Un grand merci à toutes les personnes qui me lisent !

Bon, définitivement, ce chapitre, c'est plus joli sur AO3, si vous voulez aller faire un tour pour pouvoir, parce qu'il a été pensé avec des images…

L'extrait de "La Guerre et la Paix" qui est cité est un véritable extrait du roman de Tolstoi.


Chapitre 4 – Du Rififi chez Akastuki

Il n'était pas loin de dix heures et quart quand Nagato franchit les portes du restaurant scolaire, choisissant de passer par les portes arrière, celles qui donnaient directement sur le comptoir du foyer des élèves géré par Chôjurô Horikoshi. Il s'agissait d'un petit coin de l'établissement qui avait été doté de tables plus confortables, de quelques jeux, d'un babyfoot et surtout d'un endroit où acheter des boissons chaudes et des sucreries.

Les moyens de paiement pouvaient être aussi bien de l'argent que des dons de temps. Il s'agissait pour un élève d'échanger un peu de son temps libre pour faire des travaux d'intérêt général contre ce qu'il désirait acheter.

Ce système était pratique, mine de rien, pensa Nagato.

Il avisa la table où ses amis et lui s'installaient d'ordinaire, s'en approchant pour y déposer ses affaires, avant d'aller saluer Horikoshi qui lui répondit par un hochement de tête poli.

— Qu'est-ce que je te sers ? s'enquit-il avec un sourire timide.

Chôjurô avait bien changé depuis ce jour, cinq années auparavant. Il restait timide, et maladif, mais il avait une tout autre allure, sûrement due à la teinture bleu clair de ses cheveux courts. Cette confiance relative était coutumière, à présent. Depuis que le Sixième Année avait repris les rênes du club de robotique – dont Nagato faisait partie depuis la cinquième année, après qu'il eut finalement abandonné l'escalade –, il avait réussi à repousser le harcèlement de Yakushi.

Ceci dit, réfléchit Nagato, c'était peut-être dû à ses nouvelles amitiés. Chôjurô s'était inexplicablement attiré la sympathie de la fille la plus dangereuse de tout l'établissement, Yugito Nii, connue et réputée pour ne jamais mâcher ses mots, ni retenir ses coups.

— Est-ce que tu as un de ces fabuleux cookies que j'aime tant ? Avec un café, s'il te plaît, compléta-t-il en déposant la monnaie sur le comptoir.

— Shiho t'a demandé ou pas encore ?

Nagato jeta un regard perplexe à Horikoshi qui pivotait le buste vers lui, surveillant à la fois le débit de la machine à café et que son interlocuteur avait entendu sa réplique. Le Septième Année fronça les sourcils et secoua la tête. Shiho Oda était l'autre présidente du club de robotique et il n'avait pas le souvenir de l'avoir ne serait-ce qu'aperçue depuis la rentrée, elle ne s'était pas présentée au club les heures où lui-même s'y trouvait.

Chôjurô s'approcha avec la tasse destinée à Nagato, la posant sur le comptoir, récupérant l'argent qu'il déposa dans la caisse enregistreuse, puis il saisit une pince pour saisir un cookie et le déposer sur une serviette en papier.

— Taiga s'est désisté pour le hackathon.

— Oh non, se lamenta Nagato.

Chôjurô esquissa une grimace d'excuse pendant que Nagato dodelinait de la tête.

— J'en ai bien peur, marmonna Chôjurô en le contemplant par-dessus ses lunettes.

Le Septième Année roula des yeux avant de hocher le menton.

— C'est quand ?

— Novembre.

Nagato répéta le mot en réfléchissant, tentant de se souvenir ce qu'il avait prévu pour ce mois-là avec le club d'astronomie. Une déception gigantesque l'envahit quand il comprit qu'il n'avait rien organisé qui ne puisse se passer de sa présence et il porta un œillade douloureuse sur Chôjurô.

— Faut que je voie avec mon oncle et ma tante. Par contre, si ça tombe un jour de match, comptez pas sur moi, je donnerai la priorité à Akatsuki.

— Comme d'hab, trancha Chôjurô avant de lui sourire pour mettre fin à la conversation.

Nagato s'éloigna donc du comptoir, armé de son cookie à la nougatine et aux pépites de chocolat. C'était Megumi, sa vice-présidente, qui les préparait. Et elle était particulièrement douée, ces biscuits étaient rapidement devenus les favoris du jeune homme qui mordit dedans en s'asseyant à la table où il avait abandonné ses affaires.

