Le tintement d'un couteau contre un verre à pied résonna à travers la Grande Salle et tous les élèves levèrent la tête vers la table des professeurs où Dumbledore se tenait debout, le Choixpeau magique à la main. Un murmure incrédule secoua la salle qui cessa immédiatement au moment où il ouvrit la bouche pour parler.
– Bonjour à tous, commença-t-il d'une voix aimable. Avant que nous n'entamions notre repas, j'aurais quelques mots à vous dire. Sachez qu'hier soir est arrivé un nouvel élève à Poudlard…
Une vague de chuchotements mi étonnés, mi excités s'éleva parmi les tables et Dumbledore dut lever une main avec un sourire amusé pour redemander le silence. Assis à la table de Gryffondor, James donna un coup de coude enthousiaste à Remus qui l'ignora superbement. Il recommença avec Sirius qui le lui rendit et parut satisfait.
– Cet élève vient des États-Unis, continua Dumbledore en sondant ses élèves par-dessus ses lunettes en demi-lune, et plus précisément d'Ilvermorny. Il a été transféré ici pour des raisons familiales et étudiera avec vous à partir de maintenant. Par conséquent, je vous demanderai d'accueillir chaleureusement M. Harry Dubois !
Les portes de la Grande Salle s'ouvrirent sur Harry qui se retint de lever les yeux au ciel devant la totalité des regards soudainement braqués sur lui. Il traversa la salle sur un signe de Dumbledore, ignorant les chuchotements sur son passage. L'habitude l'avait peut-être rendu indifférent aux réactions que provoquait la célébrité mais il ne pouvait pas dire qu'il appréciait être au centre de l'attention.
Un mouvement sur sa droite attira son regard et il aperçut du coin de l'œil James se faire prendre d'assaut par les autres gryffondors, probablement à cause de leur ressemblance. Il espérait juste que son histoire des États-Unis et son changement de nom seraient assez crédible pour valoriser l'excuse du sosie. Il espérait aussi qu'il serait capable de répondre à Dubois plutôt qu'à Potter. Il avait proscrit les noms qui avaient une véritable importance pour lui, ne souhaitant pas tenter le diable en se faisant appeler Black. Dubois était un nom neutre en terme de notoriété, mais qu'il associait au même titre que Hagrid à ses premiers pas dans le monde de la magie. Dubois était celui qui lui avait appris à jouer au Quidditch.
À côté de James, Sirius lui adressa un signe paresseux de la main et Harry se retint de toutes ses forces de faire demi-tour et de se jeter dans ses bras. Il reconnut les cheveux châtains de Remus, de dos et – il grinça des dents – ceux de Peter et ses yeux s'écarquillèrent brusquement alors qu'une pensée insidieuse se frayait un chemin dans son esprit.
La carte du Maraudeur, paniqua-t-il. Par Merlin, elle leur révèlera qui je suis au moment où ils tomberont sur mon nom !
Les regards des mille et quelques élèves ainsi que des professeurs braqués sur lui l'obligèrent à garder une certaine contenance alors qu'il réfléchissait à toute vitesse. Il arriva devant Dumbledore et ce dernier lui adressa un clin d'œil réconfortant. Quand il leva le Choixpeau magique pour le déposer sur sa tête, Harry décida qu'il avait un problème plus urgent que la carte. Il se tourna vers la Grande Salle en grimaçant, songeant que la cérémonie de répartition devant toute l'école était toujours aussi horrible à dix-sept ans qu'à onze.
La voix nasillarde résonna à ses oreilles et le reste n'eut plus d'importance.
Un Potter… Intéressant… murmura le Choixpeau dans son esprit. Je peux voir dans ta tête que tu me connais… Oui… Oui, je vois. Je comprends… J'avais hésité entre Gryffondor et Serpentard, n'est-ce pas ? Le choix me paraît tout aussi difficile aujourd'hui…
Un poids s'enfonça dans l'estomac de Harry et il se sentit défaillir. Il savait parfaitement pour quelle part de lui le Choixpeau avait voulu l'envoyer à Serpentard et s'il essayait de toutes ses forces de ne pas associer toute une maison aux actes racistes et aux crimes des mangemorts, il ne pouvait être qu'horrifié par le sous-entendu du Choixpeau.
… Dumbledore m'a imposé de ne pas interagir avec le court des évènements, finit par articuler Harry avec hargne. Mais si tu m'envoies à Serpentard, au milieu de tous ces futurs mangemorts, je te jure que je les tuerai un par un.
La violence de ses pensées l'aurait fait trembler un an plus tôt ; à présent, il se rendait compte qu'il ne ressentait qu'une parfaite indifférence. Les visages de Sirius, de Fred et de Remus et Tonks dansèrent devant ses yeux et une rage glacée l'envahit.
