Livrez-moi Harry Potter, susurrait la voix de Voldemort. Et personne ne sera blessé. Livrez-moi Harry Potter et vous serez récompensés…

La voix de Voldemort ricochait contre les murs en ruine de Poudlard, emplissait les esprits de chaque sorcier présent, les laissant plus brisés et impuissants que jamais. Le monde se mit à tourner autour de Harry qui reçut chaque regard accusateur comme un coup de couteau en pleine poitrine. Il essaya d'articuler quelque chose mais sa langue était collée à son palais. Avec horreur, il se rendit compte que ses bras et ses jambes étaient maintenus contre son corps par des liens argentés et un sentiment de pure terreur s'empara de lui.

Une deuxième voix perça le silence et le monde arrêta de tourner.

Il est là ! hurla Pansie en pointant Harry du doigt.

Les arbres sombres et immenses de la Forêt Interdite remplacèrent les murs en ruine. Il se tenait à présent devant l'armée de Voldemort au complet. Toujours incapable de bouger, il voyait pourtant parfaitement la Serpentarde dans son dos.

Que quelqu'un l'attrape !

Un sanglot rauque lui échappa quand il vit le sourire torve de Voldemort. Il savait parfaitement ce qui allait se passer. Et plus que tout, il aurait préféré mourir plutôt que d'y assister une fois encore.

Il voulut supplier mais aucun son ne sortit de sa bouche. Voldemort leva lentement sa baguette vers lui.

AVADA KEDAVRA !

Un éclair noir le percuta et Harry vit avec horreur un James âgé de seize ans recevoir le sort de plein fouet à sa place. Le cri de désespoir de Harry fit écho au râle d'agonie de son père qui ne put que murmurer un « Ta faute… » douloureux.

La scène bascula à nouveau et Harry reconnut immédiatement le hangar à bateaux. Le clapotis de l'eau contre les murs de la cabane et le sang qui gouttait au sol était assourdissant. Il se précipita sur le corps de Rogue, fut surprit d'y arriver et se laissa tomber à genoux à côté du sorcier qui ne le quittait pas des yeux. Il posa en tremblant une main sur sa blessure pour tenter d'arrêter l'hémorragie tout en sachant pertinemment qu'il était trop tard. Bien trop tard.

Prenez… Prenez-les, souffla Rogue avec le visage de Fred et l'estomac de Harry se tordit alors que les murs changeaient pour devenir ceux marbrés du manoir des Malefoy.

HARRY !

Le hurlement de Hermione lui arracha une plainte sourde. Il se précipita sur la première porte du long couloir devant lui qui refusa de s'ouvrir. Hermione poussa un deuxième cri alors qu'il s'acharnait successivement sur les poignées sans succès. La voix de Ginny qui se mêla soudainement à celle de Hermione l'anéantit.

ASSEZ, JE VOUS EN SUPPLIE ! hurla-t-il en s'en déchirer la voix alors que le couloir continuait sans fin devant lui, empli du rire de Bellatrix.

HARRY !

– Harry !

Harry se réveilla en sursaut, le regard fou, le cœur battant à tout rompre. Il ne vit que la main menaçante tendue vers lui dans l'obscurité.

Son corps réagit d'instinct. Une seconde plus tard, il plaquait Remus contre un des piliers de son lit à baldaquin d'un avant-bras contre la gorge, la respiration plus sifflante que jamais, le visage figé en une haine indicible. Il reconnut au dernier moment les prunelles ambrés du lycanthrope qui brillaient dans la pénombre du dortoir et il lui fallut un moment pour se souvenir d'où il était.

En réprimant un hoquet étranglé, il éloigna sa baguette de la jugulaire de Remus qui n'osait plus bouger, le regardant comme s'il était devenu fou.

Harry se laissa tomber sur son lit en tremblant, entourant sa poitrine de ses bras dans un maigre espoir pour se protéger de la vision de Ginny torturée par Bellatrix. Il sentit à peine Remus bouger et s'asseoir précautionneusement sur le matelas à côté de lui.

– … Désolé, finit-il par murmurer, les larmes aux yeux. Désolé, Remus, je voulais pas… Je te jure que je voulais pas…

– C'est rien, chuchota Remus en le sondant du regard comme s'il tentait de deviner la teneur absolue des cauchemars de Harry. C'est… C'est ma faute, je voulais te réveiller, mais…

Harry releva brusquement la tête, rouge de honte et de colère envers lui-même. Il détestait mettre les autres face à ses propres problèmes.