Il prit le temps de savourer son cookie et la moitié de son café avant de sortir de son sac son cahier de littérature dont il tira une feuille, ainsi que le livre qu'il était en train de lire. Il retira le stylo qui lui servait de marque-page, afin de le porter à sa bouche et il fit mine de replonger dans l'ouvrage qu'il devait étudier pour son cours.

Comme La Guerre et la Paix de Tolstoï était d'un ennui mortel, ses pensées dérivèrent rapidement vers ses amis, alors qu'il se demandait ce qu'ils étaient en train de faire. Rêveur, il se figura Itachi en cours de littérature, la cravate à peine dénouée, les cheveux glissant sur son épaule, tout à sa prise de notes. Il l'imagina, l'air sérieux, traçant avec minutie les caractères sur la feuille, appliqué et silencieux et il ferma douloureusement les paupières, avant de se forcer à reprendre sa lecture, qu'il ne put continuer que quelques lignes avant que ses pensées dérivent de nouveau vers son ami.

La fatigue tiraillait ses muscles et pesait sur ses yeux. La visite de l'Observatoire s'était passée à merveille. Les animations avaient ravi les membres, des primo-adhérents aux plus anciens et il avait fallu lui répéter plusieurs fois que c'était l'heure de partir pour qu'il s'arrache au ciel profond qui l'avait englouti tout entier, comme à chaque fois.

Il en avait pris plein la vue. Ce n'était bien entendu pas la première fois qu'il participait aux activités de l'Observatoire local, mais à chaque fois, il avait la même sensation de totale évasion, de liberté et d'apaisement. Il ne pouvait pas faire autrement que s'émerveiller en se noyant dans l'immensité de l'infini : se savoir si insignifiant dans l'univers faisait tourner sa tête, il y avait tant de choses à découvrir, tellement à apprendre, à observer et une vie entière ne suffirait pas à soulager sa soif de connaissances sur l'univers. Et cette idée était enivrante.

Il secoua la tête, se frottant les yeux de sa main gauche, la droite replaçant ses cheveux derrière son oreille.

— Concentre-toi, maugréa-t-il.

« Le salon d'Anna Pavlovna s'emplissait peu à peu : la fine fleur de Pétersbourg y était réunie cette réunion se composait, il est vrai, de personnes dont le caractère et l'âge différaient beaucoup, mais qui étaient toutes du même bord. La fille du prince Basile, la belle Hélène, venait d'arriver pour emmener son père et se rendre avec lui à la fête de l'ambassadeur d'Angleterre. Elle était en toilette de bal, avec le chiffre de demoiselle d'honneur à son corsage. La plus séduisante femme de Pétersbourg, la toute jeune et toute mignonne princesse Bolkonsky, y était également. Mariée l'hiver précédent, sa situation intéressante– »

Il décrocha en roulant des yeux si fort en grognant. Il n'avait même pas lu une page du livre qu'il avait déjà envie de le reposer, se demandant s'il n'existait pas une adaptation qu'il pourrait regarder plutôt que s'enfiler mille pages de ces conneries. Il grommela encore un moment : quitte à choisir de la littérature russe classique, il aurait préféré relire du Tchekhov ou du Dostoïevski. Ou Pouchkine. Ou Soljenitsyne. Tout sauf Tolstoï, qu'il trouvait ennuyeux à mourir.

Ses pensées dévièrent de nouveau vers son avenir et l'offre faite par Jiraya pendant l'été. Faire ses études à l'étranger avait souvent effleuré son esprit, bien entendu, le pays du Feu ayant un pauvre programme spatial, depuis son refus de s'associer à la Russie ou à la Chine, préférant conserver une neutralité. Trop petit et pas assez riche pour prétendre expédier ses propres fusées, refusant une coalition scientifique avec l'un ou l'autre de ses proches voisins, rester à Konoha – ou même partir à l'université d'Ame qui était un peu plus réputée dans ce domaine – ne lui assurerait pas l'avenir dont il rêvait.

Aussi, la proposition qu'il avait reçue de partir aux États-Unis, d'y faire le reste de ses études, était tentante. Il n'aurait pas pu rêver mieux pour la suite de son parcours et, très sincèrement, il ne craignait pas une seule seconde que son dossier scolaire fût trop fragile pour pouvoir être retenu.

Une excitation terrible l'avait saisi quand il avait réalisé que ça signifiait que la NASA était à portée de main – et pourquoi pas Space X ? – puis son sourire avait fondu quand une contradiction était apparue dans son esprit, faisant battre son cœur sourdement.

Il s'était posé énormément de questions, toutes pouvant être finalement résumées à « pourquoi la simple pensée d'Itachi suffisait-elle à le faire douter du meilleur choix possible pour lui ? ». Quand il avait compris, enfin, que ces envies subites de se serrer contre lui n'étaient pas dues à des poussées de fièvre ou de délire, ou d'affection fraternelle, il s'était agacé contre lui-même, faisant défiler les photos d'eux qu'il avait dans son téléphone. Il n'avait pas vraiment prévu de tomber amoureux en cours de route.

