Bonjour les gens, ça fait longtemps hein ? :p

Me revoici pour un bonu en exclus juste pour vous. Je tiens à dire que ça part d'un délire dont je ne suis en rien responsable -ou si peu. En gros je me suis : que se passerait-il si je balançais le script aux personnages ? Quelle serait leur réaction ? Et voici ce bonus !

J'espère que vous prendrez autant de plaisir à le lire que j'ai eu à l'écrire ;)


Script et conséquences.

Roselia se mordille la lèvre, nerveuse tout en tentant de presser le pas. Elle est en retard de plus de quinze minutes, ce qui n'arrange pas son cas déjà légèrement désespéré.

Il faut dire que, quand son réveil a sonné à six heures tapantes, elle avait largement le temps de se préparer -bien que le peu de sommeil emmagasiné pendant la nuit ait rendu le réveil quelque peu difficile. Seulement, elle a relu les fiches, encore et encore, cherchant à justifier chaque ligne, chaque détail. La jeune fille a essayé d'anticiper tout ce qui pourrait arriver, improvisant des discours endiablés devant son miroir.

Puis, sans qu'elle ne comprenne comment ça a pu arriver, il était huit heure, elle ne s'était pas encore lavée ou même coiffée et son rendez-vous était à huit heure trente précise !

Roselia entre dans la pièce en ébullition et se fige en entrevoyant ce qui l'attend. Bon, ils sont quand même plus nombreux que prévu. Quand la porte claque derrière elle -la retenir lui est sorti de la tête devant cette masse d'individu-, toute les personnes de la pièce se tourne dans sa direction et le silence s'installe.

-Pas trop tôt, marmonne quelqu'un que la brune ne parvient pas à identifier.

Tout le monde s'installe autour d'une table ronde et Roselia ne peut que relever l'ironie, le stress la paralysant presque entièrement.

-Hum, d'accord, commence-t-elle en sortant les fiches des personnages. Tout d'abord, je vous remercie d'être ici et je m'excuse pour mon retard…

-Si tu te décidais à passer ton permis et donc à oublier ta peur irrationnelle des voitures, ce serait sans doute plus pratique…

Roselia pince les lèvres, plisse les yeux et lance un regard lourd de colère au grand ténébreux qui mâchouille un chewingom sans même la regarder. Lancelot a définitivement une tête de gros con qui sait tout quand il fait ça et la jeune fille a juste envie de lui faire manger la table. Possédant néanmoins un sang froid inespéré pour ce métier, elle se contente d'inspirer profondément et de déposer sèchement les feuilles sur la table.

-Soit, marmonne-t-elle. Nous sommes donc ici pour le nouveau projet que j'ai présenté à la production « Te repousser pour mieux t'aimer »…

Les regards dubitatifs se tournent dans sa direction et elle inspire, prête à défendre son idée.

-Oui, je sais, c'est pas le titre le plus court du cinéma mais, c'est le résumé parfait de la relation des deux rôles principaux. Alors, enchaîne Roselia en passant les fiches. Le mieux c'est que vous lisiez ça et qu'on en parle si vous avez des qu…

-Attends, la coupe Arthur en fronçant les sourcils. Arthur c'est pas un roi ?

-Heu… d'où la légende du roi Arthur, bafouille Roselia, ne s'attendant pas à ce que le plus raisonnable du groupe soit le premier à aboyer.

-Alors pourquoi je suis le commandant d'une armée romaine ? Demande-t-il en pinçant les lèvres, mécontent.

-Tu pourrais pas… juste lire la suite, soupire la jeune fille en se pinçant l'arrête du nez.

-Je suis vraiment obligé de jouer son meilleur pote ? Intervient Lancelot en pointant Arthur du menton. Je veux dire, c'est pas super crédible, si ? Le mec fait parti de ceux qui m'ont réduit en esclavage - me balançant dans des missions toutes plus suicidaire les unes que les autres- et moi, je suis son meilleur ami ? Sans rancune ? Surtout que c'est un adorateur de cette espèce d'évêque aux allures de pervers !

