Coucou, je reviens avec le nouveau chapitre que, j'espère, vous aimerez. Comme vous pouvez le voir, il est plus long. Je ne voulais pas couper en plein milieu après vous avoir fait attendre si longtemps alors, dans mon infinie gentillesse -comme quoi, je ne suis pas toujours sadique-, je l'ai allongée d'environ cinq pages. Et je vous le poste malgré l'heure tardive.

Il faut aussi remercier ma Beta, Kalisca, pour sa rapidité de correction ainsi que son efficacité.

Je remercie également sakiaTsukiyo , emichlo , Rukie-chan et Lotelemna Nullame (Ton changement de pseudo m'a un peu perturbée au départ ^^') pour leur review.

Je remercie également tout ceux qui m'ont mises en favoris ou en alert. N'hésitez pas à laisser un petit mot ;)

Je vous laisse (enfin) à la lecture de ce chapitre.

Bonne lecture.

Chapitre 28.

Je suis énervée. Vraiment énervée. Pourquoi? Plusieurs choses.

Tout d'abord, il pleut et on est dehors. Ensuite, je suis fatiguée mais la dite pluie m'empêche de fermer les yeux, ce qui me rend incroyablement irritable -plus que d'habitude, s'entend. Et pour finir, ces pictes me donnent des envies de meurtres.

Ce sont de vrais crétins incapables de suivre des ordres simples. En quoi est-ce compliqué de ne pas attaquer les chevaliers? Je trouve pourtant cette phrase simple, courte et totalement compréhensible. Mais pas eux, apparemment.

Ils nous sont tombés dessus sans prévenir. Ils ont décoché des flèches attachés à des cordes, nous bloquant le passage. Sans oublier les autres pièges meurtriers que seul un psychopathe pourrait imaginer et qu'ils nous tiraient dessus avec leurs saletés d'arc pour nous piéger comme un renard piège un poulet. Nous avons essayé de les contourner sans attaquer personne. Non pas par altruisme ou diplomatie -et puis quoi encore?-, mais par réalisme. Ils avaient l'avantage de connaitre cette fichue forêt comme leur poche puisqu'ils y vivent et si eux nous voyaient, ils nous étaient totalement invisible. Les chevaliers sont peut-être téméraires, mais pas suicidaire -bien que j'ai un léger doute pour Gauvain et ses encouragements douteux aux pictes. Du moins, pas quand je suis là.

Quand ils ont réussi à nous coincer-en prenant soin de paniquer nos chevaux dans l'action, évidemment- ils nous ont menacé avec leurs arcs alors qu'on était comme des débiles à lever nos épées. Bon, certains chevaliers étaient près à décocher leurs flèches eux aussi mais, autant rester réaliste -et surtout ne dites rien à Tristan, son égo en prendrait un coup-, on n'aurait pas été loin avec maximum quatre archers dans le noir contre dix voyant parfaitement.

Puis, leur regard -aux pictes évidemment- se sont tournés vers moi avant de se figer. Certains avaient presque l'air terroriser ce qui m'a bien fait rire -ou plutôt ce qui me fait bien rire maintenant, je n'étais vraiment d'humeur à ricaner quand leur arc était pointé dans ma direction. Non mais c'est vrai; ils n'ont pas peur de chevaliers meurtriers mais une gamine de même pas un mètre soixante incapable de faire aller ses « pouvoirs » au bon moment: attention, c'est tout de suite plus effrayant! Sans compter les encouragements de Gauvain -ce type a des tendances suicidaires, ce n'est pas possible autrement.

Pour finir, une sorte de cor à sonné et ils se sont barré sous nos regard légèrement ahuris. La même question a dû résonner dans chacune de nos tête: « Et c'est tout? ». Enfin, sauf pour Arthur qui a toujours réponse a tout.

-Merlin ne veut pas notre mort.

Non sérieux, on n'aurait pas deviné tout seul. Mais si Merlin ne tient pas à nous liquider, il n'en est pas de même pour son peuple qui prend un malin plaisir à essayer de tuer MES chevaliers dès que l'occasion se présente! De quoi me mettre de très mauvaise humeur.

-Tu rumines toujours? Me demande Tristan en s'installant près de moi.

Je réponds par un grognement très gracieux et très féminin alors qu'il se moque ouvertement de ma pauvre personne. On ne peut pas dire que ce soit la joie entre nous mais, on essaie de faire avancer les choses tout doucement. La preuve est qu'il ne serait jamais venu comme ça près de moi avant. Et j'ai beau trouver ça bien qu'il fasse un effort, j'aurais préféré qu'il ne le fasse pas pour se foutre de moi. Je suis déjà très irritée en ce moment -plus que d'habitude s'entend- alors s'il vient en rajouter, je ne peux pas jurer qu'il en ressortira indemne.

-Je ne vois pas pourquoi tu le prends comme ça, insiste-t-il.

-Ces débiles ne perdent rien pour attendre, je marmonne. Attends que j'en attrape un, je vais lui faire passer l'envie de retoucher à un arc pour le restant de sa putain d'existence!

-Enora, me gronde Arthur qui est un peu plus loin mais malheureusement assez près pour m'entendre.

-Quoi? Je m'exclame. Ne me dis pas qu'ils ne t'ont pas mis les nerfs? Non mais c'est vrai quoi, on a fait que passer cette pu…nèse de forêt. Il n'y a pas leur nom dessus que je sache!

Arthur lève les yeux au ciel mais ne répond pas, apparemment satisfait de me voir me reprendre sur les mots que j'emploie et Tristan me regarde avec une lueur moqueuse dans le regard.

-Tu me sembles bien irritable belle Enora, intervient Lancelot en prenant place de mon autre côté en passant un bras sur mon épaule.

