Bonjour à tous ! Une fois n'est pas coutume, je poste le 17e chapitre un peu en avance. Je vous souhaite une très bonne lecture !
– Comment ça, il n'apparaît pas sur la carte ? répéta Sirius d'un ton suspicieux et Harry ferma brièvement les yeux, tentant de calmer de son mieux les battements de cœur affolé qui tambourinait contre sa poitrine.
Heureusement que tu as anticipé ! brama la petite voix dans sa tête. Bordel, heureusement que tu as anticipé !
– Je t'assure, Patmol, murmura Peter, incrédule. Il n'apparaît… juste pas sur la carte.
Le regard noir que Sirius lança à Peter n'échappa pas à Harry qui fit semblant de ne rien remarquer. Si le fait que les maraudeurs s'évertuaient à lui cacher la lycanthropie de Remus l'agaçait au plus haut point, il ne pouvait en revanche pas s'offusquer de leur prudence quant au fait qu'ils étaient des animagi non déclarés. Ils ne risquaient ni plus ni moins qu'Azkaban si leur secret était découvert et malgré quelques lapsus, Harry ne pouvait qu'approuver le fait qu'ils évitent de trop s'appeler par leur surnom devant autrui.
Il vit Peter rougir légèrement face aux deux orbes couleur charbon de Sirius qui s'avança à grands pas vers lui. Son parrain tira la carte à lui sans ménagement pour la balayer rapidement des yeux avant de froncer encore plus les sourcils et Harry inspira profondément.
Il connaissait déjà parfaitement sa sentence mais il ne pouvait pas se justifier. Pas quand il n'était censé connaître l'existence de la carte que depuis de dix minutes. Ce dont il avait besoin, maintenant, c'était de jouer les ignorants. Apporter une explication rationnelle ne ferait que le rendre encore plus suspicieux, il en était persuadé, et il ne souhaitait pour rien au monde tirer plus qu'il ne le faisait déjà sur la corde fragile de la confiance des maraudeurs.
Il a fallu qu'il s'en rendre compte, aussi, grinça Harry intérieurement en évitant de toutes ses forces de fusiller Peter du regard.
Sirius darda ses yeux sur lui et Harry pria pour ne pas flancher face à l'expression à présent fermée de son parrain. Il ne lui laissa pas le temps de prononcer quoi que ce soit. S'il comprenait la méfiance des maraudeurs, il n'était pas spécialement disposé à en faire les frais plus que nécessaire.
Et puis… ils étaient toujours au milieu de la salle commune des Serpentards avec l'odeur infecte de la bombabouse. Les élèves pouvaient revenir n'importe quand avec un professeur et il aimait autant être de retour dans son propre dortoir avant que cela n'arrive.
– Je… hum, commença-t-il en hésitant, je peux savoir de quoi vous parlez ? On ne devrait pas… (Il désigna la salle commune d'un large geste de la main) … Je sais pas, pas traîner dans le coin ?
Sirius échangea un long regard avec Peter avant de hocher sèchement la tête.
– Ouais, déclara-t-il en se redressant légèrement. On s'arrache.
Il sortit de la salle commune sans un regard pour Harry qui, même si le ton de son parrain restait cordial, savait parfaitement que la discussion était loin d'être terminée. Les maraudeurs ne laisseraient jamais passer une chose pareille, soit par fierté mal placée, soit parce que tout, de son comportement à l'histoire qu'il leurs avait servie à son arrivée à Poudlard, était trop étrange pour ne pas paraître suspect.
Harry retint de justesse un soupir inquiet en se coulant à nouveau derrière le tableau d'Elizabeth Burke à la suite de Sirius et Peter. Il avait évité le pire et c'était déjà un soulagement. Il devait se focaliser sur cette seule vérité au lieu de se morfondre, et jouer le jeu. Toujours. Il préférait ne pas imaginer ce qu'il aurait pu se passer si la carte avait révélé son véritable nom.
Alors, même si les deux maraudeurs lui offraient à nouveau des regards en coin méfiants, même si la complicité qu'il avait eu avec Sirius chez les Serpentards ne lui paraissait que comme un lointain souvenir alors qu'ils envahissaient la salle commune de Serdaigle, même s'il savait qu'il serait confronté à un moment ou un autre, il décida que ça allait.
