Bonjour tout le monde !

Désolée, je suis un peu en retard pour celui-ci, c'était le NaNoWriMo et je voulais écrire quelque chose d'autre. Mais bon, le NaNoWriMo étant presque fini, je me suis dit que je pouvais revenir.

Merci à toutes les personnes qui ont pris le temps de commenter l'histoire jusqu'ici !

Je précise quand même que je me désolidarise totalement des propos tenus par Konohamaru.


Chapitre 7 – Jeux de mains

— On n'a pas le droit de faire ça, chuchota Udon avec avidité alors qu'il scrutait le côté gauche du couloir.

— Si on nous attrape, confirma Moegi qui inspectait le côté gauche, on est morts.

Konohamaru tourna la clé dans la serrure du local du journal, portant la main à sa poche pour récupérer sa clé USB, faisant signe à ses amis de venir avec lui.

— Vous inquiétez pas, juste on remplace la chronique d'Ino par la mienne dans la maquette. Asuma l'a validée, à cette heure-là, il revérifiera pas avant de l'envoyer à l'imprimeur. Je laisserai pas cette pimbêche me priver de ma gloire parce qu'elle est jalouse de pas avoir trouvé.

Les deux autres échangèrent un regard contrit. Ce n'était clairement pas ce que lui reprochait la responsable de la rubrique potins. Le savon qu'avait reçu Konohamaru en présentant sa chronique sur la grossesse de Rin Nohara s'était probablement entendu jusqu'à l'autre bout du bâtiment.

Konohamaru avait refusé d'entendre les critiques qui étaient adressées par Ino, il s'était braqué à partir de l'instant où elle lui avait dit, d'un ton peut-être sec, qu'il ne comprenait décidément rien à rien, lui retirant le droit de publier sa chronique.

Alors le jeune lycéen avait décidé de recruter ses deux comparses pour s'infiltrer dans le bureau du Raikiri après la fermeture pour remplacer le texte insipide d'Ino par ce qu'il avait découvert. Allumant l'ordinateur en grommelant un « tu vas voir, si j'ai rien compris, ça va faire trembler l'école, c'est ça le vrai journalisme », Konohamaru brancha sa clé USB.

Les deux autres n'étaient pas spécialement convaincus que c'était une bonne idée, bien au contraire. Jusqu'au bout, ils avaient espéré le dissuader d'un tel coup d'éclat, mais il n'en avait pas démordu.

En quelques clics, la maquette était ouverte et Konohamaru remplaçait son texte. Il prouverait à Ino qu'elle avait tort de le penser totalement incompétent. Peu importait combien de risques il prendrait. En plus, il était certain que si elle l'avait soumise à Asuma, le rédacteur-en-chef aurait validé son choix.

Ce qu'il avait découvert en s'attardant près des toilettes des filles rentrait totalement dans les critères de ce qui était demandé à la rubrique Potins et ça faisait vendre, ce genre de choses. Et puis, si Nohara n'était pas contente, elle n'aurait qu'à se plaindre auprès d'Akatsuki qui refusait de laisser leurs secrets aux mains de l'apprenti journaliste.

Udon lui avait dit que plus il devait suivre Uchiha, plus il se sentait admiratif de ce gars, précisant que s'il devait choisir de devenir comme quelqu'un, dans l'école, ça serait plutôt comme lui. Soi-disant qu'il était travailleur, sage, altruiste, sportif et intelligent et que c'était à ça que ressemblait l'homme parfait pour Udon, ses lunettes de taupe aveugle et ses allergies au sex-appeal d'une tomate moisie.

Ça l'avait fait grogner de dépit, parce que Moegi était à deux doigts d'aller proposer ses services à Yahiko pour s'impliquer dans sa campagne pour le poste de président des élèves : « Tu te rends compte », s'était-elle émerveillée, les joues un peu rouges, « il est incroyable et il va tellement bien avec Konan, elle aussi, elle est super, c'est le couple le plus joli de l'univers, c'est sûr ils vont changer le monde, eux. »

Il avait clairement pris la réflexion contre lui et s'était renfrogné. Ça n'avait fait que renforcer sa détermination à modifier l'insipide annonce d'Ino à propos des rumeurs de harcèlement sexuel émanant d'un professeur. Qui s'intéressait à ça, en fait ? Si les meufs voulaient pas être harcelées, elles avaient qu'à arrêter de s'habiller n'importe comment, aussi.

