Hey hey,

Je m'ennuyais un peu alors j'ai écouté de la musique en lisant un petit roman puis, quand je pensais que tout allait mal se passer, cette histoire m'est venue à l'esprit alors j'ai eu envie de l'écrire pour vous la partager. Ce n'est pas très long, ce n'est pas très bien écrit mais je publie tout de même avant que je ne choisisse de supprimer mes mots.

J'espère que cela vous occupera un peu, que mes mots vous ferons ressentir mes sentiments de l'instant avant que vous ne retourniez à vos petites vies qui, je l'espère, sont merveilleuses.

Avec mon amour,

L'Ingénue

Madame Malfoy,

Je ne sais par où commencer cette lettre car je sais que vous me haïssez de tout votre cœur. Je ne vous en veux pas. Je serais à votre place, je me haïrais également. Comment ne pas détester la personne ayant causé la mort de votre fils unique ?

Pour commencer, si vous recevez cette lettre, c'est que la vie m'échappe, que j'ai perdu la bataille et que ma course avec le temps est sur le point de se terminer si la mort ne m'a pas déjà accueilli. Le sortilège qui me ronge depuis la guerre n'a jamais cessé de me détruire. Nous pensions tous l'avoir vaincu mais la réalité est qu'il s'était simplement endormi, attendant son heure pour venir me dévaster. Il s'est réveillé alors que je m'y attendais le moins alors je n'ai rien dit. J'ai continué à vivre et je continue. Comprenez-moi, passer mon temps à arpenter les hôpitaux n'est pas une vie, voir la pitié dans chaque regard me détruirait bien avant que la maladie ne le fasse.

Je ne vais pas commencer par le début, car vous le connaissez. J'aimais votre fils plus que tout. J'aime Draco. Je n'ai jamais cessé de l'aimer, même après sa mort. Comment pourrais-je ne plus aimer l'homme que j'ai promis de chérir jusqu'à la mort et plus encore ? Je porte encore mon alliance, je porte toujours son nom. Vous m'aviez demandé, devant sa tombe, de partir et de refaire ma vie, de disparaître de la vôtre car vous me tenez coupable de sa mort mais je n'ai pas pu. Je suis partie, oui, mais je n'ai pas pu refaire ma vie, je ne me suis pas même accordée le moindre rendez-vous avec un prétendant alors que plus d'un m'ont envoyé un hibou. Les journaux ont fait de moi la veuve la plus en vogue, la veuve à prendre alors j'ai quitté l'Angleterre, je suis partie pour la France où j'ai vécu mon temps compté comme Madame Hermione Malfoy.

Pour la dernière fois, je veux raconter ce jour-là, ce jour fatale où j'ai senti mon cœur se briser. Je veux vous dire ce que je n'ai pu vous dire, ce que je n'ai pas eu le courage de venir vous dire. J'étais enceinte. Je formais la vie en moi.

C'était un matin comme les autres. Un matin d'automne grisâtre. Il faisait froid et nous étions toujours enlacés dans notre lit. La soirée que vous nous aviez offerte la veille pour nos 2 ans de mariage nous avait épuisé plus que de raison à moins que ce ne soit les coupes de champagnes. Nous étions rentrés dans la nuit, légèrement ivre et le rire facile. Je me souviens encore de sa caresse sur mon épaule dénudée pour me tirer de mon sommeil et m'offrir un baiser en me tendant une potion contre la gueule de bois. Je lui ai souris après l'avoir bu et nous avons finir par sortir du lit, abandonnant notre cocon pour prendre un petit déjeuner salvateur. Pourquoi cette potion est-elle si mauvaise au goût ?

Il était 9h et Draco s'affairait déjà dans la cuisine. Il préparait des pancakes comme chaque week-end et ce samedi n'avait aucune raison de faire exception alors je me tenais là, assise sur le comptoir de la cuisine pendant qu'il évoluait comme un chef dans la cuisine. Je me souviens avoir ressenti un long frisson alors qu'un courant d'air s'infiltrait dans la pièce par la fenêtre légèrement entrouverte. Je me revois resserrer les pans de mon kimono en satin sur mon buste pendant qu'il se retournait pour m'offrir un baiser en déposant une assiette à ma droite et la seconde à ma gauche. Il m'a saisi et m'a fait descendre en m'embrassant pour finir par s'installer sur un tabouret et me maintenir contre lui. Un petit moment de bonheur à deux comme nous les aimions.

