse, écœurée, blessée.

-Je ne...

-Arthur ? Lancelot ? Gauvain ?

Il ne répond pas, son regard n'exprime plus rien, il reste de glace.

-Tristan, je souffle d'une voix à peine audible.

Une lueur passe dans son regard et je crois mourir. Si ce n'était pas un rêve, nul doute que mon repas serait repassé. Tristan, mon Tristan, on veut me le prendre. On veut le tuer. Mon cœur s'écrase, se broie lui-même et je sais, de manière certaine, que je ne supporterais pas qu'une telle chose arrive. Tristan ne peut pas mourir, je ne le permettrais pas, quitte à y laisser la vie ou plus encore... quitte à laisser mon passé derrière moi. Je suis prête à tout, même abandonner ma famille, même si ça me tuera à petit feu de faire ce choix, je m'en moque si ça signifie que je peux sauver Dag et Tristan.

On ne me les prendra pas. Ils méritent de vivre, d'être heureux, d'avoir une femme, des enfants, une vie comblée... Et je la leur donnerais, je m'assurerais qu'il en soit ainsi. Mais... et ma famille ? Est-ce que je peux les laisser ? Est-ce qu'ils n'ont pas autant besoin de moi que Dagonet ou Tristan ? Que deviendront-ils si je ne rentre pas ?

-Ils ne vous oublieront pas, intervient l'homme, comme s'il avait lu dans mes pensées. Nous nous contenterons de leur enlever la douleur qui suit la perte. Ils pourront penser à vous sans souffrance, mais ils ne vous oublieront pas. Et vous pourrez revoir l'un d'entre eux, celui qui en a le plus besoin.

-Qui? Je demande, les larmes me brouillant la vue.

-Julian. Vous avez également besoin de le revoir, de mettre un terme à cette histoire. Vous pourrez alors vivre chacun de votre côté sans regret et sans question.

C'est logique... d'un certain côté. C'est vrai que mon histoire avec Julian ne s'est jamais vraiment finie ou du moins pas complètement. Il n'y a pas eu d'explication, les questions que je me pose sans cesse n'ont pas eu de réponse, et elles n'en auront que si je revois le premier amour de ma vie, même si je ne l'ai jamais vraiment aimé comme tel.

Maintenant, la question est : que choisir ? Si je pars, je retrouverais ma famille, ma vie d'avant, mais les personne que j'aime en souffriront. Si je reste, je ne reverrais jamais ma famille, mais je pourrais sauver ceux que j'aime avec la certitude que ma famille n'en souffrira pas.

Le choix est évident et je me traite intérieurement d'idiote pour me poser la question. Je dois renoncer. Il le faut. Poursuivre ne m'amènera plus rien alors si je choisis cette voie, je sais que je ne le regretterais pas ou au moins pas autant que si je m'obstine.

Alors, le choix fait et avec de la détermination à revendre, je demande :

-Comment comptez-vous me faire voir Julian s'il me croit morte ?

Car je sais maintenant que ce n'était pas un rêve. Ils me croient tous morte. Alors comment l'homme de Merlin va faire pour me faire parler avec Julian sans que celui-ci ne croit que je reviens d'entre les morts ou que j'ai toujours été vivante ?

-Il te prendra pour un rêve, explique-t-il. Ou une revenante. Tu as donc décidé ?

-Oui, je soupire. Je suis décidée.

L'homme me sourit et me demande de fermer les yeux. Je vais m'exécuter quand je me rends compte que je ne connais pas son nom.

-Oh, sourit-il avec malice et je me demande s'il ne lit vraiment pas dans les pensées. Certains m'appellent Merlin...

J'ouvre de grands yeux abasourdis, me demandant ce qu'est encore cette blague douteuse, mais quelque chose m'obscurcit la vue et je ferme les yeux par réflexe. Quand je les ouvre, je les écarquille. Je suis dans une chambre. Une chambre à mon époque, celle de Julian.

