Chapitre 6 – La fille qu'il aime bien
Dans sa classe, il y avait une fille qu'il aimait bien. Qu'il aimait bien bien. Elle était souvent à côté de lui en classe d'arts et y aller était un plaisir, principalement grâce à ça. La première fois qu'ils avaient été mis côte à côte par l'enseignant, elle lui avait demandé s'il souhaitait qu'ils échangent de place. Elle avait remarqué, avait-elle dit, qu'il était gaucher, et elle, droitière, risquait de le gêner : ce serait mieux pour lui d'être près de la fenêtre.
Il avait bougonné que ça n'avait pas d'importance, mais elle n'avait pas attendu qu'il accepte pour ranger toutes ses affaires et prendre le bureau qui lui avait été assigné.
Il avait trouvé ça gentil. Véritablement gentil. Comme si elle n'attendait strictement rien de lui en retour, comme si elle était naturellement aussi prévenante avec le monde entier.
D'ordinaire, les filles étaient gentilles avec lui par intérêt, il en voulait pour preuve Sakura et Ino qui jouaient des coudes pour dégager de la place et être celle qui aurait la chance de l'accueillir.
La classe de Naruto et Sasuke avait atterri à la bibliothèque pour une heure d'étude surveillée suite à l'absence imprévue du professeur de géographie. La documentaliste les avait donc répartis sur les places du rez-de-chaussée, commençant par installer les filles. Et Naruto et Sasuke se retrouvaient près de la porte à croiser les doigts, pour des raisons très différentes, bien entendu.
Sasuke n'avait jamais dit à personne qu'il y avait une fille qu'il aimait bien bien, ni à Naruto, ni à Itachi. Aussi, quand la dame de la bibliothèque appela finalement son nom pour le placer à côté d'Hinata Hyuuga, il se contenta de hocher la tête, comme si de rien n'était, retenant le sourire qui frémissait au bord de ses lèvres et les tremblements de ses doigts quand il tira la chaise près de la jeune fille qui le salua en inclinant le menton avec déférence.
Il la contempla du coin de l'œil alors qu'elle finissait de répartir ses affaires sur le bureau, prête à entamer le travail, et il la trouva drôlement mignonne. Discrètement, il essuya ses mains moites sur ses genoux, puis il ouvrit son sac pour sortir ses affaires de géographie : il avait bien l'intention d'en profiter pour avancer sur la carte à rendre pour deux semaines plus tard. Il étala le papier sur la table, positionna ses crayons de couleurs et son livre qu'il ouvrit à la bonne page, puis il se tourna vers Hinata.
— Cette fois-ci, tenta-t-il à voix basse, nous sommes dans le bon sens. Pour écrire.
Elle esquissa un sourire timide en hochant la tête.
— Mais je ne t'aurais pas gêné, précisa-t-elle, je dois apprendre une poésie.
Il déglutit alors qu'elle plongeait ses yeux si clairs dans les siens. Il espérait que ça ne se voyait pas qu'il avait envie de rougir.
— Si tu veux, proposa-t-il, je pourrai t'aider à la réciter.
Elle accepta d'un hochement de tête hésitant et il tenta de toutes ses forces de se concentrer sur son travail. Au bout de quelques minutes, il oublia complètement qu'il était à côté de la fille qu'il aimait bien, puis il se plongea avec dévotion dans son travail, reportant minutieusement sur son papier les informations demandées par le professeur. Quand sa nuque commença à tirer, il releva la tête pour observer le reste de la bibliothèque. Derrière lui, Naruto et Shikamaru avaient décidé de profiter de cette heure pour dormir, pendant que Sakura et Ino se balançaient des vacheries.
Un peu plus loin, il y avait Konan et Nagato qui travaillaient côte à côte. Sasuke fronça les sourcils. Pourquoi est-ce que son frère n'était pas là ? Normalement, Itachi avait une heure d'étude, à ce moment-là, pourquoi n'était-il pas avec Nagato et Konan ?
