Chapitre 5 : Le début de l'enfer

1 an et demi s'était écoulé depuis ce jour de mars où Harry avait intégré CHERUB. Le garçon, qui avait nettement changé, était maintenant âgé de 10 ans. Bien qu'il restait un enfant, il avait gagné en muscle, en taille et en poids. Il ressemblait désormais aux brutes en herbe que fréquentait autrefois son cousin, à la différence que lui devait s'entraîner plusieurs heures par jour.

Pour l'heure, Harry dormait profondément mais cela n'allait pas durer. En effet, une nouvelle session du programme d'entraînement initial commençait ce matin-là et Harry faisait parti des recrues qui y participaient. Ayant rendez-vous à 5h à l'entrée du camp d'entraînement, le garçon avait mis son réveil pour 4h30. Lorsque celui-ci sonna, il lui fallut un moment pour se rappeler quel jour on était puis quand il fut complètement réveillé, il se leva en faisant attention à ne pas réveiller son camarade. Il trouva au pied de son lit un t-shirt bleu ciel avec son numéro de recrue - le 2 - cousu au dos, un pantalon de treillis et des rangers et des sous-vêtements en deux exemplaires. L'un usé jusqu'à la corde et l'autre flambant neuf. Par acquis de conscience, il choisit à chaque fois celui des deux qui était neuf. Une fois changé, il quitta le bâtiment et descendit au point de rendez vous. Il ne croisa personne, ce qui était parfaitement normal compte tenu de l'heure plus que matinale.

Il arriva devant le grillage du camp et remarqua qu'il était seul. Ce qui signifiait deux choses : soit il était en avance, et tant mieux, soit il était en retard et dans ce cas il allait avoir des ennuis. Il eut la réponse quelques secondes plus tard en voyant arriver trois autres personnes. Il y avait deux garçons et une fille. Les 4 recrues s'assirent. Ils profitèrent de l'absence de leur instructeur pour faire connaissance. Les deux garçons étaient jumeaux et s'appelaient Steven et Nathaniel Brown. Ils avaient 11 ans et avaient rejoint CHERUB quelques mois plus tôt. Harry se souvenait les avoir déjà croisés plusieurs fois. La fille, elle, s'appelait Lya Jones et, comme lui, avait eu 10 ans quelques semaines plus tôt.

Harry se demandait ce que faisait leur instructeur. Il était près de 5h du matin, on était début septembre et il était en t-shirt. Résultat, il avait l'impression de geler sur place. Et à en croire le comportement de ses trois camarades, qui essayaient de se réchauffer mutuellement, il n'était pas le seul à avoir froid. Après ce qui lui avait paru durer des heures, et alors qu'il pouvait voir que le soleil commençait sa montée dans le ciel, celui qui allait s'occuper d'eux pour les 3 prochains mois daignait enfin se montrer. L'homme regarda sa montre et dit d'un air faussement désolé :

- Oups ! Je suis en retard !

Il fit mine de regarder dans son sac à dos et ajouta :

- Et en plus, j'ai oublié vos petits déjeuners ! Quelle tête en l'air je fais, franchement ! Bon et bien… vous allez devoir vous en passer pour aujourd'hui. Et maintenant, il ne me reste plus qu'à vous annoncer le programme des réjouissances :

- Je suis Mr Harvey. Je serais votre instructeur pour les 100 prochains jours. Avant de vous laisser vous installer dans le dortoir, j'ai deux où trois choses à vous expliquer. Tout d'abord, sachez que vous n'aurez pas de congé, ni de week-end. Réveil à cinq heures quarante-cinq, douche froide pour tout le monde, habillement, puis parcours-combat.

Il fit une pause pour reprendre son souffle, posa un regard tranchant sur les quatre recrues puis parcourut l'assemblée des yeux avant de reprendre :

- Sept heures, petit déjeuner, suivi d'exercices physiques, poursuivit-il de son ton brusque et militaire. Neuf heures, début des cours. Au programme : techniques d'espionnage, langues étrangères, maniement d'armes et entraînement à la survie en milieu hostile. Quatorze heures, parcours-combat. Quinze heures, déjeuner. Seize heures, exercices physiques. Enfin, dix-huit heures : retour au dortoir, douche, chaude si vos performances ont été satisfaisantes. Vous en profiterez pour laver et suspendre vos vêtements, afin qu'ils soient secs le lendemain matin. Ensuite, vous cirerez vos rangers.

Le sourire qu'il arborait leur fit froid dans le dos, tant il était sadique.