Je ne me souviens plus de quoi nous parlions. J'avais finalement quitté ses genoux pour prendre place à côté de lui, j'en avais profité pour fermer la fenêtre. Je ne me sentais pas bien, je me sentais nauséeuse et, à peine le petit déjeuner entièrement ingéré, je me suis précipitée dans les toilettes pour y rendre le tout. Il m'a suivi en panique, touchant mon front et maintenant mes cheveux pendant que je faisais ma sale affaire. Il m'a offert un verre d'eau pour que je me rince la bouche puis il m'a conduit vers le lit. Il a fait venir un médicomage sous mes protestations. Je me sentais mieux mais il avait peur, peur que ce soit le sortilège qui ai refait surface. Comment l'en blâmer ?

Nous n'avons pas attendu longtemps. J'avais tout juste eu le temps de passer un pyjama plus couvrant que déjà un homme faisait irruption chez nous et s'avançait dans notre chambre. Je l'entends encore demander à Draco de sortir pour commencer à dresser son diagnostic. Il a tout fait,. Température, palpation, ganglions, stéthoscope, ... Il m'a observé sous toutes les coutures, prélevant un peu de mon sang pour s'assurer que ce ne soit pas la maladie que l'on croyait disparu. Négatif. Le test était négatif alors il a supposé un coup de froid, rien de grave. Il allait sortir lorsqu'il s'est retourné vers moi, la main en suspend au dessus de la poignet de la porte. Il m'a regardé de haut en bas. J'étais assise au pied du lit et je reboutonnais ma veste de nuit. Il m'a alors demandé à quand remontait mes dernières règles. Je n'ai pas su lui répondre. J'ai froncé les sourcils et il a souri, s'approchant de moi en sortant une potion de sa sacoche. Il a saisi ma main, je tremblais. Du bout de sa baguette, il a fait jaillir une petite goutte de sang de mon doigt et, à peine la goutte avait-elle rencontrée la potion que cette dernière virait du limpide à l'or. Il a souri. Il m'a félicité. J'étais enceinte. Il m'a laissé le soin de l'annoncé à Draco et il est parti sans demandé son reste. A peine eut-il franchi le pas de la porte que déjà Draco se tenait devant moi. Je me revois avec le regard dans le vide, la chemise boutonnée à moitié, laissant apparaître ma peau pâle. Il s'est agenouillé devant moi, cherchant à capter mon regard, ses mains posées sur mes genoux. Il avait peur. Mon mutisme ne le mettait pas à l'aise et il craignait la mauvaise nouvelle. J'ai murmuré. Il n'a pas entendu. J'ai répété, un peu plus fort.

« Je suis enceinte ».

Je me suis mise à pleurer. J'ai pleuré car j'avais l'impression de le trahir. Il ne voulait pas d'enfant, pas maintenant car il ne se sentait pas prêt. Il me l'avait dit, nous devions attendre. Attendre encore un peu. Il fallait attendre que le monde soit plus sûr, que le danger soit enfin loin. Nous n'étions que 6 ans après la guerre, nous n'avions même pas 25 ans. Il n'a rien dit, il s'est juste levé et j'avais peur. J'étais terrorisée à l'idée qu'il me hurle dessus, qu'il me fasse vivre une colère Malfoy comme il ne m'en avait fait vivre qu'une depuis que nous étions ensemble.

Il est sorti de la chambre. Je tremblais toujours. J'avais peur qu'il ne revienne pas mais il est revenu. Il a déposé une couverture sur mes épaules et il m'a tendu une tasse de thé. La tasse m'a brûlé la main. La peur a toujours eu cet effet sur moi, me glaçant le corps. Il a passé son bras sur mon épaule, maintenant la tasse que je n'arrivais pas à tenir de son autre main. Il a embrassé mes larmes, buvant ma tristesse comme il l'avait déjà fait plus d'une fois. Comprenant que je ne boirais pas le liquide, il l'a déposé plus loin, sur la table de chevet pour venir me serrer contre lui. Je sens encore ses mains venir trouver mon visage et le relever, son regard a accroché le mien et il m'a offert un sourire éclatant, un sourire merveilleux. Il allait devenir père et, en lui faisant ce cadeau, il devenait l'homme le plus heureux de monde.

