– Un duel, commença le professeur McGonagall devant les élèves rassemblés devant elle, est une pratique sorcière permettant de trancher un différend entre deux adversaires. Cette pratique est encore très en vogue dans notre société et son caractère judiciaire est parfaitement reconnu par le Ministère de la Magie pour peu que le duel se déroule selon des règles précises et devant un arbitre.
Non loin de Harry, un septième année enroula nonchalamment une mèche blonde autour de son index en lançant un sourire ravageur à un petit groupe de filles qui l'ignorèrent royalement ; et Harry dut se faire violence pour se concentrer sur le professeur McGonagall et ne pas rire quand il reconnut Gilderoy Lockhart.
– L'arbitre, appelé également témoin, veille au respect des règles ainsi que des éventuelles conventions particulières fixées au préalable. Au cours de ces sessions d'entraînement, vous ne prendrez en compte que les règles basiques inhérentes au duel classique.
Le professeur McGonagall darda un regard sévère sur James, Sirius et Remus – Peter n'était pas venu, au grand plaisir de Harry – qui lui offrirent leur plus beau sourire innocent.
– Un duel classique se déroule en trois étapes, poursuivit-elle en se retenant manifestement de lever les yeux au ciel. Dans un premier temps, vous levez votre baguette face à votre adversaire, vous l'abaissez, puis vous saluez. Dans un deuxième temps, vous vous éloignez de dix pas, sans courir.
Nouveau regard appuyé en direction des maraudeurs et cette fois, Harry laissa échapper un léger ricanement.
Et sans escalader les tables, aussi ?
– Enfin, vous comptez distinctement jusqu'à trois, puis lancez un sort pour désarmer votre adversaire. Seulement désarmer pour le moment. Le professeur Slughorn et moi-même passerons parmi vous si vous avez d'éventuelles questions. En attendant, je vous invite à venir piocher un parchemin afin de constituer les différents groupes de duel.
Les élèves s'animèrent dans un joyeux brouhaha et se dirigèrent vers le professeur Slughorn qui installait un énorme chaudron sur l'une des longues tables de la Grande Salle. Ces dernières avaient été repoussées contre les murs pour dégager de la place, ce qui ne fut pas sans rappeler les leçons de transplanage à Harry.
Sous le regard inquisiteur de Slughorn – avec son sourire jovial et sa moustache tombante, il ressemblait plus que jamais à un morse – Harry piocha rapidement un morceau de parchemin plié en deux et s'éloigna dans un coin de la Grande Salle après un dernier signe de la main en direction des maraudeurs. Le parchemin se mit à luire légèrement et le nom de Dorcas Meadowes s'inscrivit dans une écriture verte.
– Dubois !
Harry fit volte-face pour croiser le regard amusé de Dorcas qui s'approchait de lui, baguette à la main et main sur la hanche.
– Meadowes, fit-il sur le même ton en inclinant légèrement la tête.
La jeune fille rejeta ses long cheveux noirs en arrière dans un geste qui aurait pu lui paraître clairement hautain mais qui lui rappelait bien trop Hermione pour ne pas décider qu'il l'appréciait sincèrement. Elle lui lança un sourire narquois et leva sa baguette, et Harry s'empressa de faire de même. Autour d'eux, les sixième et septième années s'inclinaient avec un sérieux plus ou moins évident suivant les groupes et Harry se mordit la lèvre pour réprimer un petit frisson d'excitation quand il se positionna face à Dorcas, baguette levée au-dessus de la tête.
La jeune fille articula le compte à rebours…
Et sa baguette lui échappa des mains pour atterrir dans celle, tendue en avant, de Harry.
Dorcas cligna des yeux, hébétée, avant d'exploser de rire face à l'air satisfait qui s'étalait sur le visage de son adversaire. Loin de s'offusquer, elle se dirigea à grands pas vers Harry et haussa un sourcil amusé dans sa direction.
– Pas mal, Dubois, chantonna-t-elle à mi-voix en récupérant sa baguette, provocante. Pas mal, du tout. On s'y remet ?
