Les maraudeurs ayant une vision toute particulière du concept consistant à aller jusqu'au bout de leurs idées, il fallut pas moins de quatre jours à Mme Pomfresh pour concocter l'antidote contre la nouvelle apparence de Rosier, Mulciber et Adler. Les ingrédients nécessaires avaient malencontreusement tous disparus de la réserve de Slughorn…

Quatre jours pendant lesquels Harry appris, non sans un réel ébahissement, que l'on pouvait être un maraudeur et connaître une certaine notion de discrétion sans forcément s'appeler Remus Lupin. Car malgré un regard appuyé de la part de Lily, pas dupe pour une mornille ainsi que la suspicion évidente de McGonagall et Dumbledore à leur encontre, personne ne semblait se douter de leur culpabilité, ce que Harry jugea très amusant. Après tout, c'était peut-être bien la première fois que les maraudeurs ne revendiquaient pas un de leurs coups. Les ragots et les théories se succédaient à travers tout le château et Harry se surprit à emboiter le pas aux maraudeurs en alimentant massivement les commérages. Poudlard était en émoi et Dumbledore ne pouvait rien faire contre lui à cause de sa sacro-sainte ligne de conduite, faute de preuves. De son point de vue, c'était jouissif.

Les certitudes demeuraient, toutefois, et Harry sentit plus que jamais peser sur lui le regard électrique du vieux sorcier pendant plusieurs jours. Les maraudeurs et lui se contentèrent de jouer le rôle des parfaits petits élèves qu'ils n'étaient pas avec un sourire insolent, mettant un point d'honneur à garder une attitude exemplaire.

Le plan marcha parfaitement sauf au moment où Harry faillit écoper d'une retenue pour avoir littéralement explosé de rire en cours de métamorphose en ouvrant le livre de James devant McGonagall. Sur des pages et des pages s'étalaient des dessins crayonnés à la va-vite dans les marges, des morpions ainsi que des petites bandes dessinées en plusieurs cases mettant en scène un mini-James et un mini-Sirius possédant respectivement des bois et des oreilles de chien sur la tête. James s'était tendu imperceptiblement à la vue du « Cornedruuuue, au secouuuurs » que Sirius-Patmol adressait à son homologue avec des yeux larmoyants, une tablette de chocolat entamée dans les mains. Il avait longuement sondé Harry du regard bien après que McGonagall ait tourné le dos avant de lui sourire comme si de rien n'était et Harry n'avait jamais été aussi soulagé de savoir Sirius occupé à embêter discrètement Remus pour faire attention à eux.

Cependant, même si les maraudeurs et lui-même faisaient de leur mieux pour faire profil bas – après tout, il s'agissait d'une mise en garde pas d'un coup d'éclat de leur part, le revendiquer n'aurait aucun sens – ça n'expliquait pas entièrement l'immunité dont ils semblaient faire soudainement faire preuve.

Harry en comprit la raison pendant la deuxième session des cours de duel, quand le professeur Flitwick lui murmura furtivement à l'oreille :

– N'hésitez pas à vous… défouler, M. Dubois, chuchota le professeur en lui lançant un regard entendu. Si, par hasard, vous auriez un doute.

Il avait appuyé le dernier mot. L'échange n'avait duré qu'une fraction de secondes, mais Harry avait compris. Si Dumbledore prônait l'apaisement et refusait d'amorcer le moindre semblant de contrôle sur les élèves de peur de mettre le feu à la poudrière qu'était devenue l'école, certains professeurs semblaient, eux, bien décidés à mettre un terme aux agressions.

Harry sourit, d'un vrai sourire sincère pour son professeur. Par expérience, il savait que la force de Dumbledore venait de la maîtrise que ce dernier avait de la situation. Le directeur jouait sa guerre sur le long terme, comme on joue une partie d'échec, plaçant minutieusement ses coups à l'avance sans hésiter à sacrifier des pions en chemin si c'était nécessaire. Harry le respectait pour cela parce qu'il se savait parfaitement incapable de faire de même et parce que la guerre lui avait appris que les états d'âme n'apportaient pas la victoire, mais si le Harry d'il y a deux mois avait accepté de se sacrifier, le Harry au contact des maraudeurs refusait que d'autres subissent le même sort.

Et c'était agréable de constater que, même parmi l'entourage proche du vieux sorcier, certains s'évertuaient à penser différemment du grand Albus Dumbledore.

Et de voir que même des adultes peuvent se bouger le cul, aussi, railla sa conscience sur un ton narquois.

Harry ancra son regard vert dans les yeux du directeur de Serdaigle et souffla d'une voix chargée d'émotions :

– On s'est compris, professeur.

.

