Voici ce qui devrait être l'avant dernier chapitre. Il est assez long xD j'ai failli le couper puis, je me suis dit que ce ne serait pas sympa alors, je l'ai laissé entier. Je pense que vous aller adorer la fin.

Bon, je me trouve toujours aussi nulle pour écrire les combats par contre è_é Mais, à vous d'en juger après tout ;)

Encore un grand merci à emichlo, akasha54, Midnight Fantasy Abby (Ta surprise dans ce chapitre, on verra si tu la vois et comprend la référence xD), Rawenal717, Ailinn, Lotelemna Nullame, Queen-Mebd et Miki (:p) pour leur review.

Mel: Je suis contente que tu aimes ^^ ça fait toujours plaisir de voir de nouvelles lectrices (je ne suis pas sûr qu'il y ait des lecteurs alors bon ^^) La réponse quand à la mort d'Enora par les saxons dans ce chapitre :p Merci beaucoup pour ta review en tout cas ;)

gwla10 : la plupart des lecteurs ont la même condition xD Merci pour ta review, je suis contente que tu aimes ;)

Bonne lecture.

Chapitre 35.

J'ai menti. Pour Tristan. Pour moi. Parce qu'un monde sans lui perd tout son sens et que si je dois donner ma vie pour épargner la sienne ; je le ferais le sourire aux lèvres.

Il ne comprendrait pas, peu importe le temps que je mets à lui expliquer. Les autres chevaliers non plus… Sauf Arthur. Lui, il sait. Et quelque part, je pense qu'il comprend pourquoi.

Alors oui, j'ai menti. Je ne l'ai jamais fait aussi aisément, surtout à Tristan. Mais, quel autre choix avais-je ? Il me haïra peut-être quand il saura mais, il vivra.

Debout devant la fenêtre, la pleine lune brille comme jamais. Je me tourne vers le lit où Tristan dort toujours. Même le regarder me fait mal. Ma main se porte sur mon ventre et la boule dans ma gorge grossie encore.

-Il faut que tu me pardonnes, je murmure. Je n'ai pas le choix.

Je ne sais pas à qui je m'adresse vraiment. Peut-être aux deux. Je sens comme un mouvement à l'intérieur de moi et je suffoque, resserrant ma main sur mon ventre. Ça n'aurait jamais dû arriver. Pas maintenant. Et pourtant, il est là, en moi et le fait de l'accepter le fait se manifester. J'ai même conscience de prendre du ventre à une vitesse hallucinante. Je sais comment s'appelle ce que j'ai fait et je connais les symptômes. Déni de grossesse. Comment peut-on ne pas le sentir, ne pas le voir ? J'ai été si aveuglée par mes objectifs que j'ai voulu faire comme si les signes n'existaient pas.

Une larme m'échappe. La vie peut se montrer cruelle mais, est-ce de l'apitoiement de penser qu'elle s'acharne particulièrement sur moi ? Je ne lui ai pourtant jamais rien demandé d'extraordinaire. Juste ceux que j'aime à mes côtés. Elle me les a pris une fois. Je ne peux laisser ça se reproduire.

Alors, je mens. En espérant que mes mensonges les sauveront.


-Je ne comprends toujours pas pourquoi tu ne viens pas avec nous maintenant !

-J'ai des choses à régler avant. Les saxons ont un informateur qui leur a sûrement parlé d'Arthur et des faiblesses du mur. Je serai là pour m'assurer que ça ne jouera pas en leur défaveur.

-Quelqu'un peut le faire pour toi !

-Tu sais très bien que non, Bors !

Je le fusille du regard et il grommelle en se détournant. Lancelot, à ses côtés, me regarde intensément et je gigote, mal à l'aise. Les autres chevaliers ne semblent pas non plus d'accord avec le fait que je les rejoigne après. Et je ne parle pas de Vanora qui tente de m'assassiner du regard. C'est joyeux pour des adieux !

-Il faut que vous partiez, j'enchaine en regardant les autres se préparer à avancer.

Je vais m'éloigner quand Tristan agrippe mon poignet. Son regard est dur, presque agressif.

-Si tu n'es pas là, je viendrais, rappelle-t-il.

-Je serais là, j'assure avec conviction.

Je m'éloigne ensuite rapidement alors que mon cœur bat si fort que j'en ai mal. Guenièvre m'attend non loin. Elle a abandonné la robe romaine pour arborer une tenue de guerrière. Le pantalon semble confortable, ne gênant pas les mouvements alors que le haut est composé de très peu de tissus. En fait, seule sa poitrine est cachée. Le reste de son corps a été peint de bleu. Les couleurs de son peuple… ou des schtroumpfs.

Quand je m'arrête en face à Guenièvre, elle me fixe longtemps, indécise. Elle prend finalement le parti de ne rien demander puisqu'elle en vient directement au sujet principal.

-Merlin nous attend pour nous expliquer la stratégie à adopter, explique Guenièvre. Il faut aussi te préparer.

Je hoche la tête et la suit. Elle m'emmène à l'orée de la forêt où mon ancêtre nous attend. Ses yeux sont braqués sur moi et j'y lis du soulagement accompagné de fierté. Je le suis un peu aussi. Pour la première fois, j'agis pour les autres et non en pensant à moi. J'aurais pu éloigner Tristan, partir avec lui mais, j'aurais laissé des femmes et des enfants à la merci de psychopathes. Alors, je suis restée.

-Nous avons pensé nous séparer, explique Merlin alors que les pictes me fixent tous avec un air de poisson ahuri. Les archers seront placés ici. Les catapultes que tu nous as conseillées seront un peu plus loin. Je serais avec ces derniers alors que tu commanderas les archers avec Guenièvre.

-Ça me semble correct, j'acquiesce. Qu'en est-il de ce dont nous avons parlé ?

-Je me charge d'enflammer les projectiles, assure Merlin avec un sourire satisfait. J'en suis encore capable. Je compte sur toi pour les flèches ainsi que… sur le champ de bataille.

-Parfait, je réplique sans lui rendre son sourire. Où est Arthur.

