Bonjour tout le monde, voici le chapitre 2 ! J'espère que ça vous plaira !

N'hésitez pas à laisser une petite trace de votre passage, un petit mot si ça vous a plu !


Chapitre 2 – Le Raikiri

Accroupi dans l'entrée de chez son oncle et sa tante, Nagato lissa une dernière fois sa cravate, entreprenant de nouer ses lacets quand l'ombre de Minato surgit de la cuisine, les sourcils froncés, passant devant lui pour se rendre au pied des marches qui conduisaient à l'étage :

— Naruto, dépêche-toi, tu mets tout le monde en retard !

Des coups frappés à la porte se firent entendre et l'oncle de Nagato tourna son regard vers le battant que son neveu avait entrepris d'ouvrir, pour tomber nez à nez avec les frères Uchiha, le cadet devant, son aîné ayant ses mains sur les épaules. Sasuke fronça les sourcils et leva la tête vers son frère qui sourit.

— Bonjour M. Namikaze !

— Oh, bonjour, Itachi, bonjour Sasuke. NARUTO ! JE TE PRÉVIENS, SI TU N'ES PAS EN BAS DES MARCHES DANS TRENTE SECONDES, C'EST MOI QUI MONTE ! Qu'est-ce que vous faites ici si tôt ?

— Sasuke voulait savoir si Naruto voulait faire le chemin avec lui, répondit Itachi.

— Fais-les entrer, Nagato, je vous dépose tous les quatre, au passage, NARUTO, C'EST MAINTENANT OU JAMAIS, JE MONTE !

Escaladant les marches quatre à quatre, Minato disparut à l'étage alors que Nagato s'écartait du battant, pour inviter les deux nouveaux venus à entrer. Itachi ouvrit la bouche pour saluer son ami quand celui-ci se détourna au son de la voix de Kushina, émergeant de la cuisine.

— Nagato, ton déjeuner, lança-t-elle en s'approchant de lui pour lui mettre entre les mains une boîte à bento.

Il sourit et hocha la tête.

— Merci, tante Kushina.

Elle se sentit fondre et lui porta un regard plein de tendresse.

— Tu es tellement mignon. Passe une bonne journée, mon chéri, ponctua-t-elle en déposant un baiser sur sa joue.

Quand elle remarqua enfin les frères Uchiha, elle eut un léger mouvement de recul, refermant son peignoir sur son pyjama.

— Bonjour vous deux ! Vous allez bien ? Où sont Minato et Naruto ? NARUTO, MON CŒUR, VOUS ALLEZ VOUS METTRE EN RETARD !

Elle eut moins de patience que son mari et entreprit de suite de grimper les marches jusqu'à l'étage, laissant les deux frères Uchiha circonspects, pendant que Nagato soupirait, se massant les yeux avec fatigue.

Il y eut un grand fracas, puis quelques secondes plus tard, Naruto dévala les marches, saisissant la main de Sasuke pour l'entraîner dehors, puis Minato apparut, descendant plus tranquillement et faisant signe aux aînés de sortir de la maison.

Ils s'installèrent tous dans la voiture de Minato, Nagato montant à l'avant avec son oncle. Il boucla sa ceinture et enfila le casque de son baladeur sur les oreilles, mettant la musique en marche. Il y avait vingt minutes de trajet jusqu'à l'école, il était nécessaire de s'isoler du bruit que pouvaient faire Naruto et Sasuke si on les réunissait dans un espace clos, et tant pis pour Itachi et Minato qui devraient encaisser sans pouvoir compter sur son soutien moral. Il ferma les paupières, s'amusant de l'ironie du sort qui avait amené sur le palier de sa maison l'exacte personne qu'il avait finalement décidé de fuir.

Il n'eut le temps d'écouter qu'une seule chanson quand un coup donné sur son épaule l'arracha à sa rêverie. Il baissa les yeux sur la main qui restait sur son épaule, puis retira son casque, croisant le regard d'Itachi dans le rétroviseur. Celui-ci esquissa un léger sourire :

— Je n'ai pas eu le temps de te le dire hier, mais le professeur Shimura aimerait nous recommander pour le concours national de mathématiques des moins de vingt ans.

Nagato retint de justesse un sourire – il adorait faire des concours de mathématiques en tandem avec Itachi – le transformant en une moue peu convaincue.

— Cette année, c'est compliqué, jeta-t-il en baissant les yeux sur la main d'Itachi qui ne quittait pas son épaule.

Son oncle lui jeta un regard rapide, avant d'enclencher son clignotant, tournant la tête pour vérifier ses angles morts.

— Ce ne serait pas une mauvaise idée pour enrichir ta candidature au M. I. T., si ?

