Les morts étaient partout. Absolument partout. Des corps tordus étaient piégés sous les décombres, d'autres s'entassaient contre les murs quand ils n'étaient pas juste étalés au milieu du couloir. Harry avala difficilement sa salive. C'est à peine s'il pouvait encore marcher à travers le château en ruine.

Le pire devait être les lamentations qui résonnaient comme une énorme plainte à travers les murs de pierres. Il était incapable de dire si les cris et les pleurs venaient des rescapés ou s'il y avait encore des personnes coincées parmi les cadavres qui appelaient à l'aide.

Une bile acide monta le long de sa gorge et Harry détourna le regard en tremblant. Le pire était quand il reconnaissait un visage connu, figé dans la mort et la souffrance.

Le dernier sourire de Fred flasha dans son esprit et ses jambes lâchèrent instantanément. Il s'appuya en tremblant contre le socle vide d'une statue. Son estomac se tordit violemment et il vomit. Il resta prostré ainsi, une main agrippée contre le mur de l'alcôve, l'autre pressée contre son estomac pendant ce qui lui sembla une éternité.

Bouge, finit par murmurer son esprit et Harry finit par se relever en tremblant, le regard vague. Aide.

De temps en temps, il voyait des sorciers et des sorcières passer en trombe à travers les couloirs, à la recherche du moindre signe de survivants. Il s'obligea à marcher sans s'appuyer contre un mur, ignorant de son mieux les traces sombres et humides qui les recouvraient.

Les morts étaient partout. Tout Poudlard suintait la mort, les ruines et la désolation.

Et, au milieu de ce spectacle macabre, chaque regard blanc semblait le juger, lui posant silencieusement la même question.

Harry ferma les yeux mais les morts ne s'effacèrent pas pour autant de son esprit.

Je suis désolé, murmura-t-il dans sa tête. Pas de ma faute. Ce n'est pas moi. Je suis désolé.

Ses pieds le traînèrent dans la Grande Salle. Il s'arrêta au milieu de l'entrée. Une des portes avait été arrachée, soufflée par une explosion, l'autre avait été enfoncée et gisait maintenant sur le côté, à moitié retenue par ses gongs. L'odeur d'antiseptiques, de bandages et de sang agressa son nez. Ses yeux parcoururent la pièce alors que quelque chose se brisait encore plus au fond de lui.

Des morts encore. Toute la salle en était remplie. Des sorciers allongeaient précautionneusement des cadavres sur des draps blancs qui ne le restaient que grâce à un sort de préservation, s'affairaient autour des blessés…

Harry évolua lentement à travers la Grande Salle comme dans un mauvais rêve, le cerveau complètement anesthésié. Il n'entendit pas les murmures sur son passage. Il savait qu'il aurait dû aider à soigner ou apporter les blessés. Arrêter une hémorragie, réparer un os cassé, bander une blessure, mais il était incapable de faire quoi que ce soit. Tout tournait au ralenti autour de lui, comme si tout ce qui se jouait ici se passait à des années-lumière de lui. Confusément, il savait que son cerveau refusait la réalité que ses yeux lui montraient et était bien incapable de faire face.

Trop de morts, trop de douleur.

Harry s'arrêta devant les corps les corps de Tonks et Remus et la réalité le frappa à nouveau de plein fouet. La bile envahit sa bouche et un hoquet lui échappa. Quelqu'un avait joint leurs mains ensembles sur le drap et ce fut ce détail qui acheva Harry qui vomit à nouveau sans pouvoir s'en empêcher.

Ils avaient un fils qui ne connaîtra jamais ses parents. Exactement comme lui.

Harry recula précipitamment, le cœur au bord des lèvres, prenant soudainement conscience des regards tournés vers lui – ceux des vivants comme ceux des morts. Il se releva en tremblant, essuyant sa bouche contre la manche de son pull.