-Sur la colline, répond Guenièvre. Nous avons fait comme tu l'as suggéré. Il semblera seul et nous resterons cachés jusqu'au dernier moment. Ils ne s'attendront pas à nous voir.

-Une dernière chose ? s'enquit mon ancêtre.

Je ne réponds pas directement, jetant un coup d'œil à notre futur champ de bataille. Quelques paysans terminent les préparatifs, mettant la paille dans les flammes pour créer de la fumée, versant un liquide noir et gluant dans des tranchés. Oui, on a suivi mes conseils. Car, après tout ce temps, j'ai compris une chose importante : c'est le feu que je contrôle le mieux, celui qui me demande le moins d'effort car je puise dans ma rage, ma haine envers eux. Et cette haine ne me quitte presque jamais. Alors, je jouerai dessus. Ça évitera de me fatiguer plus que nécessaire.

Je jette un coup d'œil plus loin, devinant sans les voir, les paysans, les soldats et surtout mes chevaliers qui s'éloignent. Je ferme les yeux pour retenir ma tristesse. Peu importe ce qu'il se passera, ils vivront et c'est tout ce qui importe.

-Deux, à vrai dire, j'avoue en revenant à Merlin. La première, c'est que je sais de source sûre qu'il y a un traitre de l'autre côté. Ils doivent donc connaitre Arthur, les forces, les faiblesses. Il a dû leur raconter pas mal de choses.

-Estimons-nous donc heureux qu'il n'y ait aucun passage secret, grommelle Merlin.

-La deuxième, c'est qu'il y a un saxon en particulier que je me réserve. Cynric. Le fils du chef. Le premier qui le touche, je l'embroche pour atténuer ma frustration.

Merlin acquiesce tout en me dévisageant. Les sourcils froncés, quelque chose semble le chiffonner.

-Tu as changé depuis la dernière fois, finit-il par souffler.

-Estimez-vous heureux, je réplique d'une voix froide. Je vais enfin faire ce pourquoi vous m'avez appelé ! Ce que vous voyez n'est que la conséquence de ce que vous vouliez.

Il baisse la tête en soupirant et je me mords la langue. Le stress n'est décidément pas fait pour moi. Mes nerfs me lâchent trop facilement. Pour ma défense, il l'a bien cherché ! Il y réfléchira à deux fois avant d'invoquer ses dieux dorénavant. Guenièvre me prend ensuite le bras et m'entraine avec elle.

Une fois à l'écart des regards, elle me donne des vêtements aussi révélateurs que les siens et je déglutis difficilement.

-C'est obligé ? je demande d'une petite voix.

-Tu es des nôtres aujourd'hui, sourit-elle.

Je grimace et finis par soupirer. J'imagine que je n'ai pas le choix. C'est ça ou ma robe.

Tu as porté plus révélateur. Tu te souviens de ce short que Julian détestait.

Je crois que j'ai perdu l'habitude.

Fais pas ta coincée, ils sont ici pour se battre, pas pour te reluquer !

Rasséréner par cette pensée, je m'habille rapidement alors que Guenièvre fouille un sac, sortant des pots. Je la préviens que je suis décente et elle me tend ce qu'elle a sorti.

-Qu'est-ce que c'est ? Je demande avec méfiance.

-Du poison au cas où on se ferait attraper, explique-t-elle avec un regard insondable.

Mes yeux s'écarquillent et mon souffle se coupe alors qu'elle lève les yeux au ciel.

-Je plaisante, c'est pour te couvrir, soupire-t-elle en montrant son corps et son visage.

-Très drôle, je raille avec un faux sourire.

-Il faut bien que quelqu'un plaisante, tu as l'air vraiment…

-Oui, je sais, j'acquiesce.

Elle m'aide à me couvrir avec ce… cette substance dont je ne veux pas savoir les composants. Alors que je m'attache les cheveux, je finis par ouvrir la bouche.

-Pourquoi est-ce qu'ils me regardaient tous comme ça ? je demande.

-Tu es l'envoyée des dieux, ici pour nous sauver, explique-t-elle alors que j'écarquille les yeux. C'est la première fois qu'ils voient vraiment celle qui nous aidera. Ils étaient un peu surpris, j'imagine.

-Oui, je suppose que je ne représente pas vraiment le soldat qualifié, je souris moqueusement.

-Moi, non plus, réplique Guenièvre en me rendant mon sourire. C'est parfois les personnes qui paraissent le plus inoffensives qui font le plus de dégâts sur le champ de bataille. J'ai vu ce dont tu étais capable. Les saxons devraient trembler.

Je lève les yeux au ciel, pas vraiment convaincue. Puis, je repense à son explication sur la réaction de son peuple et j'éclate de rire.

-Envoyée des dieux, je hoquette sous le regard surpris de Guenièvre. Si j'avais su qu'un jour on me qualifierait de cette façon. Si ma famille pouvait entendre ça ou même mes amis.

Elle sourit en secouant la tête. Il n'empêche que, sans le vouloir, elle m'a détendue et que je me sens un peu mieux.

-Je vois qu'on s'amuse.

Je me retourne, faisant place à une fille pas beaucoup plus grande que moi -rassurant, je pensais qu'ils étaient tous super grand ici. Ses cheveux sont d'un roux flamboyant et ils ressortent d'autant plus avec la peinture made in Picte. Elle sourit, montrant que sa critique n'en était pas une.

-Enora, je te présente Abby, réplique Guenièvre. La seule à demander de se trouver en première ligne.

J'écarquille les yeux. Qui peut bien vouloir se trouver en première ligne ? Mise à part moi mais j'ai quelques problèmes dysfonctionnels neuronaux. J'ai peut-être trouvé quelqu'un à la hauteur de ma folie, finalement.

-Salut, je souris donc.

Elle me répond et s'apprête à ajouter quelque chose quand un grand nombre de pictes la suivent. Guenièvre inspire et me tend un arc et des flèches.

-Ça va commencer, m'informe-t-elle.