Les posters, la radio, l'Ipod, les CD balancés un peu partout,…tout est là. Je m'arrête devant son mur de photo et mon souffle se bloque. Il y a des photos de nous, de notre bande, mais aussi de nous deux du temps où l'on était ensemble. L'une en particulier représente la plus belle journée que j'ai passée avec lui. On est dans un parc, entourés de fleurs, de gens qui sourient. Je suis dans ses bras et semble mieux que partout au monde. Quant à lui, il y a cette lueur dans ses yeux qui montrent combien il est heureux.

Que nous est-il arrivé? Comment a-t-on pu en arriver là? Aujourd'hui, j'y pense avec moins de regret, car j'ai Tristan et il me comble de toutes les manières possibles, mais… les questions restent, obsédantes.

Je regarde ensuite vers le lit. Il est là, couché et endormi. Je m'approche et m'assieds doucement bien que je n'en ressente pas le besoin. Je le regarde plus précisément. Oui, lui et Eric pourraient passer pour des jumeaux et pourtant… pourtant Julian reste Julian, il y a une différence que je ressens au fond de moi, dans mon cœur. Je lève une main tremblante vers le visage de mon premier amour et le caresse avec la peur ridicule de voir ma main passer à travers lui.

Il ouvre les yeux sur le champ. Bizarrement, il n'a pas peur. Il semble un peu surpris en me voyant avant qu'un air résigné ne se peigne sur son visage.

-Ainsi tu es venue encore cette nuit, murmure-t-il. Tu es plus effrayante d'habitude, remarque-t-il.

Apparemment, il a déjà rêvé de moi et n'en a pas gardé un très bon souvenir.

-Je ne suis pas là pour te faire du mal, je souffle avec un sourire tremblant.

Il fronce les sourcils alors que je retire une mèche de son front avec délicatesse.

-C'est un nouveau moyen de torture, demande-t-il. Tu me fais croire que tu ne m'en veux pas avant de me hurler combien tu me hais et que c'est moi qui t'ai tué.

-Non! je m'exclame. Julian comment…tu ne m'as pas…

Les larmes me montent aux yeux et coulent. Seigneur, qu'a-t-il enduré par ma faute? A-t-il vraiment cru qu'il était pour quoi que ce soit dans tout ça? Alors que tout est de la faute d'un vieux fou qui fait parti de mon arbre généalogique?

-Rien n'est de ta faute, je fais d'une voix tremblante par les larmes. Ça n'a jamais été de ta faute, tu entends? Rien n'est de ta faute!

-Si on ne s'était pas disputés, tu serais restée avec nous ce jour-là, me contre-t-il.

-Mais ça n'aurait rien changé, j'assure en souriant. Oh, Julian, si tu savais à quel point tu as tort. Tu n'as jamais été responsable.

-Mais les autres…

-…avaient besoin de quelqu'un à qui en vouloir et c'est tombé sur toi. C'est une étape du deuil, il parait.

-T'as fait une formation de psychologie là où tu es? Plaisante-t-il d'une voix tremblante.

Je comprends la question silencieuse: « Es-tu heureuse? ».

-Je n'en ai pas eu le temps, j'avoue en souriant grandement cette fois. J'ai pas mal été occupé, figure-toi.

Il y a un silence pendant lequel on s'observe. Les yeux de Julian se remplissent soudain de larmes et il m'attire à lui férocement, me serrant à m'en faire mal, mais je ne dis rien, lui rendant son étreinte en pleurant.

On pleure ce passé qu'on regrette, cette amitié qui nous a unie, ce début d'amour qui nous a emmêlé et parfois rendu dingue, ces moments intimes que l'on gardait secret et qui nous aidaient à savoir ce que l'autre ne disait pas. On pleure ce futur envisagé qui ne viendra jamais, ces rêves échoués à peine nés parce que je ne suis plus là pour les rendre réalisable, tous ces moments que l'on aura plus et qui pourtant nous insufflaient la vie dans les pires moments.

On pleure sur nous, sur ma famille que je ne reverrai jamais, sur mes amis que je n'aime pas assez pour tout abandonner. Je pleure mes adieu avec Julian, transmettant mes au revoir à travers lui; à travers mes larmes, ma douleur et mon étreinte. C'est la dernière fois, on le sait. Quand je partirai, il ne rêvera plus jamais de moi le torturant et l'accusant. Quand je partirai, je ne rêverai plus jamais de retourner à la maison. On abandonne tous les deux une partie de nous.