Ce type doit vraiment être un handicapé visuel pour ne pas voir le regard noir et franchement effrayant que lui lance Tristan. Ou alors il s'en fout et il est donc handicapé tout court.

-Premièrement, je déteste la pluie, je rétorque en haussant la voix. Deuxièmement, cette conne de pluie…

-Enora, ton langage, soupire Arthur avec un air blasé.

-…m'empêche de fermer les yeux, je continue sans l'écouter -ma propre mère n'est jamais parvenue à ne pas me faire jurer comme un chartier avant pourquoi y arriverait-il?

Lancelot retire son bras de mon épaule après un coup d'œil à mon homme qui commence vraiment à devenir nerveux par cette promiscuité. Handicapé mais pas con le chevalier. Comme quoi, son instinct de survie n'est pas si irrécupérable. Il se lève alors pour rejoindre les autres autour du feu. Je jette un coup d'œil pensif à Tristan qui s'occupe de son épée et pars les rejoindre à mon tour.

Les chevaliers semblent frigorifiés et Gauvain -la tête entourée de sa cape en tant que mince protection- ne se fait pas prié pour nous le faire remarquer grâce à des plaintes.

-J'ai tellement hâte de quitter cette île, s'exclame-t-il. Quand ce n'est pas la pluie, c'est la neige. Quand ce n'est pas la neige, c'est le brouillard.

-Et pour eux c'est l'été, raille Lancelot.

On est tous trempé. Et je dois dire que Tristan est très…il n'y a pas de mot pour décrire une vision pareil. Tristan mouillé de la tête au pied en train d'affuter son épée, c'est juste carrément sexy.

Tu es juste en manque.

Pas du tout.

Pitié, c'est quand la dernière fois que vous avez été…intime? Il faut vraiment que tu te décides à lui sauter dessus avant de devenir cinglée. En plus, on dirait qu'il fait exprès de se pavaner.

Il faut dire que nos relations sont un peu tendues en ce moment.

Un peu? Vous marchez constamment sur des œufs. Et les autres sont aussi tendus que vous. Comme s'ils attendaient une attaque nucléaire.

Ils ne peuvent pas attendre une attaque nucléaire dans le sens où ils ne savent même ce que c'est!

Pas faux…

-La pluie c'est bien, intervient Bors, me sortant de mon débat intérieur et je lui lance un regard septique. Ça nettoie les marres de sang, gamine, me dit-il comme si c'était une évidence et je grimace.

-Mais ça ne nettoie pas l'odeur, rétorque Dag alors que Bors part d'un gros rire.

Je lève les yeux au ciel. Je les adore mais, parfois, les discussions de filles me manquent un peu. Vanora me manque aussi, ainsi que les enfants. Comme s'il avait lu dans mes pensées, Lancelot change de sujet avec un sourire railleur.

-Hey Bors, l'appelle-t-il. As-tu l'intention d'emmener Vanora et tous tes bâtards à la maison? Demande-t-il alors que je le fusille du regard -il sait que je n'aime pas le terme de bâtard.

-Oh, soupire Bors. J'essaye d'éviter d'avoir à prendre cette décision… en me faisant tuer.

Ils rigolent tous alors que je lève les yeux au ciel. Bors semble enfin se rappeler de ma présence car la panique s'inscrit sur son visage et il me dit:

-Ne lui dit pas que j'ai dit ça.

Les autres ricanent alors que je secoue la tête en souriant. Cet homme est l'un des plus courageux sur un champ de bataille mais il est aussi l'un des plus peureux quand ça concerne sa femme.

-Dagonet? Reprend mon ours alors que Tristan s'assied enfin près de moi et que je m'approche instinctivement près de sa chaleur. Elle voudrait se faire épouser et donner un nom aux enfants, dit-il d'une voix indécise alors que je souris en posant ma tête sur l'épaule de mon voisin.

-Les femmes, soupire-t-il en rangeant son épée.

Je relève la tête, comme si j'avais reçu un électrochoc et lui mets un claque derrière la tête en le fusillant du regard, faisant rire les autres.

-Les enfants ont déjà un nom, il me semble, tente-t-il de se justifier sans se rendre compte qu'il s'enfonce. Je me trompe?

Je suis de plus en plus indignée et il s'en rend compte puisqu'il lève les yeux au ciel. Il compte agir comme ça avec nos enfants? Oulla. Pause. Je viens de penser quoi, là? Moi, avoir des enfants? Avec lui? Je deviens folle ma parole. Je suis trop jeune pour penser à ce genre de choses. Je ne suis même pas sûre de pouvoir y penser un jour, en fait.

-Il n'y a qu'Ellain, reprend Bors, me sortant de mes pensées bizarres. C'est déjà suffisamment compliqué. Les autres ont seulement un numéro.

-Très intéressant, se moque Lancelot. J'ignorais que tu savais compter.

Je pouffe alors que les autres rient. Je me suis de nouveau rapprocher de Tristan, grelottante et il passe ses bras autour de moi en me frictionnant. Je plonge mon nez dans son cou et inspire profondément avant de soupirer de bien être. Il ressert son étreinte en réponse et ses frottements deviennent des caresses alors que nos autres mains s'enlacent. Dagonet sourit en nous regardant, mais je pense apercevoir une lueur menaçante dans le regard qu'il lance à Tristan.

-Je ne pensais pas pouvoir rentrer vivant, lance Bors. Maintenant, l'occasion se présente et…je n'abandonnerai pas mes enfants.

-Il te manquerait sûrement beaucoup, acquiesce Dag.

-Oui, j'approuve en souriant, émue. Ils manqueraient à n'importe qui, ils sont adorables.