Je prends l'arme avant de repasser une main sur mon ventre. Oui, ça va commencer. Comme pour confirmer, le cri de guerre d'Arthur retend au loin, ressemblant plus à un présage lugubre qu'à des encouragements. Un adieu.

Je m'avance avec Guenièvre devant la forêt et je sens les autres arriver derrière nous. Je ne me retourne cependant pas pour m'en assurer. Je vois ma voisine se tourner vers le côté et jeté un regard au loin. Je me tourne à mon tour pour trouver Arthur, sur la colline.

-Il ira bien, je lui assure et elle tourne ses yeux vers moi.

Elle acquiesce alors que ses yeux reflètent un léger doute qu'elle balaye en serrant son arc. Nous voyons Arthur quitter sa place en nous faisant signe d'attendre et je fronce les sourcils.

Nous attendons donc, trépignant d'impatience pour ma part. Je déteste attendre, ça me met les nerfs en pelotes. Guenièvre aussi vu ses soupirs constants.

-On devrait peut-être aller voir, je suggère tout en étant consciente que je viens de dire une imbécilité.

Impression confirmé par le regard blasé que Guenièvre me lance. Oui, bon, ce n'est pas l'idée la plus brillante que j'ai eu ces dernière vingt quatre heures, je l'avoue.

La silhouette d'Arthur finit par réapparaitre et je suis sur le point de soupirer de soulagement quand les tambours que je commence si bien à connaître résonnent.


Pov externe

Les chevaliers avancent sur la route, suivant les convois sans entrain. Ils savent tous que quelque chose ne va pas. Comme un mauvais pressentiment. Ou peut-être est-ce l'absence temporaire d'Enora. Ils n'ont plus l'habitude de faire chemin sans elle pour alléger l'atmosphère. Cette petite blonde les faisant rire même dans les pires moments.

Ils se réconfortent en se disant qu'elle arrivera bientôt. Elle a promis.

Pourtant, Tristan a du mal à avancer, comme si quelque chose le retenait en arrière. Comme si s'éloigner signifiait la fin. La fin de quoi ? Le chevalier ne le saurait le dire mais une fin assez terrible pour tout détruire, il en est certain. Et Tristan trouve qu'Enora prend trop de temps mais, il ne peut en être sûr dans le cas où il a eu cette impression quelques secondes après avoir quitté le mur.

Le faucon sur son épaule émet des cris réguliers en le bousculant légèrement mais, il n'y prête aucune attention. L'oiseau est toujours comme ça quand il a envie de voler.

Puis, sans qu'aucuns chevaliers ne s'y attendent, les tambours résonnent, affolant les chevaux qui hennissent frénétiquement tout en reculant, les faisant sortir des rangs. Lancelot est le dernier à reprendre le contrôle de l'animal, lui caressant l'encolure.

Les chevaliers se regardent tous. Les tambours sont un signe. Le combat va commencer. Enora n'est toujours pas revenue et, au fond d'eux, ils n'en sont pas surpris. Ils l'ont toujours su. La blonde est comme ça. Comme si elle cherchait à se racheter d'une chose qu'ils ne comprennent pas. Ils l'ont lu dans ses yeux, Lancelot en premier. Il la connait, il la comprend parce que, quelque part, il sent qu'il devrait être là-bas, avec Arthur. Et ses compagnons le sentent aussi.

Ils sont résignés. Parce qu'ils savent qu'ils iront sur le champ de bataille une dernière fois. Parce que c'est leur place et parce qu'ils prendront plaisir à aller chercher leur amie par la peau du cou.

Tristan est le plus déterminé. Il se souvient de ses paroles, il entend encore sa voix lui dire qu'il mourra s'il reste. Et il a l'impression qu'elle est sur le point de se sacrifié pour lui. Il a envie de la tuer pour songer à l'abandonner. Si elle part, il partira avec elle, il a toujours été clair à ce sujet. Le faucon émet un énième piaillement, comme s'il réalisait ce qui allait se passer. Alors, le chevalier se tourne vers lui, le regardant une dernière fois sous toutes les coutures. Cet animal a été un fidèle compagnon jusqu'à la fin. Parce qu'il sent, au fond de lui, qu'il est temps de lui rendre sa liberté, de le laisser s'en aller. C'est un adieu.

-Hey, l'appelle-t-il en claquant sa langue à son palais. Tu es libre.

Et il élance son bras alors que son ami de toujours prend son envole sous les yeux de tous les chevaliers.

Bors regarde ensuite sa femme, son tout. Il ne sait pas s'il la reverra, il l'espère, il veut lui faire encore une bonne dizaine d'enfants, l'épouser, l'aimer. Vanora, de son côté, comprend ce qui se prépare et a envie de pleurer. Mais, elle comprend aussi pourquoi. Ce sont des chevaliers et ils n'abandonneront pas ceux qu'ils aiment dans une bataille. Alors, elle acquiesce, lui donnant son approbation silencieuse et priant pour qu'ils reviennent tous en vie qu'elle puisse engueuler Enora jusqu'à extinction de voix.

Bors voit ses enfants le regarder avec peur mais fierté et le numéro trois lui fait un signe de main. Il se détourne en se promettant une chose. S'il revient, il épousera Vanora et donnera un nom à chacun de ses enfants.

Alors, Lancelot se met à sourire, sentant qu'il prend enfin la bonne décision et le poids qui pèse sur ses épaules s'envole, le laissant léger. Gauvain répond à son sourire avec hésitation, pas certain qu'il y ait une raison de se réjouir -ils ont une fugueuse prête à se battre contre les saxons à rattrapés tout de même ! Ce qui signifie qu'ils vont devoir les affronter et peut-être y rester… Enora leur aura fait faire n'importe quoi. Sauf qu'il doute qu'il n'aurait pas agi de la même manière sans elle. Parce qu'il y a Arthur.

Galaad lui, y répond franchement. Ils vont retrouver leur petite tête blonde et massacrer ces saxons stupides. Que du positif selon lui. Il est confiant.