Je ne sais plus exactement ce qu'il s'est passé par la suite, je revois l'eau sur mes joues, les tremolos dans ma voix et mes rires pleins de larmes. La seule chose dont je suis certaine, c'est que nous nous sommes aimé avec passion après l'annonce soudaine. J'entends toujours ses mots, ils résonnent toujours au fond de moi.

La suite de l'histoire, vous la savez. Vous la connaissez, Narcissa. Nous nous sommes habillés et nous sommes sortis. Nous avons flâné dans le Londres moldu puis nous avons choisi de rejoindre la Londres sorcier pour y effectuer quelques achats. L'escarmouche alors que nous sortions de la librairie pour venir vous voir. Nous comptions vous l'annoncer. Vous auriez dû être la première à le savoir. Mais la vie a choisi de faire les choses autrement. Ils nous ont attaqué, ils voulaient ma mort et, sans réfléchir, Draco s'est jeté entre le sortilège et moi-même. Il a donné sa vie pour moi, pour notre enfant à venir. Si vous saviez à quel point j'aurai aimé que les choses soient différentes ...

Après l'attaque, il y a eu l'enterrement et je n'ai pas eu le cran de vous l'annoncer. J'ai vu dans votre regard que je vous faisais mal. Je me sentais incapable de vous détruire un plus alors je vous ai écouté et je suis partie. J'ai fait en sorte de me faire oublier. Lorsque j'ai quitté l'Angleterre, j'étais à 3 mois de grossesse et je pouvais encore le cacher. J'ai continué à correspondre avec Harry et Ginny. Ils me donnent de vos nouvelles, ils me disent que vous allez bien, qu'ils vous croisent parfois et que vous échangez quelques banalités. Je corresponds toujours avec eux mais les lettres se raréfient, nous nous éloignons avec le temps. Le seul qui est resté présent, c'est Blaise. Il est venu me retrouver quand je ne donnais plus assez de nouvelles à son goût et il est resté. Il m'a épaulé, il m'a accompagné. Il le fait toujours. Il est le parrain de Scorpius, le seul en qui je place assez de confiance pour rappeler à notre fils que ses parents l'ont aimé plus que tout au monde.

A l'heure où je vous écris cette lettre, je ne suis pas seule dans mon grand appartement parisien. Scorpius Hypérion Malfoy dort dans son lit et Blaise range la cuisine. Je suis allée voir un médicomage durant la matinée. Le verdict est sans appel. Il me reste tout au plus trois ans à vivre. Si, au réveil du sortilège, je ne ressentais que des douleurs que la potion anti-douleur suffisait à combattre, la situation a empiré. Les potions ne sont plus aussi efficaces et je saigne du nez, je crache du sang. Le spécialiste m'a annoncé que mes organes internes étaient touchés, qu'il n'y avait plus rien à faire, plus rien à espérer.

Scorpius a 3 ans. Je ne sais pas encore quand la mort viendra me cueillir pour m'emmener retrouver mon amour. Il est trop jeune, trop jeune pour grandir sans sa mère, pour être arraché ainsi à sa famille. Je ne verrai jamais mon petit garçon grandir et ça me fait mal. C'est horrible de dire cela mais une part de moi aurait préféré que je meurs à sa naissance pour qu'il ne souffre jamais du manque de sa mère comme il va en souffrir lorsque je partirai. Il pensera que je l'ai abandonné et cela m'est insupportable. Je sais que Blaise fera tout ce qui est en son pouvoir pour que jamais cela n'arrive mais la peur me tient en joug, elle plane au dessus de moi telle une épée de Damoclès.

Vous savez à présent la vérité, vous savez toute l'histoire.