Roselia ouvre la bouche pour se justifier mais est, une nouvelle fois, interrompue.

-Parlons-en de cet évêque, s'exclame Germanus, fronçant ses sourcils broussailleux. De un, c'est de la discrimination et c'est conforter les téléspectateurs dans l'illusion que tous les prêtres sont pédophiles…

-Tu es évêque, pas prêtre, fait remarquer Roselia avec lassitude.

-Soit, ça passons encore, faut avouer que c'est tout de même proche de la réalité. En plus, je suis bouddhiste alors je m'en fous ! Mais, bon sang, hors de question, que je m'épile les sourcils, c'est clair ?

-C'est juste un détail technique, fait remarquer Arthur avec sagesse.

Roselia s'apprête à le remercier quand il se tourne avec un regard coléreux.

-Par contre, tu me fais passer pour un sacré sal type quand même, ajoute-t-il. Je veux dire, ok j'ai des origines d'un peuple que je massacre, je peux accepter. Ok, je déteste un mec parce que ma mère est morte dans un incendie pas vraiment prémédité, n'importe qui aurait la haine. D'accord encore une fois au fait que je me tape une picte que je censée détester ; après tout, le personnage semble évoluer et un homme est un homme. Mais, bordel, quel homme digne de ce nom changerait d'avis aussi vite, juste comme ça à cause de beaux yeux ? Surtout au Moyen-âge ! L'importance accordée aux femmes est presque nulle ! Et puis, surtout, surtout ; POURQUOI je me fais mener par le bout du nez par une gamine bizarre que je ne comprends pas la plupart du temps ?

Celle-là, Roselia ne l'a pas vu venir !

-Pourquoi tu te pleins ? Fait une voix bourrue qui semble se retenir de déchirer les pages qu'il tient. Elle a fait de moi un rustre qui traite ses propres gosses de bâtards, qui se conduit comme un sauvage la moitié du temps et qui autant de culture et de savoir vivre qu'un indien élevé par un ours ? Et puis, je ne ressemble PAS à un ours, en passant. Je suis juste bien bâti ! C'est pas parce que tu mesures un mètre trente que les autres ressemblent à des grizzlys !

-J'ai dit ours, pas grizzly, se justifie Roselia en sentant des bouffées de chaleurs l'envahir. Et je mesure un mètre cinquante-deux … ou trois, ça dépend de l'endroit.

-Et elle nous a défiguré tous les deux, marmonne Dagonet en jetant un coup d'œil à la fiche de Bors juste à côté de lui. Et pourquoi on est censé être super proche ? Parce qu'on est tous les deux chauves ? Ça veut dire quoi ça ? C'est pas une forme de discrimination, ça aussi ?

Roselia sert les poings et éclate un peu.

-Je te signal que dans le jet original, t'y passe transpercé par je ne sais combien de flèche, siffle-t-elle. Alors remercie moi d'avoir prolongé ton rôle et contente-toi de le jouer à perfection pour ne pas me le faire regretter ! Si ça n'avait été que la direction, tu serais mort au bout de deux minutes en allant chercher Germanus, dans le premier jet !

Dagonet déglutit et pâlit considérablement.

-O-Ok, bégaye-t-il en retournant à sa fiche.

-Et juste histoire de me tenir au courant, se fait remarquer Galahad. Je peux savoir pourquoi on m'a affublé d'une jupe ? Et des boucles de mouton ? Tu m'as foutu la même coiffe que Lancelot ? Me dit pas que je vais devoir aussi me tailler la barbe comme ça ? Et puis, pourquoi une barbe, d'ailleurs ? Tu vas me dire qu'ils ne connaissaient pas de barbier à l'époque ? Ou même le rasoir ? Et…

-Oui, bon on a compris, éclate Gauvain. Si tu veux mon avis, la jupe c'est juste un clin d'œil à ton orientation sexuel -donc encore de la discrimination hein, Rosie ?- et puis, la barbe, ça te fera pas de mal, t'aura peut-être moins l'air d'un gamin sorti du bac à sable -sans vouloir te vexer bien sûr…

-Bon, va falloir arrêter avec ça, s'emporte Galahad. Je ne suis PAS homosexuel ! Je n'ai rien contre ses personnes, loin de moi cet idée mais mon trou de sortie restera un trou de sortie et quiconque s'en prendra à lui le payera cher !