Un jour, il s'était demandé s'il était vraiment obligé de choisir entre l'un ou l'autre et il s'était pris à s'imaginer dans un monde où il aurait pu avoir les deux en même temps. C'était tellement incroyable, tellement enivrant qu'il avait passé son été à rêver à une telle existence, passant en boucle la scène de leur premier baiser fictif, déroulant des pensées qui auraient mieux fait de rester prisonnières. Parce qu'à présent qu'elles étaient sorties, il était particulièrement compliqué de les enfermer de nouveau et de les cadenasser au fond de son esprit.

Parce que le M. I. T. était mille fois plus accessible que ses rêves de romance. Alors quand le mois d'août s'était achevé, il avait pris la décision de préférer le M. I. T. à l'histoire d'amour improbable.

Il tourna la page du roman sans vraiment faire attention aux mots qu'il lisait, un soupir au bord des lèvres.

La décision qu'il avait prise, il avait eu du mal à s'y tenir. C'était une chose de faire un choix, isolé au fin fond de la propriété de son parrain, mais quand il avait revu Itachi, il avait senti son cœur battre plus fort et ses résolutions se faire la malle, la chimie de son cerveau maltraitant sa rationalité pour lui faire penser « est-ce vraiment si important que ça, hein, de réaliser ses rêves ? ».

Un journal claqua rudement sur la table et un rire résonna près de lui quand il sursauta vivement, éclaboussant son livre de café. Il jura, porta à Yahiko un regard contrarié, vite gommé par la joie contagieuse de son ami.

— Qu'est-ce que tu fais là si tôt ? lança-t-il au nouveau venu qui prit la place face à lui.

— Prof pas là. Merde, je suis con, je me suis assis, je voulais un café. Je te prends un truc ?

Nagato hocha la tête avec un sourire alors que Yahiko se débarrassait de son sac aux pieds de la chaise qu'il occupait, se relevant en jouant des pièces qu'il tenait en main.

— La même chose ? Je me suis levé en retard ce matin et je n'ai pas déjeuné, justifia-t-il avec un air de chien battu.

Yahiko regarda les pièces dans sa main et grimaça, geste qui n'échappa pas à son ami qui lui tendit son portefeuille sans la moindre hésitation.

— Tiens, vas-y, c'est moi qui offre, ce matin.

Son ami accepta de bonne grâce, rempochant ses trois sous puis il sautilla jusqu'au comptoir, alors que Nagato tendait la main vers l'exemplaire du Raikiri que Yahiko avait ramené.

Depuis son arrivée dans cette école, Nagato était admiratif de la qualité du bimensuel de l'école. Le travail fourni par Asuma, maintenant, et le reste de l'équipe était impressionnant. La rumeur courait qu'être au club de journalisme privait de toute autre opportunité, tellement il fallait consacrer de temps à cette activité afin de garder les mêmes standards de qualité et Nagato était prompt à le croire. Il déplia le journal, regardant les activités de club, puis ses yeux dévièrent vers l'édito et quelque chose, sur la colonne de droite, attira son attention. Il pâlit brutalement alors que Yahiko revenait avec leur commande.

— J'l'ai pas lu, encore, qu'est-ce qu'il se passe ?

Nagato soupira et tendit l'exemplaire de la gazette à son ami, mentionnant un rapide : « colonne de droite ». Le regard de Yahiko se posa sur le journal qu'il parcourut des yeux. L'édito scandait :

Une année pour accomplir nos rêves

Par Asuma Sarutobi

Bienvenue aux nouveaux écoliers, bienvenue dans la grande famille que nous sommes !

Ainsi commence la dernière de mes années à l'école Senju, la dernière fois que je mène à bien la dure mission de vous informer des événements de notre établissement et ce sera bien cette année que ce sera le plus difficile pour moi de conserver la neutralité que nous essayons de posséder.

Parce que cette année, parmi les candidats en lice pour le poste de président des élèves, il y a le candidat que je soutiens depuis toujours, dont je tairai le nom, tant il semble évident. La ligne éditoriale de ce bimensuel a suffisamment montré, au cours des années, quelles étaient nos inclinations politiques, à la rédaction.

Il est aussi temps pour nous de souhaiter bon vent et bonne chance à Izumi Uchiha, qui a quitté le comité de rédaction à cause de trop nombreuses responsabilités. Elle a été remplacée à son poste par notre désormais célèbre chasseuse de potins, Ino Yamanaka. Bon courage à elle pour ses nouvelles missions ! Vous retrouverez l'ensemble de notre nouvelle fine équipe en page 2, où nous revenons plus en détails sur les nouveaux membres de notre comité.

