Je veux rentrer chez moi, pensa Harry de toutes ses forces.

Le visage souriant et magnifique de Ginny dansa dans son esprit et l'espace d'un instant, Harry oublia son père, Sirius et Remus, le temps d'achever son troisième aller-retour devant la tapisserie des trolls. La porte de la Salle sur Demande se dessina en grondant doucement devant lui alors qu'il se postait au milieu du couloir. Le cœur battant à tout rompre, il poussa les battants en bronze.

Il reconnut immédiatement la salle qui baignait dans une pénombre bleutée, et l'immense piédestal circulaire en son centre. En revanche, là où aurait dû se trouver l'arche de pierres et son voile ne se trouvait qu'une vague encoche rectangulaire dans la pierre.

Harry s'obligea à inspirer profondément. Il avait réussi à retrouver la salle. Il pouvait rentrer. Il n'y avait juste… pas l'arche. Il se mordit la lèvre, nerveux. Est-ce que l'arche avait été amenée à Poudlard entre 1976 et 1997 ? Mais si c'était le cas, comment avait-il pu arriver à cette époque en particulier ?

Réfléchi, Harry, réfléchi. Ne panique pas et réfléchi.

Il avait trouvé la bonne salle et il était certain que l'arche était déjà à Poudlard et ce depuis certainement plusieurs siècles. Sinon, comment expliquer que Dumbledore ne soit pas au courant de son existence et comment expliquer qu'il ait atterri ici et maintenant ?

La gorge sèche, Harry laissa la porte de la Salle sur Demande se refermer dans son dos alors qu'il reconnaissait la statue de Boris le Hagard au cinquième étage, ainsi que l'entrée de la salle de bain des préfets, un peu plus loin sur la droite.

Il inspira profondément.

Il était plus que probable que l'arche était cachée, quelque part dans la Salle sur Demande. Il lui suffisait de la trouver. Il ne savait juste pas encore comment faire pour la faire apparaitre dans la pièce qui contenait le piédestal.

.

Le portrait de la Grosse Dame pivota brusquement au moment où Harry ouvrait la bouche pour prononcer le mot de passe de la salle commune de Gryffondor. Un air surpris passa sur son visage quand il reconnut son parrain et Mary Macdonald en tenue de Quidditch, balai en main, leur batte négligemment posée sur l'épaule.

– … Vous venez de louper l'escalier, commenta-t-il en pointant le vide de la cage d'escalier derrière lui.

– Merde, marmonna Sirius en s'avançant vers l'extrémité du promontoire qui servait d'entrée à la tour de Gryffondor. On en a pour un moment à attendre. Qu'est-ce que tu fais là ?

– 'Arrivais pas à dormir, répondit Harry, évasif, alors que Mary s'adossait tranquillement contre l'encadrement du portrait de la Grosse Dame.

Du coin de l'œil, il pouvait apercevoir les premiers rayons de soleil percer à peine à travers les fenêtres de la salle commune. Il espérait de tout son cœur que Sirius se contenterait de sa réponse ; il n'était pas d'humeur à trouver un mensonge potable pour justifier son expédition aux aurores dans les couloirs du château.

Heureusement pour lui, son parrain hocha distraitement la tête en réprimant un bâillement avant de s'asseoir sur le bord des dalles, les jambes se balançant doucement dans le vide et Harry maudit furieusement l'architecte qui avait trouvé intelligent de placer l'entrée de la tour de Gryffondor au septième étage d'une cage d'escalier.

Bon, il a son balai si jamais il tombe… Je suppose… soupira sa conscience alors qu'il grimaçait intérieurement face au comportement inconscient de son parrain.

– C'est comment, Ilvermorny ? demanda Mary sur un ton curieux et Harry porta son attention sur la jeune fille.

Ils avaient échangé trois mots quand James et Sirius s'étaient mis en tête de lui présenter la moitié des élèves de Poudlard, mais c'était la première fois qu'ils engageaient une réelle discussion. Il avait rapidement compris qu'elle était aux yeux de Lily ce que Sirius représentait pour James et de la même manière qu'il avait cherché à éviter les maraudeurs, il s'était efforcé de toutes ses forces de faire la même chose avec sa mère.