Ils descendent de chevaux et remettent leur armure. Tristan prend un arc et le teste. Il sourit légèrement, satisfait. Dagonet prend une hache en soupirant et Tristan lui lance un regard interrogateur.

-Je me disais simplement qu'Enora me tuerait si je mourrais aujourd'hui après ce qu'elle a donné pour me sauver, réplique-t-il en grimaçant.

-Je la tuerai avant, fait remarquer Tristan. Elle ne s'en tira pas si facilement cette fois !

Les chevaliers se sourient, pas dupe que s'il l'engueulera pendant des jours, il sera tellement soulagé qu'il le fera en la prenant dans ses bras.

Ils remontent ensuite à cheval pour rejoindre leur commandant et lui prêter main forte.

Lancelot arrive le premier sous le regard surpris d'Arthur. Ensuite, ils se regardent et sourient. Ils n'ont pas besoin de mot. Les autres chevaliers le suivent de près, se plaçant à leur côté et se sourient à leur tour. Ils sont réunis. Aucun d'eux n'est surpris pas l'absence d'Enora, se doutant qu'elle doit être avec les pictes.

De l'autre côté du mur, les saxons regardent avec effarement la porte s'ouvrir. Le chef s'avance en fronçant les sourcils, son fils sur les talons.

-Qu'est-ce qu'il prépare ce romain ? marmonne-t-il.

Il fait un signe de main à son fils qui se place à ses côtés avec hésitation.

-Envoie ce qu'il reste de ton infanterie, ordonne-t-il à son fils.

Celui-ci ouvre grand les yeux alors que ceux qui ont entendu la nouvelle reculent légèrement.

-Tu veux tuer mes hommes ? S'exclame Cynric.

-Ce sont mes hommes ! Hurle son père en retour en se tournant vers lui, le faisant reculer.

Ils se fixent une seconde dans les yeux et, le fils voyant qu'il n'a pas le choix et qu'il doit faire profil bat pour pouvoir réclamer la fille, il obéit et donne l'ordre à ses hommes. Cynric va les suivre quand son père l'arrête.

-Toi, tu restes avec moi, réplique-t-il alors que les hommes s'avancent à grand bruit. Tu veux toujours la fille, n'est-ce pas ?

S'il la veut ? Il la veut encore plus qu'avant. Sa petite démonstration sur la glace l'a enragé. Comme cette femme peut-elle oser le défier ? Elle lui appartient, il est temps qu'elle l'accepte ! Et il le fera comprendre encore et encore jusqu'à ce qu'elle cesse de l'oublier.

-C'est ce que je pensais, je ricane son père en se détournant.


Les chevaliers entendent les saxons arriver et Arthur se place face à eux.

-Chevalier, les interpelle-t-il. Cette liberté nouvelle est une récompense qui vous revient de droit ! Mais la patrie que nous cherchons n'est pas une contrée lointaine. Elle est en nous ! Et dans nos actes, aujourd'hui ! Si tel est notre destin, nous l'acceptons. Mais que l'histoire retienne que c'est en homme libre que nous avons pris cette décision !

Sur cette phrase il se retourne, sortant son épée avant de lancer leur cri de guerre, suivi par les chevaliers.

Tristan sort ensuite son arc. Il l'a vu. Le traitre. Planqué dans un arbre. Le chevalier décide de se débarrasser d'un ennui encombrant maintenant et tire avec une précision parfaite. La flèche atteint son but sans difficulté, attirant un sourire satisfait du chevalier alors que le traitre tombe de son arbre.

La bataille commence.

Pov Enora

Les bruits de pas des barbares se font entendre et mon rythme cardiaque s'accélère. Guenièvre et moi nous regardons. Son regard est plus dur, déterminé. Elle est prête à sauver sa terre et son peuple. Un élan d'admiration m'étreint envers elle et un nouveau courage m'atteint. Je n'ai plus peur.

Sans même nous concerter, nous bandons notre arc en même temps. Et j'entends les archers derrière nous en faire de même. Je vise le ciel sans même concerter Guenièvre, je sais ce que je fais. Après tout, c'est Tristan qui m'a appris et c'est le meilleur en la matière.

Encore une fois, dans une synchronisation parfaite, la picte et moi tirons en même temps, amenant une réaction égale des archers. Merlin a vu juste en me plaçant avec elle. C'est comme si nous étions connectée, sachant à l'avance quand l'autre va agir sans même un signe.

J'entends les flèches voler et ferme les yeux. Je me concentre et sens le vent devenir légèrement plus fort sans change de direction. Les flèches atteignent leur cible avec précision et j'entends presque les soldats tomber. Un sentiment de satisfaction totale m'envahit.

Et ça continue ainsi, nous lançons une deuxième volée de flèches. Puis une troisième et une quatrième. Je sais qu'Arthur, de son côté, fonce dans le tas, profitant de la fumée qui le cache à leur yeux pour filer dans leur rang tel un fantôme. Le fantôme de la mort.

Ensuite, le silence revient comme par magie. Je fronce les sourcils. Ça a été rapide, beaucoup trop rapide même si le saxon n'a pas envoyé toute son armée. Je lance un regard surpris à Guenièvre et elle hausse les épaules. Suis-je la seule à ne pas comprendre ? Un mauvais pressentiment me gagne.

-Reste concentré, me souffle Guenièvre. Ce n'est pas fini.

Je hoche la tête et soupire. Je ne dois pas penser à autre chose que le combat. Je le sais.

Les minutes passent sans qu'aucun bruit ne vienne perturber l'atmosphère. Puis, ils reviennent, ces hurlements de barbares s'apprêtant à attaquer, les tapements de bouclier. Ils pourraient au moins essayer de se faire discret.

C'est alors que je les vois. Alors qu'il ne devrait y avoir qu'un chevalier planté sur un cheval, il y en a sept. Un juron à tuer un mort m'échappe attirant le regard de Guenièvre sur moi. Elle voit ensuite ce qui m'a choqué et pince les lèvres.

-C'était un risque, rappelle-t-elle dans un débit rapide. Enora, tu dois rester concentrée ! Je sais que tu t'inquiète mais ils sont plus apte que nous tous réunis à se défendre !