Bon courage à nos équipes de basket (capitaine : Itachi Uchiha) et de natation (capitaine : Kisame Hoshigaki) pour les compétitions ardues qui s'annoncent pour elles ! Compte tenu de leurs résultats régionaux de l'année passée, elles sont déjà en lice pour les championnats nationaux, qui seront suivis avec attention par Gai Maito. Bonne chance également aux autres, que nous ne saurons ignorer pour concentrer notre regard uniquement sur nos victoires.

Yahiko esquissa un sourire, satisfait de voir son nom ainsi sous-entendu, qu'il effaça bien vite pour se concentrer sur la colonne de droite :

Entendu dans les couloirs

Du rififi chez Akatsuki… ?

La clameur de la dispute a résonné, ce jour, dans les couloirs de la Présidence. C'est une amitié qui s'est fissurée en direct, répercutée par le son sec d'une main qui claque. « Lâche-moi », a dit Nagato Uzumaki à l'adresse d'Itachi Uchiha, sous les yeux ébahis de quelques élèves qui venaient justifier leurs absences.

Selon nos sources, aucun des deux rois ne s'est exprimé au sujet de cette dispute. Pourtant, nous le savons, Akatsuki ne lave pas son linge sale en public… Un proche nous a affirmé qu'il s'agissait là des conséquences de l'explosion des toilettes du bâtiment B, causée par Sasuke Uchiha et Naruto Uzumaki (voir l'article en page 3). La punition parentale se serait également abattue sur les aînés, entraînant une privation de sortie au goût d'humiliation, ce qui a été confirmé conjointement par un des membres de l'équipe de basket, le fan-club d'Itachi et un membre du club d'astronomie.

Mais comment croire qu'il n'y avait que ça ?

Au fait, Nagato, tu n'as pas répondu à la question… Qu'est-ce que tu as, depuis la rentrée ?

À suivre…

Konohamaru Sarutobi

Yahiko humecta ses lèvres, reposant le journal à côté de lui, puis il rompit la buchette de sucre au-dessus de sa tasse alors que Nagato saisissait la sienne, tentant de calquer ses gestes sur ceux, immensément calmes, de son meilleur ami. Quand ils eurent tous deux avalé une gorgée du café chaud servi par Chôjurô, le rouquin sourit, de son sourire de politicien.

— C'est problématique.

Nagato soupira, furieux contre lui-même.

— Oui, je suis désolé, ça va faire du tort à ta campagne… Le pire, c'est qu'il venait justement de me dire que Sarutobi nous collait le train, mais j'étais furieux d'être puni et… Je vais lui envoyer un message et je vais dissiper les doutes de Sarutobi à propos d'Itachi et moi, je…

Il se tut, fouillant dans ses poches pour sortir son téléphone qu'il déverrouilla. Yahiko sourit avec amusement devant son fond d'écran, comme à chaque fois : c'était une photo d'eux tous, un selfie pris grâce à la taille imposante de Kisame, lors d'une fête foraine, l'année précédente.

— Je me fiche du tort que ça fait à ma campagne, avoua Yahiko. Est-ce que toi, ça va ?

Nagato leva les yeux quelques instants avant de pianoter sur son téléphone :

Nagato : Je suis désolé, pour avant-hier, je n'aurais pas dû te parler comme ça.

Itachi : Tu as lu le Raikiri, c'est ça ?

Itachi : Izumi m'a envoyé une photo de ce torchon.

Itachi : T'as pas à t'excuser, c'est moi.

Itachi : J'aurais pas dû insister.

Itachi : Je sais très bien que tu aimes être tranquille quand t'es en colère.

Nagato : On est bon alors ? 🙂

Itachi : Tu en doutais ?

Itachi : Ça va, la punition ?

Nagato : Ça va, reportée à lundi. Mais j'en parlerai ce midi, je déjeune avec Akatsuki, j'ai réussi à me libérer. Tu seras là ? 🙂

Itachi : Oui 😁

Quand il eut la certitude qu'Itachi ne se posait aucune question, il daigna répondre à Yahiko.

— Je crois que oui. J'en sais rien. Non… Ça s'arrange pas… J'imagine qu'il me faudra plus que deux semaines pour passer à autre chose surtout que… Eh bien… S'il passe son temps à me chercher, ça va me compliquer la tâche.

— Il se lassera, assura Yahiko d'un ton convaincu, ses rétines scrutant avec attention les traits de son vis-à-vis.

