Harry erra à travers les couloirs du château, le cerveau complètement déconnecté de la réalité. Ses pas le ramenèrent sans qu'il ne s'en rende compte jusqu'à la tour de Gryffondor et il ne fut que peu surpris de se retrouver devant le portrait de la Grosse Dame.

Lutins de Cornouailles, prononça-t-il d'une voix sans âme et le tableau hocha la tête avant de pivoter sur ses gongs.

La vision d'un James débraillé en tenue de Quidditch qui braillait dans tous les sens lui arracha un sourire triste. Lentement, il se dirigea vers les canapés où Mary et Lily étaient assises et s'installa à côté d'elles.

– À quel moment il peut être en état de rire comme ça ? murmura-t-il pour lui-même et Lily lui offrit un sourire forcé.

– On a… On ne lui a pas dit, pour le journal. Il a un match dans deux heures, il vient de se lever. On a… préféré attendre ce soir pour le mettre au courant.

Harry dévisagea longuement sa mère qui faisait de son mieux pour faire bonne figure. À ses côtés, le regard froid de Mary ne laissait planer aucun doute sur le fait que quiconque s'approcherait de sa meilleure amie aurait affaire à elle. Son ventre se tordit violemment et il retint un haut le cœur de toutes ses forces. Il savait pertinemment qu'elle était morte en encaissant un sortilège destiné à Lily.

Il inspira profondément.

Il ne laisserait pas cela arriver.

C'était la première fois que la pensée se précisait autant dans son esprit, qu'il mettait réellement des mots dessus. Un étrange sentiment de plénitude l'envahit alors qu'il souriait à sa mère. Il allait se sacrifier, bien sûr. Il n'était pas assez naïf pour croire que ses actes seraient sans conséquences. Mais ses parents vivraient, et c'était réellement la moindre des choses que de leur offrir un futur, eux qui étaient morts pour que lui en ait un.

En réalité, il ne ressentait qu'un profond soulagement.

Un mouvement attira son attention et un Sirius encore à moitié endormi se laissa tomber dans le canapé à côté de lui.

– 'Jour, souffla-t-il en basculant sa tête contre l'épaule de Harry, les yeux fermés.

Ce dernier dévisagea son parrain, surpris, avant de laisser un sourire ravi prendre place sur son visage. Il se baissa légèrement et Sirius se blottit un peu plus contre lui, dans un état semi-comateux. Pour avoir vécu dans son dortoir pendant un peu plus de deux mois, il savait que son parrain avait toujours un mal fou à émerger et avait tendance à se servir de James, Remus ou Peter comme oreiller pendant cette période. En revanche, c'était la première fois qu'il le faisait avec lui. Était-ce parce qu'il lui faisait enfin entièrement et pleinement confiance depuis l'altercation de la veille ?

En relevant les yeux, Harry croisa le regard interloqué de Mary et il rit intérieurement. À tous les coups, la jeune fille croyait qu'il était, comme James, amoureux de Lily et allait maintenant penser qu'il avait des sentiments pour Sirius. C'était presque trop drôle.

– … Où est Peter ? demanda Harry sans trop élever la voix, même si rien ne pourrait faire plus de bruit que James qui semblait encore plus excité et bruyant que d'habitude.

– Dors toujouuuurs, répondit Sirius d'une voix ensommeillée sans prendre la peine d'ouvrir les yeux. Ce veinaaaard…

– Qu'est-ce que James a pris pour être aussi… hem, en forme ?

– L'est toujours comme ça avant un match, marmonna Sirius en fronçant les sourcils, tentant d'ouvrir un œil avant de décider qu'il y avait trop de lumière dans la pièce et de le refermer aussitôt.

Harry eut un sourire attendri. Oui, il était définitivement soulagé. Et pour la première fois, il pouvait observer ses parents, Sirius et Remus sans se sentir coupable. C'était tellement plus simple que de vivre avec eux tout en sachant que le futur qui leur était réservé n'était rien de moins qu'atroce.