… Intéressant, finit par murmurer le Choixpeau. Je peux voir que tu le ferais. Tu n'as pas peur de Dumbledore… Je le sais, je le vois. Sa présence ne t'empêchera pas d'agir à ta guise.
Dumbledore m'a envoyé mourir, répliqua Harry posément. Il a pris et assumé les décisions que personne d'autres ne pouvaient prendre et je ne sais toujours pas s'il a sauvé plus de personnes qu'il n'en a détruites. Pourtant, il a mon respect. Je respecterai ses consignes, mais ne me tente pas. Je n'ai pas peur de lui.
Mon choix est fait, murmura le Choixpeau d'une voix narquoise. Ce sera… GRYFFONDOR !
Harry enleva prestement le Choixpeau avant de le tendre à Dumbledore qui le regardait avec une expression curieuse et pendant un instant il se demanda s'il avait été capable d'entendre ses pensées. Il lui adressa un signe de tête puis, sous les acclamations exaltées des rouges et ors, Harry rejoignit sa table avec un sourire ravi.
Sa maison.
Les plats recouvrirent les tables alors que Dumbledore souhaitait à tous un bon appétit. Le soupir de soulagement de Harry se perdit dans les raclements de bancs et les exclamations de bienvenu alors que les élèves se décalaient sur le banc pour lui faire de la place.
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Harry pris soin de s'asseoir loin des maraudeurs. Il n'avait pas encore décidé quelle allait être sa ligne de conduite concernant ses parents, mais il ne tenait pas spécialement à attirer l'attention de Dumbledore dès les premières minutes de son admission officielle à Poudlard. À la place, il s'assit à côté de ce qu'il lui sembla être des septièmes années qui expédièrent leur repas pour aller travailler leur ASPIC, lui offrant par la même occasion une excuse en or pour les suivre plus ou moins discrètement et éviter les maraudeurs quand ils quittèrent la table.
Il passa l'après-midi dans la bibliothèque presque déserte à chercher un ouvrage sur le sortilège d'Homonculus – ce qui lui prit approximativement dix minutes – et d'autres sur comment rendre un lieu incartable – ce qui lui prit nettement plus de temps.
Pour en avoir discuté en long et en large avec Sirius dans leurs échanges de lettres pendant l'été de sa troisième année, il savait qu'il était possible de se cacher de la carte du Maraudeur. Peter l'avait bien fait, ce qui expliquait pourquoi Fred et George n'avait jamais aperçu son nom pendant les cinq ans où ils avaient été en sa possession et Sirius lui avait apporté la réponse.
Dès la création de la carte, James avait insisté pour mettre en place plusieurs sécurités au cas où elle tomberait entre de mauvaises mains – celles de Rogue. En plus d'instaurer un mot de passe, ils avaient également ensorcelé la carte afin qu'elle ne représente aucun des maraudeurs si jamais quelqu'un d'autre qu'eux-mêmes s'en servait, et ce jusqu'à ce qu'elle soit récupérée par l'un des maraudeurs. Peter avait été à l'abri pendant tout le temps où Fred, George et Harry avaient utilisé la carte jusqu'au moment où Remus l'avait confisquée et s'en était servi à son tour pour espionner Harry. Peter n'avait eu droit qu'à un faible sursit, caché dans la cabane de Hagrid.
Harry fit craquer sa nuque en tournant une énième page d'un volume poussiéreux. Sirius lui avait expliqué que les maraudeurs avaient réussi à se rendre temporairement incartables. Et même s'ils étaient certainement les premiers à avoir usé de ce genre de sortilèges sur des êtres humains, ils n'avaient eu accès qu'à la bibliothèque de Poudlard pour réussir ce tour de force, à quatorze ans. L'information cruciale était là, quelque part entre les lignes manuscrites. Il suffisait de la trouver.
Il referma l'épais volume avec un soupir, le poussa sur le côté et attrapa un grimoire sur le haut de la pile à côté de lui. Il avait eu une chance insolente de ne pas être découvert le premier soir, puis pendant la journée et demi qu'il avait passé entre les murs de Poudlard. Même s'il était parfaitement bien placé pour savoir à quel point il était compliqué et hasardeux d'essayer de chercher un nom en particulier quand toutes les petites étiquettes se chevauchaient continuellement sur la carte, il voulait éliminer cette épée de Damoclès au-dessus de sa tête le plus rapidement possible. Et, songeait-il, il sera toujours beaucoup plus compliqué aux maraudeurs de remarquer une absence de nom plutôt que deux Potter.