— Et la campagne, du coup ? demanda Nagato en récupérant le journal pour le feuilleter. Oh, les sondages sont bons, tu es largement en tête…

Il consulta la liste des noms de ses adversaires, fronçant les sourcils.

— Après, faut voir la concurrence… Tu n'auras aucun mal à t'imposer.

— Il faut tout de même reconnaître des points intéressants dans leurs programmes, surtout celui de Yugito. Mais le nôtre est plus complet et nous avons une marge de manœuvre plus conséquente, vu que nous avons déjà commencé à appliquer le programme.

— Tu utilises le nous de majesté, maintenant ? sourit Nagato.

— Je ne suis que le représentant d'Akatsuki et de ses valeurs. Je n'ai pas oublié notre vieux rêve de deuxième année.

Un rictus joyeux s'empara de Yahiko quand il évoqua le souvenir et un rire silencieux secoua les épaules de Nagato.

— Tu parles de ce moment où tu voulais devenir un dieu tout-puissant pour faire cesser les injustices ?

Yahiko lui tira la langue, insolent, avant de se reprendre.

— Puisqu'on parle d'injustice, tu m'expliques pourquoi t'es puni ? Et de quoi ?

— Je suis privé de sortie pendant un mois parce que je n'ai pas pu empêcher Naruto de faire une connerie.

Yahiko papillonna des cils, perplexe.

— Mais c'est totalement con.

— Yep, mon oncle n'a pas pu s'empêcher de vouloir montrer à M. Uchiha qu'il sait aussi être sévère quand il le faut.

Il s'interrompit et releva la tête, tapotant sur le bras de Yahiko pour qu'il se tourne dans la direction qu'il désignait, vers une jeune femme de leur année qui marchait, un pale sourire sur les lèvres, son sac bandoulière tapant contre sa cuisse alors qu'elle tenait sa tasse, semblant contempler le vide.

— Tu trouves pas qu'elle va pas bien, Nohara ?

Yahiko examina sa condisciple avec attention, notant les sourires forcés, mais il haussa les épaules, revenant vers Nagato.

— Elle n'a pas très bien vécu le déménagement d'Uchiha. Obito. Ils sont trop nombreux à s'appeler pareil, dans le coin, se lamenta-t-il avec une grimace comique.

Nagato hocha la tête avec vigueur.

— Un nom assez commun, on en trouve à tous les coins de rue. Il est parti ?

Il se souvenait d'un jeune garçon brun, les yeux marrons, relativement quelconque et pas très brillant qui était dans la classe au-dessus. Il avait fini l'école à la fin de l'année précédente et avait convié Nohara au bal avec lui. Elle avait refusé en espérant qu'Hatake – de l'équipe de basket – lui demande, mais il ne l'avait jamais fait.

— Oui, confirma Yahiko, il fait ses études à Kumo. Avec les résultats qu'il avait, personne ne voulait de lui ici. C'est déjà un miracle qu'il ait eu son diplôme.

— Tu exagères, souffla Nagato, Obito était très bon en… Hm… Gentillesse ? proposa-t-il avec une grimace.

Yahiko pouffa doucement.

— Oui, c'est vrai, ça. Très serviable, le cœur sur la main, toujours le petit mot pour réconforter les petits qui pleuraient, c'était un peu le grand frère de tout le monde, ici.

— Je l'aimais bien, moi. Son côté « perdant mais avec des amis cools », ça m'était familier.

Il reçut un coup de journal sur la tête, qu'il ponctua d'un « aoutch », puis il leva les yeux vers Konan qui venait d'arriver, lui assénant ce coup de journal.

— J'ai entendu et je n'aime pas que tu t'assimiles à un perdant.

Elle se pencha, déposa un baiser sur le haut de son crâne, puis s'approcha de Yahiko pour l'embrasser. Il lui fit une place sur la banquette, lui offrant toute son attention.

— Tu as déjà fini ton cours d'anglais ?

— Le devoir était facile, répondit-elle.

Petit à petit, l'ensemble des amis du petit groupe le plus populaire de l'établissement fut assis autour de la table. Il n'était pas loin de midi quand ils commencèrent à déjeuner, sous l'impulsion de Yahiko qui avait louché sur le cookie de Nagato toute le temps passé avant le déjeuner. Ils échangèrent leurs impressions sur la campagne, sur les cours de l'année, évoquèrent rapidement l'incident des toilettes – pour lequel Itachi grogna en roulant des yeux – et ce fut Hidan qui rappela son anniversaire à Nagato :

— Mais du coup, comment ça se passe, pour la soirée de ce week-end ?

