Chapitre 6 : Dernière ligne droite

Jour 1

Quelques heures plus tard, au premier point de largage, Harry et Lya sautèrent de l'hélicoptère qui les avaient transportés jusque là.

Les deux enfants atterrirent sans trop de dommages sur un sol boueux.

Ils se relevèrent et après s'être mutuellement assurés qu'ils n'avaient rien, ils commencèrent à chercher des indices sur leur nouvelle destination.

À quelques mètres de leur point d'arrivée, ils trouvèrent une pochette plastifiée contenant les instructions pour la suite de leur parcours. Mais avant de commencer à les déchiffrer, ils firent le tri entre les objets dont ils seraient sûrs d'avoir besoin et ceux qui ne feraient que les encombrer inutilement.

Ensuite, ils s'intéressèrent à leur ordre de mission. Écrit en deux exemplaires, chacun dans une langue différente, il leur indiquait la distance à parcourir et le temps qu'ils avaient pour le faire : ils avaient jusqu'au lendemain, même heure, soit près de 24h, pour parcourir la quarantaine de kilomètres qui les séparaient de leur objectif. En temps normal, ils n'auraient eu aucun mal à parcourir une telle distance en un laps de temps aussi élevé. Seulement, ils n'étaient pas « en temps normal » : la boue et la forêt ralentiraient considérablement leur vitesse de progression. Ils ne pouvaient donc se permettre de traîner.

Ce fut pourquoi ils se mirent directement en route. D'autant plus qu'ils ne pouvaient se fier qu'au soleil pour estimer l'heure, puisqu'ils avaient dû laisser tous leurs effets personnels, montres incluses, dans leur chambre du campus. Le soleil étant principalement masqué par la densité et la hauteur des arbres, ils n'avaient donc presqu'aucune notion du temps.

Ils commencèrent à marcher d'un bon pas, en silence pour économiser leur souffle. Si bien que le seul bruit était celui de leurs pas sur le sol. Mais le silence n'était pas pesant pour autant, au contraire il était presque apaisant.

D'aussi loin qu'il se souvenait, Harry avait toujours préféré le silence au bruit. Ce qui était probablement l'une des raisons pour lesquelles les Dursley le laissaient plus ou moins en paix bien qu'ils ne l'aimaient pas : capable de passer des heures sans faire un seul bruit, il avait toujours été un enfant des plus discret.

Le gros inconvénient de cette « capacité » était que les gens avaient parfois tendance à oublier sa présence. Autant avec les Dursley ça l'arrangeait plus qu'autre chose, autant il se souvenait parfaitement du jour où il avait visité CHERUB pour la première fois : lorsque Mac s'était rappelé de sa présence et avait parut surpris de voir qu'il était toujours là alors qu'il ne l'avait pas entendu de l'après-midi, il s'était excusé car il avait eu peur que l'homme soit finalement déçu de s'être rendu compte que, oui, il était toujours là.

Heureusement, celui qu'il appelait désormais « papa » lorsqu'ils étaient en privé, l'avait rassuré en lui assurant qu'ils l'aimaient, sa femme et lui, autant que leurs enfants biologiques

Seulement, perdu dans ses pensées, Harry avait momentanément oublié où il se trouvait : en pleine forêt malaisienne. Si bien qu'il aurait probablement fini à l'eau si sa partenaire ne l'avait pas attrapé par le col de son t-shirt, manquant par la même de l'étrangler. Il protesta :

- T'es dingue Lya ! T'as failli m'étrangler !

- Ça ne serait pas arrivé si tu arrêtais de rêvasser !

Harry s'excusa, expliquant qu'il s'était perdu dans ses pensées, puis ils repartirent après qu'elle lui ait rappelé qu'ici les erreurs d'inattention pouvaient leur coûter très cher. Elle ajouta :

- Je te préviens : si on doit recommencer le programme depuis le début à cause de toi, je ne te le pardonnerais jamais.

Il hocha la tête, indiquant qu'il avait compris le message. Toutefois, la jeune fille, préférant le garder à l'oeil « au cas où », lui demanda - ordonna serait plus approprié - de toujours marcher devant elle.

La journée s'écoula tranquillement, au rythme de leurs pas. Lorsqu'ils estimèrent qu'il devait être près de midi, ils sortirent leur repas de leur sac mais mangèrent sans s'arrêter : ils n'en avaient pas le temps.

Ils s'arrêtèrent en fin d'après-midi pour se reposer un moment puis repartirent. Ils ne savaient pas quelle distance ils avaient parcouru, ni combien de temps il leur restait pour atteindre l'objectif qui leur avait été fixé.

Ils ne s'arrêtèrent pas non plus pour dormir et, comme le midi, mangèrent en marchant.

