Pour Harry, déambuler dans les couloirs de Poudlard en compagnie de Sirius avait un sacré goût d'irréalisme, même après tout ce qu'il avait pu vivre aux côtés des maraudeurs pendant le mois passé avec eux. Son parrain les guidait, Peter et lui, avec la maestria d'un chef d'orchestre, empruntant tous les passages secrets possibles cachés derrière les tableaux pour descendre jusqu'aux cachots. À la manière qu'il avait de saluer les peintures, à la façon dont il se coulait dans les ouvertures et les étroits espaces entre deux murs, il donnait cette impression fascinante d'être un danseur sous les feux de la rampe, effectuant un ballet mille fois joué et répété.
– On les a découvert avec James en première année, murmura Sirius en se tournant à demi vers Harry qui marchait dans ses pas sous les combles de la tour de l'horloge. On a passé des mois et des mois à chercher tous les passages secrets qu'on pouvait trouver… McGo a pété un câble quand elle a compris qu'on en faisait des nuits blanches.
– Rems aussi, marmonna Peter derrière Harry qui n'y prêta pas réellement attention, trop concentré sur les yeux brillants de son parrain, bien différents des deux billes noires et hantées qu'il gardait en souvenir.
– Ouais, Rems aussi, acquiesça Sirius en soulevant une tenture beige qui obstruait un couloir oblique pour s'y glisser sans un bruit.
Harry et Peter s'engagèrent à sa suite, laissant les quatre lourdes cloches en or et bronze derrière eux. En voyant le léger sourire sur les lèvres de son parrain, Harry l'imaginait parfaitement avec un James gamin, bruyant et turbulent à courir à travers le château toute la nuit et la pensée lui fit l'effet d'un baume au cœur.
S'il en avait entre-aperçu l'ombre derrière les yeux voilés de son parrain, il n'avait jamais connu le Sirius heureux et insouciant qu'il côtoyait à présent.
Non, pas insouciant, se corrigea Harry. Mais heureux.
Oh, bien sûr, il avait pu le deviner quand il riait avec les jumeaux Weasley, il le retrouvait quand il se chamaillait avec Remus, mais il ne l'avait jamais connu. Il avait connu l'homme rongé par les années passées à Azkaban qui avait, malgré tout, tout fait pour être un parrain pour lui. Et Harry aurait donné n'importe quoi pour pouvoir le voir sourire comme ça.
Et maintenant, c'est le cas. Qu'est-ce que ça dit de moi quand je ne suis même pas censé être là et que je vais le laisser mourir une seconde fois ?
La présence de Peter dans son dos était plus douloureuse que jamais.
– On est bientôt arrivé.
Harry sursauta alors que la voix de son parrain résonnait étrangement contre les murs de pierres et il se rendit compte qu'il avait les doigts crispés autour de sa baguette. Il jura silencieusement, s'obligeant à desserrer le poing et s'engagea à la suite de Sirius dans un escalier taillé grossièrement dans la roche. Ils dévalèrent les marches quatre à quatre avant d'arriver devant un grand panneau en bois.
Sirius s'adossa contre le montant et tira un morceau de parchemin de sa poche ; et le cœur de Harry rata un battement.
– Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises, fit Sirius sans quitter Harry des yeux qui n'eut pas à forcer le trait pour paraître surpris.
– C'est… commença-t-il en fronçant les sourcils, croisant les doigts pour que son jeu d'acteur soit convaincant. C'est une carte ?
L'éclat de fierté qui brilla dans les yeux de Sirius lui fit chaud au cœur alors que la pensée que les maraudeurs lui faisaient enfin assez confiance pour lui montrer leur carte emplissait son esprit, le laissant malgré lui tremblant d'émotion.
– Yep. Ça nous a pris quatre ans pour la dessiner entièrement. Et maintenant…
Sirius déplia un coin de la carte pour dévoiler le dortoir de Serpentard ainsi que les élèves qui y étaient. Un sourire malicieux étira son visage.
– Ce soir, Slughorn organise une de ses soirées chics, donc la moitié des sixièmes et septièmes années seront absents, soit parce qu'ils auront été invités, soit pour tenter de l'être en allant leurs faire des courbettes. Et ça, ça nous arrange particulièrement. Pete, tiens-moi la carte, tu veux ?
Peter hocha la tête après un dernier coup d'œil pensif en direction de Harry et Sirius poussa silencieusement le battant en bois.