– Je t'ai réveillé ?

Le lycanthrope secoua la tête sans réfléchir pour nier avant de se rendre compte de ce qu'il venait de faire. Un éclair de panique passa brièvement sur son visage. Il hésita un instant avant d'ancrer son regard dans les yeux voilés de Harry.

– Je suis insomniaque, affirma-t-il avec force et si la situation avait été toute autre, Harry aurait presque pu rire de tous les efforts que Remus faisait. Au vu de l'étrange lueur argentée qui se reflétait dans les pupilles du lycanthrope, il savait parfaitement pourquoi ce dernier ne pouvait pas dormir.

Remus sembla hésiter un instant de plus et Harry se laissa happer par le reflet du disque lunaire qui formait un rond presque parfait sur sa rétine. N'importe quel prétexte était bon pour son cerveau malmené pour éviter de penser au rire de Voldemort, aux cris de Ginny, à la mort de James. Finalement, la voix de Remus le tira de ses pensées, à peine plus haute qu'un murmure dans le dortoir endormi :

– Quand… Quand j'arrive pas à dormir, commença-t-il en se mordant nerveusement la lèvre, je vais courir. Dans le parc. Tu veux venir ?

– Pardon ?

Le regard ahuri que Harry renvoya à Remus fit rire légèrement le lycanthrope. Ce dernier attrapa une paire de chaussures et lui lança un sourire tout à fait maraudesque.

– Allez viens, chuchota-t-il. De toutes façons (il lui adressa une grimace désolée) je doute que tu arrives à te rendormir…

Harry eut tout juste le temps de métamorphoser son pyjama et ses pantoufles en un jogging et une paire de baskets avant de suivre Remus qui se glissait sans un bruit hors du dortoir.

.

Courir eut au moins le mérite de vider l'esprit à Harry. Il suivit Remus qui semblait parfaitement savoir où il allait en se calant sur le rythme du lycanthrope. Juste avant de sortir du château, ce dernier avait tiré sa baguette de la manche de son pull en laine et l'avait pointée sur ses yeux en murmurant :

Lux.

Le monde en noir s'était soudainement illuminé sous le regard de Harry, révélant le paysage autour de lui dans une vaste palette de gris. Malgré l'angoisse qui continuait à lui plomber le ventre après son cauchemar, Harry n'avait pas pu s'empêcher de s'extasier silencieusement face au sortilège qu'il ne connaissait pas. Remus avait souri, mais n'avait pas pris la peine de s'appliquer le même traitement. Il s'était élancé dans la nuit sans un bruit et Harry s'était empressé de le suivre dans le parc.

À présent, ils courraient tous les deux sur un rythme régulier et seul le bruit de leur respiration perçait le silence entre eux. Quand ils passèrent sur les hauteurs du parc, Harry remarqua que Remus évitait consciencieusement de jeter un regard en contrebas, vers le Saule Cogneur. Il l'entraîna plutôt à travers la cour extérieure où Hermione et lui avaient vu Sirius disparaître dans le ciel sur le dos de Buck en troisième année.

Remus s'arrêta près de la fontaine qui trônait au milieu de la cour et se passa de l'eau sur la nuque en inspirant profondément. Il ne semblait absolument pas essoufflé. En revanche, Harry remarqua aisément sa mâchoire contractée et les légers tremblements de son corps alors qu'il s'appuyait contre le rebord de la fontaine et regardait obstinément droit devant lui. Bien haut dans le ciel, le rond presque parfait que formait la lune semblait le narguer silencieusement et Harry eut soudainement pitié du lycanthrope.

Il s'en voulut aussitôt, parce qu'il détestait recevoir ce genre de regard, pourtant quand il voyait à quel point Remus luttait pour maîtriser le loup qui grandissait inexorablement en lui, il ne pouvait s'empêcher de se sentir encore plus coupable. Parce qu'il savait parfaitement qu'avec Sirius à Azkaban, Remus avait dû faire face à son enfer personnel seul pendant douze ans. Et s'il avait deviné le jeune homme sous la surface abîmée, il revoyait parfaitement les yeux voilés de douleur et l'aspect miteux de son professeur qui ne l'avaient jamais réellement quitté.

Il crut faire un arrêt cardiaque en relevant la tête pour découvrir les yeux ambrés et pourtant presque argentés sous la lumière de la lune de Remus braqués sur lui. Il frissonna, dans l'attente de la question qui ne manquerait pas de venir.

