Le clocher de l'école sonna seize heure quand le professeur McGonagall réintégra son bureau à la fin de sa journée de cours. Elle s'appuya contre une des vitres fraiches de la pièce, laissant traîner pensivement son regard vers le terrain de Quidditch qui se dessinait au loin. En réduisant ses pupilles à deux fentes verticales, elle pouvait apercevoir les silhouettes vert et argent qui se découpaient à travers le bleu du ciel.

Elle détourna le regard avec une petite moue, ses pensées revenant d'elles-mêmes vers le nouvel élève dont elle avait hérité dans sa maison. Elle soupira. Elle l'avait observé avec intérêt pendant le repas de midi et n'avait pas manqué son départ précipité. Malgré sa ressemblance physique plus que troublante avec Potter, il semblait d'un naturel introverti et il ne lui avait pas semblé avoir des affinités particulières avec des sixièmes années. Elle soupira à nouveau. Dans quel dortoir allait-elle le caser, au juste ?

Elle resta pensive un moment avant de se redresser et d'appeler d'une voix forte :

– Rémy ?

Un tout petit elfe de maison apparut devant son bureau dans un craquement sonore.

– Rémy, s'il-vous-plaît, demanda-t-elle en se penchant vers lui, pourriez-vous être assez aimable pour trouver M. Dubois et me le ramener ici ?

L'elfe hocha vigoureusement la tête.

– Rémy revient tout de suite ! fit-il de sa voix fluette avant de disparaître à nouveau.

D'un coup de baguette, Minerva ouvrit une armoire au fond de son bureau et fit léviter un assortiment de robes et cravates aux couleurs de Gryffondor jusqu'à une chaise où elle déposa également toute une pile de parchemins administratifs. Rémy transplana une deuxième fois dans son bureau accompagné de Dubois et elle se recomposa instantanément une expression sévère qu'elle réservait habituellement à Potter et Black avant de se reprendre en souriant malgré elle devant la force des habitudes.

Elle étudia un instant le visage de l'élève en face d'elle et Harry la laissa faire sans broncher. Il semblait… soulagé et elle se demanda un instant si c'était parce qu'elle l'avait fait demandé et que cela signifiait pour lui ne plus avoir à passer l'après-midi seul. Elle sourit intérieurement. Elle savait exactement dans quel dortoir le mettre.

– Bienvenue à Poudlard, M. Dubois, annonça-t-elle en adoucissant son expression. Et bienvenue à Gryffondor. Je serais votre directrice de maison pendant toute votre scolarité, aussi n'hésitez pas à venir me voir si vous en sentez le besoin. Une sortie sur le Chemin de Traverse sera organisée pour que vous puissiez vous munir de toutes les fournitures nécessaires à votre année – je vous fournirai une liste dès que nous aurons déterminé quelles options vous allez étudier. En attendant d'avoir les vôtres, deux uniformes vous attendent sur la chaise à côté de vous. Je vous suggère d'emprunter tout ce qu'il vous manquerait à l'un de vos camarades de dortoir pour les prochains jours. Encore une fois, laissez-moi vous souhaiter la bienvenue parmi nous…

Le sourire que Harry lui renvoya était rayonnant. Sans manquer la lueur curieuse qui brillait au fond de ses yeux alors qu'il vrillait son regard vert dans le sien, Minerva se demanda un instant quel énergumène elle avait encore récupéré.

.

– Oh, Merlin…

Harry se figea à l'entrée du dortoir que McGonagall – une McGonagall âgée d'une quarantaine d'années, sérieusement, il n'était pas prêt – lui avait indiqué. Un bordel sans nom s'étendait sous ses yeux. Les malles étaient ouvertes aux pieds des lits et déversaient leur contenu au sol. Des armoires laissées entre-ouvertes, il pouvait apercevoir des parchemins vierges rangés à la va-vite, des notes griffonnées, des plumes un peu tordues, des livres de cours et d'autres certainement empruntés en toute illégitimité dans la Réserve de la bibliothèque.