Parce que la tentation de tout révéler était de plus en plus forte à mesure qu'il se rapprochait des maraudeurs et qu'il se savait incapable de résister éternellement. Il oscillait constamment entre deux eaux et il sentait sa conscience sur le point de basculer tout à fait alors que la petite voix dans sa tête murmurait de plus en plus fort « Et si… ».

Le voile lui montrait un miroir du Risèd bien plus cruel que celui qu'il avait connu à onze ans et le poids de ses morts pesait toujours aussi lourd sur sa conscience.

– … Grand.

Sirius laissa échapper un ricanement amusé alors que Mary explosait d'un rire cristallin, faisant tournoyer autour de son visage ses cheveux blonds, presque blancs, coupés en mèches inégales sur sa nuque.

– Vous avez des maisons aussi, c'est ça ?

Harry hocha la tête, se félicitant d'avoir fait quelques recherches sur l'école pour palier à ce genre de situation. Il pensa brièvement à Hermione qui ne jurait que par L'histoire de Poudlard et un sourire amusé pris place sur son visage.

– On a quatre maisons, chacune sous le signe d'un animal fantastique, mentit-il avec assurance. J'étais dans la maison du Womatou, la maison des guerriers.

Les différenciations entre les maisons d'Ilvermorny lui avaient semblées moins caricaturales qu'à Poudlard et celle du Womatou était ce qu'il pensait être le plus comparable à Gryffondor.

– La répartition se fait devant quatre statues représentant les maisons, dans le hall principal de l'école, continua-t-il sous les regards intéressés des deux autres. Les élèves peuvent y assister en regardant la cérémonie depuis un énorme balcon, au premier étage, qui surplombe l'entrée…

Harry se tut, réfléchissant à toute vitesse, essayant de se rappeler d'autres détails qu'il aurait retenu de ses lectures mais rien ne lui vint. Craignant d'agir de manière suspecte en fuyant brusquement la conversation, il préféra changer de sujet et pointa les robes de Quidditch de Sirius et Mary.

– Vous avez un entraînement, ce matin ?

– Hmm, non. On va juste bosser quelques enchaînements, répliqua Sirius nonchalamment en jouant à faire tenir sa batte en équilibre au bout de son doigt tendu vers le vide et encore une fois, la poitrine de Harry s'emballa une demi seconde quand il se pencha un peu plus en avant. Enfin, je dis ça mais James va forcément débarquer à un moment et si James débarque, Emma va venir s'entraîner aussi et à ce moment-là, t'as déjà la moitié de l'équipe sur le terrain, donc bon…

Harry ne cacha pas sa curiosité.

– Pourquoi James va forcément débarquer ?

– Parce que M. James Potter, et honnêtement je ne lui donne pas deux heures avant de se réveiller et de se rendre compte que mon balai a disparu et moi avec, en bon maniaque qu'il est ; est incapable de laisser qui que ce soit s'entraîner sans lui, ricana Sirius en penchant sa tête en arrière pour vriller son regard de charbon dans le sien.

– Et Emma, en tant que nouvelle recrue et stressée de la vie ne peut pas ne pas venir s'entraîner si son capitaine est sur le terrain, acheva Mary avec un grand sourire.

– Mais c'est pas grave, continua Sirius et pendant un instant, la complicité des deux batteurs rappela à Harry celle des jumeaux Weasley et il vacilla sur ses pieds. Emma s'entraînera à garder les buts, James s'entraînera à marquer en évitant les cognards…

– Et nous, on s'entraînera à viser des cibles en mouvement.

– Tout le monde est gagnant finalement !

Le sourire rayonnant des batteurs lui fit froid dans le dos.

Il laissa une moue sidérée étirer son visage, ignorant de son mieux la petite voix qui susurrait à son oreille que pour quelqu'un qui clamait haut et fort devant la Salle sur Demande vouloir rentrer chez lui dix minutes plus tôt, il avait l'air parfaitement à l'aise à rire avec son parrain.