– Elizabeth, salua-t-il galamment l'ancienne directrice de Poudlard en passant la tête à travers l'ouverture laissée par le portrait, faisant signe aux deux autres de ne pas le suivre.
– Oh bon sang, Black, soupira la peinture en levant les yeux au ciel. Je ne veux même pas savoir ce que tes amis et toi venez faire ici.
– Je vous le confirme, ça ne vous ferait certainement pas plaisir, ricana Sirius. Vous oublierez que vous nous avez vu ?
Le portrait eut un petit gloussement et Harry se demanda très sérieusement si son parrain était réellement en train de flirter avec un tableau. Elizabeth Burke hocha la tête d'un geste sec, faisant pencher dangereusement son chapeau sombre et pointu sur sa collerette blanche. Sirius lui adressa un dernier sourire charmeur et Peter ne s'embêta pas à cacher son ricanement narquois devant son comportement, les yeux rivés sur la carte du maraudeur.
Caché derrière le tableau à moitié entre-ouvert, Harry observa son parrain se poster devant le mur d'entrée de la salle commune de Serpentard et sortir une bombabouse de sa poche.
– Par Merlin, pourquoi ne lui ai-je pas demandé ce qu'il comptait faire ? marmonna Harry en grimaçant, se résignant mentalement à la puanteur qui ne manquerait pas de s'accrocher à leur robe.
En face de lui, Peter eut un petit sourire satisfait.
– Ça va aller, c'est pas la première fois qu'il fait ça.
– Merci, je m'en doute, grogna Harry.
Sirius positionna la bombabouse par terre contre le mur de pierres avant de sortir sa baguette d'un geste nonchalant, sachant pertinemment que Peter le préviendrait si quelqu'un faisait mine de vouloir sortir de la salle commune.
– Bombarda ! chuchota-t-il avant d'ajouter à toute vitesse, la baguette résolument pointée vers le mur : Ventus !
Sans y croire réellement, Harry prit une profonde inspiration. La terrible odeur à laquelle il s'attendait ne vint jamais. À la place, Sirius se coula à nouveau à travers l'ouverture du passage secret, un sourire hilare sur le visage et referma le panneau de bois sur lui.
– Sachant qu'ils sont sous le lac et qu'ils ne peuvent pas ouvrir de fenêtres, j'aimerais pas être à leur place, rigola-t-il en passant une main dans ses cheveux. Bon, ça devrait pas tarder…
– C'est bon, ils sortent, fit Peter avec un grand sourire en scrutant sur la carte la multitude de traces de pas qui se bousculaient à l'entrée de la salle commune de Serpentard et Harry ne put retenir un fou rire en entendant les cris de protestations et les bruits de course à moitié étouffés par le tableau d'Elizabeth Burke.
Quand Peter leur donnèrent le feu vert pour sortir, ils se précipitèrent devant le mur de pierres en grimaçant.
– Par Merlin, ça pue réellement !
– On dirait que tu le redécouvres à chaque fois, dénota Peter en haussant un sourcil.
– Rappelez-moi de ne plus jamais écouter les plans foireux de James.
– Ça aussi, tu le dis à chaque fois. Une idée pour le mot de passe ?
Harry pencha la tête sur le côté, à moitié amusé, à moitié désabusé.
– Vous ne connaissez pas le mot de passe pour entrer ?
Le sourire que Sirius lui renvoya était désarmant d'innocence.
– Je vais le trouver. Je suis très fort pour ça. C'est pour ça que je suis indispensable pour entrer chez les Serpentards.
Harry hocha la tête, réprimant un éclat de rire.
– Et modeste avec ça…
– C'est l'une de mes innombrables qualités, tu sais bien. Bon, essayons… Noblesse pour toujours.
Aucune porte n'apparut devant eux et Harry haussa un sourcil en direction de son parrain.
– Noblesse pour toujours, vraiment ?
– Mouais, trop sang-pur au goût de Slughorn, probablement, acquiesça Sirius. Ambition et noblesse ? Grandeur et ambition ?
Un léger sifflement se fit entendre et une porte en acier noire se dessina dans le mur du couloir. Sirius laissa échapper un bref éclat de dédain.
– Grandeur et ambition, sans déconner, c'est ça leur mot de passe ? s'esclaffa-t-il en secouant la tête. Et ben dis donc…
– Sirius, c'est pas le moment, le reprit Peter en poussant la porte. Oh bordel, ça pue.