Et qu'il avait intérêt à trouver une explication un tant soit peu plausible d'ici là.
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James comprit immédiatement qu'il s'était passé quelque chose lorsque Sirius, Peter et Harry rentrèrent discrètement dans la salle commune des Gryffondors et que Sirius ne vint pas lui sauter dessus pour lui raconter leur expédition un sourire aux lèvres. Détournant le regard des premières et deuxièmes années face à lui, il chercha les yeux de son meilleur ami qui le fixa un instant avant d'articuler silencieusement : « Je te raconte après ».
James fronça les sourcils alors que Sirius disparaissait dans l'escalier qui menait aux dortoirs pour y ranger la carte, Peter sur les talons. Un peu inquiet, James tourna sur lui-même et découvrit Harry planté au beau milieu de la salle commune, l'air de ne pas trop savoir quoi faire. Il fronça les sourcils et s'approcha de lui.
– Il s'est passé quelque chose ?
La voix de James à cinq centimètres de lui fit sursauter Harry qui ne l'avait pas entendu arriver, perdu qu'il était dans ses pensées. Il prit une seconde pour remettre de l'ordre dans ses esprits et adressa un sourire incertain qu'il pensa approprié à James.
– Je sais pas trop, avoua-t-il en grimaçant légèrement. On a vidé les fioles sur les lits, ça c'est bon. Mais je crois qu'il y a eu un souci avec moi.
Il ne se serait jamais cru posséder des talents de comédien. C'était Ginny qui était douée pour inventer n'importe quel mensonge en un battement de cils. Fred et George répétaient continuellement à qui voulait bien l'entendre qu'elle était plus maligne qu'eux deux réunis. Lui était plus du genre à perdre ses moyens et ne rien dire du tout.
James fronça les sourcils, clairement surpris. Il pressa une main sur l'épaule de Harry qui trouva en ce maigre geste un plus grand réconfort que ce qu'il aurait jamais pu imaginer. Pendant deux secondes, il se sentit mal de mentir à James, avant de se fustiger mentalement.
Idiot, murmura sa conscience. C'est pas comme si tu pouvais débarquer et lui dire que tu es son fils.
– J'irai parler à Sirius, fit James avec un sourire serein, pas inquiété pour une mornille. T'en fais pas, va, des fois il est dur à suivre, Sirius.
– … Mais pas pour toi, répliqua Harry dans un fin sourire, un étrange sentiment de plénitude l'envahissant du simple fait d'entendre son père parler de son meilleur ami.
Il avait toujours écouté son parrain et Remus parler de James avec émotion. À présent, entendre James parler de Sirius avait un petit côté non seulement satisfaisant, mais également… apaisant. Comme si la boucle était bouclée, en quelque sorte.
James explosa de rire en hochant la tête.
– Je le connais depuis longtemps, expliqua-t-il en souriant, son regard se perdant sans qu'il ne s'en rende compte vers les dortoirs où se trouvait Sirius. Il est… Il est le frère que la vie a oublié de me donner.
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La confrontation survint plus rapidement que ce que Harry aurait cru. Les cours de défense terminés, Harry était descendu dans la Grande Salle en compagnie de Lily, Mary et Dorcas, laissant les maraudeurs entre eux. Les filles cherchaient déjà à améliorer leur prestation des deux dernières heures et le problème de trouver une véritable salle d'entraînement à l'abri des regards des professeurs se posait fatalement.
Harry faillit vendre la mauvaise mèche en lançant par pur réflexe : « Et la Salle sur Demande ? ». Ça aurait été un peu bête après sa brillante conversation avec James.
Les maraudeurs apparurent une bonne demi-heure après le début du repas et s'ils se comportèrent comme s'il ne s'était rien passé dans la salle commune de Serpentard, ils n'adressèrent pas la parole à Harry, se contentant de petits regards en coin mitigés. Harry abrégea son diner et monta directement dans son dortoir. Une douche brûlante plus tard, il manqua faire un arrêt cardiaque en sortant de la salle de bain à moitié nu en découvrant les quatre maraudeurs qui l'attendaient, assis sur leur lit.
Il prit une profonde inspiration.
– … Vous allez enfin me dire quel est votre problème avec moi ? demanda-t-il d'une voix douce, en récupérant un t-shirt dans sa malle qu'il enfila rapidement.
