Harry s'était levé tard ce samedi-là, pourtant la Grande Salle était presque déserte quand il s'assit à la table des Gryffondors pour prendre son petit-déjeuner. Des quelques personnes présentes, il ne reconnaissait que la figure taciturne de Rogue qui s'évertuait à ignorer le monde autour de lui, le nez plongé dans un bouquin bien trop gros et poussiéreux pour être honnête.
En étouffant un bâillement, il tendit la main pour attraper la cafetière et faillit faire un arrêt cardiaque en découvrant le grand-duc de James posé sur la table à dix centimètres de lui qui l'observait, la tête penchée à quatre-vingt-dix degrés. L'instant d'après, une chouette effraie et un hibou fusaient à travers la salle pour venir planer au-dessus de sa tête et le cœur de Harry se mit à cogner furieusement dans sa poitrine alors qu'un espoir insidieux se frayait un chemin dans son esprit embrumé de sommeil.
Deux lettres tombèrent en virevoltant doucement juste devant lui et la chouette lança un hululement de satisfaction avant de suivre le hibou qui quittait déjà la Grande Salle. En tremblant légèrement, Harry récupéra la troisième lettre du grand-duc de James qui s'empressa de lui mordiller le doigt, l'air très content de lui.
Il avait reçu du courrier. Cette pensée résonnait en lui alors qu'il retraçait du regard son nom écrit à la va-vite sur l'arrière des enveloppes. C'était totalement improbable. Ça sonnait presque un peu faux, quand il se rappelait les étés chez les Dursley sans nouvelle aucune de ses amis. Et pourtant, quelqu'un, alors même qu'il était coincé dans une époque où il n'avait rien à faire, avait été assez concerné par sa petite personne pour lui envoyer une lettre. Et il savait déjà qui.
Un large sourire étirant son visage, il écarta d'un revers de main la nourriture autour de lui pour étaler les trois lettres sur la table. Il décacheta la première et reconnut sans peine l'écriture brouillonne de James.
« Salut vieux ! On écrit cette lettre avec Sirius, cachés dans un placard de la maison en espérant que ça nous fera un alibi si jamais ma mère nous trouve. On a failli faire exploser la cuisine en faisant quelques petites expériences, j'crois que la vaisselle de mariage de mes parents y est passée. Si m'man nous trouve, on est genre, mort de chez mort.
Sirius me dit de te dire que si jamais on s'en sort pas vivant, Remus cache sa réserve de choco-grenouilles sous une latte du parquet sous sa table de chevet et qu'il aimerait que tu les manges à sa place. Un truc de dernière volonté à respecter, tout ça, tout ça…
D'ailleurs en parlant de Rems, on a récupéré une moto moldue y a deux jours, on essaye de l'enchanter ! Lunard va juste péter un câble quand il l'apprendra, donc tu peux bien manger ses chocolats pour venger notre mort imminente !
À plus, Harry ! »
La lettre se finissait par un dessin plutôt ressemblant d'un mini James avec des bois de cerf sur la tête en train de jouer à l'apprenti sorcier devant un chaudron bouillonnant et Harry laissa un léger rire passer la barrière de ses lèvres. James avait un sacré coup de crayon, mais son écriture était tout aussi pire que celle de Ron.
Il récupéra une deuxième enveloppe et fut plus que surpris de voir qu'elle venait de Peter. Mal-à-l'aise, il hésita un instant et finit par l'ouvrir du bout des doigts. Il lut les trois lignes à toute vitesse, comme si elles risquaient de lui brûler les yeux.
« Salut Harry, j'espère que tout va bien à Poudlard. Si jamais tu t'ennuies, Remus cache sa réserve de chocolat sous sa table de chevet.
À bientôt,
Peter. »
Il cligna des yeux, ne sachant réellement pas quelle réaction adoptée. Il était touché, bien sûr, mais une lettre n'effacerait jamais la haine qu'il ressentait de tout son être pour le rat.
Et puis, à tous les coups, c'est Remus qui l'a forcé à écrire un truc…
Il haussa les épaules, reléguant la lettre de Peter sous les autres avant de récupérer la dernière enveloppe. L'écriture appliquée de Remus lui arracha un sourire et il se plongea dans sa lecture.
« Salut Harry ! Comment tu vas ? J'espère que tu savoures cette semaine sans les deux énergumènes que nous connaissons ! Profites-en, parce que James est intenable quand il rentre de vacances et de ce que m'a dit Sirius dans leur dernière lettre, ils ont déjà prévu de nous faire tuer (plusieurs fois) avec leurs idées…
Sinon, Lily m'a dit qu'elle renonçait à une certaine vengeance parce qu'elle m'aimait bien et qu'elle ne voulait pas avoir la perte de ma santé mentale sur la conscience. Une histoire de poisson, Slughorn et d'une potion rose. J'ai rien compris, tu m'expliques ?
La bise, Harry, on se voit bientôt !
Remus »
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– Dissendium.