La veille de la pleine lune, Remus qui n'avalait plus rien depuis deux jours s'effondra brusquement en cours de potion. Il passa le reste de la journée à comater dans le dortoir, refusant d'aller à l'infirmerie où étaient encore retenus Rosier, Mulciber et Adler et Harry put à nouveau sentir la nervosité et la méfiance des maraudeurs à son égard. Il pensait attendre encore un ou deux mois avant de leur révéler qu'il savait pour la condition du lycanthrope, mais en fait… il en avait marre.

Marre de Peter qui lui lançait continuellement des coups d'œil furtifs, de Remus plus pâle que la mort qui s'entêtait à répéter qu'il était juste malade – alors que merde, il n'avait même rien demandé – et de Sirius et de James faisant les cent pas dans le dortoir sans un mot.

Il soupira et se passa une main lasse dans les cheveux. Il savait parfaitement que révéler qu'il avait deviné la lycanthropie de Remus n'allait faire qu'attirer un peu plus l'attention des maraudeurs sur sa petite personne, mais franchement, il avait l'impression d'avoir atteint un tel degré de je-m'en-foutisme qu'il n'en avait plus rien à faire. En revanche, il se savait incapable de supporter encore la méfiance récurrente des maraudeurs une fois par mois.

Et puis, après leur avoir raconté une partie de son passé, il n'était franchement plus à un écart près, pensait-il.

Harry s'assit sur le bord de son lit et prit une profonde inspiration, s'attirant l'attention des quatre autres.

– Les gars, commença-t-il d'un ton égal, on va arrêter de se mentir, d'acc ? Parce que ça va vite m'énerver.

La peur qui se refléta un instant fugace dans les prunelles ambrées de Remus lui fit mal au cœur.

– Je sais, d'accord ? Et je m'en contre-fous. Ça vous va ?

Les maraudeurs levèrent instantanément la tête vers lui, les yeux écarquillés en une expression ébahie. Un silence inconfortable s'étira dans la pièce et Harry se demanda un instant s'il avait réellement bien fait de jouer la carte de la franchise. Il voulut ouvrir la bouche pour continuer mais ce fut Remus qui brisa le silence en premier.

– De… De quoi tu parles ? demanda-t-il d'une voix faible en fuyant son regard.

Harry leva les yeux au ciel.

– Oh bon sang, on va pas épiloguer… Remus est un loup-garou et vous trois des animagi. Pas de quoi en faire…

Il ne finit jamais sa phrase. James s'était jeté sur lui, le regard fou. Harry roula en arrière, évitant le poing serré de son père en dégainant sa baguette dans un geste flou, irréel.

Essaye encore de m'attaquer et tu vas te prendre mon poing dans la gueule ! siffla-t-il d'une voix blanche en dévisageant James sans réussir à croire que son père ait essayé de le frapper.

Sirius lui offrit un regard noir en retenant son meilleur ami par l'épaule pour le faire se rassoir sur son propre lit et Harry ferma brièvement les yeux, s'obligeant à inspirer profondément pour tenter de calmer ses battements de cœur affolés. Il avait réagi par réflexes, mais c'était l'expression sur le visage de James qui lui faisait le plus mal. Des quatre maraudeurs, il était celui qui n'avait jamais montré ouvertement son manque de confiance envers lui.

Et il a essayé de te frapper. Putain…

Il rengaina sa baguette en tremblant, les larmes lui montant aux yeux sans qu'il ne puisse rien faire pour les arrêter.

– Vous entendez ce que je vous dis ? grinça-t-il d'une voix acide. Je. M'en. Fous. Et même si vous n'avez toujours pas l'air de me faire putain de confiance, sachez que je ne dirai rien. Sur aucun d'entre vous.

Sirius lui lança un haussement de sourcil hautain, le toisant de toute sa superbe aristocratique et Harry sentit son corps se liquéfier sur place.

– Quoi ? répliqua-t-il plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu. J'aurais dû faire l'autruche et ne rien dire ? Accepter vos putains de regards en coin une fois par mois ? Les excuses de Remus sur une pseudo maladie moldue ? Me faites pas rire, bordel !

– Ou tu aurais aussi pu la fermer, asséna Sirius sur un ton assassin avant de se faire couper brusquement la parole en recevant un des coussins de Peter en pleine figure.

Harry sursauta violemment en clignant des yeux, pensant un instant avoir rêvé alors que Sirius tournait une tête interloquée dans la direction opposée.

Pourtant, Peter se tenait bien à l'autre bout de la pièce et récupérait à présent un deuxième coussin qu'il lança sur James, puis un troisième sur Remus. Dire que l'expression des quatre autres était effarée était un euphémisme.

Est-ce qu'il… Est-ce qu'il est en train de prendre ta défense ? couina la petite voix dans sa tête alors que Harry avait l'impression de s'être pris un coup en plein estomac.

