Tadam ! Nouveau chapitre ! J'espère qu'il vous plaira !


Chapitre 3 – La Filature et les Toilettes

Les bras chargés d'un lourd carton encombré par le nouveau matériel qu'il était allé récupérer au secrétariat du proviseur, Nagato parcourait les couloirs déserts à cette heure de la journée pour pouvoir atteindre le bureau relativement isolé du club d'astronomie. Il s'agissait en fait bien plus d'un ancien local de stockage reconverti que d'une vraie pièce, mais il s'en servait majoritairement comme entrepôt, il n'était donc pas nécessaire de disposer d'autant d'espace qu'un fan-club, par exemple.

La sangle de la sacoche contenant son ordinateur commençait à peser sur ses épaules, son sac de cours n'était pas plus léger et l'équilibre instable du colis le rendait méfiant. Il aurait tôt fait de laisser tomber la boîte et d'abimer les oculaires fraîchement reçus qu'il avait hâte de faire découvrir à Megumi. Il savait qu'elle apprécierait.

Un bruit résonna derrière lui et il se retourna, scrutant le couloir désert en fronçant les sourcils, vaguement inquiet.

Cela faisait déjà plusieurs jours qu'il avait la drôle de sensation d'être traqué et que quelqu'un épiait ses faits et gestes en quasi-permanence et cette sensation dérangeante ne s'apaisait que lorsqu'il se retrouvait en compagnie des autres membres d'Akatsuki. Le cœur battant sourdement, la respiration se troublant, il resta immobile quelques secondes de plus dans l'espoir d'apercevoir enfin la silhouette de la personne qui le suivait, mais il ne put rien distinguer de suspect.

— Nagato, prononça une voix surgissant derrière lui.

Il sursauta, pivotant, manquant de faire tomber le carton, et Itachi assura son équilibre alors que son ami le foudroyait du regard en reprenant la main sur l'objet.

— Tu m'as fait peur ! Fais du bruit quand tu te déplaces, s'il te plaît !

Itachi esquissa un sourire, s'écartant du chemin, puis il jeta un œil aux bras encombrés de son camarade.

— Un coup de main, peut-être ? Tu as l'air de disparaître sous tout ce poids.

— Je veux bien, tu peux attraper mes clés dans ma poche pour ouvrir la salle ?

Itachi hocha la tête et il avorta son geste aussitôt qu'il l'entama.

— Quelle poche ?

Nagato leva les yeux au ciel, lui fourrant d'autorité le carton dans les bras, dégageant ainsi ses mains, pour tâter ses poches et attraper le trousseau qu'il avait rangé dans sa veste. Il fit signe à Itachi de le suivre sur encore quelques mètres, puis s'approcha d'une porte qu'il déverrouilla avant de l'ouvrir et s'écarter pour laisser passer son ami. Entrant à sa suite, il alluma le plafonnier et jeta un dernier coup d'œil dans le couloir, plissant des paupières, puis il ferma la porte derrière lui.

— Pose-le sur la table, s'il te plaît. Tu voulais quelque chose ?

Itachi s'exécuta, écartant les rabats du carton pour observer son contenu et il soupira.

— Je vais finir par venir m'inscrire à ton club, ça a l'air d'être le seul moyen pour que je puisse te voir… C'est toujours toi qui fais les cours aux débutants ?

Nagato resta immobile une seconde. Ça aussi, il s'était assuré que ça n'arrive pas. Il esquissa une grimace désolée.

— Non, c'est Megumi, maintenant, je ne m'occupe que des intermédiaires, cette année. Elle a accepté de me décharger un peu, pour que je puisse aussi dormir, parfois.

— Et malgré ça, on ne te voit plus.

Itachi s'écarta du carton puis posa ses yeux sur Nagato, pour l'observer déambuler dans le local, changeant un objet de place, puis un autre, posant son ordinateur et l'allumant.

— Comme tu le vois, j'ai pas mal de travail. Je dois faire l'inventaire de tout ce qu'on a reçu, aujourd'hui.

— Et qu'est-ce que c'est ?

— En gros, ce qui permet de regarder les étoiles. C'est le but du club, taquina Nagato.

Itachi esquissa un sourire.

— Et ça me dépasse. Elles sont toujours pareilles.

Nagato haussa les épaules, puis tapa son mot de passe.

— Tu voulais quelque chose ?

L'autre hésita, passant une langue sur ses lèvres. Nagato détourna le regard, faisant mine d'être absorbé par son écran. Il fallait dire que c'était particulièrement gênant pour lui de se retrouver seul avec Itachi dans une pièce close et sans fenêtre. L'ambiance n'était pas non plus intime, mais elle restait tout de même troublante, dans la mesure où il avait, pendant ces derniers jours, réussi à l'éviter avec plus ou moins de brio.

— Je sais pas, j'ai une sensation désagréable depuis quelques jours, j'ai l'impression qu'on m'observe.

— Oui, confirma Nagato. Ton fan-club. Tu sais bien, Izumi et les autres qui s'accrochent à toi tant que faire se peut.