Nagato soupira, sentit les doigts d'Itachi se crisper légèrement puis il secoua la tête.

— Peut-être, mais entre le club d'astronomie, le club de robotique et le tutorat, puis le projet à présenter, et la campagne de Yahiko…

Itachi grogna.

— J'avais oublié la campagne… Il va encore vouloir utiliser mon fanclub pour parvenir à ses fins.

Nagato se redressa pour se dérober au contact qui persistait, puis il fit mine de ranger son baladeur dans son sac quand il perçut sur lui le regard surpris d'Itachi.

— Il a raison de mettre à profit les avantages qui se présentent à lui, rebondit Minato en lançant un nouveau regard en coin à son neveu.

Il y avait quelque chose d'étrange dans son comportement, comme une retenue, une sècheresse dans sa voix, mais il ne pouvait identifier ce que c'était exactement.

— Tu vas faire du tutorat, Nagato ? Tu ne nous en avais pas parlé…

Il essayait de le faire parler, pour savoir ce qui clochait.

— Oui, répondit-il, pour mon dossier. Ça peut être un atout supplémentaire.

— En maths ? demanda Itachi. Je vais en faire en maths.

— Non, en physique, corrigea Nagato. Sur la liste, j'ai vu que tu avais choisi maths, alors, pour équilibrer, j'ai choisi physique.

— Dommage, à part les cours du professeur Shimura, c'était la seule heure qu'on avait en commun, bougonna Itachi. On ne va pas beaucoup se voir, cette année, la plupart de nos pauses déjeuner ne coïncident pas et tous mes entraînements sont en décalé avec tes clubs.

Minato fronça les sourcils quand le profil de son neveu s'emplit de soulagement qu'il chassa rapidement, se fendant d'un « ouais, dommage, pas de chance » dénué de toute vie.

« Quelque chose cloche sacrément », se dit l'adulte en se promettant d'en toucher deux mots à son épouse quand il rentrerait le soir.

À l'arrière, Itachi fronça les sourcils, la désagréable impression qui l'avait saisi la veille revenant avec force. Il chassa cette idée d'un claquement de langue – « il me fuit, non ? » – puis descendit de la voiture, remerciant Minato. Il observa la silhouette de son cadet qui se dirigeait vers le bâtiment où il avait cours et il pivota la tête vers Nagato qui avait déjà pris le chemin vers sa propre salle de cours. Étonné, il se lança à sa suite, le rattrapant quelques mètres plus loin, après avoir esquivé des première année qui s'étaient figés en le voyant s'avancer vers eux.

Il posa sa main sur le bras de son ami, comme pour le retenir et celui-ci se dégagea avec douceur, lui offrant un sourire un peu moins vivant qu'à l'accoutumée, puis un regard poli. Itachi replaça son sac sur son épaule, humectant ses lèvres puis, essayant de ne pas se laisser happer dans le regard violet, il lança :

— Tu auras le temps de venir déjeuner avec nous, ce midi ?

— Non, désolé, le club d'astronomie… J'aimerais organiser une sortie d'observation du ciel aux jumelles pour regarder le double amas de Persée avec les nouveaux arrivants, je dois renouveler les formulaires d'autorisation pour les mineurs et les formulaires d'accompagnement destinés aux parents, puis vérifier si on a le budget, parce que j'avais déjà des demandes d'adhésion, hier, alors…

Il haussa les épaules.

— Désolé, ça va pas être possible. Mais on a trente minutes en commun pour la pause déjeuner de jeudi et les quatre heures de maths vendredi ! On se verra samedi soir chez Hidan, de toute façon.

Itachi hocha la tête, rassuré de voir que son ami pensait toujours à passer du temps avec eux. Il écarta une mèche qui tombait devant ses yeux.

— Tu as besoin d'aide pour le club ? Je peux te rejoindre là-bas et t'aider, si tu veux ?

— Oh non, ne t'inquiète pas, Megumi sera là.

Le sourire d'Itachi retomba alors que Nagato lui souhaitait une bonne journée, se dirigeant finalement vers sa salle de classe. Seul sur le chemin menant aux bâtiments administratifs de l'école, il fronça les sourcils. Megumi était une jeune femme de sixième année particulièrement affable, mignonne et intelligente, douce, très gentille, avec le cœur sur la main, mais il éprouvait pour elle une inexplicable aversion.

Il secoua la tête une fois de plus, puis il s'engagea à son tour en direction de sa salle de classe.