Il les voyait, lui, les nanas de Quatrième et Cinquième Années, à vouloir jouer les grandes, elles arrivaient en cours tellement fardées qu'on ne savait plus si elles étaient élèves ou profs, c'était totalement de leur faute si elles se faisaient tripoter.

Voir que cette actualité insignifiante venait remplacer celle qu'il avait trouvée et qui montrait, en fin de compte, que même les nanas les plus respectables faisaient n'importe quoi, ça le rendait fou. Il savait, bien mieux qu'Ino et tous ses prix et les écoles qui lui faisaient de l'œil parce qu'elle était un peu mignonne.

Ce fut d'un clic rageur qu'il confirma les modifications apportées au document.

« Vous allez voir, tous. Moi aussi je vaux la peine d'être admiré, y en a pas que pour les autres. Moi aussi, je suis bon ! »


Itachi n'avait pas pour habitude d'être pris de court comme il l'avait été par la demande du coach, l'après-midi même, rajoutant un entraînement pour le soir. Il n'avait donc pas l'habitude d'agir dans l'urgence.

Évidemment, cet ajout s'était très mal goupillé, vu qu'Itachi avait vidé la même semaine l'ensemble de son casier de sport pour ramener ses affaires et les laver, le contraignant à repasser chez lui en vitesse pour récupérer son matériel avant de repartir.

Il n'avait donc que quelques minutes pour trouver dans la maison l'ensemble de sa tenue, avant de repartir. Afin de gagner du temps, il se tourna vers la porte de sa chambre qu'il ouvrit pour dire à travers la maison :

— Maman, j'ai un entraînement supplémentaire, où sont mes affaires ?

La voix de Mikoto l'atteignit, rieuse, lui expliquant qu'elles étaient probablement dans sa corbeille de linge propre qui n'attendait que lui pour être rangé correctement et il se frappa le front en se traitant de crétin avant de se détourner vers le contenant qui avait fait son apparition dans sa chambre, attendant effectivement d'être vidé.

S'approchant, il retourna la corbeille sur son lit pour faire le tri et insérer dans son sac les différents vêtements dont il aurait besoin : serviettes, maillot, short, chaussettes, un change au cas où, et, bien entendu, sa paire de baskets. Avant de les ranger, il en examina la semelle avec attention, remarquant avec dépit qu'elles ne passeraient probablement pas la saison. Les posant au sol, il s'approcha de son tableau de liège pour punaiser une note disant « penser à signaler l'usure de mes chaussures ».

Il en était là de sa trajectoire quand Sasuke ouvrit la porte de sa chambre en hâte, essoufflé d'avoir couru dans les escaliers et le foudroyant du regard :

— Mais non, s'insurgea le petit frère, non, je ne suis pas d'accord, tu m'avais promis de m'aider à réviser pour mon contrôle de géométrie !

La lèvre amère, le regard dur et le menton relevé, le cadet ne cachait rien de la contrariété qui l'habitait à l'idée que son frère allait repartir à l'école.

— Je suis désolé, Sasuke, expliqua Itachi en reprenant ses baskets pour les ranger dans son sac, le coach Maito s'inquiète pour notre prochain match, il veut être certain qu'on soit prêts et il y a une faiblesse dans notre jeu sur laquelle nous devons absolument travailler.

Il tendit la main pour caresser les cheveux de son frère.

— La prochaine fois, je te le promets.

Sasuke dégagea la main de son frère avec amertume, repoussant son serment avec force.

— Épargne-moi tes « je te le promets », tu tiens jamais tes promesses.

Il tourna les talons et, s'arrêtant au seuil des escaliers qui conduisaient au rez-de-chaussée, il fusilla Itachi du regard.