-Les nôtres le seraient aussi, sourit Lancelot avec un faux sourire charmeur sous le regard noir de Tristan alors que je rougis en levant les yeux au ciel -j'ai beau savoir qu'il plaisante, je ne peux pas m'empêcher de rougir à chaque provocation de sa part et ça l'amuse.

-Je les emmènerais avec moi, poursuit-il en rêvassant. Je les aime ces bâtards, ils sont tout pour moi.

Je tique un peu au mot employé, mais la seconde partie de la phrase me touche trop pour que je ne le fasse remarquer. J'ai presque envie de pleurer -bon sang, je deviens trop sentimentale, moi. Je continue donc à m'occuper de mon homme, mordillant son cou et le lobe de son oreille pour l'embêter et il me répond souvent en me pinçant légèrement les côtes, me faisant sursauter et pouffer discrètement.

-J'aime surtout le numéro trois, ajoute-t-il à notre attention. Il a l'âme d'un guerrier.

-C'est parce que c'est le mien, réplique Lancelot, coupant court au moment d'émotion alors que Gauvain s'étouffe de rire et que je lève une nouvelle fois les yeux au ciel.

-Il faut que j'aille pisser, soupire Bors, blasé en se levant.

-Charmant, je grimace alors qu'il s'éloigne.

-C'est Bors, souffle Tristan à mon oreille.

-Arrête, je pouffe en me grattant l'oreille avec mon épaule. Ça chatouille.

-Vraiment, sourit-il avant de recommencer.

Je ris moins discrètement avant de le mordre légèrement plus fort que tout à l'heure et il siffle.

-On ne vous dérange pas? Ricane Gauvain.

Je reviens à la réalité et me replace correctement avec un petit sourire aux lèvres et les joues rougies. Tristan tente de se lever mais je l'en empêche en grognant.

-Il faut que je fasse un tour, m'apprend-t-il.

-Mais j'ai froid moi, je ronchonne d'une voix plaintive.

-Je reviens vite, soupire-t-il en levant les yeux au ciel.

Je m'éloigne en faisant la moue alors que le froid entre de nouveau en contact avec ma peau. Je me lève d'un bond et fonce sur Dagonet qui se fige quand je me colle contre lui.

-Enora? M'appelle Tristan en fronçant les sourcils.

-C'est soit ça, soit je meurs d'hypothermie, à toi de voir, je réplique avec irritation.

-Hypo-quoi?

-De froid, je marmonne en m'enfonçant dans la chaleur de Dagonet en fermant les yeux.

Tristan ronchonne encore pour la forme alors que Dagonet s'installe plus confortablement pour nous deux. Je me sens partir rapidement.


Je soupire pour la énième fois en regardant Tristan manger, les cheveux encore humide. Il le fait exprès, ce n'est pas possible autrement. Il doit savoir l'effet qu'il me fait comme ça, surtout en ce moment d'inactivité sexuelle plutôt poussée.

Tu es juste une obsédée.

Ose me dire que tu ne m'encouragerais pas si je lui sautais dessus pour le violer, là, tout de suite.

C'est bien ce que je pensais.

Je n'ai jamais été du genre nymphomane avant, mais depuis que je l'ai rencontré, je me fais l'effet d'une véritable obsédée sexuelle, jamais rassasiée. Alors, si en plus je dois être abstinente plusieurs jours d'affilés, je doute de survivre. Je finirais probablement par mourir de combustion instantanée à cause de son attitude hautement provocatrice.

Il mange! En quoi c'est provocateur?

Mais, il a les cheveux humides et ça a un effet jusque là insoupçonné sur ma personne. Le crétin d'oiseau sans nom me sort de ma contemplation en arrivant en piaillant. J'ai presque envie de lui hurler qu'on l'a entendu et qu'il n'a pas besoin de se donner en spectacle de cette façon. Je deviens dingue, définitivement.

Tu dis ça souvent, non?

C'est parce qu'à chaque fois que j'atteins un degré de folie en me disant que ça ne peut pas être pire, un événement vient me contredire.

Et le sentiment de contrariété et de jalousie que je ressens en voyant MON homme faire des papouilles à sa débilité d'oiseau me conforte dans ma pensée. Je suis vraiment barje! Jalouse d'un piaffe, c'est le comble.

-Si tu continues de le regarder de cette façon, il risque de s'embraser.

Je jette un coup d'œil à Lancelot qui est à mes côtés en soupirant.

-Et arrête de soupirer de cette façon, sourit-il. On dirait que tu portes toute la peine du monde sur les épaules.

-La peine, non, je le contredis. La frustration ça par contre, c'est une autre histoire!

Il rit légèrement en secouant la tête.

-Tu veux dire que vous ne vous sautez plus dessus à la moindre occasion? M'interroge-t-il en haussant les sourcils d'un air plein de sous-entendu.

-Quelles occasions? Je rumine en faisant une moue boudeuse. Il passe tout son temps à nous trouver des chemins, à surveiller les alentours, à manger et à s'humidifier les cheveux exprès pour me provoquer. On a eu l'occasion de rien, même pas un câlin ou une conversation.

-Depuis quand discutez-vous, tous les deux? Raille-t-il. Quand vous en venez à parler, vous finissez toujours par hurler. Enfin, c'est toi qui hurle. Lui, il tue tout sur son passage.

-Et puis, pourquoi je parle de ça avec toi? Je réalise en le fusillant du regard.

-À qui d'autre pourrais-tu en parler?