Minato s'étira longuement avant de s'asseoir au bord du lit, dans lequel son épouse était déjà installée, en train de lire. Il délaça ses chaussures, les abandonnant au pied du meuble et déboutonna sa chemise, jetant un regard à son épouse par-dessus son épaule. La lampe de chevet projetait son ombre sur la porte, illuminant ses yeux de petites perles d'or et le mouvement de son mari alerta Kushina qui lui indiqua qu'elle était attentive et en repoussant le livre qu'elle lisait.

— Y a-t-il un problème avec notre neveu ? s'enquit-il à voix basse.

— Pas que je sache, pourquoi ?

Minato laissa la chemise tomber au sol, la remplaçant par un tee-shirt où il était inscrit « c'est moi l'chef » puis il retira son pantalon.

— Oh, je ne sais pas, il était très étrange, ce matin, quand je l'ai amené à l'école, totalement dans son monde… Il a un peu plus les pieds sur Terre, quand ses amis sont près de lui, normalement, mais la présence du petit Uchiha a… Je ne parviens pas à mettre le doigt dessus, mais il y avait un truc.

Kushina haussa les épaules, fermant son livre, le posant sur la table de chevet, alors que Minato s'installait au lit, tirant la couverture sur lui. Elle déposa un baiser sur la chevelure blonde de son mari, puis se tourna vers lui, glissant ses bras sous l'oreiller pour le contempler.

— Il doit être stressé. C'est sa dernière année à l'école, il a beaucoup de pistes pour l'année prochaine. Si son projet de départ aux États-Unis se concrétise, il va partir pour longtemps. Ça doit le faire réfléchir.

— Oui, sans doute que ça joue, rétorqua Minato en s'enfonçant dans les couvertures.

Il fallait dire que Jiraya n'y était pas allé de main morte en disant à Nagato qu'il était prêt à financer ses études au M. I. T. s'il était sélectionné pour aller faire l'ensemble de son cursus là-bas. Pourtant, Minato fit la moue en plongeant son regard dans les yeux de son épouse.

— Mais je sais pas… Ils se sont peut-être disputés, après tout, il n'est pas obligé de nous informer de tout, mais… Non, il agissait d'une drôle de manière avec Itachi. J'avais l'impression qu'ils… Enfin, ils étaient devenus bien plus proches depuis l'affaire Shisui Uchiha.

Kushina fronça les sourcils, son cœur se serrant légèrement.

— Il faut dire que ce n'était pas une petite histoire.

La grimace de Minato retourna encore plus son épouse.

— Je m'en réveille encore la nuit, en sueur…

Le petit Shisui Uchiha s'était suicidé à l'âge de dix-sept ans et c'était Itachi, presque treize ans au moment des faits, qui l'avait retrouvé mort. Minato avait été un des premiers sur les lieux, c'était malheureusement aussi le rôle de la brigade des mineurs d'aller récupérer les corps d'adolescents suicidés. Son cœur se serrait encore en repensant au petit garçon, couvert du sang de son cousin, assis au pied du lit, attendant simplement l'arrivée des secours et de la police près du corps.

Fugaku Uchiha n'avait pas pu venir récupérer son fils immédiatement, c'était donc Minato qui s'était chargé de lui, le ramenant directement à la maison, où Nagato terminait sa convalescence après une varicelle qui lui avait longtemps laissé des cicatrices dans le cou et sur les épaules. Nagato était resté avec son copain d'école tout le temps que son père mettait à venir le chercher, lui tenant fermement la main.

Quand un des subordonnés de Minato avait fait mine de se moquer de ces deux garçons aux doigts entrelacés, Minato l'avait vivement rabroué, avant de prononcer un avis négatif quant aux suites de carrière de ce policier dans la brigade des mineurs. Il n'avait pas été question pour lui d'avoir dans ses rangs un agent capable de rire visiblement de deux enfants se soutenant quand l'un d'entre eux venait de vivre la scène la plus traumatique de toute sa vie. Protéger les enfants, c'était aussi les protéger des policiers incapables de laisser leurs opinions surannées à la maison.

Parce qu'Itachi adorait son cousin comme un frère, il avait passé de longues semaines dans un mutisme complet, n'acceptant personne près de lui, à part son cadet, refusant d'aller à l'école. Nagato avait insisté pour lui apporter chaque soir les notes du jour, qu'il s'évertuait à recopier pendant les heures d'études qu'il accumulait en fin de journée, le temps que Kushina ou Minato puisse se libérer pour venir le chercher.