Narcissa, si cette lettre est entre vos mains, c'est que la fin est là, que mon fils, le fils de Draco, le nôtre, est à présent orphelin. Il n'est pas seul, il a son parrain à ses côtés mais une part de moi aurait aimé que vous vous teniez là, à ses côtés, pour affronter cette terrible épreuve et lui dire que ses parents s'aimaient, qu'ils l'aimaient lui plus que tout et qu'ils l'aiment toujours.

Avec mon affection la plus sincère,

Adieux,

Hermione Malfoy.

Narcissa Malfoy tenait la lettre entre ses doigts. Elle tremblait et les larmes dévastaient son visage. Elle avait envie de hurler, hurler contre Hermione de lui avoir ainsi caché la vérité durant des années, hurler contre elle-même d'avoir osé abandonner sa belle-fille lorsqu'elle en avait le plus besoin. La matriarche gémissait et, dans un nouveau soubresaut de chagrin, se laissa glisser contre le sol.

— Cissy ? J'ai entendu du bruit, tu.. CISSY ?!

Lucius Malfoy parcouru les quelques mètres qui le séparait de sa femme en un temps record. Il avait presque couru et déjà il se tenait au sol, serrant sa femme contre lui sans connaître l'origine du chagrin qui dévastait son être. Il ne comprit que peu de mot, la voix tremblante se perdant dans des sons incompréhensibles. Il resta là, assis, à même le sol, sa femme contre lui et sa chemise anthracite se mouillant des larmes.

L'homme avait été relâché d'Azkaban 1 ans plus tôt pour bonne conduite. Il était en période d'essais, il avait 3 ans pour faire ses preuves dans le monde sorcier, 3 années à aller voir un psychomage du ministère une fois par semaine pour rester libre et ainsi tourner définitivement une page de sa vie. Les années d'emprisonnement l'avaient changé. La fin de la guerre avait eu un impact positif sur lui et il mentirait s'il devait dire qu'il n'en était pas soulagé. L'homme froid qu'il avait été n'était plus aussi glacial, il laissait doucement tomber le masque et s'autorisait, lorsqu'il emmenait sa femme dîner au restaurant, à rire un peu plus fort, à l'embrasser sous les regards courroucés de ceux voyants sa réinsertion d'un mauvais œil. Il ne fallait pas croire qu'il avait totalement changé, loin de là, il avait toujours sa fierté et son côté hautain mais il avait commencé à diminuer ses préjugés. Il n'était pas un amoureux des moldus mais il les supportait, par respect pour son défunt fils qui avait épousé une née-moldue. Il avait, plus d'une fois, essayé de joindre Hermione. Il avait ressenti le besoin de la voir, juste une fois, de lui parler le temps d'un repas pour comprendre pourquoi elle avait ainsi disparu mais chaque hibou lui était revenu, la lettre même pas ouverte.

— Cissy, parle-moi.

La voix était empreint d'une douceur qu'on ne lui soupçonnait pas. Ses grandes mains pâles se promenaient sur le dos de sa femme tandis que les sanglots se raréfiaient. Il ne sut réellement combien de temps ils restèrent ainsi, installés contre le parquet froid.

Le couché du soleil arrivait à sa fin lorsque Narcissa prit enfin la parole. Les dernier rayons d'or disparaissaient pour laisser place à la nuit et aucun d'eux ne bougeait, laissant la pièce disparaître sous la noirceur de la nuit.

— C'est... C'est Hermione... Elle ... Elle avait besoin de moi, de nous et je... Oh je suis horrible Lucius

Et les larmes reprirent. Il était impressionnant le corps humain à conserver ainsi une dose de larmes si grande. Lucius comprenait mieux la citation « Ne me secouez pas, je suis plein de larmes ». Elle prenait ici tout son sens, sa femme était pleine des larmes d'une vie et il avait suffit d'un seul moment, d'une seule bousculade pour qu'elles perlent sur ses joues creuses.

— Le jour de l'enterrement de Draco, j'ai demandé à Hermione de ne jamais revenir. Je ne voulais plus la voir. La voir me faisait trop mal, elle était le dernier souvenir de notre fils mais je ne savais pas Lucius. Je ne savais pas !

— Qu'est-ce que tu ne savais pas, ma douce ?