– On n'a pas de problème avec toi, assura Remus d'un ton ferme et Harry fronça les sourcils en ancrant son regard dans les prunelles dorées du lycanthrope.
– Non ?
– Non, affirma James. Mais il y a effectivement un problème. Et ce problème (il secoua la carte du maraudeur de nouveau à l'état de simple bout de parchemin) est que tu n'apparais pas sur notre carte.
Harry se laissa tomber sur son lit en soupirant.
– J'avoue ne pas comprendre en quoi c'est un souci, souffla-t-il en les regardant droit dans les yeux.
Ne détourne pas le regard, lui avait un jour chuchoté Ginny. Tu peux faire avaler n'importe quoi à quelqu'un si tu le regardes droit dans les yeux sans défaillir.
Il ne comptait pas vraiment leur faire avaler n'importe quoi, mais il fallait absolument qu'il les convainque qu'il ne savait pas de quoi ils parlaient.
L'absence de réponse de la part des maraudeurs lui fit penser que le problème était plus de l'ordre de l'ego de croire leur œuvre non fiable que de la méfiance pure et dure à son encontre. La constatation le rassura passablement, restait à savoir s'il ne se trompait pas complètement.
– … Est-ce que le problème ne viendrait pas de la carte, tout simplement ? tenta-t-il en haussant les épaules. Je ne sais pas, je suis arrivé après la rentrée après tout…
– La carte ne se trompe jamais, répliqua Sirius avec une moue renfrognée et Harry aurait presque pu rire jaune en revoyant son parrain dans la cabane hurlante lui asséner la même rengaine.
– … La carte est sous le coup d'un sortilège d'homonculus, expliqua James après un regard interrogatif vers les trois autres. Toutes les personnes présentes dans l'enceinte de Poudlard apparaissent dessus. Sauf toi. Avoue que c'est… troublant.
Harry sentit une bile amère remonter dans sa gorge. James venait de lui faire penser à l'excuse la plus bancale qui soit mais il allait tout de même tenter sa chance. Il fit mine de réfléchir en ramenant ses genoux sous son menton, les entourant de ses bras en un réflexe protecteur. Les yeux inquisiteurs de Remus ne le lâchèrent pas une seconde.
– … Je ne sais pas si ça peut être une explication, finit par murmurer Harry et cette fois, malgré toute sa volonté, il ne parvint pas à regarder les maraudeurs dans les yeux aussi garda-t-il le regard fixé sur son matelas. Comment dire…
Il frissonna face aux souvenirs qui se bousculaient derrière ses yeux à l'idée de ce qu'il allait avouer à demi-mots mais il ne pouvait pas faire marche arrière.
– J'ai… J'ai reçu un sacré paquet de sortilèges, souffla-t-il, quand je me suis battu contre Voldemort et ses mangemorts. J'ai subi des formes de magie noire, et aussi quelques Impardonnables.
Sirius sursauta brutalement sur son lit sans que Harry ne s'en rende compte. Il ne voyait plus le dortoir de Poudlard mais Hermione se vidant de son sang sur les dalles du Ministère. Il voyait Cédric mourir dans le cimetière. Arthur Weasley après l'attaque de Nagini, Sirius, Remus, Tonks, Colin…
Tous ta faute, murmura sa conscience dans une plainte déchirante.
Un long frisson glacé le fit trembler violemment et il secoua la tête, le visage blême, s'extirpant des visions de tous ces morts et de toute cette souffrance qu'il avait engendrée.
Quand il releva la tête, James s'était déplacé aux côtés de Sirius, soutenant son meilleur ami d'une main dans le dos. Les maraudeurs l'observait sans un mot et Harry dut fournir un effort colossal pour se rappeler de ce qu'il disait avant de se faire engloutir par des souvenirs qu'il avait eu l'audace de croire enfin enfouis au fond de lui.
– Alors, livra-t-il dans un souffle, je ne sais pas si c'est la bonne explication, mais le sortilège d'homonculus est peut-être affecté par… par tout ça.
Alors, qu'en dites-vous ? :) Encore une fois, sans l'avoir vraiment prévu, Harry en dévoile un peu plus sur ce qu'il a vécu… On se rapproche lentement de la vérité. Ou pas :)
Que pensez-vous du fait que Harry soit plus torturé par la douleur des autres plutôt que la sienne ?
À la semaine prochaine !
Aech.