Devant cet éclat, tout le monde le regarde, bouche bée. Roselia se sent juste de plus en plus blasée et ses épaules s'affaissent. Qui lui a foutu une telle bande d'abruti.

-Et je ne fais pas jeune du tout, continue-t-il. J'en ai plus qu'assez que mes personnages soient de jeunes gamins qui ouvrent la bouche une fois toute les dix scènes ! Moi aussi je peux faire des personnages profonds, mystérieux et ténébreux ! Je vois pas pourquoi je devrais toujours être le clown de l'histoire ! Et avec un look foireux, en plus !

-Bordel, tu te plains de quoi, grince Gauvain en espérant ne pas être entendu. Elle m'a foutu des dreadlocks !

-Alors là, je t'arrête, s'exclame Roselia en tapant son poing sur la table. Tes cheveux sont juste long avec des tresses foutues n'importe comment. Et puis merde, la profondeur d'un personnage ne se justifie pas par son apparence !

-Parce que tu le trouves profond mon personnage ? S'étonne-t-il. Il a autant de conversation que Galahad, on est clairement les moins exploités de cette foutue histoire !

-Tu trouves ton personnage pas assez profond mais, estime-toi heureux ! Se fait de nouveau entendre Dagonet, s'attirant un regard menaçant de la brune qu'il ne voit pas -paix à son âme. Elle a fait de moi un dépressif, un pauvre mec torturé par une fille qui s'est laissée crever par amour. Et lui s'est accroché comme un abruti à une fille qui n'en a jamais rien eu à cirer de sa tronche !

-Ah non ! S'emporte une nouvelle fois Roselia, de plus en plus sur les nerfs. Tu ne vas ruiner une telle histoire ? Bordel, c'est magnifique, tragique, un amour impossible comme le public les adore !

-Ben justement, ça fait de moi un mec juste bon à être foutu sous Xanax.

-Oui, ben si j'avais pas fait ça, t'aurais juste été un mec qui passait son temps à faire la gueule sans raison ! Si Enora n'avait pas été là, t'auras pas souri deux fois tout le long de l'histoire ! Et puis, encore une fois, t'es le dernier à devoir râler ici !

-Oui, d'ailleurs, en parlant de mort, intervient Lancelot avec un air de chien battu. Pourquoi t'as réussi à sauver Dag et pas moi ?

-Désolée, marmonne Roselia, mal à l'aise. J'ai vraiment essayer mais, pour toi, y avait vraiment rien à faire. Apparemment, ta mort ajouterait dans le tragique de la fin. La direction trouvait que si je te sauvais aussi, c'était pas crédible parce qu'il y avait pas assez de mort.

-Oui, enfin, c'est quand même une mort pourrie ! Je veux bien que je sauve quelqu'un et tout mais, je me fais avoir comme un bleu. Je censé être un super chevalier, le meilleur, le plus valeureux, le plus tout quoi et me voilà tuer une fois le dos tourné parce que j'ai pas vérifié que mon ennemi mortel était bien mort. Et dans les deux versions, qui plus est ! C'est pas super crédible tout de même, si ?

-T'es juste mort, on va pas débattre pendant des heures si ? Soupire la brune en se passant une main sur le visage.

-Bon, ok mais, quand tu te taperas une émeute parce que t'as zigouillé le meilleur personnage, ce sera TON problème.

Roselia se demande s'il parviendra longtemps à passer les portes vu les enflements répèter de sa boîte crânienne mais, évidemment, elle ne dit rien. Parler du manque de modestie de ce mec peut s'avérer dangereux. Tout comme le temps qu'il passe devant son miroir chaque matin !

-Oui, enfin, celle qui se tape onze gosses plus un mari digne des hommes de Cro-Magnon, c'est moi !

Roselia soupire, désespérée. Pas Vanora ! Pitié, pas elle aussi !