L'aigreur dans sa voix n'était passée inaperçue que parce qu'Itachi était réellement concentré et Nagato se fustigea intérieurement. Il fallait vraiment qu'il soit plus prudent sinon son ami allait finir par se rendre compte de quelque chose.

Ce dernier écarta l'idée d'une action de ses groupies d'un geste de la main assez agacé.

— Non, c'est autre chose. Je commence à avoir l'habitude de leurs regards, mais là, c'est très appuyé et très dérangeant. J'en ai parlé avec Yahiko et Konan, ils ont eu des sensations similaires, alors… Et toi ?

Nagato releva la tête et pinça les lèvres en plongeant dans le regard de son ami, avant de hocher le menton de mauvaise grâce.

— Je dois l'admettre, j'ai aussi eu cette impression. Tout à l'heure, par exemple, j'avais vraiment l'impression de ne pas être seul dans ce couloir, avant que tu arrives. Je suis rassuré de ne pas devenir fou.

Itachi hocha la tête, s'approchant d'un télescope pour l'observer de plus près avec une mine ennuyée, puis il darda un regard froid sur le mur où étaient affichées des photos des membres du club, foudroyant Megumi de ses prunelles sans pouvoir s'en empêcher. Il n'aimait vraiment pas cette fille et chaque fois qu'il constatait qu'elle était mignonne, une nouvelle bouffée de colère montait en lui.

— J'ai mené ma petite enquête, informa-t-il sans se tourner vers Nagato. Cette sensation était bizarre alors je voulais savoir de quoi il retournait. Il s'agit de Sarutobi.

— Asuma ? gargouilla le président du club, le timbre incrédule.

— Konohamaru. Il nous prend tour à tour en filature.

— Le nain de jardin de première année ? Mais pourquoi il nous suit ?

Itachi délaissa le combat de regards avec la photo de Megumi, pour s'approcher de Nagato, s'asseyant sur une chaise, pianotant sur le bois du bureau.

— Apparemment, il a rejoint l'équipe du Raikiri et il s'occupe de la rubrique potins.

Nagato hocha la tête, portant un regard rapide à son ami.

— Je vois, il s'est mis en tête de trouver un scoop concernant Akatsuki.

— Voilà.

Nagato soupira en roulant des yeux, double-cliquant sur l'icône de son tableur.

— Eh bien, il va être déçu, il n'y a pas grand-chose à raconter sur nous. Enfin, si on oublie les talons de Deidara.

— C'est déjà de notoriété publique.

— Dans ce cas, il n'y a vraiment rien à raconter sur nous. Qu'espère-t-il trouver ?

Itachi étendit ses jambes, ses pieds heurtèrent ceux de son ami, il s'excusa avant d'écarter les jambes pour ne plus le gêner.

— Je ne sais pas, mais je voulais te prévenir. Si jamais tu as quelque chose de suspect à faire, évite quand tu sens ce regard sur toi.

Itachi se leva à la fin de sa phrase, se dirigeant vers la porte.

— Je vais te laisser tranquille, si tu as tant de travail.

Quelque chose heurta le cœur de Nagato puis il réfléchit quelques secondes. Si jamais ils étaient effectivement suivis, laisser Itachi partir risquait de concentrer le regard du jeune Sarutobi sur eux.

À la rubrique Potins, personne n'avait de scrupules, donc si son secret était découvert, il serait en une d'un numéro spécial et il n'était pas question de se donner ainsi en spectacle, pas à l'approche de ces élections qui comptaient tant pour Yahiko. Il déglutit puis lança :

— Tu veux m'aider ? On ne sera pas trop de deux et puis déjeuner seul, ça m'ennuie un peu, c'est triste.

Itachi arrêta sa course vers la porte et revint vers lui en souriant. La proposition de Nagato le soulageait grandement. Il avait vraiment cette sensation, parfois, que son ami le fuyait et passer un déjeuner avec lui apaisait grandement cette crainte.

Bien sûr que non, il ne me fuit pas, pourquoi ferait-il ça ?

Nagato retira son ordinateur du bureau constitué d'une planche sur deux tréteaux, et il fit un peu de place, avant de farfouiller dans son sac à la recherche de sa boîte à bento qu'il ouvrit alors qu'Itachi faisait de même. Ils regardèrent le contenu respectif de leur boîte, et, une œillade complice plus tard, ils avaient échangé leurs déjeuners.

— Je ne comprends pas pourquoi ma mère persiste à vouloir me nourrir de viande rouge alors que je n'aime pas ça, s'interrogea Itachi et un rire échappa à Nagato.

— Probablement parce que tu me la donnes chaque fois et qu'elle pense que ça te plaît.

— Probablement, oui. Je n'ai tellement pas le cœur à lui demander de différencier entre mon frère et moi…

Ils laissèrent un silence courir entre eux, le temps de manger, et Nagato finit par relever la tête.

— C'est toujours aussi bon, super bien épicé, affirma-t-il. Ça faisait un moment que je n'avais pas pu goûter la cuisine de ta mère.

— Je lui dirai ça, elle sera ravie. Tu as décidé pour le concours ?

Nagato leva les yeux vers Itachi, sentant ses lèvres grimacer.