– C'est bon ? demanda le plus jeune en toisant successivement les trois maraudeurs qui n'avaient pas non plus l'air d'en revenir. Je crois que c'est le moment où on peut se calmer là ?

– Pete… tu… articula difficilement Remus qui avait l'air perdu au milieu de ses couvertures. Heu…

Peter eut un claquement de langue agacé, même si son visage rouge indiquait clairement qu'il n'était pas franchement à l'aise à réprimander ses amis.

– C'est bon, Rems. T'as eu exactement la même réaction quand c'est nous qui t'avons dit qu'on avait deviné pour toi et ça nous avait pris trois ou quatre mois aussi. Je vois pas ce qui te choque.

Le lycanthrope baissa la tête, le visage défait et Peter sembla hésiter à lui proposer du chocolat pour le réconforter ou continuer sur sa lancée. Heureusement pour lui, le rire si caractéristique de Sirius explosa dans le dortoir et Peter poussa un soupir de soulagement audible par tous en se rasseyant sur son lit un petit sourire satisfait sur le visage, laissant l'attention se diriger à nouveau vers Sirius et James qui s'était mis à rire à son tour sous le regard perplexe de Harry qui ne savait plus où se mettre.

James essuya une larme de rire au coin de son œil et se tourna vers ce dernier qui se mit immédiatement sur la défensive. Pourtant, James n'avait plus l'air énervé, seulement surpris.

– Excuse-nous, Harry, murmura-t-il en se grattant la tête, gêné. On a réagi violemment parce qu'on ne s'attendait pas… à ce que tu découvres tout ça, quoi.

Harry releva la tête avec défi.

– Je vis dans votre dortoir, par Merlin ! Bien sûr que j'allais comprendre !

– Pour Remus, je dis pas, intervint Sirius en s'adossant contre son lit à baldaquin, les bras croisés sur sa poitrine. Mais pour… Pour les animagi ?

Il avait baissé la voix par réflexe sur la fin de sa phrase, mais tout comme James, il ne semblait plus énervé. Plutôt vaguement intéressé. Comme si le danger que représentait potentiellement Harry l'amusait à présent au lieu de le rendre méfiant.

– Pour Remus, c'était facile, asséna Harry, dans le sens où tu n'es pas le premier loup garou que je fréquente.

Il ancra son regard dans les yeux voilés du lycanthrope qui hocha timidement la tête, un air toujours coupable plaqué sur le visage. Harry se vit se lever et le secouer de toutes ses forces pour lui enlever son expression avant de se raviser, de mauvaise foi.

– Quant à vos animagi, reprit-il finalement, si vous ne vouliez pas que je comprenne la vérité, vous n'auriez pas dû me laisser voir les dessins de James sur vos lettres pendant les vacances et dans ses bouquins de cours. Et vous n'auriez pas dû vous appeler Queudver, Lunard, Patmol et Cornedrue devant moi.

James laissa échapper un rire nerveux alors que les trois autres le fusillaient du regard avant de reporter leur attention sur Harry qui croisa les bras sur sa poitrine en se renfrognant.

– Ah oui, et vous n'auriez pas dû me réveiller pendant la première pleine lune et vous transformer dans le parc du château.

Cette fois, ce fut Sirius qui explosa de rire devant l'ébauche de sourire narquois de Harry.

– … Tu ne diras rien ? demanda finalement James, l'air plus sérieux que jamais.

– Non, affirma Harry en levant les yeux au ciel pour la deuxième fois. Bien sûr que non.

– Alors ça nous va, déclara son père avec son immense sourire qui lui mangeait la moitié du visage et Harry se dit que peut-être, peut-être, James était tout aussi soulagé que lui que l'abcès ait été crevé.

Remus toussa faiblement de son lit et leva ses yeux fiévreux vers Harry qui eut l'impression d'être passé aux rayons X par son regard.

– Ça… ça ne te dérange vraiment pas ? De vivre avec…

Harry sentit le fantôme d'un sourire fleurir sur ses lèvres.

– Ferme-la, Remus.

Et alors que Peter poussait des cris de protestation indignés parce que Sirius lui renvoyait ses coussins avec une force digne du batteur de l'équipe de Quidditch de Gryffondor, James se pencha vers Harry pour lui demander à l'oreille :

– Au fait, c'est quoi une autruche ?


Bonjour à tous !

J'avais tellement hâte de poster ce chapitre ! ENFIN, Harry se fait accepter et intégrer entièrement par les maraudeurs mais il se rapproche dangereusement de la limite ! En tout cas, maintenant qu'ils n'ont plus de secrets pour lui, ils n'ont plus à surveiller leurs faits et gestes en sa présence… À présent, je meurs d'envie d'écrire la suite et de montrer leur relation sous un nouveau jour !

Qu'avez-vous pensé de Peter et de l'alchimie entre les quatre maraudeurs ? :)

À la semaine prochaine,

Aech.