Je ferme les yeux alors que l'angoisse me coupe la respiration. C'était pourtant prévisible. J'ai trouvé qu'il partait bien trop rapidement. De plus, comment croire qu'ils abandonneraient Arthur ?

-Enora, m'appelle Guenièvre d'une voix pressante.

-Ça va aller, je la rassure sans y croire moi-même.

Il faut juste que je le protège. Personne ne doit l'atteindre.

Je reviens aux saxons et les vois se séparer avec satisfaction. Tellement prévisible. Même moi, j'ai deviné qu'ils le feraient. Je les connais ; c'est un avantage d'avoir « cohabiter » avec eux.

Nous reprenons notre arc et nos flèches alors qu'un picte arrive avec une torche pour les enflammer. Il arrive à moi quand ma flèche s'enflamme seule et il a un mouvement de recule. J'ai un demi-sourire -le pauvre n'a dû être prévenu. Je me concentre un peu et d'autres flèches s'enflamment d'un coup. Voilà qui nous fera gagner du temps.

Je croise le regard satisfait et admiratif de Guenièvre et grimace un peu. Je ne m'y ferais jamais.

D'un signe, le chevalier que je reconnais comme étant Arthur, nous donne l'ordre de tirer. Ce que nous faisons avec plaisir. Elles touchent leur but une nouvelle fois et, quand elles atterrissent dans les tranchées, les enflammant, j'accentue les flammes. Elles séparent rapidement les troupes ennemies et je souris. Je peux avoir de bonnes idées quand je veux.

Leurs cris paniqués me donnent un frisson d'impatience. Un sentiment que seul eux fait naître m'envahit. L'envie de tuer, de les voir saigner, hurler de douleur. Je balance mon arc à terre et empoigne mon épée. D'un même mouvement, Guenièvre et moi levons notre épée et, dans un hurlement à réveiller les morts, nous nous élançons vers l'avant.

Les saxons foncent vers nous et, rapidement, nous nous affrontons. Je donne un premier coup à l'un des barbares sans même regarder qui il est. Il l'intercepte mais, ce n'est pas le cas de mon coup de genou à l'estomac et j'en profite pour glisser ma lame sous sa gorge. Il tombe au sol dans un râle écœurant qui soulage la bête assoiffée en moi.

Vient le tour d'un autre, plus coriace. Je reçois un coup de pommeau en plein visage mais, l'adrénaline me préserve de la douleur et, faisant semblant de tomber au sol, je plante mon épée dans sa cuisse. Surpris, il y porte la main et mon arme se trouve en travers de sa gorge.

Je cherche autour de moi l'un des chevaliers pour qu'il confirme mes craintes. Mais les saxons sont partout et ne me donne pas le temps de chercher suffisamment longtemps.

Un saxon semble m'avoir repéré puisqu'il fonce sur moi avec une expression haineuse. Je m'apprête à le recevoir quand il se fait écraser par une boule enflammé. Je reste un moment immobile, l'air d'un poisson sorti de l'eau avant de comprendre. Merlin a sorti les catapultes. Je n'ai pas le temps de me remettre de ma surprise que je me fais percuter. Je tombe au sol, lâchant mon épée.

-Je te reconnais, raille la voix du saxon, un air lubrique sur le visage.

Mon inconscient fait revenir des images et je le reconnais aussi. Il s'approche alors que je recule pour attraper mon épée. Je n'en ai pas le temps ; le saxon m'attrape mes cheveux et je grogne -encore cette sale habitude.

-Le fils du chef sera heureux de te revoir, raille-t-il.

La haine remplace la peur à la mention de ce monstre. Mes yeux se fixent sur les flammes qui s'avancent vers nous tel un serpent.

-Délivre-lui un message de ma part, je souffle.

Il ouvre la bouche pour répondre mais c'est un hurlement qui sort de ses lèvres alors qu'il s'éloigne. Je le regarde tenté d'éteindre les flammes mais, je fais en sorte qu'elles restent et le dévorent.

Je ne regarde pas plus et me détourne pour continuer de me battre. Plus loin, je vois Lancelot tomber de cheval, un saxon sur le dos. Je cours dans sa direction alors que l'autre l'étrangle. Je me jette sur le dos du saxon et nous roulons au sol. Je profite d'avoir atterri au-dessus pour planter mon épée dans sa poitrine. Je me relève et fait face à Lancelot. Tenant un poignard à la main, assis sur le sol, il semble légèrement contrarié.

-J'aurais pu m'en sortir tout seul, réplique-t-il en se levant enfin.

Un saxon me fonce dessus et je lui envoie un coup de poing dans l'estomac avant de lui taper la tête plusieurs fois sur mon genou et de l'envoyer au sol.

-Je n'allais pas attendre d'en être assurée, je réponds en fronçant les sourcils -il aurait pu dire merci.

Le saxon tente de se relever et Lancelot lui donne un coup de pied en plein visage.

-Tristan te cherche, dit-il sur le ton de la conversation. Est-il utile de préciser qu'il envisage de t'étrangler ?

Le saxon m'attrape le pied et j'aplatis celui-ci sur son visage, faisant retentir un craquement sinistre.

-Vous n'étiez pas censé rentrer chez vous ? je m'exaspère. Genre, super loin d'ici ?

Lancelot envoie un coup de pied à l'homme à terre et vu son air furieux, je juge judicieux de ne pas dire que le pauvre gars n'a même pas bougé.

-Et toi, tu n'étais pas censée nous rejoindre ? crie-t-il et j'écarquille les yeux -c'est tout de même la première fois qu'il me hurle après !

Un autre saxon arrive et, heureusement pour moi vu mon hébétude, Lancelot l'intercepte et l'égorge.

-Tu crois que c'est une idée de te battre dans ton état ? continue-t-il furieusement en montrant mon ventre.

-Quoi ? je bafouille avant de paniquer. Tu ne dois rien dire ! C'est plus compliqué que ce que tu penses.