— C'est peut-être pour ça, d'ailleurs, que Nagato il veut plus être ton ami. Lui aussi a dû en avoir marre d'être déçu tout le temps.

La phrase heurta Itachi durement, et Sasuke savait très bien qu'il était allé trop loin en disant ça. Par fierté, il ne retira pas son affirmation, s'engageant dans les escaliers pour les descendre avec hargne, laissant son aîné porter un regard attristé à l'endroit où il avait disparu.

Un instant, Itachi oublia qu'il était pressé par le temps, que son bus allait bientôt passer, qu'il risquait d'être en retard. S'asseyant sur le bord de son lit, il attrapa son téléphone.

Itachi : Penses-tu que je suis décevant ?

Kisame : Ça sort d'où, ça ?

Itachi : C'est Sasuke. Il dit que je suis décevant et que c'est pour ça que Nagato est distant avec moi.

Kisame : T'es encore bloqué là-dessus ? T'es le seul à avoir l'impression qu'il est distant avec toi, hein.

Kisame : Ton frère tape seulement là où ça fait mal. Arrête de te prendre la tête.

Kisame : Pour quelle raison voudrais-tu que Nagato te fuie, en fait ?

Itachi : Apparemment, parce que je suis décevant.

Kisame : C'est totalement con. Écoute pas Sasuke.

Kisame : Enfin, si, écoute-le quand il te parle de lui. Il est déçu que tu passes pas plus de temps avec lui.

Itachi : Pourquoi il parle de Nagato, alors ? Il sait peut-être quelque chose que j'ignore.

Kisame : Sérieusement, ça fait depuis septembre que tu me casses les pieds avec Nagato qui serait inexplicablement distant avec toi. Même toi, tu n'arrives pas à justifier ce qui te fait dire ça à part une vague impression.

Kisame : Sasuke a seulement voulu t'embêter. Il sait que ça, ça marche. La preuve !

Kisame : Il ne sait rien de plus à propos de Nagato.

Kisame : Parce qu'il n'y a rien.

Kisame : C'est dans ta tête. 😑

Itachi : Hmmm ok. 😒 Je te laisse, j'ai entraînement. À lundi.

Récupérant son sac, enfilant sa veste, il finit par presser l'allure pour rattraper le retard provoqué par cette discussion, tentant de mettre de côté cette idée tenace qui le mettait si inconfortable.


Le violet se heurta à l'anthracite et Nagato battit des paupières avec effarement, regardant à deux fois, étonné de trouver Itachi sur le pas de sa porte. Il tourna la tête vers le salon, où Sasuke avait étalé Naruto sur un tapis, lui prodiguant une clé de bras, semblait-il douloureuse, puis il fronça les sourcils en reportant son attention sur son ami.

— Mais que fais-tu là ? demanda-t-il, surpris.

Son homologue eut un sourire un peu crispé alors qu'il cillait, détournant les yeux. Il était venu pour éprouver la théorie de Sasuke. Pour savoir si, finalement, Nagato refusait réellement de passer du temps avec lui. Il était venu par surprise, sans prévenir : c'était une impulsion qui l'avait saisi alors qu'il s'apprêtait à attraper un bus qui le conduirait au centre-ville. Il n'y avait pas eu de préméditation dans son geste.

Il se dirigeait vers l'arrêt de bus et les reproches que lui avait faits Sasuke l'avaient percuté de plein fouet ; son frère aurait dû être avec lui, cet après-midi, mais il lui en voulait tellement qu'il avait préféré se rendre chez Naruto pour passer du temps avec quelqu'un qui ne dédaignait pas sa compagnie. Le nom de Nagato avait flotté dans ses pensées, serrant outrageusement son cœur et, par acquit de conscience, il avait voulu savoir si c'était vrai, si cette impression diffuse qui ne le quittait presque pas depuis la rentrée avait lieu d'être. Faisant demi-tour, il s'était alors dirigé vers la maison de son ami et avait frappé à la porte.

— Eh bien, je… J'allais sortir en ville, cet après-midi, et ce serait dommage d'y aller seul. Je dois passer à la librairie, est-ce que tu veux venir avec moi ? On pourrait aller au cinéma, après.