La statue de la sorcière borgne pivota légèrement sans bruit et un mince rayon de lumière perça à travers l'ouverture, éclairant le souterrain qui menait à Pré-au-Lard. Harry jeta un rapide coup d'œil circulaire, vérifiant à l'ancienne si le couloir était désert ou non, maintenant qu'il ne possédait plus la carte du maraudeur. Il avait hésité à en recréer une, avant de décider qu'il n'en aurait jamais l'usage. À présent, accroupi dans une position inconfortable contre la roche des fondations du château, il repensait sérieusement son opinion.
Après s'être assuré que le couloir était bien désert, il poussa la statue sur le côté, dégageant entièrement l'ouverture avant de se laisser retomber souplement dans le souterrain à côté de l'énorme sac de bonbons qu'il ramenait de chez Honeydukes. Les maraudeurs rentraient dans deux jours par le Poudlard Express avec les autres élèves et il souhaitait fêter leurs retrouvailles comme il se devait. Quand il voyait le nombre indécent de sucreries qu'il ramenait avec lui, il se disait qu'il avait peut-être un peu exagéré, mais de toutes façons, c'était Dumbledore qui payait, alors autant en profiter.
Le plus discrètement possible, il fit léviter le sac hors du souterrain et se dépêcha de grimper à sa suite. Devant l'ouverture, il tapota la statue du bout de sa baguette et cette dernière se remit en place, dissimulant le passage secret.
Très content de lui, Harry pointa à nouveau sa baguette pour faire léviter le sac jusqu'au dortoir de Gryffondor quand un cri déchira le silence du couloir.
Il réagit au quart de tour. En une demi-seconde, le sac avait la taille d'une bille et se retrouvait au fond de sa poche. Deux secondes plus tard, il avait traversé le couloir en courant, les doigts serrés autour de sa baguette à s'en faire éclater les phalanges. Il débarqua dans l'escalier principal comme une furie, le cœur battant à tout rompre.
Son sang se glaça dans ses veines.
Devant lui, suspendu à trois mètres du sol se tenait un deuxième année, les bras écartés, les yeux révulsés et le visage en sang. Les lettres de feu qui dansaient autour de lui semblaient le narguer et Harry sentit son estomac se tordre violemment quand il comprit qu'elle formait les mots « Sang de Bourbe ».
D'un mouvement de baguette rageur, il annula le sortilège et le deuxième année s'effondra sur le sol du couloir.
– On est en train de prévenir le professeur Dumbledore, murmura une jeune femme dans un tableau à côté de lui alors qu'il se précipitait sur le deuxième année et Harry lui adressa un hochement de tête reconnaissant.
– Anapneo, Vulnera Sanentur, Revigor, marmonna-t-il à toute vitesse en s'accroupissant à côté de l'élève.
Il était incapable de lancer un sortilège de diagnostique mais il avait passé une année entière à fuir et combattre les mangemorts et ces trois sorts lui avaient sauvé la vie plus d'une fois. En attendant de le confier à Mme Pomfresh, c'était tout ce qu'il pouvait faire.
Il se releva d'un bond, la colère rendant ses gestes saccadés et tremblants. Avec un regard désolé pour le garçon qui toussait faiblement à ses pieds, il se tourna vers le mur du couloir et pointa sa baguette contre la pierre beige.
– Homonculus locus !
Les lignes noires des couloirs de Poudlard se tracèrent à toute vitesse sur la pierre du mur et Harry sentit un poids s'enfoncer tout au fond de son estomac.
Face à lui, trois uniques traces de pas s'éloignaient rapidement de l'endroit où il se trouvait et il connaissait chacun des noms qui les accompagnaient. Rosier, Mulciber et Adler.
Il grinça des dents et effaça le mur d'un geste de la baguette. Un familier sentiment d'impuissance l'envahit alors que Rusard apparaissait à l'autre bout du couloir et l'accusait en le pointant du doigt.
Il grinça des dents, ignorant les cris hystériques du concierge qui se précipitait sur lui.
Il connaissait parfaitement Rosier et Mulciber. Adler en revanche, il l'avait rencontré il y a quelques semaines pour avoir passé la retenue du professeur Boswell en sa compagnie à récurer la salle des trophées. Et Adler était à Serdaigle.
Harry se maudit furieusement. Il se revoyait parfaitement dans le bureau de Dumbledore en train d'accuser les Serpentards d'être des mangemorts.
Tu es trop con, résonna la petite voix de son esprit comme une sentence. Tu es vraiment trop con. Qu'est-ce que tu vas faire, maintenant ?
Bonjour (bonsoir) à tous !
Après un chapitre tout doux et mignon, on revient dans le vif du sujet ! Je fais d'ailleurs écho à une review que Quelin m'avait laissé il y a de ça deux chapitres, en mettant Harry face aux actions des mangemorts. Parce que bien sûr, ces derniers ne sont pas uniquement présents à Serpentard et ils n'ont pas forcément tous déjà leur marque au bras… À voir comment Harry va gérer tout ça :)
Sur ce, je vous dis à la semaine prochaine,
Aech.