Il grimaça de dégoût en pénétrant dans la salle commune baignée d'une lumière verte. Du point de vue de Harry, l'endroit n'avait pas tellement changée en vingt ans. Les lampes rondes et verdâtres étaient suspendues aux mêmes chaines que dans son souvenir et le feu qui crépitait dans la cheminée n'arrivait pas à rendre la pièce chaleureuse. Pas avec les crânes qui tapissaient les murs en guise de décoration.
– Qu'est-ce que je préfère notre salle commune, murmura Harry en frissonnant et les deux autres lui offrir un hochement de tête compatissant.
– Bon, Peter tu montes la garde, souffla Sirius. Harry et moi, on va s'occuper de ces petites horreurs…
Il sortit deux fioles opaques de la poche de sa robe et en tendit une à Harry qui l'attrapa précautionneusement.
Par pitié, ne te renverse pas cette merde dessus, railla sa conscience alors qu'il suivait Sirius à travers un long couloir au fond de la salle commune.
Son parrain lui désigna une porte d'un geste de la main et Harry dégaina sa baguette. Il n'était pas assez fou pour pénétrer dans la chambre d'un mangemort en devenir sans précaution.
– Alohomora.
Toujours prudent, refusant de toucher la poignée à main nue, il poussa la porte du bout de la baguette qui s'ouvrit sans résistance. Il traversa la petite pièce en deux enjambées et tourna sur lui-même à la recherche d'un indice pour lui indiquer quel lit parmi les cinq qui lui faisaient face était celui qu'il cherchait. Avisant des livres sur les tables de chevet, il les ouvrit d'un coup de baguette et trouva rapidement le nom de Mulciber, écrit à l'encre verte sur une deuxième de couverture.
Un sourire un peu malsain prit place sur son visage alors qu'il débouchait la fiole et la renversait sur le lit du Serpentard. Le liquide s'évapora avant de toucher les draps mais Harry savait que le mal était fait. Il sortit de la pièce sans demander son reste, pour tomber sur Sirius qui souriait sauvagement en sortant d'un dortoir un peu plus loin dans le couloir.
– C'est bon pour toi ?
Harry hocha la tête.
– Ok, on traîne pas, on rejoint Pete et on décolle.
Il soupira.
– Dire qu'il faut encore qu'on passe chez les Serdaigles…
Harry éclata de rire devant l'air faussement navré de son parrain qui lui adressa un regard appréciateur.
Quand ils pénétrèrent à nouveau dans la salle commune en ricanant à voix basse, Peter leur adressa un drôle de regard et Harry fronça les sourcils en comprenant qu'il lui était destiné.
Avant de sentir un poids s'écraser au fond de son estomac quand la voix accusatrice de Peter s'éleva à travers la pièce et ricocha contre les murs froids de pierres nues :
– Tu n'apparais pas sur la carte. Comment est-ce seulement possible ? Pourquoi tu n'apparais pas sur la carte ?!
Bonjour à vous tous !
Quelques petites précisions sur ce chapitre : Elizabeth Burke a effectivement été directrice de Poudlard, probablement au XVIe ou XVIIe siècle et son portrait existe bel et bien. Il cache réellement un passage secret qui s'ouvre sur la phrase « Serpentard pour toujours ». Au vu de la grandiloquence de la chose, les mots de passe proposés par Sirius ne me paraissent pas totalement dénués de sens.
J'ai adoré mettre l'accent sur Sirius, cette semaine (ben voyons). Je l'imagine tout à fait enjôler tout ce(ux) qu'il peut, tableaux compris, pour avoir leur complicité. Et vous ? :)
Je finirai pas dire que si je détestai initialement le personnage de Peter, je me suis obligée à apprendre à l'aimer un minimum pour le présenter en tant que maraudeur (timide et renfermé certes) mais maraudeur quand même. Et Harry n'arrête pas de le mettre à l'écart, c'est terrible ! Pour ce chapitre en particulier, je ne peux m'empêcher de me dire « Pauvre Peter ». Je me sens terriblement coupable, mais l'histoire se passant du point de vue de Harry, je ne pouvais pas lui donner plus d'importance… Aïe, aïe, aïe.
Tout ceci mis à part, qu'avez-vous pensez de cette petite excursion chez les Serpentards ? :)
Je vous dis à la semaine prochaine,
Aech.