-Je sais, soupire-t-il en levant les yeux au ciel. C'est toujours compliqué, de toute façon.

Le saxon oublié à terre se réveille et je lui porte le coup fatal en plongeant mon épée dans son ventre.

Lancelot me regarde avec tristesse avant de me caresser la joue.

-Tu ne devrais pas devoir te battre, soupire-t-il. Tu ne peux pas être de ceux qui meurent pour une cause. Tu es de celle qui la défend vivante.

- On n'a pas toujours le choix quand on veut sauver ceux qu'on aime, je fais remarquer.

Il sourit tristement avant que trois saxons nous tombent dessus, nous séparant.

J'ai arrêté de compter le nombre de mort que j'ai fait ou le nombre de coup que j'ai reçu. Je suis juste soulagée qu'aucun n'ait atteint mon ventre.

Plus loin, je vois Guenièvre sauter sur un géant qui l'envoie au sol. Profitant de n'être qu'à une courte distance, je vais l'aider. Il lève sa hache quand je lui assène un coup d'épée au niveau des côtes, le faisant s'agenouiller. Celle prénommée Abby -la fille rêvant d'être en première ligne- arrive aussi pour nous aider à le maintenir -c'est qu'il est fort ce barbare ! Guenièvre passe une corde -sortie de je ne sais où et je ne vais le lui demander maintenant- autour du coup du saxon qui tente de se débattre. Elle l'étrangle aussi fort qu'elle le peut alors qu'il donne des coups comme il peut. J'entends enfin un craquement et il tombe au sol, inerte.

Je vois Guenièvre froncer les sourcils, les yeux fixés sur quelqu'un. Je suis son regard pour trouver mon tortionnaire tuer tous ceux qui l'approchent. La haine déferle en moi, empoisonnant mon air. Et je connais le remède : le tuer. C'est donc sans réfléchir que je lui fonce dessus, entendant à peine Guenièvre hurler mon nom.

Il me voit venir et un sourire sadique apparaît sur ses lèvres, faisant monter la fureur en moi. Mon épée s'abat sur son bouclier et il me repousse. Je lui envoie un nouveau coup d'épée qu'il part avec la sienne. Il m'attrape le bras sans que je ne m'y attende et m'attire à lui en me retournant, mon dos contre son torse.

-J'ai toujours aimé ta combativité, me souffle-t-il à l'oreille, m'envoyant un frisson de dégout. Ta manière de te débattre, tes ongles dans mon dos. J'ai hâte de les retrouver.

Je lui envoie un coup de coude dans l'estomac et il me lâche. Je me tourne vers lui avec le désir de le voir souffrir. Mon épée repart sur la gauche et alors qu'il part comme je l'espérais ma main attrape le bras qui tient le bouclier. J'effectue un tour sur moi-même, le bras toujours en main tout en sentant la chaleur irradier, le brûlant. Il utilise toute sa force et me repousse, m'envoyant au sol avec aisance.

-Une sorcière, remarque-t-il en fixant sa main avant de ramasser son bouclier. Père sera encore plus intéressé par l'idée de te garder.

Je lui crache dessus et il ricane. Je vais me relever mais, il m'assène un violent coup au visage. Le sang emplit ma bouche et je crache au sol.

-Continue de te débattre, susurre-t-il. Tu seras à moi à la fin. L'histoire est écrite ainsi.

-Je ne connais que la partie ou tu meurs comme un chien, je gronde, des flammes dans mes yeux.

Il s'accroupit et m'attrape par les cheveux.

-Tes yeux feraient perdre la tête à n'importe qui, femme, murmure-t-il.

Je lève mon bras pour lui donner un coup de poing. Je l'atteins mais, il continue de rire en resserrant sa prise sur mes cheveux. Il plaque ensuite sa bouche sur la mienne et j'ai envie de vomir. Au lieu de quoi, je le mords férocement. Il crie et s'éloigne avant de me gifler. Il va recommencer quand Guenièvre apparait, sortie de nulle part.

Il évite sans mal son premier coup et la repousse avec aisance. La picte se tourne vers moi et me montre un point plus loin. Je regarde et me glace. Tristan s'est planté devant le chef de ces barbares et s'apprête à se battre. Je ferme les yeux alors que Guenièvre se bat avec Cynric. Celui-ci semble enragé qu'elle nous ait interrompu. Moi, je suis partagée. Je ne peux pas la laisser faire face à ce malade toute seule mais, je ne peux laisser faire Tristan, c'est pure folie.

Malgré moi, quand je la vois en mauvaise position, la bouche en sang à son tour, je fonce sur Cynric. Je lui envoie un coup de genou bien placé avant de le frapper dans le dos avec le pommeau de l'épée. Il ne se laisse pas démonter et m'attrape par le pied, me faisant tomber. Le choc me coupe le souffle alors qu'il s'attaque de nouveau à Guenièvre.

-Ne t'occupe pas de moi, me crie-t-il avant de recevoir un autre coup.

Je le vois lever son arme pour lui porter le coup fatal et je tente de me lever sachant que je ne serais pas assez rapide. Au dernier moment, une lame s'interpose et je manque de hurler de soulagement en voyant Lancelot.

-Le cheval, hurle-t-il en me montrant la monture plus loin.

J'acquiesce et me rue dessus. Je monte et le lance au gallot dans la direction de Tristan. Je le vois en très mauvaise posture, rampant au sol pour atteindre son épée et accélère l'allure, poussant l'étalon au-delà de ses limites. Le chef attrape Tristan, le relevant alors qu'il tient à peine debout et me regarde dans les yeux alors que je sur le point de céder à la panique. Je n'y arriverais jamais ! Je me place à accroupi sur le dos de l'animal, priant pour ne pas tomber.

Au moment où je le vois lever son épée, effectuant un tour sur lui-même, je saute du cheval. J'atterris sur ma cible sans savoir comment j'ai réussi et je ne pose d'ailleurs pas de question.

J'envoie un coup de tête digne d'un footballeur dans le nez de Cédric qui n'a toujours pas réalisé ce qui s'est passé. Il se reprend cependant rapidement et m'éjecte avant que je ne puisse lui en envoyer un deuxième.