La réponse lui vint quand il jeta un œil vers le reste de la bibliothèque. À travers les vitres de la salle de tutorat, il pouvait voir son frère tracer au tableau la correction d'un exercice qu'il avait fait faire à son élève. Quand il se tourna, il remarqua son cadet et lui offrit un sourire que Sasuke bouda. Hors de question que son frère soit embarrassant devant Hinata. Il voulait bien de l'affection, mais pas devant les copains et encore moins devant la fille qu'il aimait bien.
Quand il risqua de nouveau un regard en direction de son aîné, celui-ci avait laissé sa place au tableau à son tutoré, et, debout devant la fenêtre, il observait un point sur sa droite, un air contrarié sur le visage.
Sasuke suivit la trajectoire de l'œillade, tombant sans trop de surprise sur Nagato qui se balançait sur sa chaise, les yeux levés vers le plafond, son crayon virevoltant entre les doigts de sa main droite.
Revenant vers son aîné, Sasuke soupira en secouant la tête. Il savait ce qui provoquait une telle contrariété chez Itachi : l'entrefilet du Raikiri. Depuis la rentrée, il n'était pas rare qu'Itachi porte sur son visage cet air perplexe et embêté. Le cadet ne doutait pas une seule seconde qu'il se posait des questions sur l'évidente distance que Nagato mettait entre eux – évidente pour Sasuke, il avait tellement l'habitude de les voir interagir qu'il avait remarqué que quelque chose s'était grippé.
Sasuke était persuadé que son frère l'avait remarquée, même s'il feignait le contraire, et qu'il cherchait à comprendre ce qu'il avait bien pu faire pour que son ami prît soudainement tant de distance. Et Sasuke ne pouvait pas s'empêcher de grommeler sous cape.
Même s'il n'en avait pas parlé avec Naruto, il n'y avait pas besoin d'être un génie pour comprendre ce qu'avait Nagato. Sasuke avait bien remarqué comment le cousin de Naruto regardait son grand-frère : en fait, lui-même regardait Hinata de cette façon.
La même douceur, la même envie, la même fébrilité.
La même désillusion.
Parce que Sasuke ne se faisait aucun espoir.
Et c'était pour ça qu'il n'avait rien dit à personne.
Hinata aimait déjà quelqu'un et ce n'était pas lui. C'était Naruto.
Derrière la vitre, son frère était retourné à son tutorat, s'arrachant à sa contemplation de Nagato et le regard de Sasuke dévia vers le profil de Nagato qui contemplait Itachi.
Quelque part dans son esprit, Sasuke espéra ne pas avoir l'air si triste quand il regardait Hinata. Il hocha la tête en guise de salut quand le cousin de Naruto se tourna vers lui et ce dernier sourit avant de grimacer et se tourner vivement vers Konan.
— Aoutch, murmura-t-il, pourquoi tu me files des coups de pied ?
Il glissa sa main sous la table pour masser la peau qui avait été durement heurtée et son amie leva les yeux du livre qu'elle devait lire pour la littérature.
— Tu n'es pas du tout en train de travailler sur ton projet, là, répliqua-t-elle dans un chuchotis. Alors quitte à ne pas travailler, tu veux m'en parler ?
Nagato haussa un sourcil, baissant les yeux sur son travail puis les releva sur sa meilleure amie :
— Eh bien, c'est euh… mon projet de candidature pour le M. I. T., je travaille sur un cubsat et…
— Non, pas ça, interrompit Konan. Ce que Yahiko ne me dit pas et qui te concerne. Je sais que vous me cachez quelque chose, tous les deux, il est super bizarre et il supprime régulièrement des messages dans votre conversation.
Nagato haussa les épaules, faisant tourner son crayon.
— Peut-être qu'il réfléchit à une surprise pour toi ?
Elle parut considérer l'option et la rejeta d'une moue qui plissa son nez et remplit ses yeux d'une lueur amusée.