Il me prend ensuite le visage dans les mains et m'observe sous toutes les coutures avant de me demander franchement:

-Es-tu heureuse?

-C'est dur sans vous, j'avoue. Mais j'ai trouvé la force de surmonter la douleur.

-Tu as rencontré quelqu'un, affirme-t-il tendrement alors que je rougis. J'ignorais qu'il était possible de tomber amoureux au Paradis.

-J'ignorais que tu croyais au Paradis, je réplique, surprise. Mais, je suis effectivement tombée amoureuse. Tu avais raison Julian, toi et moi… ce n'était pas vraiment de l'amour même si je t'ai aimé d'une certaine manière. C'était plus que de l'amitié mais… pas de l'amour.

-Non, pas de l'amour, acquiesce-t-il en posant son front contre le mien. Mais tu me manques tellement Nora, si tu savais. Ça fait toujours aussi mal sans toi, sans tes bras, ta voix, ton rire, tes cris,… tout me manque et j'ai l'impression de mourir.

-Tu me manques aussi, je souffle. Rassure-toi, après cette nuit, tout ira mieux.

-Comment peux-tu le savoir?

-C'est pour ça que je suis là. Pour t'enlever cette douleur, cette culpabilité.

Je ne mens pas vraiment. Je comprends à présent pourquoi Merlin m'a dit qu'il était celui que je devais voir. Comme peut-on vivre avec cette culpabilité? Moi, je ne suis pas sûre que j'y arriverai en tout cas.

-Comment vont maman et papa? Je demande.

-Mieux, soupire-t-il. Ils se sont disputés longtemps et la menace du divorce a longtemps plané sur eux, mais… ils ont remonté la pente aujourd'hui même si tu leur manques encore.

-Et les filles? Et Antonio?

-Mieux aussi…Antonio et Évangeline sont ensemble, sourit-il narquoisement.

Je pouffe, j'en étais sûre. J'ai toujours su que ça arriverait et je suis ravie de savoir que mes suppositions se sont révélées exact. Je ne les verrais jamais se marier, je ne verrais jamais leurs enfants, mais je sais qu'ils seront heureux et ça me convient.

-Et toi? Je demande.

-Je ne sais pas, souffle-t-il en enlaçant nos mains. Tu n'es pas là.

Cette constations semble être une réponse et je sais ce qu'il veut dire. Il ne peut pas aller bien. Mais ça va changer. À son réveil, tout ira mieux.

Il me regarde dans les yeux pour finalement s'allonger, m'attirant dans ses bras. Il ne me quitte pas des yeux et j'en suis totalement incapable de mon côté. Mon ventre grogne soudain, brisant le silence et je rougis en me demandant s'il est possible d'avoir faim alors que je suis censée dormir.

-Attends, réplique Julian avant de se lever et de sortir de la chambre.

Je n'ai pas le temps d'ouvrir la bouche qu'il est parti. Je l'attends en fronçant les sourcils, froncement qui s'accentue quand il revient avec des provisions pour un mois de bonbons, chips et autres cochonneries. Je souris. Je me souviendrais toujours de nos soirées bouffe-film-bouffe. On passait notre temps à regarder des films et manger des cochonneries, allongés sur le lit. Apparemment, il s'en souvient aussi et veut revivre un peu cette époque.

-Ça devrait suffire, soupire-t-il en lâchant le tout sur le lit et en s'asseyant près de moi.

-Il y a de quoi nourrir une armée, je constate.

-Ce n'est que la moitié de ce qu'on pouvait engouffrer, me contre-t-il.

Je souris. C'est la vérité, mais je suppose que mon appétit à diminuer sans que je ne m'en rende compte. Je ne me souviens plus avoir avalé une telle quantité de nourriture depuis que Merlin m'a appelée.

Le rituel commence, sans film. Je prends le paquet de chips au fromage alors qu'il prend les cookies. Au bout d'un moment, il me fait mordre dans son cookie et des miettes tombent sur le lit et le coin de ma bouche. On rit, retournant à l'enfance. Je ne me soucie plus de ma tenue, de mon comportement, je suis totalement moi à nouveau. Je lui fais alors mordre dans une chips et il me mord gentiment le doigt. Je réponds en lui lançant une miette de chocolat au visage et il me donne un baiser sur le bout du nez.