-Tu n'apportes décidément que des ennuis, grogne-t-il en m'envoyant un coup de pied dans le visage.

Je suis sonné, des points noirs dansent devant mes yeux et je dois prendre sur moi pour ne pas tourner de l'œil. Je me tourne sur le dos en attrapant le poignard caché dans mon pantalon alors qu'il s'approche. Il va une nouvelle fois me frapper au visage avec son pied mais, je roule avant qu'il ne m'atteigne et en profite pour lui planter le poignard dans le pied.

Il hurle et je m'éloigne à quatre pattes pour éviter un coup quand je me relèverai. Je n'en ai pas le temps, il me tire par les cheveux vers le haut et un hurlement m'échappe. Je me tourne vers lui et lui envoie un coup de poing aussi puissant que je le peux sous la mâchoire. Un gémissement de douleur lui échappe alors que j'entends ses dents s'entrechoquer et sa respiration se couper. Il se remet malheureusement bien vite car je n'ai pas le temps de reculer qu'il m'envoie à son tour un coup de poing, me rattrapant par la nuque avant que je ne tombe.

-Je t'ai toujours trouvé trop combative, révèle-t-il. Dés que je t'ai vu, avec tes flammes dans tes yeux, ce feu brûlant de haine et de rébellion, tu m'as fait penser à elle. Ma femme. Évidemment, elle ne le voulait pas et j'ai dû la forcer. Quand elle m'a enfin donné le fils que je voulais, je l'ai tuée.

-Pour ma part, j'ai toujours su que vous étiez cinglé, je rétorque difficilement, ses mains s'étant déplacées sur ma gorge, m'étranglant.

-Je t'aurais laissée la vie sauve pour mon fils si tu ne portais pas déjà un bâtard, souffle-t-il en plaçant une main sur mon ventre.

La peur m'envahit en sentant sa main si proche de cet endroit. L'endroit où repose un être innocent. Ma jambe s'élance entre les siennes et il se plie avant de se relever aussi vite et de me gifler avec force, un cri m'échappant.

Il m'attire ensuite à lui, mon dos contre son torse et maintenant d'une poigne dans mes cheveux ma tête en arrière. Il semble chercher quelqu'un des yeux et je comprends vite qu'il s'agit d'Arthur quand celui-ci relève la tête dans notre direction. L'horreur se peint sur son visage. Cédric place sa main sur ma gorge, lâchant ma tignasse blonde. Il sert fort, plus fort, toujours plus fort. Je n'arrive plus à respirer et j'ai beau me débattre rien ne change. Mes poumons se contractent, réclamant l'air dont-ils sont privés. Mon cœur semble vouloir passe à travers ma cage thoracique. Je vois Arthur s'élancer vers nous aussi vite qu'il le peut mais, je le sais. Je sais qu'il arrivera trop tard. Ma tête tourne déjà à cause du manque d'oxygène, je me sens partir de plus en plus, me débâtant à peine.

Je veux pourtant le tuer, ce saxon. Celui qui a donné l'autorisation à ses hommes, à son fils de me violer, de me torturer. Lui, un des responsables de ma douleur, de ma haine. Mais, ironie du sort, c'est lui qui me tue.

Mes yeux se baissent et c'est alors que je le vois. Tristan. Celui qui m'a fait vivre. Celui que j'aime sans ne lui avoir jamais dit. Ses yeux sont fixés sur mon visage, reflétant du désespoir, de la rage, de l'impuissance. Il tente de se redresser, son épée à la main mais, il est si faible. Il bouge les lèvres alors que mes mains lâchent doucement celles autour de mon cou pour retomber sur mes côtés. Je tente de comprendre ce qu'il dit et dans un effort qui lui semble surhumain, il hurle :

-BATS-TOI !

Ses mots remuent quelque chose en moi et, alors que je pensais que tout était fini, je puise la force en moi et abat ma tête en arrière. Cédric relâche sa prise, visiblement surpris alors que je retombe au sol en toussant, tentant de respirer malgré ma gorge douloureuse.

Cédric n'a pas le temps de se repencher vers moi qu'Arthur arrive enfin, lui bloquant le passage alors que je rampe en arrière.

Le combat semble serrer malgré la faiblesse du pied de Cédric, celui que j'ai blessé. Arthur se défend bien, comme d'habitude mais, il semble épuisé malgré sa rage. Je voudrais retourner voir Tristan mais, la vue de ses deux hommes -un que j'adore et un que je hais- se battant me fige sur place.

C'est alors qu'Arthur se retrouve à genou et qu'un sourire Triomphant gagne les lèvres du saxon. Le voyant prêt à donner le coup fatal, j'attrape le poignard à mes côtés et fonce. Je saute sur le dos de Cédric qui bascule un peu en arrière avant de reprendre l'équilibre. Il tente de me faire lâcher prise alors qu'Arthur se relève difficilement, surpris et inquiet. Je sors alors mon poignard et l'enfonce au niveau de sa carotide. Il tombe au sol et je me retrouve sur lui. Ses yeux, agrandi par la surprise son fixé sur moi. Le sang s'échappe de sa gorge alors que des gargouillements dégoutant sorte de ses lèvres.

-Tu…, tente-t-il et je me penche pour entendre. Tu…es…plus f…forte qu'elle.

Un dernier gargouillement lui échappe alors que le sang cesse de sortir en jet. Je reste figée sur place, regardant mes mains. Elles sont rouges. Le sang me couvre des pieds à la tête et ce n'est pas que le mien.

Pourtant, quelque part au fond de moi, alors que le silence se fait sur le champ de bataille, la paix m'envahit. La douleur, la honte qui m'a accompagnée pendant plus d'un an s'envole. Et je suis certaine, qu'enfin, ces cauchemars ne me hanteront plus.

-Enora, m'appelle doucement Arthur.

-Où est Tristan ? je demande simplement.

-Enora.