Ron s'approcha de lui, de la même manière que l'on s'approche d'un animal blessé, le visage tordu par l'inquiétude et les larmes. Derrière lui, Harry aperçut la famille Weasley qui pleurait en silence et George qui berçait doucement son frère dans ses bras. Il avait perdu une oreille et maintenant il avait aussi perdu son jumeau.

– … Harry… Ça va… ?

Son regard vide passa à travers Ron. Il ne sentit pas non plus les larmes qui coulèrent sans bruit sur ses joues. Il sortit en titubant de la Grande Salle.

Le monde se brouilla autour de lui et il se mit à courir.

Loin de tous ces morts qui lui posaient silencieusement la même question.

Est-ce que ça en valait la peine ?

Harry s'adossa contre un mur, brisé. La réponse mourut dans son esprit.

Je… Je ne sais pas.

.

Il marcha longtemps à travers le château en ruine, errant désespérément dans les couloirs au milieu des cadavres. Passé le cinquième étage cependant, il se retrouva seul pour la première fois depuis la forêt interdite. L'absence de bruits – des murmures brisés jusqu'aux instructions urgentes de Mme Pomfresh pour soigner les blessés – lui fit autant de bien que de mal. Il s'assit contre un mur encore entier – même si la totalité des fenêtres avaient explosées et que les vitraux tapissaient à présent les dalles des couloirs en une multitude de morceaux colorés, cette partie du château avait moins souffert que les autres – et pleura bruyamment les morts de Fred, Remus, Tonks et des autres, sans vouloir savoir qui parmi ses connaissances étaient tombées pendant la bataille.

Puis, il enleva son pull comme s'il l'avait brûlé et le jeta au loin avant d'effacer compulsivement à coups de baguette rageurs la moindre trace de sang sur son jean ou sur lui-même. La pensée de se débarrasser également de la baguette de sureau qui était responsable de tellement de meurtres lui traversa l'esprit. Le regard fou, il ouvrit violemment la bourse en peau de Moke qu'il portait autour du cou et en ressortit les deux morceaux de sa propre baguette à plume de phénix. Il étala prestement les morceaux sur le sol froid du couloir et s'obligea à inspirer profondément.

Reparo ! murmura-t-il, en y mettant toute son âme meurtrie.

Sa voix résonna contre les murs dans le pesant silence, le faisant frissonner. Des étincelles rouges éclatèrent autour de la baguette quand les deux morceaux se recollèrent pour ne plus se séparer, avant de jaillir à son extrémité.

Harry sentit son cœur battre à toute vitesse dans sa poitrine. Fébrile, il s'empara de sa baguette, sa vraie baguette et une chaude lumière l'entoura doucement, comme la première fois dans la boutique d'Ollivander. Une chaleur apaisante remonta le long de son bras et la lumière baissa en intensité avant de s'éteindre.

Harry sourit victorieusement. Il se sentait mieux. Un tout petit peu mieux.

Sans réfléchir, il se tourna vers le couloir et lança la baguette de sureau dans les airs.

Bombarda ! hurla-t-il de toutes ses forces.

Le sort toucha la baguette de plein fouet. Elle explosa en une pluie de cendres qui furent balayées quelques instants plus tard par le vent qui s'engouffrait à travers les fenêtres éclatées.

Sans un regard en arrière, Harry se remit en route, les doigts enroulés autour de sa baguette sans vouloir la lâcher.

Il décida qu'il voulait s'allonger dans un coin et dormir d'un sommeil sans rêve pour ne plus avoir à penser, quitte à s'assommer lui-même pour éviter les cauchemars qu'il risquait sans aucun doute de faire. Il se demanda un instant si la Grosse Dame accepterait de le laisser entrer dans le dortoir de Gryffondor. Une douleur sourde se logea à nouveau dans sa poitrine quand la perspective de s'enfoncer dans un des fauteuils en cuir de la salle commune et d'entretenir la désillusion que Poudlard n'avait pas été attaqué par Voldemort lui traversa l'esprit.