J'ouvre la bouche avant de la refermer sans rien dire. Oui, il n'a pas tort. Dagonet risquerait de s'enfuir en courant pour éviter le sujet, Arthur ferait une syncope en apprenant que j'ai une vie sexuelle, Bors n'est pas assez sérieux pour ce genre de discussion et je doute qu'il approuve de toute façon -il pourrait tuer Tristan en apprenant que j'ai une vie sexuelle. Gauvain… et bien disons que je ne suis pas assez proche pour parler de ce genre de choses. Quant à Galahad…non, franchement pas une bonne idée non plus. Il ne reste que Lancelot. Lui, nymphomane pur et dur, peut comprendre par quoi je passe -je me suis d'ailleurs souvent demandée comme il gérait les missions.

Il te faut un dessin?

Pas vraiment.

-Tu dévores donc du regard notre éclaireur parce que tu as atteint un niveau de frustration trop élevé? Reprend-t-il avec un air moqueur.

-Je ne le dévore pas, je claque en le fusillant du regard, attirant le regard des chevaliers sur nous.

Je leur fais un sourire forcé et il retourne à leurs conversations.

-Et je ne suis pas frustrée, je reprends plus bas. Je suis juste en manque de câlins.

-C'est une autre manière de dire que tu es frustrée, Enora, me fait-il remarquer en me lançant un regard blasé.

-Non…Bon d'accord, j'abdique en grimaçant. C'est vraiment pathétique. On risque de se faire attaquer par deux peuples à chaque instant et moi, je pense à ma vie sexuelle…ou plutôt mon absence de vie sexuelle. J'ai vraiment un sens des priorités légèrement décalé.

-Ce n'est pas vraiment une grande nouvelle, rit Lancelot.

Je soupire en me prenant le visage dans les mains. Si même lui approuve l'idée que je suis une perverse, j'ai vraiment touché le fond.

-Si tu veux, je peux me charger d'alléger ta frustration, me propose-t-il.

-Non mais t'es malade, je crie en me relevant d'un bon, furibonde et rouge comme une tomate sous son air hilare. On ne peut vraiment jamais parler de rien avec toi! J'aurais mieux fait de me taire!

-Que se passe-t-il, encore? Soupire la voix d'Arthur.

Je me mords la lèvre en me tournant au ralenti vers les autres. Tous les regards sont sur moi, me faisant encore plus rougir. Bon sang, ça faisait longtemps que je n'avais pas gaffé comme ça et ça ne m'a pas manqué.

-Rien, je réponds avec un sourire crispé sous l'œil dubitatif d'Arthur et des autres.

-Lancelot? L'interroge-t-il.

-Et bien Enora m'a fait part de sa récente f…

Je plaque une main sur sa bouche et agrippe ses cheveux de l'autre en lui adressant un regard menaçant.

-Un mot, sale petit mouton dégénéré, et tu peux dire adieu à ta chevelure de pré-ado retardé, j'ai été clair? Je siffle en le lâchant.

Il me sourit d'un air moqueur alors que les autres nous regardent bizarrement. Tristan fronce les sourcils avec un regard suspicieux que j'aurais pu trouver super craquant s'il ne m'était pas adressé. Bon sang, je déteste quand il me jauge de cette manière.

-Quoi? Je demande sèchement.

Il hausse les épaules et détourne les regards pour retourner à son maudit piaffe. Oui, je suis désagréable sans raison apparente, mais la distance qu'impose cette satanée mission commence vraiment à jouer sur mon caractère. Il est tellement sur ses gardes tout le temps que je ne peux profiter vraiment de sa présence les rares fois où il est là et ça commence vraiment à me peser. Je suis vraiment sur les nerfs, en ce moment et le manque de contact entre nous n'aide pas vraiment.

Tu vas peut-être avoir tes règles.

Il ne manquerait plus que ça!


Nous reprenons le chemin, avançant rapidement. Nous ne ralentissons qu'à un moment parce que le chemin est un peu moins stable -merci Tristan pour ton magnifique itinéraire. En parlant de ce dernier, il ralentit encore pour arriver à ma hauteur et me fixe sans rien dire, m'énervant au passage.

-Pourquoi tu me regardes comme ça? Je marmonne.

-Je me demandais simplement ce que j'avais encore fait pour te mettre en colère, répond-t-il calmement.

-Quoi? Je m'étonne. Je ne suis pas en colère!

-Bien sûr que si.

-Puisque je te dis que non!

-Tu vois bien que tu es en colère, il n'y a qu'à entendre le ton que tu utilises.

-C'est parce que c'est toi qui me mets en colère, je m'écrie.

-Tu vois, tu l'avoues!

-Mais, je n'avoue rien du tout bon sang! Je n'étais pas en colère jusqu'à tu me mettes en colère avec tes questions stupides!

-Questions stupides? S'indigne-t-il. Ce n'est pas de ma faute si j'ai toujours peur de faire un faux pas. Tu n'es jamais satisfaite.

-Alors ça c'est la meilleur!

-Je voulais juste savoir ce qui t'agaçait, soupire-t-il.

-Là, maintenant, c'est toi qui m'agace, je crache.

-Bien, dans ce cas, je resterais à distance, réplique-t-il froidement.

-Je ne vois pas en quoi ça change des jours précédents, je le rabroue.

-Alors ce n'est que ça? S'exclame-t-il. C'est pour ça que tu es énervée?

-Mais puisque je te dis que je ne suis pas énervée, je crie.

-Alors pourquoi cries-tu? Me demande-t-il narquoisement.

-PARCE QUE TU M'ÉNERVES!

-Tu vois, dit-il simplement.

-Ça suffit, intervient sèchement Arthur alors que j'ouvre la bouche pour tuer verbalement l'homme dont je suis stupidement amoureuse. On n'entend que vous ici, vous allez ameuter tous les pictes ou saxons des environs avec vos cris, poursuit-il en me lançant un regard lourd de reproches.

