Je sais, je sais, encore une fois je livre ce chapitre en avance. Mais, eh, je suis sûre que ça vous fait plaisir et tout l'honneur est pour moi !

En vous souhaitant une très bonne lecture !


Quand Harry descendit dans la Grande Salle pour prendre son petit-déjeuner ce matin-là, il crut que la fin du monde était définitivement arrivée. Devant les énormes portes en bronze se tenait une Lily furieuse en train d'incendier dans les règles de l'art un Rogue qui essayait tant bien que mal d'en placer une. Harry resta deux secondes interdit devant le spectacle alors que sa conscience protestait mollement au fond de son esprit :

Ah, non. Non, non, non, non, non. Il est beaucoup trop tôt pour se crier dessus. Ça ne va pas du tout.

Avisant les autres élèves qui traversaient le hall à toute vitesse l'air pas plus surpris que ça, il se résigna à faire de même, désireux de mettre le plus de distance possible entre lui et l'Apocalypse.

Il s'assit à la table des gryffondors à côté de Frank Londubat qui se décala pour lui laisser de la place et se servit une première tasse de café. Il avala trois grandes gorgées brûlantes et soupira de contentement.

– Il se passe quoi, au juste ? demanda-t-il à Mary avec l'impression d'avoir le cerveau déjà un peu plus clair et en état de marche.

La jeune fille haussa les épaules dans une attitude purement nonchalante alors que Dorcas ricanait à ses côtés.

– Il se passe qu'un abruti de première est en train de se prendre un sacré retour de karma. Je suis juste surprise qu'il ait osé adresser la parole à Lily avant son premier café.

Mary hocha la tête avec enthousiasme, une tranche de brioche dans chaque main.

– Le gars est suicidaire, approuva-t-elle avec l'air de celle qui savourait ce qui était en train de se passer. Salut, Marly.

Marlène McKinnon adressa un bref salut de la main à la tablée et se laissa tomber à côté de Harry avec un sourire amusé sur le visage.

– Intéressant ce qu'il se passe dans le hall, fit-elle en récupérant la cafetière que Harry poussait dans sa direction. Qu'est-ce que j'ai loupé ?

Dorcas laissa un sourire de caïman étirer son visage.

– Tu vas pouvoir lui demander, le dragon arrive.

Marlène laissa échapper un petit « oh » alors que Lily traversait la Grande Salle, un air furieux sur le visage, avant de s'asseoir brutalement entre Mary et Dorcas qui luttaient manifestement pour ne pas exploser de rire. Perplexe, Harry dévisagea rapidement les trois filles qui semblaient prendre un malin plaisir à faire comme si de rien n'était, aussi se résigna-t-il à poser lui-même la question qui lui brûlait les lèvres :

– Tout va bien ? Il te voulait quoi ?

Lily leva un regard noir dans sa direction alors que Frank murmurait un « RIP, mec ». Loin de se démonter – il sortait avec Ginny tout de même, ce n'était pas comme s'il craignait grand-chose d'une crise de colère, surtout s'il n'en était pas la cause – il haussa un sourcil en direction de sa mère et ajouta d'une voix égale :

– Si ce n'est pas indiscret, bien sûr.

Du coin de l'œil, il vit la moue appréciative de Mary et ne put s'empêcher de ricaner intérieurement. Il avait toujours été plus à l'aise avec les filles capables de pousser un bon coup de gueule pour se faire respecter.

Face à lui, Lily attrapa une tranche de pain et commença à la beurrer rageusement.

– Il se trouve, grinça-t-elle sans lever les yeux de sa tartine, que Sev a eu la merveilleuse idée de venir me demander qui étaient les responsables de l'état de ses amis. Comme si j'allais accepter de lui adresser la parole. Comme s'il avait le moindre droit de me demander quoi que ce soit. Quel con. Abruti. Troll. Crétin. Andouille.

Elle reposa brutalement le couteau sur la table alors que Dorcas soupirait à ses côtés.