– Vous êtes flippants. Vous le savez ?

Sirius lui offrit un sourire ravageur qui aurait pu le rendre jaloux s'il n'avait pas déjà trouvé la fille de ses rêves – et de nouveau, une pointe de culpabilité perça dans sa poitrine quand il pensa à Ginny – mais un soudain grondement sourd l'empêcha de répliquer quoi que ce soit. Sirius sauta sur ses pieds, balai et batte en main, alors que l'escalier approchait lentement et Harry s'apprêta à prendre congé quand une silhouette surgit dans son champ de vision et manqua le faire tomber à la renverse.

Bien, grogna sa conscience. Qui est le crétin qui… Ah.

Un James débraillé, lunettes de travers sur le nez et balai à la main lui sauta littéralement dessus avec un sourire démesuré sur le visage.

– Aha ! s'exclama James en finissant d'enfiler son bras dans un pull informe. Vous n'êtes pas encore partis ! Super…

Sirius lui adressa un regard étonné alors que Mary récupérait son propre balai, un air profondément blasé sur son visage.

– … On était sur le point d'y aller. Tu es super tôt aujourd'hui…

James rigola en passant une main dans ses cheveux avant de se rendre compte que ses lunettes penchaient sérieusement d'un côté et de les redresser distraitement.

– Ce n'était franchement pas voulu, expliqua-t-il avec l'air de quelqu'un qui venait d'avaler dix cafés à la suite. Pete a envoyé valser ses douze milles oreillers dans son sommeil et je m'en suis pris un sur la tronche. Ça m'a réveillé, puis j'ai vu mon balai seul et délaissé et me voici.

Mary explosa de rire en entraînant les garçons dans l'escalier, après un dernier signe de main joyeux à Harry qui se faufila à travers le portrait de la Grosse Dame.

– Ce mec a vraiment des habitudes de sommeil déplorables, entendit-il Sirius acquiescer d'un air faussement sévère et il sentit une bile amère remonter dans sa gorge.

Il ne comprenait pas. Ne pouvait pas comprendre. Peter lui faisait l'effet du petit dernier de la fratrie. Un petit frère un peu pataud qui se faisait chambrer sur sa maladresse par ses grands frères qui, sans en avoir l'air, gardaient cependant continuellement un œil protecteur sur lui. À bien des égards, il pouvait lui rappeler Ron qui avait longtemps souffert de l'ombre de ses frères. Pourtant, Ron s'était battu pour lui et avec lui. Il ne l'avait jamais abandonné – l'épisode de l'horcruxe ne comptait pas, avait décidé Harry.

Alors comment Peter avait-il pu trahir ses parents ?

C'était immonde.

Le cœur au bord des lèvres, il s'adossa en tremblant contre la tapisserie rouge et or de la salle commune, s'obligeant à inspirer profondément, un air de rage glacée figé sur le visage.

Le portrait de la Grosse Dame qui se refermait dans son dos ne l'empêcha pas d'entendre une dernière fois la voix enjouée de Mary :

– Au fait, vous avez vu l'annonce dans la salle commune ce matin ? On va avoir des cours de duel !


Bonjour !

Comme toujours, je ne peux vous quitter sans vous apporter quelques petites précisions ci et là :) Alors je me lance !

En ce qui concerne l'entrée de la tour de Gryffondor, je me suis inspirée du 3ème film de la saga. Découvrir le portrait de la Grosse Dame dans la cage d'escalier m'avait tellement fait rire que je m'étais promise de réutiliser cette idée, à un moment ou un autre. C'est chose faite ici :)

Pour Ilvermorny, les informations que livre Harry sont véridiques. Je vous conseille d'aller lire un peu l'histoire et la description de l'école sur un wiki quelconque, elle donne au moins autant envie que Poudlard ! Et par la même occasion, vous pourrez me dire si vous êtes d'accord sur la ressemblance Gryffondor – Womatou !

Et enfin… Qui avait pensé à faire un tour dans la Salle sur Demande ? :)

À la semaine prochaine,

Aech.