-T'as fait de moi une… une emmerdeuse professionnelle en plus ! Ajoute-t-elle. Je passe mon temps à lui hurler après ! Je vois déjà pas ce qu'une femme saine d'esprit peut trouver à un sauvage pareil ! En tant que féministe accomplie, je suis dans l'obligation de….

-Ouais, sauf que ton personnage est pas féministe ! Intervient Guenièvre, visiblement lassée de lever la main depuis le début -elle a toujours du mal à vite comprendre. Par contre, mon personnage semble l'être un peu hors, elle se tape un mec qui a massacré son peuple pendant des années, remettant en avant -si je peux me permettre-, ce problème de « femme objet ». Tu ne peux pas vraiment accepter un truc pareil, c'est juste débile. Et puis, se marier avec ? Ok, cette fille a trouvé le gros lot -c'est tout de même un roi- mais, quand même, il est super vieux ! Et puis, c'est quoi cette admiration pour une fille qui peut pas la blairer ? C'est une plaisanterie ? Qui pourrait, en toute crédibilité, admirer une fille qui vous regarde comme si vous étiez le diable en personne ? Et après elles deviennent amies ? Bordel, je pensais que c'était pas Oui-Oui au pays des pâquerettes ?

-Si t'avais lu l'entièreté de la fiche au lieu de la survoler, tu sauras que le comportement d'Enora part principalement d'un évènement traumatisant et que le tout s'arrange au fil des discussions et pas par magie !

Là, Roselia est reconnaissante envers Arthur qui prend enfin sa défense. Ce qui est d'ailleurs étrange…

-De plus, je ne suis pas vieux !

Ah, pas si étrange finalement…

-Et moi alors ? Fais une voix chevrotante. Je suis torturé et attaché comme un animal. Et quand je sors une réplique, c'est en mourant et pour dire que je vois un ange !

Roselia le regarde en fronçant les sourcils.

-Passe ta fiche ! Ordonne-t-elle.

Elle la parcourt rapidement et soupire.

-Bordel, les seconds rôles c'est en après-midi, explose-t-elle. Alors vire de là aussi vite que ton déambulateur te le permet parce que je commence vraiment à perdre patience !

Le vieille homme baisse la tête et part aussi vite qu'il le peut, c'est-à-dire très lentement. Quand le bruit du déambulateur est assez éloigné, Roselia se tourne vers Lucan qui lève la main en sautillant sur place, lui donnant des airs d'hyper actif.

-Hum, acquiesce vaguement la brune.

-Y aura du redbul ?

-Oui Lucan, tu seras fourni, grogne Roselia.

Ce gosse est pire qu'un drogué !

-Oui, ben moi, j'ai autre chose que des problèmes de boisson, intervient pour la première fois la voix tant redoutée.

Roselia rentre sa tête dans ses épaules, déglutit difficilement et se tourne tentant de sourire vers Tristan le Terrible.

-Je t'écoute, le pousse-t-elle d'une voix anormalement adoucie alors qu'il fixe sa fiche avec presque dégoût.

-De un, j'ai un peu de mal avec le comportement de sadique du personnage, commence-t-il. Pas que je n'apprécierais pas de tuer mes… associés de tournage pour ne plus avoir à supporter leur jacassement, là, je comprendrais. Mais apprécier de tuer des gens qui ne m'ont rien fait et sont menacés d'être réduit en esclavage comme moi ? Dans le genre crédible, passons. Mais, à la limite, imaginons, réctifie-t-il en faisant un geste vague de la main. Donc, je suis un sadique sanguinaire dépourvu de moralité, jusque là, je suis. Ensuite, une fille aux yeux de « couleur indéfinissable » -tu me définiras ce que tu entends par là après- débarque et je ne peux plus détacher mes yeux d'elle ? Encore, imaginons ; coupe de foudre et tout ça. Passe encore, le mec reste toujours aussi coincé émotionnellement donc ça va. Mais, bordel, c'est quoi cet espèce de délire incompréhensible avec cet Éric ? Un mec sans scrupule veut la fille, l'a plus ou moins -après tout s'il le voulait elle serait à genou au bout de deux jours- et là, il ne réagit pas -ou si peu- quand un autre type débarque et tente de la « séduire ». Surtout qu'il apprend que le mec en question est une sorte de réincarnation inversée de l'ex de la fille. Si ce mec aime autant tuer quand il n'a aucune raison de la faire, pourquoi il ne tue pas cet Éric alors qu'il a toutes les raisons de le faire ?