— Ça va vraiment faire beaucoup…

Beaucoup trop de temps seul avec toi.

— Et cette année, c'est…

L'exact contraire d'une bonne idée.

— Tu ne m'avais pas informé que tu voulais aller au M. I. T.

Il passa ses doigts dans ses cheveux auburn, un soupir remontant le long de sa gorge, puis il posa ses baguettes sur le bord de la boîte, empoignant sa bouteille pour avaler un peu du liquide bien frais.

— Rien n'est sûr, encore, lâcha-t-il sans conviction. C'est très dur d'y entrer. Mais Parrain m'a proposé de régler les frais de scolarité cet été et… Je ne sais pas ce que je dois faire.

— J'espère que tu plaisantes, c'est une opportunité en or, s'enflamma Itachi. Ce n'est pas tout le monde qui peut se vanter d'avoir le niveau d'envisager un tel cursus. Et puis, c'est ton rêve à portée de mains, après, ce seront les stages à la NASA, puis l'ISS et c'est ce que tu veux, pas vrai ?

— Oui, alors, ce que je veux, murmura Nagato dans un souffle, il vaut mieux éviter de s'y fier, en ce moment…

Il esquiva le regard perplexe de son vis-à-vis, faisant mine de s'intéresser au carton qui avait été abandonné derrière eux, puis débarrassant les restes de son déjeuner, il se leva pour se saisir du colis qui attendait son inventaire. Itachi ne s'attarda donc pas sur cette phrase cryptique, débarrassant à son tour pour permettre à Nagato de poser le carton entre eux.

— Je vais te passer mon ordi, lança le président du club. Megumi nous a créé un tableur très efficace, il suffit de rentrer la référence sur…

Il fouilla dans le carton pour saisir un des objets emballés dans un plastique bleu et souple, désignant un ensemble de chiffres et de lettres inscrit dessus à l'encre noire.

— Sur l'emballage, et le reste des informations s'insèrera automatiquement dans le tableau. Si jamais ce n'est pas le cas, laisse de côté, je m'en occuperai plus tard.

Au moment où Itachi hochait la tête pour montrer qu'il avait bien compris, la porte du local s'ouvrit en trombe, laissant apparaître un Yahiko échevelé et essoufflé.

— Nagato, tu – oh, Itachi, tu es là aussi, ça m'évitera d'avoir à te chercher. Ramenez-vous immédiatement. Naruto et Sasuke ont fait exploser les toilettes du bâtiment B.

Il y eut un instant de flottement, durant lequel Itachi et Nagato échangèrent un regard confus, puis la lumière se fit dans leurs esprits. Jurant de toute sa voix, Nagato se leva de sa chaise, réunissant ses affaires pendant que l'aîné de Sasuke faisait de même et ils sortirent, abandonnant tout ce qu'ils étaient en train de faire.

Yahiko passa devant pendant qu'Itachi le suivait et Nagato fermait la marche, s'étant interrompu pour fermer le local à clé derrière lui.

— Explique-nous la situation.

— Actuellement, Senju a refusé de les recevoir, ils sont dans son secrétariat en train d'attendre, je suis venu vous chercher dès que j'ai entendu ça. Peut-être que si les deux meilleurs de l'école sont avec eux, il sera plus clément.

Il leur fallut plusieurs minutes pour pouvoir parvenir jusqu'au secrétariat.


Il était rare pour Itachi et Nagato de se retrouver dans le bureau du proviseur quand il était profondément en colère. En général, ils n'y allaient que pour recevoir des félicitations – pour leurs résultats scolaires, ou, pour le jeune Uchiha, pour le classement toujours très bon de l'équipe de basket. Ils n'avaient jamais eu, encore, l'occasion de contempler le pli contrarié que formait la bouche de Tobirama Senju quand il avait affaire à des élèves indisciplinés, voire dangereux.

Ils échangèrent donc un regard inquiet pour leurs cadets, contemplant les silhouettes de Minato et Fugaku qui avaient fini par débarquer dans l'établissement, l'un comme l'autre profondément accablé par la situation.

Fugaku eut un rire froid, l'air suffisant, les bras croisés, son regard posé sur Minato qui dardait sur son propre fils une œillade atterrée.

— Elle est belle, ricana Fugaku, l'éducation compréhensive que tu donnes à ton enfant.

— Dois-je te rappeler que ton fils aussi se trouve dans ce bureau ? M'entends-tu pour autant commenter l'éducation à l'ancienne que tu prodigues à tes enfants ?

Le commissaire se tourna vers son subordonné.

— Ton fils aura entraîné le mien. Sasuke est influençable.

Le susnommé protesta silencieusement un « hey ! », une moue outrée sur le visage et son ami essaya de garder tête basse pour dissimuler le rire qui montait.

Derrière eux, Nagato toussota légèrement.

— Pardonnez-moi de vous interrompre, mais...

— En effet, rebondit Minato. Nous discuterons pédagogie une autre fois.