— Nan, impossible, quand il veut me faire une surprise, il a toujours ce petit air satisfait, je suis sûre que ça te concerne, toi. Et je suis prête à mettre ma main à couper que ça concerne aussi Itachi.
Nagato cilla, son crayon tomba à terre. Dans un juron il se pencha pour le ramasser, et se relevant il se tourna vers la salle de tutorat. Ses yeux croisèrent ceux d'Itachi et il ne put s'empêcher de lui sourire avant de se tourner de nouveau vers Konan.
— Pourquoi ça le concernerait aussi ?
— Ah, donc tu reconnais que tu me caches quelque chose, releva-t-elle avec contentement.
— Bien sûr que je te cache des choses, mais je ne vois pas pourquoi tu penses que ça concerne Itachi.
Konan porta à son tour ses yeux sur la salle de tutorat, regardant Itachi ranger ses affaires en même temps que la personne à qui il donnait des cours de rattrapage. Elle secoua la tête, le visage chiffonné.
— J'en sais rien, peut-être que l'entrefilet de Sarutobi m'a un peu plus touchée que je ne le pensais. Qu'est-ce qu'il voulait dire par là ? Vous vous êtes disputés, à part ce jour-là ?
— Bah non, bien sûr que non, s'agaça-t-il en claquant la langue. Konohamaru raconte n'importe quoi. Je sais pas ce qu'Itachi voulait dire par là, comment veux-tu que je le sache ? Probablement que lui aussi se fait des films, tu sais bien comment il est, à toujours tout intellectualiser.
Il exhala bruyamment alors qu'elle lui portait une œillade sceptique. Elle n'alla pas plus loin, cependant, Itachi finissant par tirer la chaise près de Nagato pour s'installer à son tour.
— C'est un cas désespéré, celui-là, commenta-t-il en jetant un œil sur ce que faisait Nagato. Vous parliez de quoi ?
— De votre dispute, lança Konan avec un grand sourire.
Itachi fit glisser le travail de Nagato devant pour pouvoir le regarder de plus près, avant de lever les yeux sur Konan.
— Ce serait bien d'arrêter d'utiliser des grands mots pour parler de quelques secondes qui datent d'il y a plus d'une semaine, grogna-t-il avant de se tourner vers Nagato pour désigner son travail. Qu'est-ce que c'est ?
Les yeux violets s'illuminèrent soudainement et Nagato entreprit d'expliquer avec fougue l'intégralité de son projet de candidature.
Kakashi Hatake passa une serviette éponge dans ses cheveux, puis sur sa nuque, jetant un regard sur le terrain puis sur les gradins. Leurs entraînements étaient ouverts au public et les bancs étaient généralement occupés par une nuée de filles, toutes membres du fanclub d'Itachi.
Cette séance n'était pas très différente des autres. Kakashi s'amusa à chercher les nouveaux visages. Finalement, son attention s'ancra sur un jeune garçon qu'il avait déjà croisé dans l'école mais qu'il n'imaginait pas venir regarder des matchs.
Son coude alla heurter le bras du capitaine de l'équipe.
— Hey, Uchiha, depuis quand y a des gars dans ton fanclub ?
— Depuis environ deux ans, répondit Itachi après avoir avalé sa gorgée d'eau. D'après Izumi, le premier est venu parce qu'il a perdu un pari mais il est resté parce que ça l'amuse. Tu t'intéresses vraiment aux effectifs de mon fanclub ou tu voulais attirer mon attention sur quelque chose ?
— Seconde option. Y a un Première Année dans les gradins. Ça m'inquiète un peu de les voir entrer si jeunes dans ton fanclub, je croyais qu'Izumi avait mis une limite d'âge parce qu'elles élaborent des théories sur ta sexualité ?
— C'est le cas et la dernière en date est hautement fantaisiste, s'agaça Itachi avant d'observer le garçon désigné. C'est Udon Ise, il ne fait pas partie de mon fanclub, mais de l'équipe du Raikiri.