Roselia ouvre la bouche et la referme, incapable de prononcé un mot. Tristan a un effet plus qu'étrange sur elle -en plus de la terrifier s'entend. Elle a toujours été incapable de le remballer, se laissant bouffer à chaque fois/

-Et ce n'est qu'une partie de l'iceberg ! Enchaîne-t-il. Je ne parlerais pas de ce faucon insupportable que je vais devoir trimballer partout et encore moins des marques assez suspectes. Et son évolution reste assez bien pensée et discrète, rien est précipité et ça c'est réaliste, avoue-t-il. Mais… ce mec semble être le plus indécis que je connaisse et qui voudrait d'une relation aussi prise de tête ? Je suis flatté d'avoir le premier rôle, vraiment, qu'on ne me prenne pas pour un ingrat. Mais, j'ai déjà un caractère complètement pourri, je passe mon temps à faire la gueule dans mon coin et c'est un caractère comme un autre qui fait de mon personnage ce qu'il est, je respecte ça mais…. Qu'est-ce que je pourrais foutre avec une hyperactive pareil ? Cette fille est une malade mental tout le long de l'histoire. C'est tout son opposé ! Et je veux bien que les contraires s'attirent mais, aux vues de leurs nombreuses altercations, ils ont plus l'air d'avoir envie de s'entretuer que de se marier. De plus, cette fille peut le cramer sur place et il est très bien au courant, couvrant même ses arrières par rapport aux autres. Et le type ne trouve aucune difficulté à la menacer de fessé en sachant qu'elle peut le défigurer à vie mais, quand il s'agit de la mettre à l'abri pour qu'elle ne risque pas sa vie, alors là, tous sous les tables ? À part une grande tension sexuelle, je ne vois pas vraiment ce qui les unit ! Et au risque de me répéter, ce mec est vraiment instable, il serait de notre époque, on l'enverrait en thérapie forcée ! Quand à la fille, elle serait sous tranquillisant ! Alors quelqu'un ici peu donner un sens à ce script ? Parce que là, je vois pas…

Tout le monde le fixe sans exception, paralysé par sa diarrhée verbale plus qu'improbable. Il en a tenu des discours mais JAMAIS d'aussi long. Et personne, et surtout pas Roselia, ne trouve la force de dire quoique ce soit.

-Quelqu'un peut m'expliquer ? Insiste-t-il.

-Pas même un semblant de phrase qui rend toute cette histoire un minimum réaliste ? Pas que je refuserais un premier rôle mais, ce serait plus motivant de comprendre ce que je joue…

-Non ?

-Bon d'accord !

Roselia déglutit une nouvelle fois alors qu'il retourne à la feuille en haussant les épaules.

-Mon nom est pas merdique, avance Félicie en faisant la moue. Et puis pourquoi c'est toujours moi la briseuse de ménage ? Et je me tape les restes de l'autre ? Vous me foutez avec Éric ?

-Oui, intervient celui-ci. J'ai encore un rôle à tout cassé avec ce fantôme dans le placard. Putain, c'est macabre quand même, Enora m'aime bien juste parce que j'ai la même tronche que son ex… Bordel, c'est toujours pour ma poire ça !

-BOUDINÉ ?

Tout le monde se tourne vers le responsable alors que Roselia semble sur le point de s'étouffer. Tristan lui tape dans le dos sans même la regarder et elle le remercie en se détachant, mal à l'aise.

-Comment ça, femme soumise ? Ajoute la femme assise à côté de l'homme qui éructe.

-Heu… je suis obligé de le laisser m'approcher si près ? Demande le jeune garçon en regardant Germanus.