Fugaku prit une inspiration et lança :

— Sasuke, tu seras privé de sortie et de console pendant un mois. Tu consacreras tes loisirs à aider ta mère aux tâches ménagères. Tu rédigeras également un exposé sur les sanitaires depuis la Rome Antique jusqu'à aujourd'hui. Itachi, tu seras également privé de sortie pendant un mois et tu rédigeras une dissertation sur tes devoirs d'aîné en expliquant en quoi tu y as manqué en laissant ça se produire.

— À vos ordres, Père, répondirent les deux frères d'une même voix.

Minato soupira profondément.

— Naruto, Nagato, même tarif.

— Je ne suis pas d'accord, protesta Nagato avec colère, ce n'est pas juste, je n'y suis pour rien, j'étais à l'autre bout de l'établissement ! Sérieusement, c'est pas juste, Itachi et moi n'y sommes absolument pour rien s'ils sont assez cons pour se faire prendre en train de faire exploser les toilettes !

— Pour se faire prendre ? releva Fugaku en haussant un sourcil.

— Oui, ajouta Naruto. Comme quand Nagato fait le mur. Il dit que l'essentiel c'est de ne pas se faire prendre.

Minato se massa les yeux avec exaspération pendant que Nagato promettait mille souffrances à Naruto.

— Tu fais le mur, donc, ponctua Minato avec un large sourire.

— Très bien, grommela Nagato, puni pendant un mois. Balance, ajouta-t-il à l'adresse de Naruto.

— Lâcheur, répliqua ce dernier en tirant la langue.

Minato humecta ses lèvres puis ajouta :

— Et c'est valable à partir de maintenant.

— QUOI ?

Le cri de Nagato résonna dans le bureau du proviseur, faisant grimacer Sasuke.

— Tu déconnes, protesta-t-il en regardant son oncle. C'est mon anniversaire, ce week-end, et y a la sortie à l'Observatoire, demain soir, j'ai bataillé pendant des mois pour réussir à organiser cet événement, à convaincre les parents des membres du club, à réunir toutes les autorisations et à négocier avec les techniciens, tu peux pas me faire ça.

Minato resta de marbre, Nagato chercha les yeux du proviseur Senju. La seule autre personne qui savait à quel point il avait lutté pour pouvoir planifier ce court séjour à l'Observatoire de Konoha était bien Tobirama Senju qui avait suivi toutes les démarches.

Il se souvenait très bien, l'année passée, quand le jeune Uzumaki avait sollicité une entrevue avec lui dans le but de lui soumettre ce projet. Il était venu avec un dossier très complet, qu'il avait défendu avec fougue.

L'opiniâtreté dont savait faire preuve le jeune Uzumaki forçait le respect, Tobirama le reconnaissait de bon cœur. Jamais son jeune élève n'avait faibli devant les obstacles qu'il avait dû franchir pour mener ce projet à terme et le proviseur devait bien reconnaître avoir volontairement choisi de se mettre en retrait pour savoir jusqu'où était prêt à aller Nagato pour parvenir à ses fins.

Il était dommage de voir que tant d'efforts fussent si facilement réduits à néant mais peut-être était-ce finalement une autre leçon à apprendre pour l'adolescent. Le regard du proviseur se décala vers le cadet Uzumaki. Probablement que cette fougue était de famille. Il se souvenait très bien avoir eu Kushina comme élève et elle montrait autant d'obstination que ceux de son sang. Il était dommage que le petit Naruto eût décidé d'allouer cette énergie à faire des bêtises.

Reportant ses yeux sur le Septième Année qui cherchait son soutien, il soupira, fermant les paupières. Malheureusement, il ne pouvait pas intervenir en sa faveur, ce n'était pas son rôle d'intercéder dans les punitions privées.

Agacé, l'adolescent se leva vivement, empoignant son sac, qu'il glissa sur son épaule et sans un mot, il franchit la distance qui le séparait de la porte.

— Où vas-tu ?

La voix de Minato fouetta l'air dans le bureau et l'œillade noire que lui retourna son neveu lui fit hausser un sourcil.

— En cours, rétorqua Nagato avant de pivoter vers Itachi. Et tu devrais faire pareil, t'as une interro en chimie.

Son ami retint la surprise qui l'envahit – Mais comment il sait ça ? – puis il hocha la tête alors que la porte claquait derrière Nagato. Précipitamment, il récupéra ses affaires, tourna le menton vers son cadet qui gardait le regard vissé au sol, tremblant légèrement. C'est avec réluctance qu'il se tourna finalement vers les adultes présents dans le bureau, s'inclinant un peu, puis il sortit à son tour, s'élança à la poursuite de son ami, qu'il rattrapa au bout du couloir.

— Nagato, interpela-t-il en saisissant le coude de son ami, c'est pas si grave, c'est–

— Lâche-moi, rétorqua-t-il d'une voix pleine de colère en se dégageant vivement.

L'agressivité du ton fit reculer Itachi et la contrariété passa de l'un à l'autre, vibrant dans le couloir.

— Mais qu'est-ce que tu as, depuis la rentrée ?

Il n'obtint aucune réponse, Nagato choisissant de reprendre sa route, la démarche toujours tendue de rage contrôlée. Il se détourna aussi, empruntant une autre direction pour se rendre dans sa salle de classe.

Aucun des deux ne desserra les mâchoires de tout l'après-midi.