Harry hocha la tête avec un grand sourire. Et même si l'expression et le sourire rayonnant de Dorcas lui promettaient mille morts si elle ne gagnait pas le prochain duel, il ne pouvait s'empêcher de rire tout bas en songeant qu'il avait combattu Voldemort avec le sortilège de désarmement et que, franchement, Dorcas n'avait aucune chance.
Le professeur McGonagall leur fit changer de partenaires au bout de dix minutes. Ainsi, Harry se retrouva face à James – Merlin, plus jamais, songea-t-il – qui réussit tout de même à le désarmer une fois en faisant l'idiot, au gardien de l'équipe de Serdaigle (une espèce d'armoire à glace du point de vue de Harry) et Edgar Bones qu'il reconnut pour avoir fait partie du premier Ordre du Phénix. Entendre les Expelliarmus fuser de part et d'autre de la Grande Salle et voir les élèves se faire projeter dans les airs une fois sur deux ramenèrent Harry deux ans en arrière, lors des réunions de l'AD. Un sourire sincère pris place sur son visage alors qu'il parait le jet de lumière de Bones et le désarmait l'instant d'après en prenant bien soin de prononcer le sortilège à haute voix.
Quand le professeur McGonagall annonça le dernier changement et que le nom d'Evan Rosier apparut sur son parchemin, son sourire fana instantanément sur ses lèvres. Le cœur battant à tout rompre et les doigts serrés sur sa baguette comme les serres d'un oiseau, Harry regarda approcher le septième année qui lui lança un regard méprisant.
Grand, le teint presque blafard malgré un port de tête hautain, un fin pull au col roulé noir probablement hors de prix qui découpait sa longue silhouette, il ne lui adressa pas une parole et se contenta d'un hochement de tête sec en guise de salut.
Harry s'obligea à inspirer profondément alors qu'il tournait le dos au Serpentard pour s'éloigner. Tout son être lui criait le danger imminent et il lui fallut toute sa volonté pour agir normalement.
Il se positionna face à Rosier, plus ramassé sur lui-même que jamais.
Il para le sortilège qui fusa vers lui en une fraction de seconde in extremis. Puis un deuxième et un troisième. Il faillit perdre pied devant la violence de l'attaque, sans commune mesure semblable avec celles des autres élèves auxquels il avait fait face.
Une rage glacée s'empara de Harry qui ne prit plus la peine de prononcer ses propres sortilèges à haute voix et répliqua avec une hargne qui ne demandait qu'à exploser.
Ne me cherche pas, Rosier,siffla la voix de sa conscience alors qu'il sentait sa magie enfler sous sa peau, tu ne veux pas me trouver.
Son sortilège frôla le bras gauche du Serpentard, qui pressa sa main sur sa manche, en un réflexe incontrôlé, le regard fou.
Le sang de Harry ne fit qu'un tour. Sa magie explosa dans sa baguette et Rosier fut projeté à travers la Grande Salle. Son corps heurta le mur opposé, avec le même bruit répugnant qu'avait fait Mcnair quand Hagrid l'avait catapulté à travers la pièce lors de la bataille de Poudlard, un mois plus tôt.
Le visage tordu par la fureur, Harry sentit plus qu'il ne vit les regards hallucinés se tourner vers lui. Les doigts accrochés à sa baguette, il la sentait vibrer contre sa paume, en une invitation silencieuse à finir le combat.
– Harry ?
Il leva un regard vide vers Remus qui se stoppa immédiatement sans oser approcher.
– … Tu… Tu fumes.
Il est 22h30 passé alors que je publie ce chapitre, mais on est toujours samedi et je suis toujours dans les temps, donc je ne me sens pas trop coupable de vous le présenter si tard !
Un mot sur ce chapitre et sur la réaction de Harry : il s'est tellement habitué à être en guerre et constamment sur le qui-vive qu'il ne plus comment réagir en temps normal. En revanche, dès lors qu'il ressent à nouveau le danger, l'adrénaline fuse et reprend ses droits. Le combat contre Rosier lui met le nez sur cet état de fait… À voir comment Harry va gérer tout ça :)
Sur ce, en espérant que ce chapitre vous aura plu, j'attends vos retours !
À la semaine prochaine,
Aech.