Je déteste sa voix, la tristesse que j'y entends. C'est signe de mauvais présage et j'estime avoir assez donné, avoir assez souffert. Que les dieux cessent de jouer avec moi ou je ferais en sorte qu'ils ne le fassent plus moi-même.

Je me relève et plante des yeux furieux dans ceux, d'une profonde tristesse d'Arthur.

-Où ? je demande sans desserrer les dents.

Il me le désigne des yeux et je me relève sans réussir à bouger.

Du sang. Il y en a partout. Les cadavres recouvrent le sol qu'ils soient du clan ennemi ou allié. Je ne sais pas, je ne sais plus. Pourquoi ? Comment ? Pour qui ?

Comment donner un sens à tout ce pourquoi je me suis battue face à un tel spectacle ? J'ai mal. Ces corps mutilés, sans vie me font mal. Mais le plus dur reste l'incertitude qui m'empoisonne. La peur de le découvrir parmi eux, mort. Comme cet homme, ce saxon, ce chef qui je viens de tuer. Je suis là, figée, perdue. Tant d'injustice, tant de mort pour si peu. Cette vue morbide me tue. Je suis fatiguée, seule malgré le monde extérieur et à présent inutile. J'ai honoré ma promesse, j'ai fait ce pourquoi on m'a envoyée ici. Et je ne peux plus rentrée chez moi. En ai-je seulement toujours en vie ?

Non, je n'en ai plus envie. Ma place est ici, avec eux. Sauf si…

Le temps de l'innocence est tellement loin derrière moi. J'ai tout laissé. Ou plutôt, on m'a arrachée à ma vie sans que je ne sache qui, pourquoi ou même comment. Je suis partie d'une maison chaleureuse où je me sentais en sécurité et aimée pour atterrir dans un lieu hostile et en guerre. Et la même question qui revient toujours: pourquoi moi ? Après tout, je n'étais qu'une jeune femme, toute juste sortie de l'adolescence qui ne connaissait rien à la vraie vie. Je n'ai jamais eu d'épreuve à surmonter, je n'ai jamais eu besoin de travailler pour avoir ce que je voulais. Alors comment a-t-on pu croire que je serais utile ici ? Je n'ai rien pu faire, ils sont tombés, les uns après les autres. Ces pictes qui ne demandaient que ce qui leur revient de droit. Et moi, j'ai encore une fois été trop focalisée sur ma petite personne, sur ma protection, pour m'en rendre compte. J'aurais peut-être pu changer quelque chose oui peut-être mais je n'ai rien fait et j'ai peur des conséquences, d'apprendre si j'ai perdu quelque chose de bien plus précieux que ma misérable existence. Est-ce que j'ai échoué à la sauver ? Si c'est le cas, je ne m'en remettrais jamais.

La seule chose que je perçois du monde extérieur est la présence des personnes ayant combattu à nos côtés qui se déplacent. Je me lève et me rends là où je sais qu'il a le plus de chance d'être. La direction qu'Arthur m'a montrée.

Arrivée là-bas, je bloque, je ne sais comment réagir. Je suis encore plus perdue que je ne l'étais il y a quelques secondes.

Il est allongé à même le sol et j'ai du mal à voir s'il respire toujours. Je me mets à courir et, arrivée près de lui, je m'agenouille. Il est pâle comme la mort et cette image me renvoie à une plus ancienne, quand il revenu de sa mission et qu'ils ont été attaqué par les pictes. J'ai eu peur une fois qu'il ne meurt et pourtant, ma peur n'a jamais été si grande qu'en ce moment.

Sa respiration est faible, comme son cœur. Il donne l'impression qu'il va s'arrêter à n'importe qu'elle moment.

Je sens quelqu'un se mettre face à moi et je plonge mes yeux embués dans ceux de Merlin, mon ancêtre, mon sang. Ses yeux reflètent une détresse sans nom si bien que je n'arrive pas à lui hurler dessus alors que la vérité m'apparait. Tristan va mourir.

-Qu'est-ce que je dois faire ? je demande d'une voix faible.

-Une vie pour une vie, Enora, rappelle-t-il.

-Qu'est-ce que je dois faire ? je répète avec plus de force.

-Tu dois choisir, répond-t-il.

-Choisir quoi ? je gronde avec impatience.

Il hésite une seconde, pinçant les lèvres avant que la détermination ne marque son visage.

-Sa vie, dit-il en montrant Tristan. Ou sa vie, finit-il en montrant mon ventre.


*esquive le lancer de tomate* Oui, j'avoue, quand je disais que vous aimeriez la fin, c'était ironique *esquive le lancer de concombre*.

Allez, soyez sympa, j'ai été rapide pour une fois (comment ça je ne l'ai pas été ? Plus rapide que d'habitude quand même xD). Et je promets de faire vite pour la suite même si ça se complique.

Parce que oui, j'ai deux fins en tête. Une où elle choisi l'alternative cité au-dessus et une où Merlin avoue qu'il n'a pas tout dit. Évidemment je ne dirais pas ce qu'il n'a pas dit xD Et, voyant la fin mise, il y aurait un prologue… Je pense que je vais écrire les deux… Je les aime bien toutes les deux de toute façon.

Et vous, que voyez-vous comme fin ? Quel choix fera-t-elle ? Tristan vivra-t-il ? La tuera-t-il si c'est le cas ? Et Lancelot dans tout ça ? (oui, c'est fait exprès de ne pas dire s'il est vivant ou pas xD).

Je vous raconte comment j'ai galéré pour intégrer Enora dans la bataille. Je sais que la plupart d'entre vous voulaient qu'elle tue Cynric mais voilà… elle a tué le père à la place. Comment aurait-elle pu choisir autrement alors que son homme se faisait botter les fesses ? C'était un choix difficile mais, elle l'a fait et quelque part, Cédric était tout aussi responsable puisqu'il a donné l'ordre.

En passant . le passage en italique est en grande partir le prologue. Il est juste tel qu il devrait ^être avec les infos supprimé á la base en plus ^^

Laissez-moi plein de review pour me motiver à écrire la suite :p

Bisous.