Naruto soupira devant les restes de son goûter qu'il avait grignoté du bout des lèvres. Son père l'avait ramené à la maison en sortant du bureau du proviseur, lui faisant une leçon sur les conséquences de ses actes : les frais engendrés par la restauration des toilettes détruites, le risque de renvoi, la punition qui allait peser sur lui, les heures de colle qu'il allait enchaîner jusqu'à sa cinquième année au moins, les travaux d'intérêt général à faire à l'école – le proviseur n'y était pas allé de main morte.

Pourtant la conséquence qui lui coupait le plus l'appétit était l'idée que son cousin lui en voulait, parce que lui aussi avait été puni par sa faute. Même s'il scandait partout l'inverse, Naruto adorait Nagato et il détestait l'idée qu'ils fussent en froid. Croisant les bras, se balançant sur sa chaise, il réfléchit un bon moment, avant d'abandonner sur la table ce qu'il avait sorti, pour escalader les marches quatre à quatre.

Parvenu devant la porte de la chambre de son cousin, il hésita. Quand Nagato était rentré, il n'était même pas passé par la cuisine. D'ordinaire, il s'arrêtait prendre un fruit et un verre de lait, avant de se diriger dans sa chambre pour faire ses devoirs et réviser ses leçons – Naruto trouvait ça tellement admirable, comment faisait-il pour se motiver à travailler des trucs nuls quand il y avait autant de choses plus intéressantes à faire ?

Pour autant, cette fois, il était seulement monté, claquant la porte de sa chambre, montrant qu'il n'avait pas décoléré.

Alors voilà, Naruto se retrouvait devant la porte, dansant d'un pied sur l'autre, ne sachant pas ce qu'il devait faire. Il finit par lever la main, la fermant en poing pour toquer au battant.

— Je peux entrer ? demanda-t-il d'un ton mal assuré.

— Non, répondit la voix de son cousin toujours visiblement contrariée.

— Je fais comme si tu avais dit oui et j'entre, répondit Naruto en abaissant la poignée et en poussant sur le panneau de bois.

Il retrouva Nagato sur son lit, ses cahiers de cours abandonnés au pied de son couchage à même le sol. L'adolescent s'était installé confortablement pour lire un manga, son téléphone portable posé sur la table de chevet, son ordinateur diffusant de la musique qui s'entendait à peine.

Naruto jeta un regard sur l'écran, la page internet ouverte et active était le blog du fan-club d'Itachi. Il fronça les sourcils alors que Nagato levait les yeux sur lui, tournant à peine la tête vers le nouvel arrivant.

— Tu m'en veux beaucoup ?

Nagato fit claquer sa langue et ses yeux revinrent vers le manga qu'il était en train de lire, geste sans équivoque qui amena Naruto à déglutir difficilement. Il passa une main dans ses cheveux blonds, puis plongea les mains dans les poches de son pantalon d'uniforme.

— Je suis désolé ? proposa-t-il. J'pensais pas… J'pensais pas que Papa te punirait, toi aussi.

Refermant son manga, Nagato fit signe à Naruto de s'approcher, incapable de rester fâché devant l'air embarrassé de son cousin qui s'approcha prudemment, esquivant les cahiers délaissés au sol, posant ses fesses au bout du lit et pivotant le buste vers son cousin, une moue penaude inscrite sur les traits de son visage.

— J'irai lui dire que c'était pas ta faute. C'est déjà à peine de la mienne, marmotta-t-il, alors toi encore moins…

— Mais qu'est-ce qu'il vous a pris, à tous les deux, de faire exploser les toilettes ?

Naruto se tritura longuement les doigts, puis il s'installa contre son cousin qui l'enlaça de son bras gauche.

— Sasuke n'y est pour rien, il était là pour essayer de nous empêcher. Mais c'était pas ça qui était prévu ! Moi, je voulais, je voulais faire exploser une bombe de peinture pour repeindre les toilettes et mettre de la couleur et… Mais Kiba–

Il s'arrêta, portant une main à ses lèvres, jetant un regard inquiet sur Nagato qui le rassura :

— Continue, je ne dirai rien.

— Ouais, t'es pas une balance, toi… Je suis désolé d'avoir dit que tu fais le mur…

Nagato ébouriffa les cheveux blonds, avant d'appliquer un doigt vengeur sur les côtes de Naruto, où il le savait chatouilleux.

— Continue, qu'est-ce qu'il vient faire là, Inuzuka ?

Naruto maugréa en se massant le flanc pour faire disparaître la sensation de gratouillement qui persistait.

— Il trouvait que l'idée de la peinture était pas assez… Il voulait faire plus, mais j'étais pas d'accord, parce que c'est dangereux, de ramener des trucs qui explosent vraiment à l'école. Du coup, j'en ai parlé à Sasuke et on a décidé qu'on allait l'arrêter avant qu'il fasse sa bêtise. Mais on est arrivés trop tard.

— Vous auriez dû expliquer ça !

— Ben non, répondit le plus jeune, on est pas des balances.

— Mais tu sais bien que M. Uchiha est sévère, Sasuke et Itachi vont être punis longtemps à cause de ça. Et Itachi n'a rien fait pour mériter une telle punition, si ?