Le coup de pied qu'il reçut de Yahiko le fit sursauter légèrement et il arracha son regard à la contemplation d'Itachi qui léchait ses doigts avec beaucoup trop de sensualité, sans s'apercevoir du regard voilé que lui lançait son ami. Hidan eut un sourire amusé quand Nagato lui rendit son attention :

— Pardon, tu disais ?

— T'es fatigué, toi, non ?

— On est rentrés tard, hier, on avait une sortie à l'Observatoire.

— Ah, tu as pu y aller, alors, intervint Itachi avant porter son index à ses lèvres pour lécher le sucre qui s'était collé dessus.

Nagato suivit des yeux le mouvement, son esprit se perdant une seconde et un nouveau coup de pied le sortit de ses pensées et il sourit en remontant ses rétines vers celles d'Itachi.

— Oui, Naruto a plaidé en ma faveur, ma punition ne commence que lundi.

Il tourna la nuque vers Hidan, un sourire accroché sur les lèvres :

— Donc l'anniversaire est maintenu mais pas chez toi. Chez moi. Sous surveillance.

— Donc sans alcool, bouda Deidara.

— Ma tante a dit qu'ils fermeraient les yeux, à condition qu'on finisse pas tous par terre.

Itachi referma sa boîte à déjeuner avec un soupir contrit, portant une œillade désolée sur Nagato.

— Je ne serai probablement pas là, affirma-t-il d'une voix neutre.

Nagato haussa les épaules, sentant le pied de Yahiko écraser ses orteils en guise d'avertissement.

— T'en fais pas, répondit Deidara à sa place. On prendra plein de photos. Comme tu fais toujours des cadeaux nuls, en plus, c'est franchement pas une grosse perte.

— Mes cadeaux sont utiles, pratiques et réutilisables, rétorqua Itachi en fichant son regard dans celui de l'artiste contemporain.

Deidara répliqua vertement en se détournant avec mépris et Kisame éclata d'un rire amusé qui résonna dans tout le self, attirant l'attention sur eux. Nagato profita de ça pour répondre à Itachi avec un sourire, que des témoins puissent colporter la rumeur d'une réconciliation.

— Vraiment, c'est pas grave. Ne sois pas déçu, c'est pas non plus l'événement du siècle.

Itachi bougonna qu'il aurait préféré être présent et la pause déjeuner s'acheva quand Yahiko fit racler sa chaise au sol en précisant qu'il était temps d'y aller. Ils se séparèrent, partant tous en direction de leur salle et Nagato resta encore quelques minutes pour ramener les tasses à Chôjurô, Itachi lui prêtant main forte. Nagato glissa son cookie dans sa poche – pour le goûter, pensa-t-il en salivant d'anticipation – puis ils sortirent ensemble du restaurant universitaire pour se diriger vers la salle de mathématiques.

Itachi étouffa un bâillement et Nagato lui jeta un regard en coin alors qu'il précisait :

— Je crois que le coach essaie de nous tuer d'épuisement. On a un nouveau dans le cinq majeur.

— Ah bon ? Qui est parti ?

Le regard de reproches qu'il reçut lui fit penser que c'était une information qu'il aurait dû retenir et il grimaça.

— Désolé, j'ai oublié…

— C'est vrai que le basket ne t'intéresse pas, murmura Itachi. Enfin, de toute façon, il était oubliable, ce n'est pas important.

— Il est comment, le nouveau ?

Itachi ouvrit la porte du bâtiment dans lequel se trouvait la salle où ils se rendaient, il laissa Nagato passer et ce dernier attendit près de la porte que son ami le rejoigne.

— Il est en cinquième année, le coach l'alignait en majeur avec les junior. Il est bon, on a nos chances, cette année.

— Évidemment que vous avez vos chances, même sans lui, commenta Nagato.

— D'autant plus avec lui, renchérit Itachi. Cependant, il y a un temps de transition et le coach pense nous en faire baver tous ensemble pour qu'on soit comme des frères.

Nagato laissa un sourire lui échapper.

— La souffrance collective est formatrice et elle rapproche les gens, confirma-t-il. Mais enfin, ça ne fera pas de vous des frères pour autant. Tu ne m'as pas donné son nom. Au nouveau.

— Sai Togashi. De quelles souffrances tu parles ? demanda Itachi d'une voix inquiète.

Ils pénétrèrent dans la salle de mathématiques, se dirigeant vers le fond de la salle, ignorant absolument tous leurs autres camarades. Quand ils furent à leur place, Itachi insista :

— Qui t'a fait du mal ?

