Chapitre 4 : Le Jour J

Une fois dans le bureau de Mac, pour la première fois depuis un an, Harry ne s'assit pas, comme il en avait l'habitude, derrière une petite table, mais en face de l'adulte, qui allait lui expliquer le déroulement de la journée. Mac lui ayant déjà fait visiter le campus un an plus tôt, ce ne serait pas nécessaire de le faire une deuxième fois. L'homme passa donc directement à la suite :

- Si tu réussis les tests d'aptitude, tu seras totalement libre d'accepter ou non notre proposition. De même que tu seras libre de quitter l'organisation à tout moment. Es-tu prêt à passer à la suite ? lui demanda Mac

- La suite ?

- Tests d'aptitude et examen médical.

Il hocha la tête.

- Bien.

Ainsi, il le conduisit au centre médical du campus. Un médecin Allemand aux cheveux grisonnants du nom de Kessler lui demanda de ne conserver que ses sous vêtements, puis lui fit passer une radio complète et des prélèvements sanguins. Il lui assura que la biopsie était indolore et lui appliqua un tube pointu équipé d'un ressort qui préleva un minuscule fragment de muscle. Il s'y plia sans rechigner.

- Bien. Tu as été très courageux. Ces fibres seront examinées au microscope et les résultats nous permettront d'adapter ta formation en fonction de la composition de ton organisme. Nous aurons une idée de tes capacités physiques et pourrons ainsi doser la difficulté.

Il l'invita à pénétrer dans une salle comportant un tapis roulant ainsi que divers appareils permettant de mesurer l'acuité visuelle, les réflexes et la coordination. Il passa toute une batterie de tests et finit par une demi heure de course, masques à oxygène sur le visage et des électrodes sur le corps. Les machines étaient programmées pour s'adapter au niveau d'épuisement des recrues. Le Dr Kessler exigea de lui qu'il repousse les limites de la douleur et n'actionne le bouton d'arrêt d'urgence qu'en cas d'évanouissement imminent. Les tapis roulants ralentirent progressivement, au grand soulagement de Harry. Il était essoufflé et en sueur. Il eut ensuite un examen dentaire, qui lui permit de se reposer. Ses dents étaient en parfait état. Après cela, il retrouva Mac dans la salle d'attente.

Une vingtaine de minutes plus tard, Kessler apporta les résultats.

- Tu es en pleine forme et en parfaite santé.

Le médecin lui donna les résultats détaillés, puis Mac l'emmena dans une salle de classe inoccupée du bâtiment principal afin de le soumettre à des tests d'évaluation scolaire. Pendant plus d'une heure et demi, il fit des exercices en tout genre - mathématiques, anglais… -, répondit à des questions de culture générale, passa des tests psychotechniques, puis eut à faire une rédaction pour expliquer en quoi ses qualités et défauts pourraient impacter son travail en tant qu'agent. Le niveau était élevé, plus que ce dont il avait l'habitude et l'épuisement résultant des tests précédents n'aidait pas à sa concentration. Ensuite, Mac l'emmena au réfectoire avant de s'enfermer dans son bureau pour étudier sa copie.

L'après-midi était déjà bien avancé et le réfectoire était presque vide, si ce n'étaient quelques retardataires vêtus d'un t-shirt rouge.. Harry pensait s'en être plutôt bien tiré et estimait avoir réussi les tests écrits, mais ne pouvait être sûr de rien avant d'avoir les résultats.

Mac revint finalement vers lui et le ramena dans son bureau. Il s'assit et l'invita à faire de même. Il obéit, légèrement inquiet à l'idée de ne finalement pas être accepté. L'homme prit la parole :

- Harry. Au vu des résultats de tes examens médicaux et de tes tests d'aptitude, je voudrais te poser une question. Acceptes-tu, oui ou non, d'intégrer CHERUB ? Conclut-il en souriant.

Harry répondit d'une voix enthousiasmée:

- Oui !

Mac s'absenta et revint quelques minutes plus tard avec un t-shirt rouge emballé dans du plastique. Le jeune garçon s'empressa de déchirer l'emballage et de remplacer son tee-shirt orange par celui que l'on venait de lui donner. Mac lui expliqua ensuite qu'à partir de ce moment, il n'aurait plus d'existence officielle et qu'ils demandaient habituellement aux nouvelles recrues de se choisir un nouveau nom. Harry demanda :

- Est ce que je peux garder mon prénom ?