— Ouais, les conséquences, grommela Naruto. Papa a dit quelque chose comme ça, dans la voiture. Que les actes qu'on faisait pouvait avoir des conséquences imprévues et que ça pouvait se pérécuter, répécuter ?

— Répercuter, ça veut dire que ça rebondit, en quelque sorte.

— Voilà ça, que ça pouvait rebondir sur d'autres personnes. Je voulais seulement faire un truc cool, pour que Sakura me trouve cool, mais elle me trouve encore plus nul qu'avant, en fait.

Il retroussa une lippe boudeuse et un doigt vint le chatouiller, lui arrachant un rire.

— Et c'est qui, Sakura ? taquina Nagato, les yeux pétillant d'amusement.

Naruto se redressa pour jeter un regard outré à son cousin. Comment avait-il pu passer à côté de Sakura sans la remarquer ? Elle était jolie comme tout, et puis intelligente, et délicate et super mignonne !

— La copine d'Ino Yamanaka.

— Celle qui a un front immense ?

— Il est très joli, son front, d'abord ! contrattaqua Naruto en balançant son oreiller au visage de son cousin.

Il fit une pause durant laquelle il hésita.

— Tu es déjà tombé amoureux, toi ?

— Hm, émit Nagato d'un air évasif en se dégageant de l'oreiller qu'il avait reçu.

— Ben moi je suis amoureux de Sakura. Je me sens bien quand elle regarde dans ma direction et j'ai envie de montrer que je suis là mais… Quand elle regarde dans ma direction, c'est parce que je suis avec Sasuke.

L'aveu prononcé à mi-voix tordit le cœur de Nagato qui chercha une parole réconfortante qui ne vint pas. Naruto secoua la tête.

— Alors, j'aimerais qu'elle me remarque et qu'elle arrête de me considérer comme une mauvaise personne pour Sasuke, mais… Pour l'instant, c'est elle qui a raison, il a que des problèmes, avec moi.

Naruto finit par se réinstaller, tournant le dos à Nagato.

— J'irai dire à Senju qu'il n'y est pour rien, demain. Comme ça, ça lèvera la punition sur Sasuke et Itachi. Tu as raison, c'est pas juste qu'il soit puni aussi alors que tout est de ma faute.

— Je ne pense pas que ça suffira à M. Uchiha pour qu'il lève la punition, réfléchit Nagato. Et Sasuke ne serait pas d'accord pour que tu prennes toute la responsabilité. On va assumer tous les quatre, tant pis. Ce n'est qu'un mois, après tout, ce n'est pas si grave, ajouta-t-il en reprenant les mots d'Itachi à son encontre.

Il avait été dur avec lui, dans son ton, dans ses gestes, mais il s'en était voulu d'avoir laissé échapper qu'il connaissait son emploi du temps par cœur. Il était bien obligé, chaque soir, de consulter le blog d'Izumi pour connaître les salles et le planning de son camarade, pour mieux l'éviter le lendemain, et se trahir aussi facilement l'avait mis hors de lui.

— On n'est pas des lâcheurs, continua-t-il. On partagera la punition et c'est tout. Tant pis.

Naruto hocha la tête, changeant de sujet en lançant un « t'étais encore en train de lire ton manga porno ? », s'amusant de voir Nagato rosir, tenter de justifier, expliquer que c'est pour l'histoire qu'il le lit et il sut qu'il avait pris sa décision.

Dès que son père serait rentré, il irait lui dire que Nagato ne méritait pas d'être puni, il irait négocier pour que son cousin pût quand même se rendre à l'Observatoire.


Cinq ans plus tôt

Les trois enfants avaient fait le tour de l'établissement une première fois, Konan s'amusant des réactions vives de Nagato aux histoires – toutes plus ou moins vraies – qu'elle lui racontait sur les légendes de l'école, pendant que Yahiko les observait du coin de l'œil avec un sourire. Le soleil était encore haut dans le ciel, malgré la journée qui touchait à sa fin.

Cela faisait déjà plusieurs semaines que la rentrée des classes avait eu lieu et depuis, le trio ne s'était pas séparé. C'était exactement comme si Nagato avait toujours été à leurs côtés, récupérant les affaires que Yahiko et Konan semaient quand ils partaient jouer, se poursuivant avant de s'affaler dans l'herbe de la cour, contemplant le ciel.

Le nouveau commençait à retrouver le sourire. Aucun des deux restants ne lui avait avoué qu'ils avaient fouillé dans les dossiers pour savoir pourquoi il avait quitté son village dans les montagnes pour venir s'installer à la capitale et ils avaient échangé un regard triste, se promettant de ne jamais lui poser de questions à ce sujet.

Pourtant, de lui-même, il avait fini par s'ouvrir, caché sous cette frange qui avait poussé et dissimulait à présent son regard violet. Il avait expliqué qu'il vivait chez sa tante parce que ses parents étaient morts dans un accident de voiture et qu'il avait survécu miraculeusement. Puis il avait ajouté à voix basse que c'était probablement à cause de lui que Kushina et Minato n'auraient pas de second bébé.