— Mais il était mal dans sa peau, ce môme, enchaîna Minato. C'était un bon gamin, pourtant, je le croisais souvent au commissariat. Je m'en veux tellement de n'avoir rien remarqué…

Il secoua la tête, plissant les lèvres et il tenta de chasser ses sombres pensées. Travailler comme policier avait été un des rêves de sa vie et il avait longtemps hésité avec une profession en lien avec les enfants. Quand il avait su qu'il lui était possible de lier les deux, il n'avait pas imaginé une seule seconde qu'une partie du job consisterait à ramasser les corps d'enfants qui s'étaient persuadés que la vie ne leur apporterait plus rien. Malheureusement, Shisui Uchiha n'avait pas été le plus jeune… Minato avait vu tellement de violences, tellement d'horreurs…

Alors souvent, il repensait à cette image, gravée dans son esprit, de son neveu s'approchant sans bruit de son ami, s'installant à ses côtés dans le canapé et lui tenant la main, sans un mot et ça lui réchauffait le cœur. Et le comportement de son neveu, ce matin-là, n'était clairement pas celui du petit garçon cinq ans auparavant.

L'adolescence était un calvaire, vraiment.

— Nagato a un problème avec Itachi, je peux te le garantir. Je n'ai pas la moindre idée de quoi, mais je trouve ça louche. Crois mon instinct de flic.

Kushina esquissa un sourire.

— Est-ce que le flic merveilleux qui me sert de mari accepterait de laisser ses enquêtes au pied du lit pour me faire un câlin ?


Dès le lendemain matin, Minato eut une première confirmation de ses soupçons quand il croisa son neveu qui descendait, frais et prêt à partir bien longtemps avant l'heure effective du départ. Il avait déjà pris son petit-déjeuner et entra dans la cuisine pour fouiller dans les placards et le frigo à la recherche du déjeuner préparé par Kushina, piquant une pomme dans la corbeille de fruits, mordant dedans avec plaisir.

— Bonjour, tu pars déjà ? Tu ne veux pas que je te dépose en même temps que Naruto et les frères Uchiha ?

— Hm, hmpf, croustilla-t-il avant d'avaler. Pardon. Non, merci, je dois passer au club de robotique avant d'aller en cours, pour ouvrir le fab-lab. Chôjurô m'a prévenu hier soir qu'il commençait les cours en décalé, donc je n'ai pas pu t'avertir. J'y vais, mon bus ne va pas tarder !

— Je te récupère, ce soir, en même temps que les autres ?

Nagato s'arrêta avant de franchir le seuil de la cuisine et tourna sa tête vers Minato, notant son air échevelé et son pyjama franchement peu conventionnel – un caleçon large et un tee-shirt à message, celui du jour scandait « C'est moi l'chef ».

— Tu veux dire Sasuke et Naruto, hein ?

— Oui, oui, seulement les petits.

— D'accord, alors ! À ce soir !

La porte d'entrée claqua et quand, une heure plus tard, les deux frères frappèrent à la porte, Itachi fut étonné d'apprendre que son ami était parti plus tôt. L'ambiance dans la maison était beaucoup plus calme que la veille. Kushina dormait encore – c'était son jour de repos – et Naruto, encore au radar, se traînait comme il le pouvait pour faire semblant d'être parfaitement éveillé et ne pas être grondé d'avoir repoussé son sommeil la veille. Son père avait déjà menacé plusieurs fois de le priver de cette console de jeu portable que son parrain lui avait offerte pendant les vacances d'été.

Itachi patientait dans l'entrée, alors que Sasuke bousculait un peu Naruto pour s'assurer qu'il avait bien pris son compas pour la géométrie, ses affaires de sport, son casse-croute en évitant de le mettre dans le sac de sport pour être sûr de le retrouver en état. Minato faisait face à l'aîné de Fugaku, l'observant alors qu'il semblait pensif. Quand l'adolescent s'aperçut que l'adulte le fixait, il offrit un sourire un peu timide.

Minato Namikaze l'impressionnait beaucoup depuis la mort de Shisui. Il se souviendrait toujours de lui comme de cet adulte qui l'avait arraché à un monde fait de sang comme s'il ne pesait rien, l'emportant avec lui loin d'une scène macabre. C'était Minato qui l'avait nettoyé de tout le sang qu'il avait partout, qui l'avait changé et c'était la voix de cet homme qui lui avait murmuré des paroles réconfortantes. Auréolé de ses cheveux blonds, ses immenses yeux bleus toujours trop gentils malgré les horreurs qu'ils avaient contemplées, il avait, ce jour-là, offert une bouffée d'oxygène à Itachi, en attendant que son père arrive.

Il ne se souvenait pas vraiment du reste, à part l'enterrement de Shisui, où il était allé, vêtu de noir. Nagato et Kisame s'étaient tenus près de lui tout du long, le premier serrant sa main, le second son épaule.

Minato toussota.

— Tu disais, hier, que ton emploi du temps ne coïncidait pas avec celui de Nagato ?