— La rubrique sports ? Je croyais que c'était Rock Lee le nouveau protégé de Gai… Ah attends, je l'ai vu traîner avec Konohamaru Sarutobi, lui, maintenant que tu le dis. Rubrique Potins, alors. Ils sont zélés, les nouveaux.
— Un peu trop, grommela Itachi, j'ai retrouvé Konohamaru en planque dans les buissons sous la fenêtre de ma chambre. Il enquête sur Akatsuki. Apparemment, il cherche un scoop sur nous.
Kakashi hocha la tête, comprenant mieux.
— Il faut dire que ta dispute avec Uzumaki a fait tripler les ventes du journal.
Itachi roula des yeux.
— Il faut que leurs vies soient sacrément tristes pour qu'un simple éclat de voix les mette à ce point en transe, c'était même pas une dispute. On y retourne. Je sais que c'est pas simple de jouer avec les remplaçants, mais essaie de te concentrer sur ton marquage de Sai.
— Oui, cap'taine.
Ils retournèrent sur le terrain alors qu'Udon repartait à ses notes, replaçant ses lunettes d'un geste embarrassé de s'être fait griller de cette façon simpliste. Il revint en arrière dans son carnet pour relire ce qu'il avait écrit. Finalement, les journées d'Uchiha étaient assez banales.
Il se levait le matin aux alentours de 6h30, puis prenait son déjeuner après s'être lavé et habillé.
Quand il avait pris son déjeuner, que son frère était prêt, ils partaient tous deux en direction de la maison Uzumaki, où le père de Naruto les récupérait pour les mener à l'école. Parfois, Nagato était là, parfois non. En recoupant les informations, les matins où il n'était pas là, c'était parce qu'il était parti tôt en direction de l'école pour ouvrir le fablab, ou pour aller à la bibliothèque, ou pour s'occuper du club d'astronomie.
Uchiha avait ses cours et passait toutes ses pauses en compagnie d'Akatsuki. Il n'avait aucune sorte d'extravagance, comme des séjours trop longs aux toilettes, ou des cours séchés, c'était un élève modèle, aux résultats exemplaires. Ensuite, il y avait les entraînements de basket. Après les entraînements de basket, il récupérait son cadet qui faisait ses travaux d'intérêt général, puis ils rentraient chez eux, où Itachi s'installait à son bureau pour faire ses devoirs jusqu'à l'heure du dîner. Il prolongeait ses études après le repas, puis la lumière du plafonnier de sa chambre s'éteignait vers vingt-deux heures, remplacée par une lampe de chevet.
Il soupira. Si jamais Konohamaru ne trouvait pas de scoop, il pourrait toujours faire un article sur la banalité extrême de la vie d'un des garçons les plus populaires de l'école. Il grogna avec bruit, s'attirant un « shhhh » de la part d'Izumi qui lui fit les gros yeux.
— J'essaie d'écouter ce qu'il dit, grommela-t-elle, alors arrête de faire du bruit.
— Mais il dit rien d'intéressant, pesta Udon à voix haute. Blablabla, basket, blablabla, stratégie de match, blablabla, Hatake surveille tes placements, blablabla, Togashi, sois plus agressif, tu dois mettre la pression, pousse-les à commettre une erreur.
Udon, baissa les yeux sur ses notes.
— À vrai dire, ce qui est triste, c'est que Hatake et Togashi ne fassent toujours pas ce qui leur est demandé et qu'Uchiha et Maito soient obligés de répéter plusieurs fois par entraînement exactement les mêmes choses.
Izumi lui porta un regard scandalisé avant de se tourner vers les autres filles du fanclub.
— Il a dit qu'Itachi était inintéressant, là, je me trompe ?
Elles secouèrent la tête.
— Escortez-le manu militari jusqu'à la sortie. Il n'est pas digne d'être dans ces tribunes.