— Shiho Oda, précisa Nagato. Les hackathons. C'est un tyran, cette nana. On ne dirait pas comme ça, mais sous son air timide et passionné de cryptographie se cache un démon de la pire espèce. Elle nous a forcé à dormir sur nos pc par tranches de trois heures avec une rotation…

Il fit une grimace comique, qui se changea rapidement en véritable moue quand il se souvint qu'il avait accepté de remettre ça.

— Et je dois être un peu maso parce que j'y retourne cette année.

— Avec ton année super chargée ?

Itachi baissa les yeux, tira sa chaise et soupira.

— Je vais vraiment finir par penser que c'est moi que tu évites, tu sais.

La phrase était lancée avec un brin d'humour, mais il y avait quelque chose d'un peu soupçonneux derrière et Nagato leva les yeux au ciel, de façon exagérée.

— Mais pourquoi je ferais une chose pareille ?

— Moi, je sais, chantonna une voix provenant de la droite d'Itachi.

Les deux amis tournèrent la tête pour tomber nez-à-nez avec Kabuto Yakushi, qui redressait ses lunettes sur son nez, un demi-sourire et un air cruellement satisfaits sur le visage. Une intuition chuchota à Nagato qu'effectivement, le jeune homme puant la méchanceté savait. Pourtant, il se contenta de poser ses coudes sur son pupitre tendant une œillade polie à Kabuto.

— Ah bon ? Je t'écoute.

Kabuto savoura son effet un instant, comme s'il s'était insinué dans l'esprit de Nagato, qu'il savait combien celui-ci était en train de paniquer, les mains dissimulées pour ne pas montrer combien elles tremblaient à l'idée que son secret soit révélé ainsi devant tout le monde. Il ouvrit la bouche pour commencer une phrase et la porte de la salle de classe claqua, comme la voix du professeur Shimura :

— Yakushi, si vous passiez autant de temps à travailler qu'à colporter des rumeurs, vous seriez sans doute à un autre rang dans le classement. Cessez d'importuner Uchiha et Uzumaki, retournez à votre place.

Yakushi balança un regard noir sur la silhouette de l'enseignant, avant de se détourner en haussant les sourcils :

— Ce n'est que partie remise, Uzumaki.

Quand Kabuto se fut assis à sa place, trois rangs devant eux, Itachi se pencha vers Nagato :

— Un jour, il comprendra que ses effets dramatiques n'atteignent personne…

— Hm, hm, sans doute, oui…

Pourtant, Nagato ressentait encore la panique se distiller dans ses veines et il déglutit en silence, ses yeux se perdant sur la silhouette de Yakushi.


Cinq ans plus tôt

Je m'appelle Shisui, se présenta le grand avec un sourire.

Nagato baissa la tête, refusant de répondre, son regard parcourant le linoléum de l'infirmerie avec attention, s'arrêtant sur les défauts, les marques de meubles et les égratignures. Le grand se déplaça pour s'asseoir à côté de lui.

Je suis le cousin d'Itachi. C'est ton copain, non ?

Le plus jeune haussa les épaules, tournant les yeux vers le grand pour l'observer à travers sa frange. Il avait l'air gentil, c'était vrai, avec ses grands yeux bruns et tristes, bordés de longs cils. Et, à présent qu'il l'observait, Nagato pouvait voir qu'il ressemblait à Itachi. À Itachi grand et avec des cheveux courts et hirsutes.

Déjà Shisui continuait son discours :

Je pense que c'est une entorse qu'il a. Je ne suis pas médecin, mais je m'en suis déjà fait une. Ça fait mal.

Nagato hocha la tête avec vigueur. Lui aussi s'était déjà foulé le poignet après une mauvaise chute à l'escalade et c'était vrai que ça faisait rudement mal.

Et toi, pourquoi tu es là ?

Par réflexe, les rétines de Nagato accrochèrent le nom sur la porte face à lui : « Tsunade Senju, psychologue scolaire » et Shisui pinça les lèvres en dévisageant l'enfant.

Je comprends… Tu la connais ? Tu verras, elle est sympa. Je vais la voir de temps en temps, aussi, ponctua-t-il avec un clin d'œil.

L'adolescent se tourna vers le jeune garçon qui se cachait sous sa frange, l'observant attentivement alors que celui-ci acceptait de lâcher :

Je m'appelle Nagato Uzumaki.

Oh, alors c'est toi ! se réjouit Shisui en s'attirant une œillade curieuse. Itachi m'a parlé de toi, il paraît que tu es aussi fort que lui en maths !

Ben non. Il ment. Il est plus fort. C'est le professeur Shimura qui dit ça. Moi, j'sais pas. J'regarde pas ses notes, à Uchiha. J'm'en fous. Fiche.