Il tenta de sourire, mais jeta un œil sur la tenue de Nagato, constatant qu'il était toujours en pyjama. Il fronça donc des sourcils, remontant le long du pantalon léger, frôlant le torse et atterrissant finalement sur les cheveux mal peignés. Nagato mordilla ses lèvres, passant une main sur les nœuds répandus sur son crâne, mal à l'aise sous le regard d'Itachi qui prononça sans pouvoir s'en empêcher :

— Pourquoi es-tu encore en pyjama à plus de quatorze heures ?

Nagato sourit, s'écartant de la porte pour le laisser entrer.

— Ça s'appelle une grasse matinée, avoua-t-il d'un air professoral. Ça consiste à dormir super tard et se lever pour prendre un petit-déjeuner quand tout le monde mange salé. Tu devrais essayer.

— Je ne préfère pas, j'aime mieux ne pas imaginer comment réagirait mon père si j'étais toujours au lit passées neuf heures du matin.

Le rire de Kushina les saisit alors qu'elle émergeait de l'étage et sa voix résonna dans la cage d'escalier quand elle prononça :

— Parfois, j'aimerais bien avoir inculqué ça à mes enfants, rit-elle, ça m'éviterait les deux services de repas différents. Tu sors, mon chéri ?

— Eh bien, je–

— Si tu sors, tu pourrais peut-être en profiter pour poster des lettres urgentes, interrompit Kushina. Je devais le faire ce matin mais je n'ai pas eu le temps, j'ai eu une urgence avec un de mes patients.

Un peu à contrecœur, retenant une large grimace, Nagato hocha le menton, forçant un sourire à s'imprimer sur son visage. Clairement, un après-midi, puis une séance de cinéma avec Itachi ne faisaient absolument pas partie du plan qui consistait à se retrouver le moins possible avec lui. Cependant, sa tante savait très bien qu'il n'avait rien de prévu pour le jour même, à part rester totalement avachi sur son lit en contemplant le plafond, donc mentir en prétendant avoir du travail était impossible. Sa tante s'approcha de lui pour déposer un baiser sur son front.

— Arrête de grandir, chuchota-t-elle, bientôt, je ne pourrai plus faire ça.

Il baissa encore plus la voix pour murmurer au creux de son oreille :

— Tu m'embarrasses devant mon ami, là.

Kushina plissa le nez, amusée, puis elle frotta ses cheveux.

— Va t'habiller, je pose les enveloppes sur le meuble. Itachi, interpela-t-elle, tu veux boire quelque chose, en attendant qu'il redescende ?

Alors qu'elle entraînait le fils aîné de Mikoto vers la cuisine, Nagato contempla la silhouette d'Itachi par-dessus son épaule, avant de se diriger vers les marches, son regard revenant vers l'embrasure de la porte du salon. Il eut un léger mouvement de recul quand ses rétines accrochèrent celles, pleines de compréhension et de compassion, du cadet.

L'échange dura à peine quelques instants, suffisant pour l'inciter à gravir les marches quatre à quatre pour disparaître au plus vite, s'enfermant dans la salle de bains.


J'ai tellement envie de l'embrasser.

La pensée tournait en boucle dans l'esprit de Nagato qui se maudissait de ne pas avoir refusé de suivre Itachi pour cette balade entre amis au centre-ville.

Le cœur tremblant d'émotion à chaque fois que leurs mains s'effleuraient par mégarde, il avait passé la moitié de la journée à ne pas parvenir à écouter ce que disait son ami, se forçant à ne pas le regarder en dessous du nez, ne pas se perdre dans la contemplation de ses lèvres. L'autre moitié avait servi à s'insulter mentalement de ne pas arriver à simplement tourner la page et passer à autre chose.

Il avait fait tout son possible pour maintenir une distance réglementaire entre eux, afin d'éviter de se retrouver dans une situation embarrassante, surveillant la trajectoire de ses pas, l'endroit où il posait ses doigts, mais à chaque fois, il finissait par sentir ceux d'Itachi près de lui.