Udon fit claquer son calepin en saisissant son sac.
— Ne vous donnez pas cette peine. Cette filature commence à m'ennuyer, c'est seulement un type banal parmi des milliers d'autres.
Izumi s'étrangla puis perdit toutes ses couleurs et Udon grimaça, s'attendant à une explosion de colère de la part de la présidente du fanclub d'Itachi. Pourtant, elle n'en fit rien, portant son regard sur le terrain.
— Tu te trompes. On peut attribuer beaucoup de qualificatifs à Itachi Uchiha, mais certainement pas « banal ». C'est un héros.
Udon leva les yeux au ciel, elle fronça les sourcils.
— Je t'assure. L'été de notre première année, je jouais au bord de la rivière Nakano avec des amis et je suis tombée à l'eau. J'étais en train de me noyer quand il m'a repêchée. Il m'a sauvé la vie. Ce garçon n'a pas hésité une seule seconde à plonger dans l'eau pour venir me chercher, alors qu'il ne me connaissait pas.
Elle fit une pause.
— Alors peut-être que toi et tes petits copains, vous me trouvez pathétique avec mon fanclub, mais moi, au moins, je suis sûre d'aduler un héros. Et je me fiche de paraître grotesque à tes yeux. Maintenant, il est temps pour toi de partir. Tu n'as pas ta place parmi nous.
— On joue samedi prochain, annonça Hidan en se laissant tomber dans le canapé. Kakuzu nous a trouvé une date dans une salle de concert. Vous serez là ?
Nagato se détourna une seconde l'écran de la télévision – il jouait contre Kisame à Street Fighter – le temps de réfléchir à son emploi du temps de la semaine d'après. Le hackathon n'était pas prévu pour de suite et il ne ferait pas de sortie avec le club d'astronomie avant un moment.
— Moi, c'est bon.
Les autres approuvèrent avec un peu moins d'entrain et Konan leva la tête avec un sourire ironique.
— C'est bien que ton groupe de métal commence à se faire connaître un peu.
— En plus, vous êtes bons, ponctua Sasori.
Les autres membres d'Akatsuki approuvèrent et Kisame, après sa victoire, sortit son téléphone de sa poche.
— Attendez, je préviens Itachi. Je pense pas qu'il arrivera à convaincre son père de le laisser aller à un concert de deathmetal, par contre.
Il se leva pour rejoindre le canapé dans lequel était installé Hidan, attrapant au passage le verre qu'il avait posé sur la table et un bol de chips qu'il garda près de lui.
— On en parle, sinon, des trois moustiques qui nous suivent partout ?
Deidara roula des yeux, les levant du dessin qu'il était en train de fignoler pour le cours d'art.
— C'est qui, d'ailleurs ?
— Konohamaru Sarutobi, Udon Ise et Moegi Kazamatsuri, informa Yahiko. Des nouveaux qui ont intégré les équipes du Raikiri. D'après mes sources, ils sont en quête de potins sur nous afin de renouveler l'exploit des ventes du journal due à la dispute publique entre Itachi et Nagato.
Ce dernier grimaça et, après avoir éteint l'écran, il rejoignit les autres, s'affalant à moitié sur Konan qui était appuyée sur l'épaule de Yahiko.
— « Dispute publique », c'est de bien grands mots pour qualifier ce qu'il s'est passé.
— Peut-être, réfléchit Kisame, mais la réponse d'Itachi a visiblement intrigué beaucoup de gens. À nous, tu peux le dire, qu'est-ce que tu as, depuis la rentrée ?
— Du travail, soupira-t-il en refusant de tourner la tête vers Yahiko. Ma candidature au M. I. T. me prend beaucoup de temps.
— Ah ! Tu t'es décidé, alors, se réjouit Deidara, c'est bien, je serai pas tout seul là-bas !
— J'ai rien décidé, encore, mais si je ne prépare pas ma candidature, je pourrai pas choisir d'y aller ou de rester.