On parle du passé, se remémore de vieux souvenir tout en s'empiffrant. Il me montre le paquet de pistaches et je le fixe avec des yeux émerveillés avant de littéralement le lui arracher et le dévorer. Balançant les déchets dans la chambre sous les protestations pas du tout convaincantes de Julian, qui finit par faire de même lorsque je le laisse toucher au paquet sacré. J'ai toujours été une folle de pistaches mais là où je suis maintenant, j'en suis privée. C'est encore un au revoir en quelque sorte.

-Tu te souviens de l'époque où tu voulais m'apprendre à danser? Demande-t-il soudainement alors que je mâche consciencieusement une bouchée de gâteaux enduits de glace au caramel.

-Et comment, je ris doucement. Ça a été une catastrophe, tu n'arrêtais pas de me marcher sur les pieds et tu étais incapable de suivre le rythme.

-On pourrait voir si je me suis amélioré, réplique-t-il en se levant.

-Quoi? Maintenant?

-Je ne vois pas d'autres moments, me rappelle-t-il en mettant un CD.

La musique commence et j'écarquille les yeux en reconnaissant cette chanson française et assez…vieille.

-Tu plaisantes, je ris.

Il me tend la main et je sais alors la réponse. Il ne plaisante pas.

-C'est la chanson qui correspond le mieux à ce que l'on vit maintenant, Nora.

Nora. Mon surnom. Celui qu'il m'a toujours donné.

J'ai longtemps parcouru son corps,

Effleuré cent fois son visage,

Sur ces premières paroles, j'attrape sa main et il m'attire à lui. Je plonge mon nez dans son cou alors qu'il commence un mouvement léger de balancement.

J'ai trouvé de l'or,

Et même quelques étoiles

En essuyant ses larmes

J'ai appris par cœur

La pureté de ses formes

Parfois je les dessine encore

Elle fait partie de moi.

Une de ses mains descend au bas de mes reins qu'il caresse doucement en respirant profondément mes cheveux. Les larmes me montent aux yeux alors qu'une boule obstrue ma gorge, mais j'arrive encore à résister à la tristesse qui m'envahit.

Je veux juste une dernière danse

Avant l'ombre et l'indifférence

Un vertige puis le silence

Je veux juste une dernière danse

Il me fait tourner sans que je ne m'y attende, mon rythme ne s'y prêtant pas et un rire tremblant m'échappe alors qu'il m'attire à nouveau contre lui de manière possessive avant de m'embrasser le cou en souriant.

Je l'ai connu trop tôt

Mais ce n'est pas ma faute

La flèche a traversé ma peau

C'est une douleur qui se garde

Qui fait plus de bien que de mal

S'est-on connus trop tôt? Ce sentiment qui nous lie tout les deux vient-il du fait que nous avons grandi ensemble comme des frères et sœurs? Mais comme nous ne sommes pas frère et sœur, un sentiment ambigu est né sans qu'on ne puisse rien y faire. Nous sommes presque devenu indispensables l'un à l'autre comme le serait des jumeaux mais ne l'étant pas, l'attirance s'y est mêlée et nous a plongé dans une relation compliquée et douloureuse. Est-ce ça l'explication?

Un grand mouvement de côté de Julian me fait revenir à la réalité et pouffer légèrement alors que, paradoxalement, la tristesse me ronge et menace d'éclater un peu plus.

Mais je connais l'histoire

Il est déjà trop tard

Dans son regard

On peut apercevoir

Qu'elle se prépare

Au long voyage

Oui, c'est trop tard. Que les réponses nous viennent ou non sur notre relation fusionnel n'a pas vraiment d'importance, puisque j'ai fait mon choix. J'ai choisi de les abandonner parce que des sentiments plus forts m'attachent à d'autres personnes, à une en particulier. Et je sais que quelque part, Julian le comprend parce qu'il m'a toujours comprise. Il sait que j'ai choisi que ce soit la dernière fois qu'on se voit parce que j'aime une personne tellement fort qu'elle me retient à elle de manière définitive. Même si c'est inconscient, il sait que je partirais et pourquoi.