– Par le caleçon de Merlin, grommela-t-elle en posant sa tête contre la paume de sa main, comment fait-il pour être aussi bête ?

Lily hocha vigoureusement la tête et Harry se sentit légèrement coupable que sa mère ait à subir Rogue à cause de lui et des maraudeurs, avant de comprendre que la jeune fille, pour cette fois au moins, n'était pas en colère contre eux.

– Troll des cavernes, répéta Lily en mordant dans sa tartine.

– Troll puant des cavernes, lui offrit Mary avec un sourire apaisant sur le visage et Lily hocha la tête, presque reconnaissante.

– C'est ça.

Harry étouffa un rire discret en plongeant le nez dans sa tasse de café et Marlène lui donna un coup de coude moqueur dans les côtes, manquant le faire avaler de travers. La seule pensée cohérente qu'il parvint à avoir alors qu'il se mettait à tousser violemment fut que ce serait tout de même un comble de mourir de cette façon quand il avait survécu au Avada Kedavra de Voldemort, et sa toux mêlée de rire repartie de plus belle.

– Au fait, reprit Lily en fronçant les sourcils une fois Harry calmé, où sont passés les quatre autres ? Tu les as perdus ?

Ils ont couru tout la nuit dans la Forêt Interdite en compagnie d'un loup-garou, pensa Harry en reprenant une certaine contenance.

– Ils dormaient encore quand je suis descendu. Je n'ai pas eu le cœur de les priver de leur grasse-matinée.

– Le spectacle aurait été amusant, pourtant, sourit Mary d'un air malicieux alors que les hiboux s'engouffraient dans un immense fracas de battements d'ailes à travers la salle.

La jeune fille leva le bras pour attraper la Gazette du jour et pâlit brusquement devant la Une avant d'étaler le journal en travers de la table pour que tout le monde puisse le lire.

Un Lord noir assassine des nés-moldus !

Le responsable des mystérieuses disparitions de nés-moldus s'est révélé hier soir dans la nuit, après l'attaque d'un festival de musique dans lequel jouait les Bizarr' Sisters. Ce sorcier répondant au nom de Lord Voldemort prônerait la suprématie des sang-purs sur les nés-moldus et moldus et inviterait les premiers à rejoindre sa cause pour restaurer la « grandeur du monde magique », selon ses dires. C'est avec une immense tristesse que le chef des Aurors, Andrew Cliffword, révèle que plus de deux cents forains nés-moldus ont été retrouvés morts après l'attaque du Lord.

Harry sentit un poing glacé se refermer sur sa poitrine alors que les visages blêmissaient autour de lui. On y était. Voldemort apparaissait enfin sur le devant de la scène en revendiquant sa folie et ses massacres et il n'avait rien vu venir. Avec horreur, il se rendait compte qu'avoir servi d'horcruxe avait au moins eu le mérite de lui servir d'alarme. Aurait-il pu empêcher cette tuerie si sa cicatrice l'avait réveillé au beau milieu de la nuit ?

Une bile amère remonta en flèche du creux de son estomac et le monde se brouilla autour de lui. Il était coupable. Coupable de savoir et de ne rien faire. Comment avait-il pu croire qu'il serait capable d'être un témoin silencieux et inactif ?

– M. Dubois ?

Harry releva brusquement la tête et cette fois, il crut qu'il allait défaillir pour de bon. Face à lui se tenait Dumbledore qui le scrutait par-dessus ses lunettes en demi-lune. Et malgré la réelle inquiétude qu'il percevait dans le regard électrique du vieux sorcier qui savait qu'arriverait le jour où Voldemort montrerait au monde sa véritable nature, Harry comprit immédiatement le message en filigrane qui lui était adressé.

Nous avons un accord. Ne fais rien, ne préviens personne. N'essaye pas de t'opposer à moi, en aucun cas.

La gorge sèche, incapable du moindre mot, Harry se leva précipitamment et quitta la Grande Salle en courant. Le fait que Mary, Dorcas, Marlène et Frank s'étaient brusquement rapprochés de Lily par réflexe, comme pour la protéger, ne lui avait pas échappé.