Et bien évidemment, cette idée lui avait été soufflée par le plus désagréable des garçons de l'école. Si Uchiha pouvait être déplaisant par moments, plutôt froid et presque insensible, il n'était jamais méchant. Malheureusement, on ne pouvait pas en dire autant de Kabuto Yakushi qui avait élevé la méchanceté au rang d'art de vivre. Il avait fallu pas mal de temps à Yahiko et Konan pour convaincre Nagato que l'autre enfant lui avait dit ça uniquement pour lui faire du mal et qu'il avait forcément tort.

Pour autant, encore ce jour, les arguments qu'il avait avancés pour étayer cette théorie restaient dans l'esprit de Nagato qui s'était promis de déranger le moins possible sa tante, son oncle et son cousin. Même si Konan et Yahiko lui avaient expliqué que Yakushi était seulement jaloux.

Apparemment, l'année précédente, il était le second élève préféré du professeur Shimura. Cependant, en arrivant, Nagato avait bouleversé le classement, se tenant si près derrière Uchiha qu'il était presque possible de confondre leurs résultats, reléguant Yakushi à la troisième place loin derrière, alors qu'il avait tout fait pour essayer de rattraper Uchiha, de le surpasser et d'attirer sur lui l'attention de l'enseignant.

Nagato avait trouvé ça stupide. Comment pouvait-on être aussi méchant seulement pour plaire à un professeur ? Yahiko avait haussé les épaules, affirmant que la solitude pouvait rendre bizarre pas bien.

Ils allaient entamer un second tour de la cour quand Konan retint ses amis par le bras, désignant deux élèves qui tentaient de se faufiler discrètement dans l'arrière-cour, pourtant interdite aux enfants. Ils échangèrent un regard inquiet quand ils constatèrent que l'un d'entre eux étaient Yakushi, l'autre étant un élève de première année, Chôjurô Horikoshi.

Pour n'importe quel autre élève, ils n'auraient probablement pas fait le moindre mouvement, mais Horikoshi était un cas particulier. Il s'agissait d'un élève avec une faible santé, d'une grande timidité, qui avait peu d'amis.

Curieux, les trois comparses décidèrent de s'engager à la suite du duo improbable. Quand ils finirent par les rattraper, Yakushi était déjà en train de molester le plus jeune, l'ayant envoyé contre le mur sale. Le cartable de Chôjurô pendouillait dans l'arbre, son propriétaire retenait ses sanglots comme il le pouvait et Kabuto se tenait devant lui, une pierre à la main, bien parti pour la lui jeter au visage.

Yahiko allait entamer un mouvement pour s'interposer quand un toussotement attira leur attention sur une troisième personne qu'ils n'avaient jusqu'à présent pas remarqué : Kisame Hoshigaki était auparavant assis de l'autre côté de l'arbre et s'était finalement levé quand les pleurs de Chôjurô étaient devenus dérangeants pour sa lecture.

À présent appuyé contre le tronc, un immense sourire sur les lèvres, les bras croisés, il fit un geste étrange qu'il ponctua d'un :

— Allez-y, continuez, j'adore voir les perdants se faire rétamer.

Choqués, Konan et Nagato échangèrent un regard scandalisé, alors que Yahiko faisait un pas dans l'ombre.

Yakushi reprit son mouvement, visant le jeune garçon en larmes, puis il lâcha la pierre avec un son sourd de douleur, puis secouant la main, il se tourna vers l'endroit d'où provenait le caillou qui avait frappé ses doigts, le forçant à lâcher prise.

— Uchiha, grimaça-t-il avant de pivoter vers Hoshigaki qui ricanait.

— J'adore ça, s'esclaffa Kisame. Faut être un sacré perdant pour s'en prendre à plus petit que soi.

Yakushi fronça les sourcils pendant que Yahiko sortait finalement de l'ombre, suivi par ses copains, pour aider Chôjurô à se relever et se dresser en rempart devant lui. Kabuto les observa et darda son regard sur Uchiha, replaçant ses lunettes qui avaient glissé.

— Rira bien qui rira le dernier, lança-t-il avant de se détourner d'un air digne, bousculant Nagato au passage.

Le nouveau suivit du regard le méchant garçon, parfaitement conscient que l'œillade noire qu'il décochait au dos du bourreau passait inaperçu derrière sa frange.

— Quelle honte, grommela Yahiko en s'accroupissant près de Chôjurô qui ne tenait pas sur ses jambes tellement il tremblait. Tu vas bien ? Il ne t'a pas fait trop mal ?

Le timide secoua la tête avant de diriger ses yeux vers son sac qui pendait toujours à une branche. Il détourna les rétines, ramassant ses genoux contre lui et il marmonna un :

— Maman va me fâcher si je rentre encore sans mon sac…

— « Encore » ? souligna Itachi après avoir observé d'un air contrarié la frange de Nagato.

Chojuro hocha la tête en reniflant et Itachi tourna vers l'arbre avant de regarder son ami.