Il finit par trouver ce qu'il cherchait dans un témoignage en note de bas de page d'un vieux sorcier du Moyen Âge qui avait tenté de rendre sa ferme incartable pour la cacher d'un sorcier rival et qui avait par accident impliqué son Croup (*) dans l'enchantement.
Rendre un lieu incartable consistait à élaborer plusieurs couches de sortilèges les unes sur les autres afin de le protéger et d'en empêcher la représentation sur une carte. D'après ses explications, le sorcier ne s'était pas embarrassé des sorts préparatoires et avait juste récité la dernière incantation. Au final, le Croup avait été touché à la place de la ferme. S'il se fiait à ce qu'il avait lu un peu plus tôt, Harry en déduisait que les premiers sorts servaient autant à spécifier la nature de la cible qu'à la protéger.
Il lui fallut presque une heure de plus pour se sentir prêt à tenter le coup. Le cœur battant à tout rompre à cause de l'excitation, il vérifia discrètement que Mme Pince ne prêtait pas attention à lui, installé qu'il était au fond de la bibliothèque, caché derrière une étagère. Il répéta lentement dans sa tête la longue incantation en latin jusqu'à être sûr de la prononcer correctement. Il imaginait parfaitement l'air pincé d'Hermione si elle avait été à côté de lui alors qu'il s'apprêtait encore une fois à faire quelque chose de raisonnablement dangereux et stupide et celui de Ron, mi-navré, mi-excité qui signifiait « Tu vas faire une connerie, mon vieux et on va tous s'en mordre les doigts. Allez, faisons ça ».
Il dirigea le bout de sa baguette contre sa poitrine et récita distinctement le sortilège. L'extrémité de sa baguette s'illumina légèrement et il la sentit chauffer à travers le tissus de son t-shirt. Un picotement désagréable l'étreignit, puis la lumière s'éteignit et Harry se rendit compte qu'il était en sueur.
Il inspira profondément et jeta un coup d'œil circulaire autour de lui. Il était toujours dans la bibliothèque et Mme Pince se trouvait bien là, à quelques rangées d'étagères de lui. Il poussa un profond soupir de soulagement en se laissant aller contre le dossier de sa chaise. Au moins, il était toujours vivant. Restait à savoir s'il avait réussi ou s'il s'était foiré dans les règles de l'art.
Harry attrapa un bout de parchemin et pointa sa baguette dessus avant de murmurer à voix basse :
– Homonculus Hic Locus.
Sous ses yeux, une encre noire coula de l'extrémité de sa baguette en gouttes épaisses sur le parchemin qui les but littéralement. Quelques secondes plus tard, les contours de la bibliothèque se traçaient en lignes éparses sur le papier et Harry observa, fasciné, les quelques traces de pas qui évoluaient entre les étagères se doter d'un simple nom en majuscule. Il reconnut celui de Mme Pince, assise à son bureau, ainsi que celui de Dedalus Diggle, pour avoir fait partie des sorciers qui l'avaient amené au Square Grimmaurd la première fois.
Le sien, en revanche, n'y était pas.
(*) Le Croup est une créature qui ressemble à un fox-terrier avec une queue fourchue. Il manifeste une grande fidélité aux sorciers mais est très agressif envers les moldus.
Un grand bonjour à toutes et à tous !
J'espère sincèrement que ce chapitre vous aura autant plu à lire que j'ai pris plaisir à l'écrire. L'idée que les maraudeurs n'apparaissent pas sur la carte si quelqu'un d'autre qu'eux l'utilise est ce que j'ai trouvé de mieux pour expliquer pourquoi personne ne remarque qu'un Peter Pettigrew se balade en permanence avec Percy dans un premier temps, puis Ron dans un deuxième temps. Cette théorie s'applique assez bien pour les livres, mais pas trop aux films puisque dans ces derniers, Harry remarque bien Peter et le croise même sous sa forme de rat sans le voir.
Pour ce qui est de rendre un lieu incartable, je n'ai trouvé aucune documentation et ai donc laissé mon imagination faire le travail. J'espère, en tout cas, que l'idée vous plaît !
En ce qui concerne l'incantation de l'homonculus, Hic Locus voudrait signifier « cette salle » en latin (d'après mes maigres connaissances et un bon coup de traducteur). Harry ne trace la bibliothèque que pour vérifier qu'il a bien réussi à se rendre invisible aux yeux de la carte du Maraudeur.
Comme toujours, n'hésitez pas à me faire part de vos remarques, spéculations, ou autres. Je suis très curieuse de savoir ce que vous pensez de tout ça. J'en profite pour remercier les personnes qui m'ont laissé des reviews jusqu'à présent. MERCI !
À la semaine prochaine,
Aech.