Je baisse les yeux, honteuse alors que les larmes me montent aux yeux.

-Il est vraiment temps de t'occuper de ton état, rétorque Lancelot avec sourire moqueur, attirant un regard interrogateur de Tristan sur moi.

Je soupire. Ce n'est tout de même pas mon état de frustration qui me rend aussi irritable et sensible, si? Parce que si c'est le cas, Lancelot a raison: il est temps de s'en occuper, ce n'est plus possible. Je deviens une véritable girouette émotionnelle.

Les autres recommencent à avancer en silence mais Tristan reste à mes côtés, chose étonnante. Il est plutôt du genre à fuir nos problèmes d'habitude -ce qui n'arrange rien puisque je suis exactement pareil. Le fait qu'il reste malgré mon hostilité à son égard en ce moment me fait me sentir coupable.

-Je suis désolée, je soupire. Cette dispute est vraiment stupide.

-C'est toi qui ne veux pas avouer que tu es énervée, réplique-t-il alors que je lui lance un regard noir avant de lever les yeux au ciel -il n'abandonnera pas.

-D'accord, je suis énervée, j'avoue. Et c'est bien parce que nous n'avons pas beaucoup eu de temps à nous ces derniers temps. Je ne t'en ai pas parlé parce que je sais que la situation exige en quelque sorte cette distance. Avec ton rôle d'éclaireur et tout ça. Bref, je m'en suis prise à toi pour passer mes nerfs et j'en suis désolée.

-Bien, répond-t-il simplement.

Et la médaille de l'homme le plus expressif revient au grand et magnifique chevalier Tristan, je songe en levant les yeux au ciel. Il n'y a que lui pour répondre par monosyllabe après tout un discours. Je ravale la remarque acerbe que j'ai sur le bout de la langue et qui me vaudra à coup sûr de nouvelles excuses et me concentre sur le chemin alors qu'il repart devant pour trouver un autre chemin pour repartir.

Je rencontre le regard exaspéré de Dagonet qui lève les yeux au ciel avant de se détourner. Le chemin redevenant normal, nous reprenons une vive allure et un petit village devant un énorme mur apparait. On est enfin arrivé.

Nous arrivons rapidement devant le mur alors que les paysans arrêtent leur travail pour nous accueillir, me regardant plus longtemps que nécessaire. Nous arrivons devant de grandes portes qu'on nous ferme au nez. Charmant accueil! Traduction: tuez les paysans si vous le désirez mais ce qui est a l'intérieur, pas touche!

Des hommes, au dessus du mur, s'approche et nous demande qui nous sommes.

-Je suis Arthur Castus, répond celui-ci. Commandant des chevaliers Sarmates, envoyé par l'évêque Germanus, de Rome.

Voilà qui est assez complet.

-Et la femme? Interroge un autre en me montrant d'un mouvement du menton.

-Elle est avec nous, répond-t-il simplement d'une voix autoritaire qui interdit toute autre question.

-Ouvrez la porte, ordonne celui que je suppose être le chef.

Les paysans nous ont maintenant encerclés et je me sens très mal à l'aise, je déteste être entourée et regardée de la sorte. Il regarde les chevaliers comme s'ils étaient leurs sauveurs -ce qui doit être le cas- et me regarde moi comme une bête curieuse. Mais, ils font tout de même peine à voir. La plupart sont maigres et sales, même les enfants.

Les portes s'ouvrent, me sortant de ma contemplation. Je me redresse un peu pour voir par-dessus Bors qui s'est planté devant moi comme pour faire barrage avec ce qui arrive. Deux soldats sortent, accompagnée par un homme boudiné. Rien qu'en un regard, je sais que lui et moi ne seront pas des amis. Il a quelque chose de commun avec cet évêque Germanus, quelque chose de malsain qui ne me plait pas du tout et je me crispe, prête à me défendre tout en sachant intérieurement que c'est inutile... pour l'instant.

-Vous êtes venus, s'exclame-t-il avec joie en s'approchant et je fais reculer mon cheval presque inconsciemment. Doux Jésus, Arthur et ses chevaliers.

Le gros balourd tente de caresser le cheval de Galahad mais, celui-ci se rebiffe sous mon sourire narquois et satisfait -même cet animal pense comme moi!

-Vous avez combattu les pictes, continue-t-il. Ces viles créatures, ajoute-t-il alors que je hausse un sourcil -plus il parle, plus ma première impression se renforce.

-Nous avons ordre de vous évacuer immédiatement, intervient Arthur.

Le boudiné laisse échappé un rire incrédule en jetant un coup d'œil autour de lui.

-Mais, c'est impossible, rit-il et je soupire.

-Qui est Alecto? Demande Arthur après un silence.

-C'est moi, s'écrie une vois du haut du mur.

Un gamin d'environ seize ans se tient là avec une femme. Je ne les avais pas vus arriver.

-Alecto est mon fils, annonce le boudiné. Tout ce que nous avons est ici. Sur cette terre qui nous a été offerte par le Pape, à Rome.

Il est au courant qu'on s'en fout royalement? On doit juste ramener le fils d'après ce que je sais, alors personne ne m'en voudra de tuer le boudiné qui lui sert de père, si?

Où est passée ton indulgence?

Je n'en ai jamais eu.

Lancelot semble penser comme moi puisqu'il intervient, exaspéré.

-Que vous n'allez pas tarder à abandonner aux saxons!

-Ils arrivent par le nord, acquiesce Arthur.

Il y a un silence alors que le boudiné prend un air de prince outragé.

-Alors Rome enverra une armée, réplique-t-il d'un air hautin.

Bon, là, j'ai le droit de le tuer? Il se prend pour quoi exactement?