Kisame mesurait une tête de plus que l'ensemble de ses camarades. Ça amusait beaucoup Yahiko de savoir que celui qui se passionnait pour le basket était le plus petit des deux – même s'il n'aurait jamais dit une telle chose devant eux – et la déconvenue avait été grande, l'année précédente, quand Kisame avait affirmé que jamais il ne se frotterait à son copain d'enfance sur un terrain, malgré sa taille. Peu de temps après, Itachi était repéré par le club de basket et intégré directement dans l'équipe des juniors de l'école Senju.

— C'est trop haut pour toi, affirma-t-il. Même en tendant le bras, tu ne pourras pas l'attraper.

— Je vais aller le chercher, intervint Nagato, bougez pas.

Il se déplaça, faisant le tour de l'arbre, examinant la position des branchages, puis, quand il trouva ce qu'il cherchait, il se hissa sur le tronc, passa de branches en branches avec prudence, avant d'atteindre celle où s'était coincée la bretelle du sac du première année. Étendant ses bras pour se garantir un équilibre, il s'avança doucement, s'arrêtant par moments en sentant son point de gravité basculer, puis il attrapa le sac, et se suspendit par les jambes pour tendre l'objet au plus grand, avant de faire le chemin en sens inverse, redescendant de l'arbre.

Arrivé à terre, il frotta ses mains de la saleté qui avait maculé ses paumes et Yahiko lui sauta littéralement dessus pour le secouer par les épaules, bientôt rejoint par Konan.

— Wouahou ! C'était trop cool ! Je savais pas que tu savais grimper aux arbres !

— Il faut que tu nous apprennes, comment tu as fait ça ?

Gêné, Nagato, baissa la tête et rit un peu, un sourire embarrassé sur les lèvres.

— Bah c'est facile, dit-il.

Il leva les yeux pour chercher les trois autres mais ils avaient déjà disparu : c'était l'heure à laquelle les parents venaient récupérer tout le monde. Ils s'avancèrent vers la sortie de l'établissement, alors que Nagato continuait d'expliquer :

— Dans mon village, avec les copains, on allait souvent dans la forêt et on faisait tous de l'escalade sur des montagnes. Donc c'était facile.

— Et vous avez vu comment il a lancé le caillou, Uchiha ? s'écria Yahiko, exalté. C'était wouahou, ça aussi ! Vous êtes wouahou, tous les deux ! Ah mince, le bus, viens Konan, on va le rater !

Aussi simplement que ça, les deux enfants se mirent à courir en direction de l'arrêt de bus et Nagato resta seul, guettant sa tante qu'il repéra auprès d'une dame brune qu'il voyait parfois. Il s'approcha doucement et Kushina eut un immense sourire en l'apercevant.

— Mon chéri, dit-elle, viens ici ! Qu'est-ce que…

Elle se pencha près de lui, observant son visage avec attention après avoir salué la dame brune. Remontant sa frange, Kushina entreprit d'humidifier un mouchoir pour faire disparaître une tache qu'il avait sur le visage. Elle était en train de passer le bout de tissu sur sa langue quand quelqu'un interpela Nagato :

— Hé, Uzumaki !

Il se tourna vers l'appel pour rencontrer la silhouette d'Uchiha qui suivait la dame brune – sa mère probablement – et le fixait sans ciller, ses cheveux mi-longs glissés derrière ses oreilles.

— Il a raison, Hayama, c'était super. Tu m'apprendras ?

— D'accord, mais tu m'apprends à viser aussi bien que toi.

Les deux enfants se sourirent timidement en hochant la tête, pendant que Kushina et Mikoto échangeaient des regards surpris : la première de voir son neveu si à l'aise alors qu'il évitait jusqu'à présent les effusions de joie en-dehors d'une zone de confort très restreinte, la seconde parce qu'elle n'avait pas le souvenir d'avoir jamais vu son fils entamer de lui-même une conversation – si courte fût-elle – avec un enfant de son âge, se contentant de son cousin, son frère cadet et son ami d'enfance.

Mikoto attrapa la main de son fils, alors qu'il détournait finalement son regard de la silhouette du nouveau, le visage chiffonné de contrariété.

— Il a les yeux violets, chuchota-t-il en direction de sa mère.

— Et ça t'intrigue ?

Itachi hocha la tête.

— Oui. C'est bizarre. Comme ses cheveux, ils ont une drôle de couleur. On dirait qu'ils sont rouges. On dirait un peu un démon. Mais ça n'existe pas, les démons. Il est bizarre.

— C'est une particularité de la famille Uzumaki, répliqua Mikoto. Ils ont tous les cheveux comme ça. Ça s'appelle « auburn ». Il te semble gentil ?

— Il est deuxième en mathématiques, dans la classe du professeur Shimura, répondit Itachi en fronçant les sourcils. Il est fort.

La mère de famille porta un regard attendri à son enfant qui se plongea dans ses pensées et n'en ressortit pas avant d'être parvenu à la maison où l'attendait Sasuke pour jouer. La mère de famille avait hâte de raconter à son mari que leur aîné était finalement intrigué par un enfant de son âge et qu'il commençait à se faire des copains qui ne seraient ni Shisui, ni Kisame.


On se retrouve dans deux semaines, n'hésitez pas à laisser un petit mot si ça vous a plu !