– Qu'est-ce qu'il s'est passé ?!

– Tu sais qui c'était ?

– Dumbledore a dit quelque chose ?

– Ils étaient combien ?

– C'était des Serpentards ?!

Harry grimaça à la dernière question. Les maraudeurs étaient attablés à ses côtés à la même table où il y avait une semaine à peine, Lily et lui bossaient leur devoir de potion dans une joyeuse insouciance. Il n'avait pas fallu beaucoup pour que la vie bascule et lui rappelle que la guerre contre Voldemort se déroulait, encore et toujours, en partie à Poudlard.

Il le savait, pourtant. Bien sûr qu'il le savait. Il l'avait hurlé à Dumbledore.

Et la réalité l'avait quand même heurté de plein fouet, comme si son cerveau avait décidé d'oublier le monde qu'il y avait entre savoir et expérimenter. Il se sentait misérable. Il avait cette impression qu'il ne connaissait que trop bien et qui lui collait à la peau que l'agression de ce jeune garçon était en partie de sa faute. Et ça le terrifiait, quand il savait qu'il devait s'immiscer dans le cours du temps le moins possible.

Il hocha la tête, le cœur au bord des lèvres.

Le visage de James s'assombrit. À ses côtés, Lily baissa la tête, étrangement silencieuse, les poings serrés sur ses genoux.

– Putain, je le savais, grinça James, la voix vibrante d'une colère mal contenue. Ils sont complètement malades…

– … Il y avait un Serdaigle avec eux, lâcha Harry d'une voix sans âme.

Les six paires de regards abasourdis qu'il reçut aurait pu le faire rire si lui-même n'avait pas réduit la maison Serpentard aux seuls adorateurs de Voldemort dix jours plus tôt. Dans un coin de son esprit, il eut une brève pensée admirative pour Dumbledore. S'il trouvait les actions du vieux directeur plus que discutables, il ne pouvait s'empêcher de respecter la manie qu'il avait de toujours voir le meilleur des personnes en face de lui.

Comme s'il avait fait tellement pire qu'il pouvait tout pardonner.

– Tu sais… Est-ce que tu sais qui c'était ? demanda Mary dans un murmure après un temps d'hésitation.

Harry soupira et décida de dire la vérité.

– Rosier, Mulciber et Adler.

– Adler ?

L'exclamation surprise de Remus faisait écho à l'expression des cinq autres.

– Tu le connais ?

Remus secoua la tête.

– Pas plus que ça. Mais il a pas l'air… Putain, mais qui aurait cru qu'il serait du genre à…

– À passer à tabac un pauvre gamin pour promouvoir l'idéologie des sang-purs ? cracha Sirius. Putain de tarés…

James passa une main apaisante sur le bras de Sirius qui tremblait de colère et Harry sentit un poids s'enfoncer dans son estomac. Il connaissait trop bien l'expression qui s'était logée au fond du regard de cendres de son parrain pour l'apercevoir à chaque fois qu'il croisait son propre reflet. De la même manière qu'il se sentait responsable de l'agression du Poufsouffle, Sirius se sentait responsable d'être un sang-pur.

– Comment tu sais, commença Lily d'un ton incertain et Harry adressa à sa mère un regard reconnaissant, comment tu sais qui c'était ? Tu les as vu ?

– … J'ai demandé aux tableaux.

– Et Dumbledore n'a rien fait ?

Harry secoua la tête négativement, décidant de rester prudent en ne cherchant pas à expliquer le comportement du directeur. Il n'aurait, de toutes façons, pas pu dire grand-chose. Il était trop révolté pour adhérer au point de vue du sorcier.

En face de lui, Sirius hocha lentement la tête.

– On peut pas laisser passer un truc pareil, chuchota-t-il en pesant ses mots. C'est quoi ? La deuxième agression de ce genre ? Si Dumbledore ne lève pas un doigt pour faire quelque chose, c'est à nous de se bouger le cul.

Le regard sombre, Remus acquiesça silencieusement et Peter s'empressa de l'imiter après un rapide coup d'œil circulaire.

Le cœur battant à tout rompre, Harry se pencha en avant sur la table.

– … À quoi tu penses ?

– On a eu une idée… commença Sirius.

– En fait, c'était l'idée de Lily, souligna Mary.

– Puisqu'on ne sait pas qui est susceptible de nous attaquer…

– Mais qu'on sait qui est susceptible de se faire attaquer…

– On s'est dit qu'on pouvait organiser des cours de défense.

Harry sentit son cœur louper un battement. Des cours de défense, c'était exactement dans ses cordes.

– Pour le moment, on va commencer avec juste les Gryffondors.

– Comme en plus, on veut faire ça dans la salle commune…

– Tout ça au nez et à la barbe du vieux Dumby !

– Et comme les préfets en chef sont d'accord…

– Dis plutôt qu'ils s'en fichent… Ok, j'ai rien dit ! se reprit James devant le haussement de sourcil de Lily.