Harry s'avança précautionneusement dans la pièce ronde, un sac de voyage écossait emprunté à McGonagall entre les mains. Les rideaux rouge et or des lits à baldaquins étaient repoussés négligemment sur le côté. Au fond du dortoir, une platine vinyle certainement enchantée pour lui permettre de fonctionner entre les murs de Poudlard trônait sur une large table basse. De ce que Harry pouvait en voir, la plupart des disques qui étaient entreposés dessous en des piles instables étaient des groupes moldus et il en reconnut certains pour les avoir écoutés avec Hermione.

Près de la fenêtre, deux balais tournaient en rond en s'agitant doucement. Des posters de motos, de Quidditch ou de musique étaient accrochés aux murs. Harry faillit trébucher contre une guitare qui traînait négligemment entre les lits en déposant son sac sur le seul du dortoir qui était tiré à quatre épingles, tout au fond de la pièce.

Il vacilla sur ses pieds.

Il savait parfaitement qui vivait dans ce dortoir.

– Tu aimes ?

Il se retourna brusquement pour faire face à Sirius qui s'approchait de lui. Malgré le sourire tranquille scotché sur ses lèvres, les yeux de son parrain ne souriaient pas du tout.

– McGo nous a demandé de faire de la place pour un nouveau lit, vu qu'on est le seul dortoir avec quatre personnes mais comme tu peux le constater, le rangement n'est pas spécialement notre fort.

Tout en parlant, il poussa paresseusement une chaussette sur le côté de la pointe de sa Doc Martens, jaugeant silencieusement Harry du coin de l'œil. Ce dernier hocha la tête, un peu raide, regrettant soudainement de toute son âme l'impulsion dans le bureau de Dumbledore qui lui avait fait mentir sur son âge. Il se sentit trembler de la tête aux pieds et le regard de Sirius se fit méfiant.

Harry s'obligea à inspirer profondément.

– C'est parfait, ne t'inquiète pas, s'entendit-il répondre à son parrain.

Le regard de charbon de Sirius le sonda un instant et ce dernier finit par hausser imperceptiblement les épaules. Il se détourna sans plus de cérémonie et commença à ranger grossièrement le dortoir à coups de baguette – en fait il dégageait tout ce qui traînait au sol sur ou sous les lits pour faire de la place – et Harry s'autorisa un soupir de soulagement.

Il comprenait. Merlin, bien sûr qu'il comprenait la réaction et les soupçons de Sirius. Tant que les maraudeurs étaient entre eux, ils n'avaient pas à se soucier de cacher la condition de Remus à qui que ce soit. Maintenant que sa présence s'était imposée, il allait devoir gagner leur confiance.

Un étrange sentiment s'empara de lui, mélange d'excitation et d'horreur, alors que des pensées contradictoires assaillaient de son esprit. En voyant James entrer bruyamment dans le dortoir et se figer en hurlant au crime alors que Sirius faisait vaguement son lit, puis Remus se précipiter sur lui pour vérifier qu'il n'était pas malade face à sa soudaine fièvre du rangement, Harry commençait à entrevoir doucement ce qu'il pouvait obtenir en vivant ici et maintenant.

Et il n'était pas sûr d'aimer ce sentiment.


Bien le bonjour :)

C'est un petit chapitre cette semaine, mais voici enfin l'entrée en scène des maraudeurs ! Et Harry qui atterrit directement dans leur dortoir… Qui ne s'en doutait pas ? ;)

Harry reste encore très méfiant vis-à-vis des maraudeurs et du comportement qu'il doit adopter face à eux. Rester neutre lui semble impossible quand il les a tous (oui, oui) vu mourir, mais entre rejeter en bloc les avertissements de Dumbledore ou les suivre aveuglément, il y a toute une nuance de gris qui va être très intéressante à utiliser et développer ! Pour le moment, le pauvre nage clairement dans la semoule et a du mal à faire le tri parmi toutes les pensées contradictoires qui l'assaillent…

Comme d'habitude, n'hésitez pas à me faire part de vos impressions, et en espérant que ce chapitre vous ait plu, je vous dis à la semaine prochaine,

Aech.