Alors il retirait sa main le plus discrètement possible, s'excusant de l'effleurement involontaire, gêné bien malgré lui parce qu'il savait que ce qui lui passait par la tête n'était rien de commun avec ce qui devait être dans celle de son ami.

Il s'en voulait de ne pas réussir à réfréner ses sentiments, à ne pas les ravaler, c'était difficile pour lui de se tenir si près et de tout faire pour ne rien montrer, pour s'écarter sans éveiller l'attention. Il s'en voulait aussi, d'avoir à ce point envie de son ami alors qu'il savait que les pensées qui le prenaient en tenaille auraient mis Itachi mal à l'aise, s'il en avait su ne serait-ce que le quart.

La nuit était épaisse, lorsqu'ils sortirent du cinéma. Ils s'engagèrent sans un mot sur le chemin qui menait à l'arrêt du bus qui les ramènerait chez eux.

— Tu sais, commença Itachi en gardant ses yeux rivés sur le bout de ses chaussures, je n'y crois un seul instant à ton secret. Celui de ton anniversaire. Pourquoi tu ne veux pas me dire ce que c'est ?

L'autre arrêta de marcher et le dévisagea suffisamment longuement pour les mettre tous deux mal à l'aise. Plongeant ses yeux dans ceux de son ami, Nagato hésita, tenté de répondre à la petite voix qui murmurait dans sa tête « dis-lui, c'est le bon moment », son cœur anticipant les mots qui se formaient presque dans son esprit.

Il y avait de l'attente dans le regard d'Itachi – et quelque chose d'autre, de la curiosité peut-être, un peu d'incompréhension face à l'hésitation évidente de Nagato qui secoua finalement la tête, incapable de formuler les mots qui lui brûlaient la langue.

Il soupira et baissa les rétines, cherchant un point d'ancrage quelque part derrière Itachi. Tiraillé entre l'envie de lui dire après cet incroyable après-midi en sa compagnie et la peur du rejet, il dansa d'un pied sur l'autre, tortillant ses mains, puis ses yeux revinrent sur ceux de son ami.

L'instinct fut plus fort et Nagato saisit le poignet d'Itachi l'entraînant à sa suite, un air polisson fixé sur le visage.

— Je vais te montrer.

Après quelques dizaines de mètres à marcher, il se rendit compte qu'il tenait toujours Itachi et il le lâcha, l'observant en biais :

— Jure-moi que tu n'en parleras à personne.

— À personne, promit Itachi. Qu'est-ce que c'est ?

Se parant d'une moue énigmatique, Nagato l'entraîna dans un dédale de ruelles qui les fit bientôt quitter la ville.

— Tu verras, souffla-t-il.


— Tu es déjà là ?

La voix de Minato l'avait saisi dès qu'il avait fermé la porte. Il se déchaussa rapidement et passa le seuil du salon pour sourire à son oncle :

— Oui, Itachi avait la permission de minuit.

Le policier jeta un œil à l'horloge par-dessus ses lunettes de lecture, un soupir dépité franchissant ses lèvres quand il constata qu'il n'était que 23h30. Il grommela un instant puis tourna le menton vers son neveu.

— Tu as passé une bonne soirée ?

Nagato hocha la tête et haussa légèrement la voix pour répondre :

— Oui, le film était vraiment chouette. Je vais monter me coucher, je suis un peu fatigué, on a fait le tour de toutes les librairies du centre pour trouver le livre qu'il cherchait.

Son oncle lui souhaita une bonne nuit et Nagato grimpa les marches le plus discrètement qu'il le put, ouvrant et fermant la porte de sa chambre derrière lui, avant de s'effondrer sur son lit, incapable de retenir le sourire qui naquit sur ses lèvres.

Ça ressemblait vraiment à un rencard, pensa-t-il avant de sourire de plus belle. La seule chose qui manquait pour que cette soirée ressemble à ses rêves, c'était le baiser sous les étoiles.

Il plaça le creux de son coude sur ses yeux, son sourire glissant de ses lèvres.