Il savait parfaitement qu'il n'était même pas question de lui mentir. Avec la pleine lune dans la semaine et ses instincts… bestiaux poussés au maximum, Remus détecterait immédiatement son mensonge.

Oh bon sang…

Remus pencha la tête sur le côté et Harry s'assit lentement sur le rebord de la fontaine, laissant une main tremper dans l'eau. Le contact frai lui fit du bien et lui permit de faire face à la question de Remus :

– Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? murmura le lycanthrope d'un ton dénué de toute trace de pitié, ce que Harry apprécia.

– … La guerre, répondit-il en haussant les épaules et Remus sembla plus choqué par l'absence d'émotion dans sa voix, ce que Harry trouva presque drôle à la réflexion, que par la réponse elle-même.

Il était en guerre depuis ses quatorze ans. En guerre consciente, du moins. Sa vie avait été régit par la guerre, ça avait toujours été sa fatalité. Il avait appris à penser guerre, réagir guerre, et il savait qu'il était bon à ça. Et si les deux mois passés avec les maraudeurs lui montraient qu'il pouvait se reconstruire et redevenir « juste Harry », sa réaction épileptique face à Remus dans le dortoir ne faisait que le confronter dans sa pensée qu'il ne pourrait jamais réellement vivre en faisant abstraction de ses combats et de ses morts.

Il soupira. Remus n'osa pas poursuivre la conversation et bizarrement, ce fut son silence qui convainquit Harry de continuer.

– Voldemort se cache encore mais c'est bien une guerre qui est en court en dehors de ces murs, énonça-t-il en ancrant son regard vert dans les prunelles ambrées de Remus. Et il ne lui en faudra pas encore beaucoup pour imposer son idéologie de malade au monde entier.

– Pourquoi… souffla Remus, à moitié horrifié, à moitié subjugué par ses révélations avant de se reprendre en secouant la tête et d'opter pour une autre approche en se rappelant du tout premier aveu de Harry, deux mois plus tôt. Pourquoi toi ? Pourquoi ta famille ?

Harry sentit un poids s'enfoncer au fond de son estomac. Une bile acide remonta le long de sa gorge.

Si je te dis tout, Remus, que feras-tu ? Si je te dis que mes parents ont été trahis par leur meilleur ami, mais que leur frère était innocent, même si tout portait à croire le contraire… Si je te dis ça ? Tu comprendras ? Tu comprendras le moment venu ?

Harry écarquilla brusquement les yeux, horrifié par sa propre pensée. Il ne devait pas. Bordel, il ne pouvait pas révéler un truc pareil ! Il inspira profondément, se sachant scruté par le regard inquisiteur du maraudeur.

Il savait quoi dire. Il pouvait le faire.

Il souffla pour se donner du courage.

Seulement des petites bribes. Il se l'était promis. Il n'essayerait pas de sauver sa famille. Pas si c'était potentiellement – probablement – au détriment d'autres innocents parce qu'il faisait face à une forme de magie qu'il ne comprenait pas.

Allez… Ça va aller, Harry…

– Mes parents, articula-t-il la mort dans l'âme, ont été traqués et tués par Voldemort parce qu'ils faisaient partis d'un groupe de rebelles dirigé par…

– Il y a des rebelles aux États-Unis ? le coupa Remus d'une voix précipitée et le cœur de Harry rata un battement.

Ah, bordeeeel, scanda sa conscience, paniquée. Quelle idée de merde !

– … Je ne sais pas. Je suis anglais, à la base, expliqua-t-il à toute vitesse, le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine.

Il avait oublié ce détail, aussi. Le mensonge vint facilement :

– Mes parents se sont exilés aux États-Unis quand Voldemort a menacé de me tuer pour les atteindre. Mais ils sont revenus en Angleterre parce que…

Il fixa le maraudeur dans les yeux. Il savait parfaitement ce qu'il devait dire.

– … Parce que les rebelles sont dirigés par Dumbledore.

Les prunelles de Remus brillèrent dans la nuit.


Allez, bisous, hein ! :p

(PS : Lux est un sort que j'ai inventé pour les besoins de ce chapitre. Je suis assez étonnée de ne pas avoir trouvé un sort « officiel » mais après tout, c'est aussi amusant de sortir un peu des clous et d'imaginer de nouveaux sortilèges !)

À la semaine prochaine,

Aech.