-Elle est là, répond Arthur. C'est nous. Nous partirons dés que vous serez près.

Je lui jette un regard. Sans vouloir paraitre offensante concernant leurs performances, c'est tout ce que possède la très grande Rome? Et elle se la joue parce qu'elle possède sept hommes -dont six sont forcés- dans son armée? Et les abrutis qui se pavanent au mur alors? C'est quoi? Des moines?

-Je refuse de partir, dit le boudiné d'un air qu'il espère sûrement autoritaire -il n'a jamais eu à faire face à Arthur, lui, visiblement.

Celui-ci le regarde d'ailleurs avec exaspération alors que le fameux Alecto et celle que je suppose être sa mère arrivent.

-Retournez au travail, s'écrie le gras du bide aux paysans, me faisant sursauter.

Ce que je vois ensuite me donne littéralement des envies de meurtres. Les soldats répètent l'ordre en s'avançant vers les paysans, poussant ceux qui ne sont pas assez rapides comme s'ils n'étaient que des moins que rien. Je me crispe entièrement, mon corps tout entier se révolte et je suis prête à intervenir tout en sachant que c'est la dernière chose à faire. Dag doit avoir compris puisqu'il se rapproche de moi et pose sa main sur mon bras en signe d'apaisement.

Arthur descend de sa monture et se dirige vers le boudiné avec un air pas franchement commode.

-Si je ne vous ramène pas ainsi que votre fils, mes hommes ne quitteront jamais cette terre, commence Arthur avec colère. Alors vous me suivrez même si je dois vous attachez à mon cheval et vous trainer moi-même jusqu'au mur d'Hadrien! Monseigneur, ajoute-t-il.

Je souris alors qu'un sentiment de fierté me remplit. Ça, c'est mon Arthur. Oui, je sais, je réagis comme une gosse qui voit encore son père comme son héros et s'extasie quand il remet un connard à sa place. Et alors?

-Dame, ajoute-t-il ensuite à la femme. Mes chevaliers ont faim.

Moi aussi, j'ai faim! Ne me dites pas qu'il me met dans le tas des chevaliers? Et c'est quoi cette façon de parler?

La dame en question regarde son mari le boudiné -oui, je me répète-, attendant visiblement son accord et je regarde la scène avec un sentiment de rébellion. Bon sang, les années soixante n'ont servi à rien ou quoi?

Ces années ne sont pas encore arrivés! Et on en est loin.

Oui, j'ai remarqué. Le boudiné se retourne vers elle et lui donne son accord. Alors, elle s'en va. Je déteste les femmes soumises!

Il y a un affrontement de regard entre le boudiné et Arthur que ce dernier gagne haut la main puisque l'autre se détourne et rentre dans l'enceinte du mur en bousculant son fils.

Arthur jette un coup d'œil sur le côté, vers une sorte de bâtiment qu'on semble refermer. À la simple vue de cet endroit, sans même savoir ce qu'il contient, je sais que c'est mauvais, horrible et malsain comme le maitre des lieux. Je secoue la tête pour me remettre les idées en place alors que Bors s'adresse à Arthur -qui ne semble pas vouloir remonter à cheval.

-Allez, sourit l'ours. Viens.

Mais celui-ci fixe un nouveau point, derrière nous, en fronçant les sourcils. Nous suivons son regard et j'ai la nausée. Plus loin, au milieu du « village », se tient un homme, maigre, sale et suspendu par les poignets. D'ici, on voit qu'il n'a pas du être bien traité. Il se tord sur lui-même, essayant de tenir debout et je grimace de dégout face à ce qu'on lui a fait.

Arthur avance d'un pas décidé, prenant son épée au passage sous notre regard ahuris. Lancelot lève les yeux ciel et marmonne « Et ça recommence », en me jetant un coup d'œil. Traduction: « La dernière fois qu'il a fait ça, c'était avec toi ». Bors prend un air résigné et sort son épée en descendant de cheval à son tour alors qu'un paysan fait de la gratte à Arthur en le poursuivant.

-Vous venez de Rome? Demande un paysan à Bors d'une voix presque émerveillée.

-De l'enfer, répond celui-ci très sérieusement avant de continuer son chemin.

Je descends à mon tour, sans mon épée, et rejoins Arthur qui interroge les paysans sur l'homme.

-Pourquoi lui inflige-t-on ce châtiment? Demande-t-il alors que je me place à ses côtés, regardant le pauvre homme. Répondez-moi, exige-t-il devant le silence qui suit sa question.

-Il a défié notre maitre, Marius, raconte celui qui poursuivait Arthur. La plus grande partie de nos récoltes prend la mer pour être vendue. Il a demandé qu'on puisse en garder un peu plus pour nous, c'est tout! Mon estomac est vide, tout le monde ici meurt de faim. Vous venez de Rome, continue-t-il. Est-il vrai que Marius est un représentant de Dieu et que c'est un pêché de le défier?

Il y a un silence alors que je regarde le vieil homme, comme hypnotisé. Celui-ci a ses yeux mi-clos fixés sur moi et il me sourit légèrement, me donnant envie de pleurer. Arthur semble sur le point d'exploser alors que la colère se lit clairement sur son visage.

-Je vais vous dire la vérité, annonce-t-il en les montrant de son épée alors qu'ils reculent, légèrement effrayés -niveau tact, on repassera. Marius n'est pas un homme de Dieu. Et vous, vous tous ici, vous êtes libres depuis le jour de votre naissance.

Sur ces mots, il se retourne vers le vieil homme et abat son épée sur ses liens avant de se tourner vers les autres.

-Aidez cet homme, dit-il aux autres. Aidez cet homme, ordonne-t-il en ne les voyant pas bouger.