Chaque moment passé en compagnie d'Itachi lui semblait être parfait, faisant battre son cœur à un rythme erratique. Chaque moment passé avec lui entretenait l'espoir que quelque chose était possible, que peut-être ses sentiments pourraient devenir réciproques, mais ce n'était qu'une illusion. S'il y pensait objectivement, Itachi n'avait rien fait que Yahiko n'aurait pas fait en sa compagnie. Alors même s'il tordait ça de toutes les façons possibles, même s'il voulait vraiment y voir une invitation, ce n'était que de l'amitié, et rien de plus.

C'était exactement pour ça qu'il souhaitait prendre ses distances. Pour ne plus voir ce qui n'existait que dans ses rêves les plus fous.

Quand son téléphone vibra dans sa poche, il se décida à bouger. Une heure avait passé.


Itachi rabattit la couverture sur lui, posant son livre sur la table de chevet avec un soupir, son geste se prolongeant jusqu'à l'interrupteur de sa lampe. Il l'actionna, plongeant sa chambre dans le noir puis il se tourna dans son lit, refusant d'abaisser les paupières. Il scruta les étoiles fluorescentes accrochées à son plafond, vieux restes de son enfance et, immanquablement, il pensa à quel point ça n'avait rien à voir avec ce que Nagato lui avait montré.

Pour la première fois depuis qu'il connaissait le passionné d'astronomie, peut-être qu'il avait compris ce qui fascinait tant son ami dans le ciel étoilé.

Jamais Itachi n'aurait pu imaginer être saisi d'un tel vertige en levant les yeux, comme si le ciel l'avait englouti tout entier, comme si le sol s'était dérobé sous ses pieds.

Les quelques étoiles de plastique à son plafond lui faisaient à présent l'effet d'un pâle substitut qui jamais n'égalera le tournis qui l'avait saisi, le forçant à s'appuyer sur Nagato pour ne pas perdre l'équilibre.

Il se demanda si chaque observation du ciel provoquait cette sensation délicieuse et inquiétante. Il saisit son téléphone qu'il déverrouilla, se rendant sur Messenger pour poser la question à Nagato, qu'il accompagna d'une photo des étoiles accrochées à son plafond.

« Ça me semble fade, après ce que tu m'as montré. C'est toujours aussi impressionnant ? »

Il reposa l'engin en constatant que la dernière connexion de Nagato datait de plusieurs heures avant.

Il se sentait apaisé. La fatigue qui tirait sur ses yeux ne parvenait pas à vaincre le sentiment diffus de bien-être qui l'envahissait et il le savoura encore un long moment, un sourire sur les lèvres. Il leva sa main, traçant dans les airs le contour des étoiles accrochées à son plafond, glissant son autre bras sous sa nuque.

Quand son poignet retomba, presque trop lourd pour être porté tellement il était fatigué, il se demanda s'il aurait dû aller au bout de ce geste qu'il avait avorté tant de fois.

En quête de chaleur, ses doigts avaient bougé tout l'après-midi, attirés par ceux de Nagato qui rayonnaient presque de ces quelques degrés qu'il cherchait désespérément, les frôlant si souvent, s'écartant aussitôt.

J'aurais dû le faire, pensa-t-il alors qu'il glissait dans le sommeil. Entremêler nos doigts.

Et réclamer une étreinte sous les étoiles, un ancrage plus fort sur le sol, sentir des bras entourant son ventre, sentir un appui chaleureux contre son dos.

Il aurait alors pu simplement s'enivrer des effluves délicats qui irradiaient de son ami, se laisser happer par l'infini de l'espace en sachant qu'ils s'y seraient perdus ensemble, les enfermer dans une bulle hors du temps.

Porter leurs doigts liés à ses lèvres et y déposer un baiser.

Se retourner dans l'étreinte pour se perdre dans les yeux violets de Nagato, observer la légère dilatation des pupilles qui s'opérait dès que son ami lui donnait attention.

Tenter d'arracher ce regard à la voûte étoilée, redevenir objet de fascination.

Effleurer la peau de ses doigts froids pour la sentir frissonner.

Et finalement frôler la bouche entrouverte pour capturer le souffle, le mêler au sien et l'embrasser.