Jour 2

L'aube commençait à apparaître à l'horizon lorsqu'ils atteignirent le cabanon qui était vraisemblablement leur objectif. Ils venaient de marcher pendant près de 24h d'affilée et Harry ne sentait plus ses pieds et il lui semblait que ses jambes étaient en feu tant elles le brûlaient.

Malgré cela, il savait qu'ils ne pouvaient pas se permettre de s'arrêter. Ils récupérèrent leurs ordres de mission et se remirent en marche : ils avaient jusqu'à 21h, soit entre 13 et 14h, pour parcourir la trentaine de kilomètres qui les séparaient de leur prochain objectif.

Cette fois-ci, contrairement à la veille, Harry fut attentif à son environnement.

Cela faisait près d'une heure qu'ils s'étaient mis en route lorsqu'il se mit soudainement à pleuvoir à très grosses gouttes. Ils coururent se mettre à l'abri dans la forêt, tout en faisant attention toutefois à rester assez près du chemin pour ne pas se perdre, mais la pluie était si forte que les quelques secondes qu'il leur fallut pour se mettre à l'abri suffirent à ce qu'ils soient trempés jusqu'à la moelle.

Malgré la densité des arbres, la forêt ne suffisait pas à empêcher la pluie de passer, si bien que le sol fut rapidement mouillé, rendant les racines des arbres très glissantes et les obligeant à s'entraider. De ce fait, ils ne pouvaient pas avancer aussi vite qu'ils l'auraient voulu et cela ralentissait considérablement leur progression déjà pas très rapide.

Ils ne surent pas combien de temps exactement dura l'averse mais elle disparut aussi soudainement qu'elle avait commencé.

Ils déchantèrent rapidement en découvrant que si les arbres étaient assez espacés pour laisser passer la pluie, ils ne l'étaient en revanche pas pour laisser passer le soleil. Si bien qu'ils étaient condamnés à avancer avec leurs vêtements froids et mouillés.

Comme ils avaient moins de temps que la veille pour atteindre leur objectif, ils ne prirent cette fois même pas le temps de manger vraiment, se contentant d'une pomme et d'un morceau de pain. Ils savaient qu'ils auraient probablement à souffrir des conséquences de ce repas plus que frugal mais Harry avait connu pire dans sa petite enfance et ils ne pouvaient de toute façon se permettre de perdre du temps : il préférait souffrir de la faim pendant quelques heures plutôt que de réduire à néant trois mois d'efforts.

Il faisait déjà nuit noire lorsque, quelques heures plus tard, ils arrivèrent en vue d'un chalet devant lequel les attendaient leur instructeur, Mr Harvey. Il les félicita : ils étaient dans les temps et, surtout, ils étaient les premiers arrivés.

Il leur dit qu'ils attendraient que les autres arrivent pour qu'il puisse leur expliquer comment se dérouleraient les deux derniers jours du programme.

Ils n'eurent pas très longtemps à attendre et une fois que tout le monde fut présent, l'adulte annonça la suite des réjouissances : le lendemain serait une journée de repos afin qu'ils soient en forme pour l'épreuve finale qui aurait donc lieu le surlendemain. Il ne leur dit pas en quoi elle consisterait : ils le découvriraient le moment venu.

Ils se couchèrent presqu'immédiatement une fois qu'ils eurent toutes les informations nécessaires à la suite du programme.

Ils dormaient, certes, dans des sacs de couchage mais Harry était à peu près sûr qu'il n'avait jamais été aussi heureux d'avoir une vraie nuit de sommeil. Une nuit complète.

Jour 3

Lorsqu'il se réveilla le lendemain, il fallut un petit moment à Harry pour se rappeler où il était et pourquoi. Il se redressa en position assise et constata qu'il était le seul à être réveillé. Il ne devait pas être très tard puisqu'il pouvait voir à travers les fenêtre qu'il faisait encore nuit.

Dans les heures qui suivirent, le reste du groupe se réveilla un par un. Les enfants passèrent la journée à se reposer en vue de l'épreuve du lendemain. Ils eurent également leur premier vrai repas depuis deux jours, le dernier remontant à la soirée passée à l'hôtel. Autant dire qu'ils étaient tous affamés.

Le soir, leur instructeur les envoya se coucher très tôt, arguant qu'ils avaient besoin d'une bonne nuit de sommeil afin d'être en forme le lendemain. Il ajouta qu'il ne voudrait pas qu'ils se plantent à cause d'un manque de sommeil mais ils n'arrivèrent pas à savoir si cette partie-là était ironique ou pas.

Jour 4

Harry fut réveillé très tôt par une douche pour le moins… glacée. Il lui fallut un moment pour comprendre que c'était dû à Mr Harvey qui lui avait versé un seau d'eau sur la tête. Le jeune garçon se fit alors la réflexion que la journée s'annonçait mouvementée. Et très longue. Il put constater qu'il n'avait heureusement pas été le seul à bénéficier de ce traitement : ses camarades étaient aussi trempés que lui.