Ils réagissent enfin et s'approchent pour s'occuper de lui alors que je reste figée sous son regard. Il finit par fermer les yeux, apparemment épuisé et me libérant de son emprise.

-Écoutez-moi bien, poursuit Arthur. Une immense armée de barbares sera bientôt là. Ils n'auront aucune pitié, ils n'épargneront personne. Ceux d'entre vous qui en sont capables doivent rassembler leurs effets et commencer à avancer au sud, vers le mur. Ceux qui en sont incapables viendront avec nous. Toi, dit-il en parlant à son poursuivant. Tu entres à mon service. Aide ces gens à se préparer.

Sur ces paroles, il tourne les talons et je le suis, hébétée. Je n'ai pas tout suivi mais quelque chose me dit que sa formidable idée va tous nous mettre dans la merde. D'un autre côté, je comprends pourquoi il l'a fait.

Les chevaliers regardent la scène d'un air blasé et je me poste aux côté de Bors.

-Je savais que ça finirait comme ça, ronchonne-t-il.

-Il ne pouvait pas les laisser ici, je tente.

-Si, il pouvait, me contre-t-il. Mais sa conscience ne le lui permettait pas. Mais bon, après tout, c'est sa conscience qui nous a menés à toi, gamine. Et je ne m'en plains pas.

Je lui rends son sourire avant qu'on ne se mette au travail. J'aide les paysans depuis un moment quand la neige comme à tomber. Je remarque en grimaçant que l'on recommence à refermer la porte du petit bâtiment mais me détourne, mal à l'aise sans comprendre pourquoi. Au bout d'un moment, je soupire, fatiguée. Je n'ai pas beaucoup mangé dernièrement et les effets commencent à se faire sentir, car ma tête me tourne légèrement. Lorsque je me relève trop vite, mes jambes cèdent mais je sens qu'on me rattrape. Tout mon corps se crispe et je m'éloigne vivement en me retournant, manquant une nouvelle fois de tomber.

J'ouvre la bouche de surprise en me trouvant face à Alecto.

-Vous devriez vous reposer, me dit-il doucement.

-Ça ira, j'assure en souriant. Mais merci de m'avoir rattrapée.

Il me rend mon sourire sans insister et s'en va. Au bout de deux minutes, un Bors les sourcils froncés d'inquiétudes apparait devant moi. Bon, le petit Alecto n'a pas insisté mais a prévenu mon garde du corps attitré visiblement. Il me tend une gourde et un peu de nourriture et se plante devant moi, attendant que je mange. Je lève les yeux au ciel et m'exécute, me sentant tout de suite mieux.

Je vois Tristan arriver au galop et plante mon regard dans celui de mon ours.

-Pas un mot, j'ordonne.

Il acquiesce à contre cœur en soupirant et je souffle de soulagement. Pas besoin de l'inquiéter pour une petite chute de tension. Tristan rejoint Arthur et ils discutent. Je vois mon homme regarder autour de lui avant de parler, la réponse ne doit pas lui plaire puisqu'il prend un air mi-résigné mi-énervé.

Des tambours retentissent au loin, nous figeant tous. Mon regard rencontre celui de Tristan et pour la première fois, je vois de l'inquiétude dans ses yeux. Je m'approche en frissonnant quand les soldats réordonnent de se remettre au travail à ceux qui murent la porte. Ça attire le regard d'Arthur qui n'a, jusque là, porter qu'un regard distrait sur cette porte. Il croise mon regard et y lit mon malaise. Un message passe, il sait en regardant mes yeux que je sens que ce qu'il y a là-dedans est inhumain. Il sort son épée en reportant son regard vers la porte et descend de cheval. Il s'approche suivit des chevaliers d'un air menaçant alors que les soldats tentent de lui barrer le passage.

-Poussez-vous, ordonne-t-il alors que Bors vient à la rescousse. Poussez-vous!

Les soldats s'écartent donc alors que je reste légèrement en retrait. Tristan se déplace presque imperceptiblement, plaçant son cheval entre moi et un soldat sans pour autant me regarder. Gauvain menace, quant à lui, un soldat avec grande satisfaction -le pauvre, ce doit être la première fois qu'il y est autorisé avec autre chose qu'un picte ou un saxon.

-Qu'est-ce que c'est? Demande Arthur en désignant la porte alors que les deux travailleurs se placent devant.

-Vous ne pouvez pas y entrer, répond l'un d'eux. Cet endroit est interdit. Il n'est pas autorisé d'y pénétrer.

Arthur le fixe un moment avant de l'écarter, lui et son coéquipier, du bout de son épée.

-Arrêtez, hurle la voix du boudiné et je lève les yeux ciel -il est toujours là, lui?

Je ricane intérieurement en voyant Bors se déplacer et lui couper la route. Arthur s'approche de la porte presque totalement emmurée et la frôle.

-Arthur nous n'avons pas le temps, intervient Lancelot et pour une fois, il n'a pas tort.

-N'entends-tu pas les tambours? Renchérit Galahad.

Je suis d'accord avec eux, il n'est plus temps de trainer mais, d'un autre côté, une curiosité malsaine me pousse à vouloir savoir ce qui se cache derrière cette porte. Arthur semble du même avis car il se tourne vers Dag. Il ne fait que prononcer son nom mais celui-ci comprend le message et descend de son cheval en dégainant sa hache.

Il donne un premier coup et j'ai un sursaut involontaire. Puis un second, et un autre et encore un autre alors que le mur cède sous sa puissance. Il donne ensuite un coup de pied dans la porte mais elle ne bouge pas.

-La clé, ordonne Arthur.

-C'est verrouillé, avoue l'un des soldats. Fermé de l'intérieur.