Semblant réaliser qu'il avait parlé bien plus qu'il n'aurait dû, Nagato se détourna pour s'enfermer de nouveau dans le mutisme et quelques minutes passèrent avant qu'il tire sur le manche de Shisui, attirant son attention :

Ça fait longtemps qu'il est dedans.

Shisui jeta un regard sur sa montre puis considéra Nagato avec minutie, fronçant les sourcils en tendant une main vers la frange qui tombait sur ses yeux et couvrait presque l'entièreté de son visage.

Je peux ? Elle doit te gêner…

Le jeune garçon hocha la tête et Shisui décala les cheveux sur la droite, dégageant un œil qui se posa sur lui avec méfiance. Il sourit, prenant garde à ne pas s'étonner de la couleur inhabituelle qui apparaissait. Le pauvre enfant devait déjà l'entendre tous les jours, il n'y aurait rien de nouveau à réagir face au violet.

Les lèvres de Nagato frémirent en une esquisse de sourire, puis il désigna la porte de la psychologue scolaire.

On m'oblige à venir, lança-t-il. C'est à cause de mon ancienne école. Ils disent que je suis « violent et incontrôlable ».

Cette fois-ci, Shisui ne put retenir une exclamation de surprise, s'attirant un mouvement de recul de l'enfant qui se décala légèrement en baissant les yeux, peiné.

Tu vas partir loin ? demanda-t-il d'une voix triste. Kabuto, il dit que si les gens savent, ils voudront m'abandonner sur une autoroute, comme un chien.

Il dit beaucoup de sottises, tu sais. Je ne vais pas partir. Pourquoi ils disent ça sur toi ?

J'sais pas.

Il haussa de nouveau les épaules et Shisui décida de ne pas insister, se contentant de rester silencieux. Il s'écoula quelques minutes avant que Nagato reprenne :

J'ai cassé le nez à Hanzo. De Hanzo, se corrigea-t-il.

Que s'est-il passé ?

Hmm… Hanzo, c'est un grand de mon ancienne école. Grand comme toi. Mais il est méchant. Il s'est moqué de ma copine et il lui a fait mal et elle pleurait et tout le monde la regardait et elle déteste ça parce qu'elle est grosse et qu'elle veut pas que les gens la regardent. Moi, je suis pas d'accord, elle devrait être regardée parce qu'elle est jolie.

C'est ton amoureuse ?

Nagato roula des yeux.

Bien sûr que non, idiot-bête, c'est une amie. Et c'est nul de faire pleurer et de faire mal aux gens parce qu'ils sont pas comme nous, pas vrai ?

C'est vrai, t'as raison.

Alors j'ai attendu que Hanzo il soit rassis. Puis je me suis approché par derrière. Puis je lui ai explosé le nez contre la table.

L'air coupable sur le visage de Nagato ne pouvait pas passer inaperçu aux yeux de Shisui qui cligna des paupières. L'enfant grimaça.

J'sais que c'est pas bien de faire mal aux autres.

Les grands yeux violets fouillèrent ceux de Shisui qui s'adoucirent instantanément.

Oui, c'est vrai. Mais tu voulais défendre ton amie et tous ceux à qui il faisait du mal. Personne ne peut te blâmer pour ça.

C'est le fils du directeur, c'est le super chouchou, compléta Nagato, donnant ainsi plus d'informations à Shisui qui n'eut pas le temps de répliquer.

La porte du cabinet de l'infirmière s'ouvrit et Itachi sortit en boitillant, s'appuyant sur des béquilles.

Entorse, trancha l'infirmière en direction de Shisui. Ramenez-le à la maison.

Itachi sembla alors remarquer Nagato, lui adressant un hochement de tête un peu lugubre.

Uzumaki.

Uchiha. Pas cool, t'as fait ça comment ? dit-il en désignant la cheville bandée.

Tombé pendant l'entraînement de basket.

Ah. Tu veux que je prenne les cours pour toi, cet aprem ?

Itachi hocha la tête en souriant faux – il était extrêmement contrarié par cette blessure qui allait l'empêcher de jouer un moment, cependant, Uzumaki n'y était pour rien et il n'avait pas à lui faire payer – puis il claudiqua jusqu'à la sortie, Shisui le suivant de près. Le plus vieux s'arrêta près de la porte pour se tourner vers le garçon qui restait, lui tendant un immense sourire :

À plus, Nagato !

À plus, Shisui.

Il entendit tout de même Itachi prononcer d'une voix contrite :

Il a les yeux violets. Tu as vu ?

Oui, et alors ?

Je trouve ça joli, murmura Itachi en se tournant vers Nagato.


Voilà, j'espère que ça vous plaît toujours ! À bientôt !