Quelques minutes plus tard, ils étaient prêts à endurer ce qui s'annonçait probablement comme la journée la plus longue et insupportable de leur courte vie.

Mr Harvey les conduisit ensuite jusqu'à une clairière entourée par de grands arbres et prit la parole :

- Vous voyez ces arbres ?

Les recrues répondirent en chœur :

- Oui !

- Vos t-shirt y sont perchés, à vous d'aller les chercher. Je me fiche de savoir comment vous ferez, tant que vous les récupérez. Respectez simplement ces deux règles : ne vous séparez pas de vos sacs à dos et soyez de retour dans une heure. Si vous enfreignez l'une ou l'autre de ces consignes, considérez vous comme disqualifié d'office. Pour le reste, vous avez carte blanche. Il ajouta qu'il le saurait s'ils trichaient et repartit, les laissant seuls.

Les quatre enfants se regardèrent puis décidèrent de désigner l'un d'entre eux qui irait chercher les t-shirt. Alors que l'un des jumeaux allait se porter volontaire, Harry, qui se souvenait de l'avertissement de Lya, se désigna d'office.

Les autres fouillèrent dans leurs sacs jusqu'à trouver une corde qu'ils arrachèrent autour de la taille du brun. Il leur fit promettre de ne surtout pas le lâcher puis commença à grimper. Son sac à dos le ralentissait et les bretelles lui faisaient mal aux épaules. Malgré cela, il progressa lentement mais sûrement jusqu'à finir par apercevoir, un peu au dessus de sa position, un emballage plastique contenant ce qu'il reconnut comme étant leurs t-shirts. Il accéléra son rythme d'escalade et atteignit rapidement son objectif. Une fois qu'il eut l'emballage en main, il jeta son bras en l'air pour montrer qu'il avait réussi puis fit signe aux autres qu'ils pouvaient le faire redescendre.

Quand il fut en bas, ils se dépêchèrent de retourner auprès de leur instructeur qui les félicita pour leur réussite :

- Bravo les enfants ! Alors… Prêts à rentrer à la maison ?

- Oui Mr Harvey ! répondirent-ils simultanément.

Ils rassemblèrent leurs affaires puis l'adulte

pris cinq billets d'avion pour l'Angleterre pour l'après-midi même, après quoi ils regagnèrent tous l'hôtel.

Quelques heures plus tard, ils étaient à l'aéroport et attendaient leur avion. Bien qu'ils n'étaient pas censés en avoir le droit, Mr Harvey les laissait porter leur t-shirt nouvellement acquis.

Harry, comme ses camarades, passa la majeure partie du voyage à rattraper son sommeil en retard.

Il fut réveillé par Lya au moment où l'avion entamait sa descente.

Au cours des trois mois qui venaient de s'écouler, il était devenu ami avec les trois autres recrues mais s'était plus rapproché de sa partenaire que des deux autres garçons, ayant passé le plus clair de son temps avec elle.

Il avait beau avoir adoré cette année et demi passée au bâtiment junior, il avait tout de même hâte de pouvoir partir en mission.

Un peu plus tard, ils étaient dans la voiture que le campus avait envoyé pour les chercher. Harry ne savait pas si c'était l'impatience de retrouver ses tuteurs mais le trajet lui parut passer très vite. Lorsqu'ils arrivèrent, il avait l'impression qu'ils venaient tout juste de quitter l'aéroport.

Personne ne fut surpris de voir le directeur adjoint quitter son bureau pour accueillir le bus qui entrait sur le parking : il le faisait à chaque fois et tout le monde savait de toute façon qu'il était le tuteur de Harry. Les agents ne pouvaient pas avoir de famille connue mais le directeur laissait passer car, Mac n'étant que le tuteur du garçon, il n'était pas légalement considéré comme un parent.

L'homme aida Harry à déménager ses affaires dans sa nouvelle chambre au sixième étage du bâtiment principal.

Après avoir fini de vider ses cartons et mis ses vêtements dans l'armoire, il prépara sa tenue pour le lendemain.

Il pris ensuite le temps d'examiner en détail sa nouvelle chambre : elle était composée d'une pièce principale comportant un lit double, un bureau équipé d'un ordinateur portable dernier cri et un coin cuisine avec un mini frigo. Il y avait également une salle de bain avec baignoire et douche, un lavabo et des toilettes.

Il sortit ensuite dans le couloir au moment où ses camarades sortaient également de leurs propres chambres. Ils furent heureux de constater qu'ils étaient tous dans des chambres voisines.

Harry, lui, était impatient de commencer sa vie d'agent.