- Dix-neuf heures, dîner. De dix-neuf heures trente à vingt heures trente, travail scolaire individuel. Vingt heures quarante-cinq, brossage des dents, puis extinction des feux. Nous vous offrirons quelques excursions à l'extérieur du campus. Des stages de survie, pour vous changer les idées. Le dernier d'entre eux aura lieu en Malaisie, un pays très, très ensoleillé.

Il semblait prendre un plaisir presque malsain à les effrayer ainsi. Après une courte pause, il reprit son effrayant discours:

- À tous ceux qui, au cours de ce programme, trouveraient mes méthodes cruelles, je rappelle que les clôtures qui entourent ce camp d'entraînement ne sont pas là pour vous retenir, mais pour empêcher vos petits camarades restés à l'extérieur de vous donner un coup de main ou de vous faire passer de la nourriture en douce. Vous êtes libres de renoncer à tout moment, mais si vous voulez devenir un agent de CHERUB, il vous faudra recommencer le programme depuis le début. Même punition pour ceux qui auraient la mauvaise idée de se blesser et d'être immobilisés plus de trois jours.

Après cette petite mise au point, il les laissa s'installer puis, une fois que ce fut fait, les emmena jusqu'au parcours-combat. Si le coup du petit déjeuner n'en n'était pas une suffisante, Harry eut bientôt une nouvelle preuve du sadisme de leur instructeur. S'il estimait que l'une des recrues n'était pas assez rapide sur le parcours combat, il n'hésitait pas à refaire au binôme le parcours complet, quitte à pénaliser le plus rapide des deux. Harry était en binôme avec la seule fille du groupe.

Pour ce premier jour, ils durent choisir une langue à apprendre, qui n'utilisait pas l'alphabet latin. Harry opta pour le grec ancien, sa binôme pour le russe et les jumeaux choisirent d'apprendre le japonais.

La journée se poursuivit par des exercices en plein air. Lorsque vint enfin le moment du repas, Harry avait l'impression que tout son corps lui faisait mal. Ce qui tout compte fait n'était peut-être pas qu'une impression.

Les jours se suivirent et se ressemblèrent : parcours combat et exercices en plein air le matin, repas puis cours (langues, espionnage, montage/démontage d'armes, arts martiaux) l'après-midi.

Un matin, ils trouvèrent le camp enneigé. Ce qui n'empêcha évidemment pas leur instructeur de leur faire subir le même programme que d'habitude. Le soir, en plus de la quantité habituellement industrielle de boue incrustée dans son uniforme, Harry était trempé, épuisé et frigorifié.

Quelques jours plus tard, les quatre enfants et leur instructeur étaient dans un avion, direction la Malaisie. Ils profitèrent du vol pour rattraper leur sommeil en retard.

Au bout de quelques heures, l'engin se posa sur le sol Malaisien. C'était la première fois que Harry quittait l'Angleterre et il était déçu de ne pas pouvoir en profiter. Il suivit le groupe jusqu'à l'hôtel où ils logeraient pour ce soir. Mr Harvey, leur instructeur, leur fit promettre de ne pas se coucher tard puis leur laissa quartier libre jusqu'à 19h, heure à laquelle il leur donna rendez vous au restaurant de l'établissement.

Comme dans l'avion, Harry passa une bonne partie du temps libre qui leur était accordé à dormir. Il savait qu'il en aurait besoin parce que tous les agents s'accordaient à dire que les quatre derniers jours du programme étaient les plus durs.

Il fut réveillé par une main qui lui secoua l'épaule et émergea en grognant :

- Hmm… papa… laisse moi dormir…

- Harry… il est 18h30…

Le garçon ouvrit les yeux lorsque les souvenirs des derniers jours lui revinrent en mémoire. Il se leva et se tourna vers sa binôme, puisque c'était elle qui venait de le sauver d'un retard qui aurait à coup sûr pénalisé tout le groupe :

- Merci, Lya.

- C'est normal, lui dit-elle en souriant.

Une fois que Harry fut prêt à descendre, les deux enfants rejoignirent le point de rendez vous. Ils étaient, certes, un peu en avance mais au moins, ils étaient sûrs de ne pas s'attirer les foudres de Mr Harvey.

Lorsque l'homme les libéra pour la soirée, les enfants montèrent directement se coucher. Les journées à venir s'annonçaient aussi longues que dures et ils savaient qu'ils devraient être au mieux de leur forme pour ne pas réduire à néant les efforts des semaines précédentes.