Je veux juste une dernière danse

Avant l'ombre et l'indifférence

Un vertige puis le silence

Je veux juste une dernière danse

Je peux mourir demain

Ça ne change rien

J'ai reçu de mes mains

Le bonheur ancré dans mon âme

C'est même trop pour un seul homme

La chanson qui nous correspond le mieux. Est-ce alors ainsi qu'il me voit? Comme celle qui lui apporté du bonheur, plus qu'il n'en a jamais espéré? Je l'espère. J'espère que c'est le cas. Il le mérite, plus que n'importe qui. C'est un homme bon, loyale et qui aime complètement, sans restriction ni limite.

Je l'ai vu partir

Sans rien dire

Il fallait juste qu'elle respire

-Merci d'avoir enchanté ma vie.

Il murmure ses paroles à mon oreille et la boule de ma gorge explose. Les larmes roulent alors que de gros sanglots me secouent. Il nous berce toujours, caressant doucement mon dos et déposant des baiser partout où il le peut. Je sens une larme qui n'est pas la mienne couler dans mon cou et je le serre plus fort contre moi.

Avant l'ombre et l'indifférence

Un vertige puis le silence

Je veux juste une dernière danse

J'ai longtemps parcouru son corps

Effleuré cent fois son visage

J'ai trouvé de l'or

Et même quelques étoiles

En essuyant ses larmes

J'ai appris par cœur

La pureté de ses formes

Parfois, je les dessine encore

Elle fait partie de moi

La musique diminue progressivement, mais nous continuons à nous balancer doucement. Les larmes se tarissent et le calme m'envahit. Je me sens presque prête à partir définitivement. L'appréhension est toujours là, mais je sais que je n'aurais pas peur au moment de partir. Tout ira bien.

-Je devrais bientôt y aller, je souffle en me détachant de lui.

-Non, geint-il douloureusement. Pas tout de suite. Attends un peu.

Il prend mes lèvres tendrement. Ce n'est pas un signe d'amour et je n'éprouve pas vraiment de culpabilité. Je ne trompe pas Tristan, je dis au revoir à une partie de ma vie aujourd'hui. Alors je réponds à son baiser qui reste chaste, amical en quelque sorte. Notre relation, à Julian et moi, ne porte pas de nom, une chose entre l'amitié et l'amour qui fait que nous n'aurions jamais pu avoir une relation normale. Parce que les sentiments sont trop forts, trop puissant mais en même temps pas assez. Il manque quelque chose, la passion peut-être.

Nous nous blottissons ensuite l'un contre l'autre dans le lit. Je le sens s'endormir au bout d'un long moment, je le sais, car sa main a cessé de caresser mon dos. Mais moi, je reste éveillée, profitant de cette chambre et de tous ces souvenirs tant que je le peux. Il s'en est passé des choses ici. Je me souviens même avoir accidentellement brisé sa fenêtre un jour. Il n'a jamais posé de question, étant sûrement persuadé que j'avais lancé un objet sans oser lui dire et je ne l'ai jamais démenti.

L'épuisement fini malheureusement par avoir raison de moi et je ferme les yeux en sachant que je les ouvrirais sur ma nouvelle vie dans les bras de l'homme que j'aime et que je sauverais quoi qu'il m'en coute. Je suis prête à rentrer et je sais que, demain, Julian se sentira près à vivre de nouveau comme il se doit.


Et voilà pour ce chapitre, assez long. J'ai été gentille cette fois, je n'ai pas coupé au mauvais moment ^^

Alors comment se passera le réveille selon vous? Va-t-elle sauter sur Tristan et enfin lui crier son amour? Lui dira-t-elle qu'elle a embrassé son ex pour lui dire adieu? Si elle le fait, Tristan demandera-t-il un laisser passer temporelle pour aller tuer Julian? Qui mourra et qui vivra? Si Enora est capable de sauver Dag, comment s'y prendra-t-elle? Et Tristan?

N'hésitez pas à laisser une review surtout ^^

Bye.