— Elle..

— Elle quoi, Cissy ?

— Elle était enceinte.

Lucius ne répondit rien. Il ne savait pas quoi dire. En l'espace de 5 minutes, il venait de découvrir pourquoi il n'avait pas vu sa belle-fille depuis le décès de son fils mais aussi qu'il était, potentiellement, grand-père. C'était un véritable coup de massue derrière le crâne, il se sentait chanceler mentalement alors que, physiquement, il tenait bon, serrant toujours sa femme contre son torse.

— Tu... Pourquoi était ? Enfin, je veux bien comprendre qu'elle ne soit plus enceinte, cela fait presque 7 ans que... qu'il y a eu l'attentat mais pourqu—

— Nous devons aller en France. Tout de suite. Il y a peut-être encore une chance.

Narcissa n'avait pas laisser à Lucius de temps de finir sa phrase que déjà elle se relevait et attrapait sa baguette. Lucius n'arrivait plus à suivre, les choses allaient presque trop vite pour son esprit affaibli par Azkaban. Il était toujours assis au sol alors que sa femme passait déjà sa cape de voyage sur ses épaules.

— Lucius, nous partons. Tout de suite.

— Mais... Narcissa, nous partirons demain, nous n'avons pas de portauloin, nos valises ne sont pas prête et—

— Demain il sera peut-être trop tard. Je pars tout de suite, avec ou sans toi.

Lucius soupira en se relevant. Il n'avait pas le choix, il allait suivre sa femme pour ne pas subir son courroux. Il y avait des fois comme celle-ci où il ne la comprenait plus vraiment. Il eut tout juste le temps d'accrocher les barrettes en argent de sa cape que déjà sa femme le poussait dans la cheminée pour apparaître directement au ministère.

Il ne fut pas compliqué pour le couple de soudoyer un employé avec quelques gallions pour obtenir un portauloin imminent à destination de la France. Le voyage fut rapide. Trop rapide pour Lucius qui eut un haut le cœur lorsque sa femme le tira par le bras pour courir dans les couloirs du Ministère de la Magie français et sauter dans la première cheminée libre. Jamais il n'avait vu sa femme agir de la sorte et il était désarmé, perdu. Il ne comprenait rien, la situation lui échappait glissait entre les mains et Narcissa semblait ne pas vouloir prendre 2 minutes pour le mettre au parfum.

Il haussa un sourcil lorsqu'ils arrivèrent dans la seule clinique sorcière parisienne, la seule de France. Le bâtiment était immense et il y avait des sorciers un peu partout. L'endroit était semblable à Sainte-Mangouste et, sans se laisser démonter, Narcissa accrocha les doigts de son époux pour le tirer avec elle vers le secrétariat.

Narcissa s'exprima dans un français parfait.

— Bonjour, pourriez-vous m'indiquer la chambre de Miss Hermione Malfoy je vous prie ?

— Les visites sont terminées. Il faut repasser demain entre 9h30 et 18h si vous désirez rendre visite à l'un de nos occupants et vous procurer un pass de visite en remplissant le formulaire que voici.

— Je crois que vous ne comprenez pas. Demain il sera trop tard alors c'est tout de suite que je veux la voir. Tout. De. Suite.

Narcissa appuya chacun de ses mots sous le regard courroucé de la secrétaire. Lucius ne savait plus réellement où donner de la tête si bien qu'il plaça sa main sur l'épaule de sa femme pour qu'elle ne fasse pas une scène au beau milieu d'un hôpital.

— Narcissa, ma chère, nous reviendrons demain matin dès la première heure, nous allons prendre une chambre d'hôtel. Tu dois te calmer.

— Mais je suis PARFAITEMENT calme. Je veux juste voir ma bru tout de suite si vous ne voulez pas que je fasse exploser votre bureau.

— Narcissa.

Le ton glacial de son époux lui fit l'effet d'une douche froide. C'était la première fois qu'il haussait ainsi le ton contre elle depuis sa sortie d'Azkaban et cela la fit frissonner. Il lui saisit fortement le poignet pour la tirer vers la sortie, envoyant des excuses hâtives à la femme du secrétariat encore sous la colère. Narcissa essaya tant bien que mal de détacher son poignet mais les doigts de Lucius la tenait si fortement qu'ils semblaient fondre en elle.