En se dirigeant lentement vers le septième étage, il espéra sincèrement que la tour de Gryffondor avait été épargnée par les sortilèges des Mangemorts. Voldemort avait détruit tous les endroits qu'il pouvait considérer comme sa maison. Il n'était pas prêt à en voir une de plus en ruine.

Sans s'en rendre compte, Harry passa devant la tapisserie des trolls. Il s'arrêta brusquement et se retourna lentement. Le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine, il acheva son troisième aller-retour et la Salle sur Demande apparut devant lui dans un faible grondement. Il posa la main sur le lourd battant en bronze et hésita.

Il ne savait pas vraiment ce qui l'attendait à l'intérieur et pour une fois, il n'était pas sûr d'être pressé de le découvrir. La salle faisait toujours apparaître ce dont on avait besoin. Que voulait-il actuellement, à part ne plus voir et ne plus penser à tous ces morts qui l'entouraient, le jugeaient et le condamnaient ?

En retenant sa respiration, Harry poussa la lourde porte qui s'ouvrit en grinçant. La pièce dans laquelle il entra était large et baignait dans une lueur bleutée. Un soupirail de chaque côté de la pièce laissait passer un rayon de lumière, révélant des volutes de poussières qui tournoyaient paresseusement dans les airs. En son centre, une énorme arche de pierre se tenait sur un large piédestal circulaire.

Harry sentit une étrange paix, un peu nostalgique, l'envahir. Il reconnut sans peine le voile derrière lequel son parrain avait disparu il y avait deux ans de cela.

Il s'approcha doucement et monta sur le piédestal. Les chuchotements de qui résonnaient de l'arche se turent au fur et à mesure qu'il avançait vers elle. Il tendit une main hésitante vers le voile.

– HARRY !

Il se retourna vivement vers l'entrée de la Salle sur Demande pour découvrir Ron et Hermione, essoufflés. Ron avait la carte du Maraudeur dans les mains. Ses deux amis semblaient horrifiés. Il leur lança un regard absent.

– … Quoi ? finit-il par demander dans un murmure, la main toujours levée vers l'arche.

Ron et Hermione échangèrent un regard passablement inquiet.

– Tu… Tu ne peux pas faire ça, fit Hermione d'une voix blanche en s'humectant les lèvres. Si tu passes à travers l'arche, tu…

Harry regarda ses amis sans comprendre pourquoi ils étaient aussi effrayés par une simple arche après la bataille qu'ils venaient de mener, et encore une fois, son estomac se contracta en pensant à Remus.

– Je quoi ?

– Tu vas… mourir, Harry. Comme Sirius, acheva Hermione sur un ton extrêmement doux.

– Sirius a été tué par Bellatrix, répliqua immédiatement Harry en sifflant et Ron et Hermione semblèrent encore plus inquiets par sa réaction.

Il s'obligea à inspirer profondément pour se calmer. Il n'avait aucune envie de passer sa colère et son stress sur ses amis et de rajouter ça au tableau de sa culpabilité alors que Ron venait tout juste de perdre son frère.

– C'est bon… Ce n'est qu'un voile. Rien de plus.

La pensée qu'à présent, Ron et Hermione devaient percevoir le voile et les chuchotements qui s'en dégageaient tout comme lui et Luna lui traversa l'esprit.

– Il n'y a rien à craindre, regarde…

– HARRY, NON !

Du coin de l'œil, il aperçut Ron qui se précipitait vers lui pour le stopper alors que Hermione plaquait ses mains contre sa bouche en un cri silencieux, les yeux écarquillés d'horreur.

Le visage tordu par la peur et l'incompréhension, Ron hurla quelque chose qu'il n'entendit pas. Il était fatigué. Tellement fatigué. Il ferma les yeux et passa la main à travers le voile.


Hem…

Bien le bonjour ! Je me lance dans un petit (?) projet que j'avais en tête depuis longtemps. Merci le confinement, j'ai maintenant assez de chapitres d'avance pour commencer à publier :)

En vous disant à la semaine prochaine,

Aech.