-Ah, vous voyez ! Crie Germanus. Encore de la discrimination ! Voyons gamin, prend cet air d'animal apeuré, vu ta tête et ta coupe de cheveux, tu risques pas de te faire abusé un jour, consentant ou non !

-Et je me laisse giffler ? Poursuit la femme, outrée.

-Et moi poignardé après avoir menacé un pauvre gosse, continue le « boudiné ». On peut pas dire que j'ai fait long feu.

-Ce qui fait de vous deux des seconds rôles alors est-ce qu'on peut juste m'expliquer CE QUE VOUS FOUTEZ ICI ?

Pas moins de dix secondes plus tard, les deux importuns ont disparu et les personnes restantes semblent plus que surpris. Roselia voit Enora, la seule à n'avoir rien dit, fixer sur son script, une expression d'horreur peinte sur le visage.

-Un problème Enora ? Grince la jeune fille, visiblement à bout de nerf.

-Je sais pas si à ce stade on peut encore parler d'un problème à vrai dire, marmonne la concerné. Je sais même pas par quoi commencer ! Ah ben si, déjà, ma description fait pitié et j'ai vraiment l'air d'une nunuche au début. Ensuite, à peine après m'être fait larguée comme une merde, je suis catapultée au Moyen-âge et enlevé par des sociopathes. Et ça ne s'arrange pas ! J'ai un instinct de survie minable ! Je les insulte tout le long. Et en plus je me fais… oh et, chanceuse que je suis, on me libère après deux semaines ! Quelle joie ! Et évidemment, je tombe sous le charme du grand ténébreux taciturne sauf que, comme je suis devenue aussi handicapé socialement que mon grand-père vivant en pleine forêt, je le laisse pas m'approcher sans crever de peur, merveilleux ! Et je me fais harceler par un faucon. Oh et je suis une cruche qui préfère mourir avec des sauvages que rentrer chez ses parents ? Sans oublier que je tombe enceinte, magnifique. Et les super pouvoirs qui servent à rien… et oh magique, j'ai le choix entre accoucher d'une gosse mort né ou crever en accouchant d'un prématuré en me réincarnant chez moi. Je suis gâtée dis donc !

Les yeux fixés sur Enora, Roselia hésite entre éclater de rire, la consoler ou la défigurer -sauf que ce dernier point ne l'aidera pas du tout ; trop de dépense en maquillage par la suite. Mais une constations l'empêche de prendre une décision.

-Où est Merlin ? Siffle-t-elle.

Tout le monde détourne la tête, gêné.

-Quelqu'un va me répondre maintenant ou je vous jure que vous ne tournerez plus jamais rien de votre vie, même pas une pub pour l'herpès, c'est clair ?

-Il est sûrement encore occupé avec son joint dans les toilettes, finit par balancer Lancelot.

Roselia se tape la tête sur la table et la réplique qu'elle retient depuis ce matin sort pour de bon :

-Putain ce n'est pas vrai mais, pourquoi moi ?


Une heure plus tard, alors que Merlin a été retrouvé complètement défoncé et que Roselia a repris le contrôle de ses nerfs, le vieillard lit sa fiche, hochant la tête de temps en temps et exprimant ses sentiments par des mimiques plus qu'étranges.

Roselia commence à perdre patience quand, au bout de trente minutes, Merlin n'a toujours pas détaché les yeux de sa fiche. Elle se racle la gorge, attirant son attention et il se contente de lui sourire niaisement avant de retourner aux feuilles.

Finalement, Merlin les dépose lentement et fixe Roselia dans les yeux d'un air impénétrable.

-Un problème ? Demande cette dernière, lasse d'avance.

-Un problème ? Sourit Merlin, l'air d'avoir reçu son cadeau de Noël à l'avance. Je suis un maître en manipulation, je les mène tous par le bout du nez, je fais de mon pantin préféré un roi, je m'en sors parfaitement après avoir ruiné la vie d'une pauvre fille, je gagne la guerre en restant au fond et en envoyant de pauvre innocent se faire massacrer à ma place… Je ne vois aucun problème, ce rôle est fait pour moi !

Roselia soupire de soulagement en se laissant aller au fond de sa chaise. Au moins un qui est content !