— LUCIUS ABRAXAS MALFOY ! VOUS ME LÂCHEZ IMMÉDIATEMENT !

Arrivés à l'extérieur, Narcissa avait hurlé contre son époux et sa voix ridiculement aiguë avait fendu la nuit d'un coup tranchant. Dans la pénombre, on ne distinguait qu'à peine les larmes coulant sur les joues de Narcissa tandis qu'au fond du regard de l'homme, un feu se consumait lentement. Il était en colère. Il voulait comprendre et rester ainsi dans le flou commençait sérieusement à l'énerver.

— On a assez joué, Narcissa. Maintenant, je veux tout savoir, chaque détail. Et, je t'en prie, arrête de te mettre en scène ainsi, ce n'est clairement pas une attitude à avoir pour des personnes de notre rang.

La voix froide de Lucius claqua dans l'air froid parisien. Un coup de fouet qui, bien que plus discret que celui de sa femme, frappait tout aussi bien. Le couple se regardait, ils se disputaient d'un regard et seule une personne stupide aurait essayé de s'interposer. La main de Lucius tenait toujours fermement le poignet de Narcissa, elle aurait certainement une marque mais elle s'en moquait, elle n'était pas une femme battue mais son époux lui avait fait bien plus mal par le passé. L'amour qu'elle lui vouait ne pardonnait pas tout mais il suffisait à compenser, il suffisait à jouer dans la balance pour ne pas demander le divorce.

— Qu'est-ce que tu veux entendre, Lucius ? Que je m'en veux ? Que je suis une femme horrible car je n'ai su garder la tête haute avec un fils décédé et mon époux enfermé en prison ? Que j'ai chassé Hermione pour essayer de tourner une page et de faire le deuil de mon fils ? Que l'éloigner a été la meilleure idée stupide que j'ai eu depuis la brillante idée d'inviter ma chère sœur à s'installer au manoir durant la guerre ? Vraiment, Lucius, si c'est ça que tu veux savoir, tu ne loupes rien de croustillant. La seule chose qui devrait t'importer maintenant, c'est qu'Hermione, la mère de notre petit fils, est couchée sur son lit de mort.

— Pardon ?

— Oui. Tu te souviens du petit sortilège qu'Hermione a reçu de ma chère sœur ? Ce petit sortilège de son invention ? Je me souviens encore de l'effet qu'il fait, je me souviens encore avoir vu cette masse noirâtre glisser sous la peau de celle qui est devenue notre belle-fille. Oh on ne voyait rien, après la guerre, elle a été soigné. Ils ont tous crié victoire mais personne, pas un seul de ces putains de médicomages n'a trouvé bon de penser que le mal pouvait juste être endormi car oui, il était juste endormi et la douleur qu'elle a ressenti durant son accouchement, il y a environ 6 ans, ça a signé son arrêt de mort. Le sortilège s'est réveillé et il l'a rongé, il a dévoré son être et maintenant, elle est à bout, il n'y a plus rien qui puisse la sauver et elle va mourir. J'ai enterré mon fils sans pouvoir lui dire à quel point je l'aimais juste parce que je suis une sorcière aristocrate et que les sentiments n'ont pas le droit d'apparaître dans nos vies et maintenant je vais perdre ma belle-fille parce qu'au lieu de pleurer avec elle comme j'aurai dû le faire, j'ai voulu pleurer seule. Alors je t'en prie Lucius, j'ai fait assez d'erreur dans ma vie, on m'a assez répété que j'étais une sorcière de bonne famille et que je ne devais pas pleurer ailleurs que seule dans le noire pour me l'entendre dire encore.

Narcissa était à bout de souffle. Elle avait débité le tout et Lucius n'avait pas baissé le regard un seul instant, il avait maintenu le lien jusqu'à la fin, jusqu'au dernier soupir de sa femme, jusqu'à son grognement lorsqu'il l'attira contre lui dans un geste brusque pour venir lui offrir une étreinte mêlant amour et colère. Le câlin était brusque et tendre à la fois.