— Absolument pas, confirma Itachi. C'est tellement absurde qu'on dirait presque que c'est volontaire, on a toujours eu au moins des heures d'étude en commun jusqu'à présent, mais cette année, rien, à part nos heures avec le professeur Shimura.

— C'est dommage… Ton père et moi étions tout à fait d'accord pour dire que votre entente et votre travail en commun permettaient de vous stimuler.

— Plutôt rare que vous soyez d'accord avec mon père, M. Namikaze, sourit Itachi. Ne vous inquiétez pas, on trouvera une solution. J'espère vraiment qu'on pourra participer au concours, on s'y amuse plutôt bien, d'habitude.

Mais le rictus de l'adolescent était faux et Minato sentit son visage se contracter de perplexité, impression qu'il effaça bien vite pour ne pas inquiéter davantage le fils de Fugaku. Il plaqua un sourire sur ses lèvres et changea de sujet :

— Ton père m'a dit que tu allais t'inscrire en médecine, tu as déjà une idée de ce que tu veux faire ?

L'adolescent hocha brièvement la tête.

— Je serai chirurgien.

— Ah ? Et tu restes au pays ?

Itachi jeta un regard en biais vers les escaliers puis approuva. Il ne s'imaginait pas partir loin de son cadet pendant dix ans pour aller faire des études à l'étranger. Minato sourit de plus belle.

— Ah bon, je te voyais bien faire comme Nagato et tenter l'inscription aux États-Unis.

L'adolescent grimaça légèrement, changeant ses appuis, glissant ses mains dans ses poches.

— Je ne savais pas qu'il avait l'intention de partir, confessa-t-il, il ne nous en avait pas parlé.

Oups…

Minato consulta sa montre, jeta un regard aux escaliers où avaient disparu les deux pré-ados, puis il reporta ses yeux bleus sur le gamin de Fugaku.

— J'imagine qu'il n'a pas eu le temps. Cet été, son parrain lui a proposé de financer toutes ses études s'il se décidait à partir là-bas.

— Et il aurait tort de s'en priver, approuva Itachi sans savoir expliquer pourquoi sa gorge était si serrée. Je pensais qu'il nous en aurait parlé de suite, il l'évoquait l'année dernière, quand Deidara nous a dit qu'il partirait sans doute vivre à New York, mais plus comme un rêve irréalisable qu'un projet.

Il haussa les épaules, tentant d'écarter la sensation de malaise qu'il éprouvait confusément et il changea de sujet, celui-ci le gênant inexplicablement.

— Le concours serait en deux étapes distinctes. La première aura lieu en janvier et la seconde après la saison de basket. Ça m'arrange, à vrai dire, d'après Kakashi Hatake, la compétition sera rude cette année.

Les deux cadets finirent par redescendre, Naruto finalement habillé et réveillé, Sasuke présentant aux autres une moue contrariée et Itachi lui lança un regard curieux que son frère ignora, franchissant seulement la porte que Minato venait d'ouvrir.


— Bienvenue à cette première réunion du comité rédactionnel du Raikiri, le journal de l'école Senju de Konoha, débuta Asuma d'une voix forte afin d'attirer l'attention des nouveaux venus.

Devant lui, il y avait une dizaine de personnes et il porta un regard blasé à son neveu Konohamaru qui s'était installé au premier rang, les mains posées sur le pupitre, feignant être sage. Les deux camarades qui l'accompagnaient ne semblaient pas particulièrement jouasses d'être là.

— Je vois parmi vous des nouveaux venus à l'école, alors laissez-moi vous expliquer ce qu'est Raikiri : un bimensuel qui se veut exhaustif sur tout ce qui se passe à l'école. Nous avons aussi une rubrique politique, c'est Kurenai qui s'en charge, si tu veux bien...

La jeune femme désignée se leva, présentant aux autres une masse de cheveux bouclés, une bouche pulpeuse et un sourire avenant :

— Je me chargerai de former un élève plus jeune pour prendre ma suite, informa-t-elle. Une liste d'inscription circulera. La rubrique politique vise surtout à discuter les programmes des divers candidats à l'élection au poste de président des élèves, mais pas seulement. Elle sert à permettre à chacun d'exprimer une opinion. Nous aimons rester près de l'actualité du pays et inviter nos camarades à développer une pensée critique.