Mac acquiesça : bien sûr qu'il pouvait garder son prénom. Il lui répéta ce qu'ils disaient à toutes les recrues : il pouvait garder son prénom mais devait changer de nom de famille. Harry sembla hésiter à prendre la parole et Mac le remarqua. Il lui demanda :

- Harry ? Il y a un problème ?

- Je… En fait… Je me demandais… Non, laisse tomber c'est idiot.

- Si, dis-moi ce qu'il se passe.

Harry soupira et baissa les yeux. Il finit par demander :

- Je me demandais si… Si je pouvais... prendre ton nom ? Comme nouveau nom de famille, je veux dire.

- J'avais compris, sourit le plus âgé. Et bien… Je n'y vois aucun inconvénient mais j'aimerais simplement savoir… Qu'est-ce qui motive cette demande ?

- Je… En fait… Je te vois comme le père que j'ai jamais eu. Enfin… je sais que j'ai déjà un père mais je ne l'ai pas connu…

- Bien sûr, je comprends. Donc Harry McAfferty ?

- En fait… Si ça ne te dérange pas… J'aimerais m'appeler Harry Terrence McAfferty, dit-il d'une voix hésitante.

- Ça ne me dérange pas, non. Et puis c'est ma femme qui sera contente. Tu sais, Harry, sans la règle qui veut que les agents n'aient aucune attache familiale, cela ferait longtemps que nous t'aurions adopté.

En entendant ces mots, l'enfant se jeta dans les bras de son interlocuteur en murmurant :

- Merci, merci, merci…

- De rien Harry.

Il pouvait sentir les larmes de l'enfant sur son épaule mais ne s'en formalisa pas, comprenant qu'il s'agissait de larmes de joie. Une fois que Harry se fut calmé, il lui expliqua qu'ils devaient rentrer pour récupérer ses affaires. En les voyant revenir tous les deux, Catherine s'inquiéta à l'idée que Harry ait échoué mais ils se chargèrent de la rassurer et elle remarqua ensuite le t-shirt rouge du garçon. Elle le félicita même si elle était triste car cela signifiait qu'il vivrait désormais au bâtiment junior, sur le campus, et qu'elle le verrait donc beaucoup moins souvent.

Harry mit une petite heure à rassembler toutes ses affaires dans une valise à roulettes achetée quelques jours plus tôt pour l'occasion. Il descendit ensuite dans l'entrée. Mac mit le bagage dans le coffre et s'installa derrière le volant tandis que Harry montait à l'arrière. Quand la voiture démarra, le garçon se retourna et fit des signes de la main à Catherine jusqu'à ce qu'il ne puisse plus la voir. Ensuite seulement, il s'assit correctement et attacha sa ceinture. À travers le rétroviseur, il vit Mac lui jeter un regard désapprobateur : visiblement, l'homme avait remarqué qu'il venait seulement de s'attacher.

Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent à destination. Harry descendit de voiture et alla chercher sa valise dans le coffre. Mac lui indiqua le chemin et le laissa aller s'installer tandis que lui rejoignait son bureau.

Le jeune garçon, nouvellement recruté, tira sa valise jusqu'au bâtiment où il vivrait pour les deux prochaines années. Une fois à l'intérieur, il en profita pour regarder un peu plus en détail son environnement. Il fut rejoint par un homme d'une trentaine d'années qui lui demanda s'il était nouveau. Harry répondit que oui et qu'il ignorait où était sa chambre. À ce moment-là, l'homme reconnut le « protégé » du directeur adjoint et lui demanda de le suivre. En chemin il lui expliqua que, contrairement aux agents opérationnels qui avaient des chambres individuelles comprenant une salle de bain privée et un coin cuisine composé d'un frigo et d'un micro-onde, ici, les chambres étaient doubles et les salles de bains collectives - une par étage.

Il l'amena jusqu'à sa chambre et lui expliqua qu'il la partagerait avec un autre garçon, celles-ci n'étant pas mixtes. Il entra, s'assit sur le seul lit visiblement libre et vida sa valise dans l'armoire.