Narcissa inspira longuement, son nez dans le torse de son époux. Elle était submergée et elle n'arrivait plus à aligner les choses. Il y avait tellement de sentiments qui se battaient dans son cœur qu'elle n'était plus qu'une guerre. Elle abritait la bataille sanglante des sensations d'une vie et son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine. Elle s'agrippa à Lucius, elle s'accrocha à lui avec ferveur et force car, si elle lâchait ou s'il osait desserrer son étreinte, elle chuterait. Elle tomberait dans les abîmes sans promesse de retour.

Un sanglot long déchira la nuit. Elle craquait. Son être fissuré laissait couler ce trop-plein qu'elle ne savait plus contenir. Lucius la serra encore plus fort contre lui, serrant si fort qu'il avait l'impression qu'il allait la briser mais il sentait que s'il faiblissait, elle glisserait et que la petite fêlure de sa coquille s'aggraverait, elle exploserait tou simplement. L'homme ferma les yeux, laissant son nez tomber dans la chevelure parfumée de sa femme. Elle dégageait ce parfum de lilas envoûtant qui lui avait tant manqué.

Ils ne surent combien de temps ils restèrent ainsi. 5 minutes ? 10 ? 1 heure ? Ils restèrent assez longtemps pour voir la neige recommencer à tomber, pour sentir le froid glisser sous leurs vêtements et lécher leur peau. De la scène coulait un romantisme certain, un romantisme à en faire chavirer le cœur des jeunes en quête du grand Amour s'il n'y avait pas eu cette bulle de drame.

Lorsqu'ils se séparèrent enfin, Lucius fut frappé par toute la douleur qui dansait dans le regard de cette femme qu'il chérissait plus que de raison. Un jour, son père lui avait dit de ne pas tomber amoureux, de ne jamais aimer une femme car l'amour causerait sa perte. Il ne savait pas quand c'était arrivé, il ne s'en souvenait plus mais c'était maintenant qu'il s'en rendait compte, qu'il comprenait enfin qu'il aurait donné sa vie pour ne plus jamais voir cette douleur. Oh il ne fallait pas croire, il ressentait des choses pour sa femme, il en avait même toujours ressenti mais il n'avait jamais appelé ça de l'amour. Cela avait été de l'affection mais pas de l'amour enfin, c'était ce qu'il pensait.

— Viens, allons chercher une chambre dans les environs et nous reviendrons dès la première heure. Ils ne nous refuserons pas l'entrée avec quelques gallions et, au besoin, je ferais jouer d'anciennes relations.

Narcissa renifla de façon peut gracieuse, conservant ses mains fermement serrées aux bras de son époux. Pour la première fois depuis des années, il lui offrit un sourire. L'arc était timide, presque maladroit mais c'était un sourire et ça, au yeux de la femme, n'avait aucun prix. Elle lui rendit la pareille, esquissant un petit sourire timide à son tour avant de venir coller son front contre l'épaule de son époux.

L'homme massa doucement les épaules de sa femme, la décrochant doucement de lui pour se mettre en marche. A sa connaissance, un hôtel sorcier n'était pas loin, à quelques rues et marcher au grand air leur ferait le plus grand bien. Il entremêla ses doigts à ceux de sa femme pour la tirer doucement derrière lui. Il ne lui laissa plus le choix.

Ils n'eurent le temps de marcher bien loin que, derrière eux, un nouveau sanglot découpait la nuit. Un pleur d'enfant puissant.

— Tonton ! Je veux ma Maman ! Je veux retourner voir ma Maman !

Machinalement, le couple pivota légèrement pour apercevoir la source des larmes, la source de ces pleurs qui auraient fendu le cœur au plus dur des Hommes. Lorsque les yeux de Narcissa plongèrent dans le regard gris de l'enfant qui se tenait à 5 mètres d'elle, elle sut. Elle sut que c'était lui, que c'était celui qu'on lui avait caché. Elle lâcha brusquement la main de son époux et marcha d'un pas rapide vers le duo.