Elle acheva son discours sur un sourire puis elle se rassit, rendant la parole à son petit ami qui hocha la tête avant d'enchaîner :

— Gai est à la rubrique sports et–

Ledit Gai se leva d'un bond, tendit son index droit vers le ciel et effectua un déhanché impressionnant, un sourire étincelant sur les lèvres :

— Et je n'ai pas eu le poste parce que mon père et sa moustache sont les coaches de l'équipe de basket ! J'ai moi aussi besoin d'un élève qui sera d'accord pour suivre ma formation ! Attention, elle demande de l'implication, parce qu'à la rubrique sports, on encourage absolument toutes nos équipes sportives, pas que nos basketteurs ou nos nageurs ! Ça implique d'aller à toutes les compétitions ! TOUTES ! Pour être journaliste sportif, il faut une condition physique aussi bonne que les sportifs, mais d'avoir aussi en tête absolument toutes les règles de tous les sports, dans leurs subtilités, c'est bien plus complexe que toutes les autres rubriques ! Alors si vous vous en sentez les tripes, je vous attends !

Il se rassit et Asuma retint un profond soupir sans savoir s'il était atterré par le comportement son dynamique ami ou s'il était dépité par les soubresauts d'excitation d'un des nouveaux – un élève de troisième année, Rock Lee, il lui semblait – qui trépignait devant en lançant régulièrement des regards émerveillés à Gai.

Il présenta un par un tous les responsables de rubrique et finit par lui-même, d'une voix laconique :

— Et moi, je suis Asuma Sarutobi – oui, comme le prof de bio, c'est mon père – et je suis le rédacteur-en-chef. C'est à moi qu'il faudra présenter tous vos articles avant qu'ils sortent. Nos dates de parution c'est la première semaine du mois et le troisième semaine du mois. Des questions ?

— Oui, oui ! trépigna Konohamaru. Tu cherches un remplaçant pour ta place ? Comment on devient rédacteur-en-chef ? Je suis pas venu ici pour écrire des piges nulles qui passent inaperçues, je veux faire les éditos.

Asuma baissa ses yeux sur son neveu qui lui tendait un sourire insolent alors que ses amis s'écartaient légèrement de lui, comme pour se désolidariser de ses propos, regardant partout ailleurs. Le rédacteur-en-chef porta la main à sa poche de pantalon, tirant un paquet en papier kraft duquel il sortit un bâton de réglisse qu'il porta à ses lèvres, croquant dedans à l'aide de ses canines.

— Alors, pour devenir rédacteur-en-chef, il faut d'abord faire des piges dans des rubriques, avoir une orthographe irréprochable, savoir tenir une ligne éditoriale et ne pas taper sur le système de son prédécesseur. Disons-le clairement, t'es pas bien classé pour prendre ma suite, pour l'instant. Ino !

Une jeune femme blonde aux traits longs cheveux, qui ne devait pas être plus vieille que Konohamaru, sursauta vivement à l'entente de son nom, faisant une tache d'encre noire sur le cahier où elle faisait mine de prendre des notes. Konohamaru se tourna vers elle pour remarquer qu'elle avait seulement couvert la page d'inscriptions de type « Sasuke et Ino Uchiha », « Sasuke je t'aime pour toujours » et il leva les yeux au ciel pendant qu'Asuma avait un petit sourire.

— Tu prendras Konohamaru sous ton aile à la rubrique potins. Kurenai, je te laisse prendre en charge Hinata. Gai, tu auras avec toi Lee et Tenten. Udon, Moegi, je vous laisse avec Ebisu. Ça va à tout le monde ?

— Non, protesta Konohamaru, je suis beaucoup trop bien pour la rubrique des potins !

— Parfait, ignora Asuma, si tout le monde est d'accord avec ça, on va pouvoir commencer à discuter de notre prochain numéro, il sort dans une semaine, que chaque rubrique me présente une idée rapidement.

Les chaises raclèrent, signe que chacun se répartissaient par groupe et Konohamaru foudroya Ino du regard avant de se lever à son tour, se dirigeant d'un pas boudeur vers son oncle.

— Asuma, je ne suis pas d'accord, commença-t-il, je ne veux pas travailler avec… une fille.

Le plus vieux lui jeta un regard en biais en allumant l'ordinateur.

— C'est justement pour ça que tu vas travailler avec elle, il est temps de te ressaisir et de commencer à comprendre que les femmes ne sont pas des hommes en moins bien.

Konohamaru roula des yeux et tendit un doigt accusateur vers Ino :

— Quand on voit celle-là, on peut douter, quand même, siffla-t-il à voix basse.

— Ino, tu veux dire ? rétorqua Asuma sans même regarder son neveu. Elle est dans le collimateur de la meilleure école de journalisme du pays, ses articles de potins lui ont permis de remporter un prix de journalisme, l'année dernière, et elle a un don inné pour la récolte d'informations. Elle est peut-être un peu… groupie… Mais c'est Izumi Uchiha qui l'a formée. Elle saura t'amener vers du vrai journalisme. C'est ce que tu veux, non ?