Il traversa le château en courant et trébuchant, le cœur au bord de lèvres. La Salle sur Demande apparut devant lui après son troisième aller-retour désespéré devant la tapisserie des trolls. Il pénétra à l'intérieur et vomit son petit-déjeuner.

Quand il releva la tête – une éternité plus tard lui semblait-il – il ne put retenir un gémissement plaintif. Le piédestal qui trônait au milieu de la pièce dans la pénombre semblait le narguer. Dans son esprit tournaient en boucle les paroles de Dumbledore dans son bureau, deux mois plus tôt. Il revoyait le directeur lui annoncer que la magie de l'arche, couplée à celle de la Salle sur Demande l'avait envoyé à une époque où il pouvait agir contre Voldemort. Il le revoyait le sommer de ne pas interagir avec le cours du temps.

Harry inspira profondément, le corps secoué par un sanglot silencieux. Il l'avait toujours su, au fond. Que tant qu'il n'aurait pas réglé ce pourquoi la Salle l'avait envoyé en 1976, il serait toujours coincé dans cette époque qui n'était pas la sienne. Et il était persuadé que Dumbledore aussi le savait. Le sorcier ne faisait qu'espérer trouver une autre solution pour le ramener chez lui parce que la première était inenvisageable.

Harry bascula la tête en arrière, laissant son crâne heurter les portes fermées de la Salle sur Demande. L'odeur de la bile emplissait la pièce, lui soulevant l'estomac. Il avait mal au ventre, il était épuisé. Pourquoi avait-il fallu qu'il passe la main à travers ce maudit Voile ?

Une pointe glacée lui transperça la poitrine. Et Sirius ? Était-il lui aussi coincé quelque part ?

Non, Sirius était mort. Comme ses parents, comme Fred, comme Remus, comme Tonks.

Harry enfouit sa tête dans ses mains.

– Ramène-moi à la maison, chuchota-t-il d'une voix cassée. J'en peux plus, ramène-moi.

Il sentit la magie de la Salle sur Demande vaciller autour de lui et son cœur se tordit en un épouvantable espoir. Quand il écarta les doigts, ses larmes repartirent de plus belle.

La Salle sur Demande avait pris l'apparence du salon du Terrier.

Les murs se floutèrent légèrement et cette fois, c'est la cuisine propre et étincelante du Square Grimmaurd qui apparut sous ses yeux et Harry fut pris d'un ricanement désespéré. Voici donc ce qu'il considérait comme chez lui ?

Quand les murs du Square se teintèrent de la décoration chatoyante des Weasley, Harry se contenta de se lever tel un automate et de quitter la Salle sur Demande.

Il savait ce qu'il avait à faire.

Ça aussi, il l'avait toujours su.


Bonjour à tous !

Quelques petites précisions sur ce chapitre : Voldemort qui œuvrait dans l'ombre jusqu'à présent n'avait encore jamais pris la parole en public. C'est chose faite maintenant, il se dévoile sur le devant de la scène en revendiquant ses meurtres et son idéologie. Pour autant, son nom n'inspire pas encore la terreur puisqu'il reste méconnu, c'est pour ça que la Gazette le cite librement.

Rien n'est précisé sur l'identité du chef des Aurors qui a précédé Scrimgeour, mais comme il est peu probable que ce dernier ait occupé le poste pendant vingt ans, j'ai créé Andrew Cliffword. Par contre, le fait que les Bizarr' Sisters puissent être encore en activité lors de l'époque de Harry ne m'a pas choquée plus que ça (regardez les Rolling Stones).

Je vous laisse sur cette fin de chapitre (en ricanant comme une malade, assez fière de moi) et je vous dis à la semaine prochaine !

Aech.


Réponse aux guests :

ness : Hey :) Ravie que cette dernière phrase t'ait plu ! J'ai l'impression qu'elle a eu beaucoup de succès, ce qui me fait bien rire parce que j'ai hésité à la rajouter ! Je me félicite de l'avoir fait !