L'enfant était debout, il lui faisait face et son regard mercure était planté dans le regard bleuté de la belle dame. Un homme se tenait à terre, entre la femme et l'enfant, il avait déposé ses mains brunes sur les épaules frêles du petit garçon. Sans que l'homme ne puisse réagir, Narcissa se laissait tomber au sol, attirant à elle le corps tremblant du bambin pour l'étreindre avec force.

— Je suis là. Je suis là Scorpius et je te promets que jamais je ne t'abandonnerais.

— 10 ans plus tard —

— C'est étrange hein ? En vrai, parfois je comprends les autres quand ils disent que je suis un « à part ». C'est le terme qu'ils utilisent pour classer les gens qui, comme moi, sont des antithèses. Je ne suis pas le seul dans ce cas, il y a Albus aussi et c'est mon seul ami chez les serpents. Les autres ne disent rien mais ils me respectent, grand-père m'a expliqué que c'était une histoire de famille, il paraît que tout le monde respecte les Malfoy alors j'en profite un peu et, même si ce n'est pas le plus correct, je m'en sers pour vivre en paix et j'en fais profiter Albus. A Poudlard, on ne demande déjà de penser à notre avenir, j'hésite entre plusieurs métiers encore mais celui d'éditeur me plaît bien. Il y a aussi le métier de potionniste qui m'attire et quand j'en ai parlé à mes grands-parents, ils ont rigolé en disant que j'étais bien votre fils. Ils m'ont expliqué que Papa était un génie en potion alors que Maman, bien que douée dans la matière, préférait les livres.

Le jeune garçon sourit et il passa ses doigts sur le marbre froid avant de s'asseoir à même la tombe. Plus d'une fois sa grand-mère l'avait repris, lui indiquant que ce n'était pas une conduite à avoir mais il s'en moquait. Il en ressentait le besoin et, si elle détestait venir se recueillir au cimetière à cette date, lui, il mettait un point d'honneur à être présent chaque année.

— Vous savez, vous me manquez. Parfois, la nuit, je ne trouve pas le sommeil et je fixe la photo que m'a donné Oncle Blaise. Vous êtes tous les deux là, à sourire et j'ai l'impression que vous me souriez à moi mais j'ai peur parce que parfois, j'ai l'impression d'oublier le visage de Maman. Je veux dire, c'est pas contre toi Papa hein, loin de là mais tu vois, Maman je l'ai vraiment connu, j'ai pu goûter à ses étreintes et lorsque j'ai peur je sens encore ses bras contre moi et ses baisers sur mon front. Je t'aime quand même Papa et j'ai parfois l'impression que tu es là, avec moi, et que tu me parles. Je connais ta voix grâce à Blaise et je t'ai vu, dans des souvenirs, au même âge que moi. On se ressemble tellement physiquement que d'en est troublant. Je suis triste que tu ne sois pas là pour le voir. Oh, d'ailleurs, j'espère que tu es fière de moi car, au dernier match contre les lions, j'ai attrapé le vif d'or avant James Potter et nous avons gagné le deuxième match de la saison. J'ai bien l'impression que cette année la coupe ira aux serpentards. On a une bonne avance que ce soit au quidditch ou en cours.

— Scorpius ? Nous allons y aller, ta grand-mère va râler si nous prenons trop de temps.

— D'accord Grand-Père ! Tu peux juste.. euh.. tu sais.

Lucius sourit tendrement à Scorpius avant de faire apparaître un bouquet d'hellébores sur le marbre.

— Tu penses qu'ils sont fières de moi ?

— Nous sommes tous fières de toi, Scorpius et eux particulièrement si tu veux mon avis.

Scorpius déposa un baiser sur la joue de Lucius avant de se diriger vers la sortie du cimetière, l'homme sur les talons. C'était toujours comme ça, chaque 24 décembre se ressemblait depuis 9 ans. Lucius et Scorpius allaient au cimetière déposer quelques fleurs, Scorpius parlait à ses parents et Narcissa, elle, restait au manoir avec Blaise et sa femme, Elena Mickaelson, une sorcière américaine rencontrée lors de l'un de ses voyages. Noël était une fête étrange, une fête où les souvenirs remontaient entre les larmes et les rires de chacun.