— Ouais, soupira le jeune garçon, je veux faire du journalisme d'investigation.

— Alors commence par les potins. Tu verras que ce n'est pas si facile que ça et que tu devras travailler avec des notions pointues, comme l'éthique. Je ne changerai pas d'avis, Konohamaru. Soit tu te plies à mes directives, soit tu reviens t'inscrire au club de journalisme l'année prochaine.

Dépité, le jeune garçon jeta un regard sur la porte, puis sur Ino et, poussant un large soupir, une moue grognonne sur le visage, il s'approcha de la blonde et tira la chaise près d'elle. Elle lui porta un regard froid puis, exhalant doucement, elle replaça une mèche de ses cheveux.

— J'espère qu'on s'entendra bien, lança-t-elle sans en penser un traître mot. J'ai pris la place d'Izumi à la rubrique parce que cette année, elle n'a pas le temps : avec le fanclub d'Itachi, elle n'a plus une minute à elle.

— C'est vrai que pousser des cris de truie à chaque fois qu'il respire, ça doit être épuisant, s'exaspéra-t-il. Il est même pas si génial que ça, ce mec, termina-t-il en grommelant dans sa barbe.

— Je te demande pardon ? s'indigna-t-elle avec force en lui portant une œillade contrariée. Des cris de truie ?

— Je t'en prie, bâilla Konohamaru, pas plus tard qu'hier, elle était avec trois autres filles, à la fenêtre du couloir est, en train de se pâmer parce que, je cite « il marche, oh mon dieu, regardez, il marche ! ». Ça va être ça, notre boulot ? Constater que les mecs d'Akatsuki savent marcher ?

Ino allait répliquer vertement quand quelqu'un toqua à la porte et entra. Il s'agissait de Yahiko qui s'avança dans la pièce en saluant Asuma d'un sourire, avant de faire signe à Ino et de passer entre les rangées jusqu'à rejoindre Kurenai, pour laquelle il dit : « Je suis venu t'apporter mon programme électoral et le texte de mon discours ». La spécialiste de politique du journal le remercia d'un ton charmé avant de se tourner vers Hinata :

— C'est un parfait exemple de ce que je disais. La neutralité politique est extrêmement compliquée à atteindre. On peut difficilement traiter de ce genre d'actualités sans donner notre avis, même si c'est seulement dans les mots. Yahiko, laisse-moi te présenter Hinata Hyuuga, c'est elle qui m'assistera sur la rubrique politique cette année.

Konohamaru détourna son regard de la scène quand Ino lui tapa sur le bras pour l'inciter à se pencher vers elle et elle baissa la voix pour prononcer :

— C'est mon nouveau frère, mes parents sont famille d'accueil et on l'a chez nous en ce moment. Et il y a quelques jours, il était au téléphone avec un des mecs d'Akatsuki, je sais pas lequel et j'ai pas tout entendu, parce que les portes sont épaisses et qu'il parlait pas fort, mais il a dit un truc du genre « d'accord je vais t'aider à l'esquiver ». Y a anguille sous roche dans Akatsuki, ça sent le potin. Et là où ça sent le potin, on se trouve pas loin. Compris ?

— Tu veux que j'enquête sur Akatsuki ?

— Les lecteurs adorent les potins sur le groupe le plus populaire du lycée, confirma Ino. En plus, t'es vaguement copain avec le cousin d'Uzumaki, y a moyen de récolter des infos.

Konohamaru laissa son front tomber sur le bois du pupitre et le son résonna dans toute la pièce. Il n'avait absolument pas l'intention de prendre la porte et de renoncer au club de journalisme. Il grommela donc son assentiment, ses yeux se révulsant d'exaspération.


Un an plus tôt

La pièce n'était éclairée que par la lumière de la télévision et par le halo émanant du lampadaire, projeté sur le plafond, baignant le salon dans une lumière éthérée. Kushina et Minato étaient de sortie et n'avaient pas prévu de rentrer avant le lendemain. Nagato et Naruto en avaient profité, avec l'autorisation de leurs parents, pour convier à domicile les frères Uchiha qui vivaient à dix minutes à pied de chez eux, en coupant par le parc et en longeant la rivière Nakano.

Cela faisait longtemps que les cadets étaient montés dans la chambre de Naruto pour se coucher. Il n'était pas loin de deux heures du matin.

Le générique avait depuis longtemps fini de dérouler une liste immense de noms, pourtant aucun des deux ne parvenait à bouger. Nagato n'osait pas se tourner vers son ami, qui avait remonté ses genoux contre lui, les entourant de ses bras, emmitouflé dans un plaid. Il n'osait pas se tourner parce qu'il sentait le canapé vibrer sous les tremblements d'Itachi et il devinait aisément ses prunelles embuées de larmes. Peut-être les retenait-il, peut-être pas. Et Nagato ne savait pas quoi dire.