Yahiko hocha avec une moue impressionnée. Le mensonge était rudement crédible. Il se demanda vaguement combien de fois Nagato lui avait menti ainsi puis il mit cette idée de côté un instant. C'était un avantage de toute cette histoire : il pourrait apprendre les tocs de Nagato quand il ment pour mieux déceler plus tard les mensonges qui lui étaient servis.
— Plus sérieusement, qu'est-ce qu'on fait à propos des trois guignols du journal ? recentra Kisame.
— Ce sont des enfants qui s'amusent, soupira Nagato, laissons-les faire. De toute façon, on n'a rien à cacher, alors, ils vont chercher longtemps.
— Bien dit, approuva vigoureusement Konan. Parlons plutôt de mon projet de tous vous caser avant la fin de l'année.
— Ou alors, suggéra Sasori, on pourrait avaler du cyanure en jouant à la roulette russe, ça me semble bien plus amusant que t'écouter essayer de nous caser.
Le souffle qui frôla la nuque de Nagato fit se dresser les petits cheveux d'une désagréable façon et il grimaça quand la voix de Yakushi susurra à son oreille :
— Alors le dégénéré, t'as réussi à te le taper, ou toujours pas ?
— Tu te rends compte qu'il n'y a strictement aucune chance pour que je sache de quoi tu parles, n'est-ce pas ?
Yakushi fit le tour et s'accapara la place d'Itachi pour fixer son regard mesquin dans celui de Nagato. Il baissa la voix pour que les élèves situés devant eux n'entendent rien de ce qu'il avait à dire.
— Je parle de ton désir pervers pour Uchiha. Tu le veux, n'est-ce pas ?
Nagato frémit à peine et ça suffit à Kabuto pour y voir une confirmation. Il laissa un sourire satisfait ourler ses lèvres puis il continua :
— Mais tu ne veux pas qu'il le sache. Tu as peur qu'il te rejette, hein ?
Le futur astronaute soupira bruyamment, mettant fin à cette ambiance pesante que Kabuto essayait de développer entre eux.
— Qu'est-ce que tu veux ?
— C'est évident, non ? Je veux faire le concours. Je veux aller en national, mais je suis troisième et le prof n'envoie que les deux meilleurs. Désiste-toi. Ou je dis tout à Uchiha.
Nagato haussa un sourcil. Kabuto tourna la tête vers la porte de la salle que l'enseignant venait de franchir puis il retourna à sa place en murmurant un dernier « réfléchis bien, désiste-toi ».
— Bien, commença Danzô Shimura, je vois qu'Uchiha n'est pas encore là. Uzumaki ?
Nagato se leva avec déférence.
— Il avait une réunion avec l'équipe de basket, professeur, il sera d'un instant à l'autre… Tenez, le voilà.
— Excusez-moi, professeur, souffla Itachi en refermant la porte derrière lui, avec le nouveau, on n'a plus une minute pour nous.
Shimura laissa un sourire affectueux illuminer son visage alors que le jeune sportif rejoignait sa place rapidement, Nagato se réinstallant en jetant un coup d'œil à son ami. Il se retint de penser qu'il le trouvait beau, le souffle court et les joues rougies par l'effort.
— Nous savons tous que l'équipe se donne du mal pour parvenir à la première place chaque année, excusa le professeur en se tournant vers l'ensemble de la classe pour observer les élèves.
Quelqu'un dans la classe murmura un « toujours plus de favoritisme » d'une voix colérique et Shimura esquissa un sourire. Avec sa cicatrice sur le menton, ça lui donnait un aspect inquiétant. Il balaya la salle du regard :
— Si vous souhaitez être à votre tour le favori, pensez à travailler un peu plus et à avoir un niveau convenable en mathématiques, ce qui n'est pas le cas des deux tiers de cornichons qui sont devant moi. Bien, Uchiha, Uzumaki, qu'avez-vous décidé pour le concours ?