Oui, j'aurais dû faire ça.

Quand il se réveilla le lendemain, il n'avait aucun souvenir des pensées qui l'avaient accompagné jusqu'au sommeil.


Deux ans plus tôt

Quand les doigts passèrent sous son tee-shirt, effleurant sa peau, jouant du bout des ongles à tracer des arabesques envoûtantes sur son épiderme humide à cause de la chaleur étouffante de l'été, Nagato laissa échapper un ahanement de satisfaction qui réjouit l'autre.

Leurs baisers s'intensifièrent encore, leurs corps s'enlacèrent avec fougue, leurs mains se cherchant, se trouvant et se découvrant à la place de leurs yeux.

Ils s'étaient retrouvés dans un local isolé après avoir passé des heures entières à s'observer de loin. Cela faisait un moment déjà que ce garçon plaisir à Nagato, bien avant ces vacances, ils étaient dans la même école et il avait passé beaucoup de temps à observer avec envie la silhouette, la peau assombrie, la carrure imposante d'Omoi.

Ce n'était pas lui qui avait fait le premier pas, lui n'aurait jamais osé se dévoiler ainsi, c'était le métis qui était venu le trouver après des jours entiers de regards provocateurs, d'effleurements discrets et de jeux du chat et de la souris.

Quand Nagato avait accepté de le suivre dans cet endroit isolé, il avait espéré exactement ça, l'embrasser à perdre haleine, s'oublier dans les bras d'Omoi, assouvir cette envie vissée dans son ventre depuis si longtemps.

Ce n'était pas de l'amour, loin de là. Il ne les imaginait pas ensemble jusqu'à la fin de leur existence. C'était du désir. Un désir insatiable, grandissant de minute en minute, que les caresses qu'ils échangeaient ne faisaient qu'attiser sans vraiment l'apaiser.

Ses mains imitèrent celles de l'autre, glissant sous les vêtements, asséchant encore sa bouche qui réclamait plus. Les doigts d'Omoi glissèrent sur ses reins, franchirent la ceinture de ses vêtements, appuyant davantage pour les rapprocher, faire se rencontrer leurs bassins et ce contact les électrisa tous deux, les forçant à échanger un regard, savoir s'ils allaient plus loin, s'ils allaient jusqu'au bout de leur envie.

Omoi allait proposer quelque chose, toujours plus allumeur, toujours plus désirable, mais il n'en eut pas le temps.

Provenant de l'extérieur du local, les voix désespérées d'Itachi et Naruto appelaient Nagato, visiblement à sa recherche. S'écartant, le recherché se tourna vers la porte en soupirant.

— Bon sang, pas moyen d'être tranquille, ils sont collants, pesta-t-il.

Omoi rit, avant de retirer ses mains de son pantalon.

— On verra le reste plus tard, alors. Quand on aura moins de risques d'être interrompus.

L'exhalation déchirante qui échappa à Nagato accentua encore le rire de son petit-ami qui se redressa, remettant ses vêtements en place.

— Quand est-ce qu'on se revoit ?

— Tout à l'heure, murmura Omoi à son oreille.

Le frisson d'anticipation qui le traversa le fit sourire.

— Je t'envoie un SMS, promit le métis. Je vais nous trouver un coin tranquille où tes glus nous trouveront pas.

— Désolé pour ça, s'excusa-t-il. J'essaierai de m'éclipser discrètement.

Ils sortirent du placard séparément, Omoi le premier. Quand Nagato revint près de Naruto et Itachi qui étaient à sa recherche pour pouvoir faire un volley sur la plage, il retint de justesse la mauvaise humeur qui l'envahit, s'attirant un regard suspicieux d'Itachi qui finit par le prendre à part.

— Tu étais où ? On t'a cherché vraiment partout…

L'inquiétude sur le visage d'Itachi apaisa les griefs que Nagato nourrissait à son encontre et il lui lança un regard gêné.

— Je suis désolé, j'étais en train de faire un truc et j'ai pas vu le temps passer… Fallait pas t'inquiéter pour moi, regarde, je vais très bien !