Je grimace. Qu'il y a-t-il donc dans cet endroit qu'on veut à tout prix cacher? Dagonet défonce alors la porte avec plusieurs coup de pieds alors que Lancelot les rejoins en sortant son épée. J'avance d'un pas, voulant les suivre mais, Tristan s'interpose.

-Enora, je ne pense pas que…, commence-t-il.

Mais je n'écoute pas. C'est comme si quelqu'un m'appelait d'en bas. Dagonet me lance un coup d'œil avant de soupirer, comprenant sûrement qu'on ne me fera pas changer d'avis. Gauvain nous suit en entrainant avec lui un des « hommes de Dieu ». Le restant des chevaliers font barrages devant la porte. Nous descendons les marches alors qu'une voix nous parvient. Je crois reconnaitre du latin. Nous arrivons finalement au bas des marches et une odeur me parvient, entêtante, atroce. Celle de la mort. Je ne l'ai jamais vraiment sentie, pas à ce point et pourtant, je pourrais la reconnaitre entre toutes.

-Qui sont ces affreux profanateurs du temple du Seigneur? Fait un homme en apparaissant devant nous.

Lancelot ne semble pas apprécier la remarque.

-Hors de mon chemin, crache-t-il en l'empoignant et en l'éjectant.

Nous entrons dans le tombeau et mes sens se brouillent. Il n'y a pas d'autres mots pour décrire l'endroit. Un tombeau. C'est une horreur. La scène me file la nausée autant que l'odeur de mort et ma gorge se sert, devient sèche. Ma respiration s'accélère alors que je contemple les cages qui nous entourent.

Ces cages, je les connais. Bien. Trop bien.

N'y pense pas! On a juré d'oublier, il faut oublier. Sors d'ici!

Mais, je n'arrive pas à bouger.

-L'Œuvre de ton Dieu, crache Lancelot en regardant Arthur. C'est ainsi qu'il répond à tes prières?

-Vois s'il y en a qui sont encore en vie, dit simplement Arthur aux autres.

Je reste figée à l'entrée, à côté de l'homme. L'Œuvre de Dieu? Non, c'est l'œuvre de barbares. Ce dont les saxons sont capables. L'un d'eux s'attaque à Lancelot et bien que je ne comprenne pas ce qu'il dit, je sais que toucher le chevalier n'était pas une bonne idée. L'homme retombe à mes pieds, mort sans que je ne réagisse. Un bourdonnement m'appelle, je bouge enfin sans pourtant avoir commandé à mes jambes de se déplacer. Je n'entends plus les autres parler, il n'y a que ce bourdonnement, comme une voix qui m'appelle.

Je m'arrête devant une cage, identique à la mienne et j'ai l'impression que je vais vraiment vomir sans arriver à rebrousser chemin. Je reste figée devant la cage, rencontrant une paire d'yeux.

-Enora? M'interroge Arthur en me touchant le bras, me ramenant à eux.

-En vie, je dis simplement en désignant la cage.

Il s'accroupit et ce que je vois m'achève. C'est comme si je revenais un an en arrière. Je me souviens de la douleur morale et physique. Je la ressens.

Cette femme, c'est comme si c'était moi bien qu'il n'y ait aucune ressemblance physique. Il ne manque que la chaine autour du cou.

Je fais un pas en arrière, manquant de tomber.

-Hey, souffle Gauvain en me rattrapant.

-Je…je vais…, je bégaye.

Je me dégage et me précipite jusqu'aux marches. Je les monte en vitesse. Une fois dehors, je mets dans un coin et remet tout ce que j'ai pu manger de la journée. Mon ventre se tord, mes yeux et ma gorge me brûle et les sanglots que je tente de retenir m'étouffent. Je vomis tous ce que je peux, tous ce que j'ai alors que les images m'envahissent.

Ne pense plus à ça, il faut oublier.

Je me crispe et m'éloigne en sentant un contact sur ma peau.

-C'est juste moi gamine, souffle la voix de Bors mais il ne cherche plus à me toucher -bon point pour lui. Je vais t'aider à te remettre en selle, d'accord?

Je secoue la tête, je ne veux pas qu'il me touche. Il ne faut surtout pas qu'il me touche.

-Tristan? Appelle-t-il.

J'ai envie de protester mais, je n'y arrive pas. Je me sens soulever par des bras musclés que je connais par cœur. Mon corps se crispe et panique légèrement par automatisme mais, après une seconde, je me fonds dans ses bras, plongeant ma tête dans son cou. Je respire son odeur avec délectation, oubliant celle de la mort. Son contact me soigne, encore une fois. Il est le seul à y parvenir. Il me répare, me reconstruit…

-Je t'avais dit de ne pas y aller.

…et m'agace prodigieusement.


Et voilà pour ce chapitre ;)

Qu'en avez-vous pensé? Enora est bien irritable dans ce chapitre maintenant que je le relis et Tristan n'aide pas vraiment mdr, Finira-t-elle par le faire taire de force (déjà qu'il ne parle pas beaucoup le pauvre)? Lui sautera-t-elle dessus dans un avenir proche pour combler sa frustration? S'entendra-t-elle avec Guenièvre (faut dire que le départ est pas top)?

Pour bientôt, la légendaire bataille de boules de neige dont j'ai parlé en début de fiction arrivera. Donc, pour ceux (je ne vise personne évidemment) qui l'attendent depuis maintenant pas mal de temps, ça arrive (il commence à neiger, vous l'avez lu ;) ).

N'hésitez pas à me laisser une review. N'oubliez pas qu'elles sont pour moi comme mon désert préféré et que je suis prête à en faire tout un stock :p

Bisous.