Itachi se leva, adressant un sourire à l'enseignant :
— J'irai, Professeur.
Nagato échangea un regard avec Kabuto qui l'observait attentivement, puis il se leva à son tour.
— Moi de même, Professeur, j'irai aussi.
Itachi lui lança un regard ravi en rasseyant et murmura :
— Je pensais que tu dirais non, je suis super content, il faudra qu'on voie pour trouver des moments où travailler sur les annales du concours.
— On aura qu'à s'appeler pour en parler, écoute le cours, sourit Nagato.
Mais son sourire était bien plus à destination de Kabuto qui fulminait qu'à destination d'Itachi.
Konohamaru s'avançait dans les couloirs sans vraiment faire attention à l'endroit où le guidaient ses pas, trop concentré sur l'avancement de l'enquête qui visait Akatsuki. Malheureusement, à un jour de la remise des articles, il n'avait toujours pas le début d'une piste sérieuse.
Bien entendu, pensa-t-il, des années à faire croire qu'ils sont irréprochables, ils ont l'habitude de cacher leurs exactions.
Il soupira bruyamment en réfléchissant à ce qu'il avait appris depuis le début de la filature : qu'Itachi avait sauvé la vie d'Izumi quelques années auparavant – rien qui ne respirait le scoop qu'il espérait, il ne voulait pas faire d'Itachi un saint, il avait suffisamment de gens pour l'aduler sans en plus en rajouter sur le côté sauveur –, que Moegi cognait fort et qu'elle n'aimait pas qu'il dise qu'elle était un mec sympa, que Mikoto Uchiha était super gentille et grave belle et qu'elle faisait un super chocolat chaud mais qu'elle n'était d'aucune utilité en ce qui concerne des scoops sur son fils, que Sasuke savait viser aussi bien que son frère, sauf que le cadet collait des coups de pied au cul douloureux, et que Nagato Uzumaki passait tous ses étés en camp naturiste, mais ça il le savait déjà par Naruto et c'était loin d'être le potin du siècle : ok, l'été, il se balade tout nu toute la journée, avec le machin qui virevolte au vent, la belle affaire, qui ça intéresse ?
Les recherches du côté des autres n'avaient pas révélé grand-chose de plus. On aurait presque dit que les mecs d'Akatsuki étaient réellement aussi cleans qu'ils le prétendaient et que la dispute entre Uchiha et Uzumaki était seulement une légère rixe entre amis, comme si, effectivement, c'était seulement la contrariété de la punition qui avait poussé l'un comme l'autre à se parler avec aigreur.
Pourtant, Konohamaru ne pouvait pas adhérer à une idée aussi simple. Personne n'était exempt de tout reproche.
Il s'arrêta devant les toilettes des filles quand des sanglots atteignirent son oreille et il la tendit pour percevoir ce qui se cachait derrière ce gros chagrin, un sourire anticipateur ourlant ses lèvres quand il reconnut les voix de Rin Nohara et de Yugito Nii. La première frottait avec entrain le dos de la seconde qui pleurnichait d'une voix étouffée, sans doute serrée contre son amie.
— C'est oui, disait-elle, c'est oui mais c'est trop tard ! Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire ?
Une fille qui pleure que c'est oui et trop tard ? Ça sent la grossesse non désirée, ça, non ? Il tendit encore plus l'oreille alors que Yugito répliquait :
— Y a pas mort d'hommes, on va trouver des solutions, c'est que neuf mois, c'est rien, neuf mois… Après, tu seras enfin libérée et je te jure que tu iras mieux.
Konohamaru s'éloigna de la porte en entendant des pas arriver dans le couloir puis il avança avec précipitation en direction du club journal. Voilà, il le tenait son scoop. C'était pas sur Akatsuki, mais c'était tout aussi croustillant, non ?