Plus tôt dans la soirée, Itachi avait confessé n'avoir jamais vu Le tombeau des lucioles et Nagato, sous le choc, lui avait affirmé qu'ils profiteraient que les petits fussent couchés pour regarder ce chef-d'œuvre de l'animation.

Il laissa le silence s'éterniser entre eux et une voix tremblante le brisa :

— Il met les cendres… dans… Il met sa…

Un hoquet échappa à Itachi puis il essaya de se remettre de ses émotions, se forçant à souffler doucement, tournant la tête pour essuyer ses larmes à l'abri de l'examen minutieux que faisait son camarade sur sa silhouette prostrée. Pourtant, de nouveaux sanglots affluèrent au bord de ses lèvres, appuyant sur son sternum, forçant de nouveaux tremblements à le saisir avec poigne.

Il pressa ses yeux contre ses genoux et Nagato se déplaça sur le canapé, passant son bras droit dans le dos de son ami, frottant avec douceur le long de la colonne vertébrale, murmurant un « là, là, ça va aller… » qui sonnait un peu faux. Petit à petit, les soubresauts s'espacèrent, perdirent en puissance. Itachi essaya une nouvelle fois de prendre la parole. Tout ce qui franchit ses lèvres fut un « oh bordel… » avant qu'il ne fût terrassé par une salve de larmes qu'il ne prit même plus la peine de cacher.

Avec une exhalation désolée – il savait le film dur à voir et lui-même avait essuyé ses yeux plusieurs fois dans le revers de sa manche –, il força sur son bras, attirant Itachi contre lui. Ce dernier ne se fit pas prier pour se lover contre Nagato, son visage humide de pleurs venant se loger dans le cou de l'autre, sa main passée contre ses épaules, effleurant la nuque au passage.

Nagato referma l'étreinte et berça Itachi le temps qu'il se calme, ses yeux se perdant sur les meubles du salon alors qu'il sentait une fébrilité étrange à se tenir si près de son ami, son nez dans les longs cheveux bruns, humant le parfum qui s'en dégageait avec étonnement. La sensation passa. Un rire provoqua une faible réplique, mais elle s'estompa alors que l'étreinte s'achevait, Itachi s'écartant.

Il semblait toujours chamboulé, mais un sourire dansait sur ses lèvres. L'œillade poliment curieuse qu'il reçut en retour le força à secouer la tête, effaçant d'un revers de main les dernières traces de ses sanglots.

— Plus jamais, affirma-t-il d'un ton décidé. Plus jamais je ne…

Il fit une pause, inspira profondément. Nagato se rendit compte que ses doigts effleuraient toujours le dos de son ami, il les retira discrètement. Itachi frissonna.

— C'est horrible, reprit-il. Tu te rends compte, il, il… Bordel !

C'était rare de l'entendre jurer, encore plus de pouvoir contempler le spectacle de ses rétines s'embuant de larmes. Nagato saisit le plaid qui avait glissé des épaules de son invité et l'étendit sur leurs jambes, avant de remettre son bras sur le flanc d'Itachi, l'incitant à revenir près de lui.

— Viens, on va mettre autre chose.

Itachi se laissa faire, Nagato empoigna la télécommande de la télévision pour changer de chaîne, ignorant son cœur qui recommençait à battre, erratique. Ils finirent par tomber sur une émission musicale qu'ils regardèrent distraitement pendant une demi-heure avant de commencer à s'endormir devant l'écran.

Se levant, Nagato et Itachi rangèrent rapidement ce qu'ils avaient utilisé – leurs verres, les restes d'un paquet de bonbons, la couverture qu'ils avaient étalée sur eux – puis ils montèrent à l'étage pour aller se coucher.

Quand Nagato laissa Itachi devant la porte de la chambre d'amis, ce dernier eut un mouvement vif, retenant son hôte par la couture de son pull avant de le lâcher, tête basse, prenant une première inspiration, puis une seconde.

— Bonne nuit ? souffla-t-il.

Nagato déglutit, son pied gauche s'avança vers son camarade, il baissa les yeux.

— Bonne nuit, oui…

Ils s'observèrent quelques secondes supplémentaires puis Nagato tourna les talons, s'engouffrant dans sa chambre, le sang pulsant sourdement à ses tempes.

— Mais pourquoi j'ai eu envie de l'embrasser ? se demanda-t-il dans un murmure.

Il massa doucement ses yeux, convaincu que ça irait mieux après une bonne et longue nuit de sommeil.


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