– Bref, soupira Remus en secouant la tête. Qu'est-ce que tu en penses ?

Harry prit un moment pour observer les six regards tournés vers lui. Si celui de Peter était fuyant, les autres renvoyaient un mélange d'hésitation teintée de détermination. Les mêmes que ceux qu'avaient eu Ron et Hermione quand ils avaient voulu débuter les cours de l'AD en cinquième année. Sauf que, cette fois-ci, il n'avait pas besoin de se faire convaincre.

Un sourire de caïman étira son visage.

Et j'aurais même pas eu besoin de leur soumettre l'idée !

– J'en pense, murmura Harry en sentant l'adrénaline fuser dans ses veines, que c'est une super idée. Et qu'un… prof de plus ne serait pas de trop.

Face à lui, James et Sirius échangèrent un coup de coude alors que Remus se mordait la lèvre pour retenir un sourire ravi.

Et voilà, fit Sirius dans un léger éclat de rire, je vous l'avais pas dit ?

.

Les cours de défense avaient été instaurés le mardi en fin de journée. Pour l'occasion, les canapés et les tables avaient été repoussés près de la cheminée pour dégager un large espace circulaire et des coussins avaient été fixés sur les murs à coup de sortilèges pour protéger les tapisseries qui s'y trouvaient ainsi que les élèves qui volaient à travers la pièce.

Seulement une dizaine de premières et deuxièmes années s'étaient portés volontaires pour participer au cours mais beaucoup de Gryffondors s'étaient postés sur les marches des escaliers menant aux dortoirs pour observer ce qu'il se passait dans leur salle commune. Personne, en tout cas, n'avait contesté l'idée de Lily, et James, Remus, Mary et elle – les quatre professeurs autoproclamés – n'avaient eu aucun problème pour monopoliser la pièce pendant les deux heures précédant le repas du soir. Harry se demandait encore si c'était parce qu'en bon Gryffondor qui se respecte, chacun était heureux de pouvoir dire qu'il agissait, ne serait-ce qu'un peu, contre les agressions des nés-moldus ou si sa mère était juste très persuasive.

D'un commun accord, ils avaient décidé d'enseigner uniquement le sortilège du bouclier, celui de désarmement ainsi que celui de détresse. S'il s'était cru de retour aux cours de l'AD, Harry avait vite déchanté. Là où il n'avait fait que rectifier position et prononciation en cinquième année, les quelques élèves face à lui avaient tout à apprendre et la tâche s'avérait ardue quand la majorité d'entre eux était incapable de faire léviter une plume lors du cours de Flitwick.

Un Periculum prononcé d'une voix hésitante le sortit de ses pensées et Harry se baissa précipitamment pour éviter le jet d'étincelles rouges qui se dilua dans les airs. Il eut une petite moue amusée. Ça, en revanche, lui rappelait beaucoup Neville.

Du coin de l'œil, il aperçut Sirius qui lui faisait signe près du portrait de la Grosse Dame. Instinctivement, il se tourna à demi pour chercher James du regard et le trouva en train de montrer à une gamine qui paraissait minuscule comment conjurer un bouclier. Harry eut un pincement au cœur en devinant ses grands yeux terrifiés alors qu'elle faisait de son mieux pour reproduire le geste de James.

Bienvenue à Poudlard, songea-t-il, désolé.

– Ça se passe bien ? demanda Sirius alors qu'il s'approchait de lui et Harry ne put s'empêcher de grimacer.

– Ça se passe et c'est déjà un début, on va dire. Tu ne viens pas aider ?

Sirius eut un bref ricanement.

– Tout le monde sait que je n'ai pas la patience pour enseigner, merci bien. Et on a besoin de moi si on veut pouvoir entrer dans le dortoir de Serpentard.

Harry plissa les yeux, comprenant immédiatement le message.

– Tu veux que j'aille chercher James ?

Le sourire de Sirius s'élargit. Sa main se referma sur le poignet de Harry et il le tira sans ménagement à l'extérieur de la tour de Gryffondor.

– Noooon, pour une fois que le pauvre chou se fait bien voir de sa dulcinée, je vais le laisser ! Mais du coup, c'est toi qui va devoir nous accompagner Pete et moi ! Allez, en route mauvaise troupe !


Bonjour à tous !

Je tiens à vous présenter mes plus plates excuses pour ce jour de retard ! Ce chapitre a été horrible à écrire (les longs dialogues à 6, c'est définitivement pas ce à quoi j'excelle) et je voulais absolument tout relire au calme avant de le poster. Bien m'en a pris, parce que ça vous aura évité quelques belles coquilles (mes yeux pleurent encore).

J'espère, en tout cas, que ce chapitre vous aura plu ! Je vous remercie pour vos retours et encouragements toujours plus présents, c'est un plaisir de vous lire !

Sur ce, je vous dis à la semaine prochaine (à l'heure, cette fois, promis) :)

Aech.