« Rin Nohara est enceinte : Mais qui est le père ? »
Alors, quand Kabuto Yakushi l'interpela au vol en lui disant « Hey, si tu cherches des infos sur Uzumaki et Uchiha, j'ai quelque chose qui pourrait te plaire ! », il répondit sans même lui jeter une œillade « Désolé, j'ai pas le temps de suite, mais promis, j'y penserai, on reste en contact ! ».
Trois ans plus tôt
— Vous avez déjà embrassé une fille, vous ?
La question de Yahiko avait le mérite de surprendre l'ensemble du groupe d'amis. Chacun releva la tête de son étude pour contempler leur chef qui se gratta l'arrière du crâne, mal à l'aise.
— Pour quoi faire ? demanda Itachi en haussant un sourcil.
— Ben je sais pas, pour… l'embrasser.
Il posa son stylo alors qu'Itachi murmurait un « mais ça n'a aucun intérêt » et Sasori soupira, baissant la voix le plus possible pour que le surveillant en charge de l'étude ne les entende pas.
— Tu veux dire pour conquérir le monde ?
Se balançant sur sa chaise, Nagato dégagea la mèche qui lui tombait devant les yeux, se remettant sur ses quatre pieds quand Konan tapa sur sa main en désignant une barrette qu'elle lui glissa dans les cheveux. Il se tourna vers les autres et l'étoile de plastique et de métal sur son crâne les fit sourire, tellement ça lui correspondait bien. Yahiko finit par répondre à Sasori :
— Nan, c'est que. Vous savez, j'ai une nouvelle famille, en ce moment. Et un de mes nouveaux frères, il dit que si t'as pas embrassé de fille avant tes quinze ans, t'as raté ta vie.
— C'est des conneries, jappa Nagato alors que tous les autres lui faisaient les gros yeux. Bêtises. Pardon.
— Au pire, suggéra Hidan, vaguement inquiet, il reste Konan. Si on l'embrasse tous, on est tranquilles.
Kisame grimaça discrètement alors que la seule fille du groupe se tournait vers celui qui venait de parler avec un sourire que tous savaient dangereux :
— La seule chose que j'accepte de distribuer, c'est des claques et t'auras droit à du rab.
— Ouais, pardon, c'était pas méchant dans ma tête, se repentit Hidan avec une moue désolée.
Nagato recommença à se balancer sur sa chaise, portant un regard à l'autre bout de la salle d'études, puis il secoua la tête.
— Moi, je pense que c'est pas grave. Y a plein de gens qui ont pas embrassé de filles à quinze ans. Parce qu'ils ont pas envie.
Il rosit légèrement et toussota, ses yeux revenant sur l'autre bout de la salle. Itachi se tourna le plus discrètement possible pour essayer de deviner ce qui retenait l'attention de son ami, sans parvenir à deviner.
— Genre qui ? s'étonna Deidara.
— Genre… Genre… Les autres filles ? proposa Nagato. Elles ont pas embrassé de filles à quinze ans, elles ratent pas leur vie. C'est que des conneries.
— Puis, murmura Konan, y a aussi des garçons qui veulent embrasser des garçons et des filles qui veulent embrasser des filles.
— Vraiment ? s'étonna Itachi. C'est pas un peu bizarre ?
Konan secoua la tête avec fougue avant de concentrer son regard sur Itachi. Il avait décidé de laisser pousser ses cheveux, se retrouvant à cette longueur bâtarde où ils étaient trop courts pour être attachés, mais trop longs pour ne pas le gêner. Elle se promit de lui ramener un bandeau serre-tête dès le lendemain puis répondit sans hésitation.
— Ma tante, elle a une copine. Et c'est pas bizarre, elles sont super amoureuses et tout. Donc bon. C'est débile, Nagato a raison, c'est que des c… conneries.
Yahiko hocha la tête, visiblement soulagé par ce que lui disaient ses amis. Le surveillant les interpela alors qu'il allait reprendre la parole, les enjoignant à se taire et tous grimacèrent en retournant à leur étude.