– Attend une heure et tu… verras, répliqua Sirius qui faisait des phrases de plus en plus longues et constructives, signe qu'il se réveillait doucement. C'est trop… marrant…

Harry haussa un sourcil en direction de Mary qui observait son capitaine intercepter chaque élève qui passait dans la salle commune pour savoir où se trouvait les membres de son équipe, dans une demande silencieuse d'explications. La jeune fille finit par hocher la tête, faisant un effort manifeste pour sourire. En ce dernier jour de week-end, peu d'élèves étaient venus prendre le petit-déjeuner à l'heure du courrier. À en croire la frénésie qui s'était emparée de la tour de Gryffondor à l'approche du match contre Serpentard, peu de gens avaient lu le journal ce matin et elle ne tenait pas à ce que son équipe face partie du nombre. Avec un pincement au cœur, elle ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable de vouloir gagner un match quand sa meilleure amie était directement menacée par un fou raciste et sanguinaire.

Lily lui serra la main en lui adressant un sourire courageux, le regard déterminé et Mary se détendit imperceptiblement.

– Ouais, confirma-t-elle pour Harry. C'est toujours la même chose. Il est super excité par le match et d'un coup, il stresse plus que tout et…

La porte de la salle commune s'ouvrant à la volée l'empêcha de finir sa phrase. Toutes les têtes convergèrent vers Emma Anderson, la gardienne de l'équipe de Gryffondor, qui se précipitait sur James, le visage tordu par l'angoisse.

– CAPITAINE, ON A UN PROBLÈME ! cria-t-elle d'une voix paniquée.

En une fraction de seconde, James, Sirius – à présent parfaitement réveillé –, Harry, Lily et Mary étaient sur elle, suivis rapidement par le reste de l'équipe.

– C'est Mickaël, murmura la jeune fille d'une voix blanche. Il… Il s'est fait agresser cette nuit !

– Je te demande pardon ? fit James, les yeux écarquillés d'horreur.

– Il… Il est né-moldu, alors…

La voix d'Emma mourut dans sa gorge tandis qu'une chape de plomb s'abattait sur la poitrine de Harry. Se pourrait-il… Se pourrait-il que les futurs mangemorts à l'intérieur de Poudlard agressaient les nés-moldus en parallèle aux attaques de Voldemort à l'extérieur ?

– Comment va-t-il ?

La voix de James tira Harry de ses pensées. Il observa son père inspirer et expirer profondément. Cette fois-ci, c'était un de ses joueurs qui s'était fait agresser. Un de ses joueurs. Lily serra brièvement le bras de James en un maigre signe de réconfort et ce dernier lui adressa un regard reconnaissant.

– Il est toujours inconscient mais Mme Pomfresh s'en occupe, répondit Emma en se passant une main sur le visage. Elle dit qu'il va bien. Mieux que le poufsouffle en tout cas, apparemment.

Sirius hocha la tête, le regard plus noir que jamais.

– On va aller gagner ce match, siffla-t-il en tremblant. Je vous préviens, il est hors de question qu'on perde parce que ces putains de serpents ont mis notre attrapeur hors-jeu.

Harry sursauta violemment alors que les autres acquiesçaient d'un air déterminé.

Il est… attrapeur ? Sérieusement ?

Il hésita. Est-ce qu'il pouvait se le permettre ? Il n'eut pas le temps de réfléchir à ce qu'il envisageait de proposer qu'il s'entendit prononcer d'une voix hésitante :

– Si vous n'avez pas d'attrapeur… je peux jouer à sa place… Si vous voulez.

Son intervention amena un silence interloqué parmi les joueurs et Harry grimaça, gêné au plus haut point. Il n'avait aucune envie que l'on pense qu'il essayait de tirer profit de la situation.

– Enfin, seulement si ça vous arrange, ajouta-t-il précipitamment en se mordant la lèvre, au moins aussi surpris que les autres de s'être proposé. Je ne veux pas m'imposer, ou quoi que ce soit…

– Tu ne t'imposes pas, répliqua lentement Sirius avec l'air de celui qui cherche ses mots. Seulement…

Il hésita un instant et Harry fronça les sourcils.

– Désolé de te dire ça, lâcha Sirius en faisant la moue, mais bigleux comme tu es, tu es… attrapeur ?

Heuuu…

Harry cligna des yeux, perplexe. Puis, en voyant les expressions dubitatives des personnes autour de lui, il explosa de rire. La situation avait beau être loin d'être drôle, c'était plus fort que lui.

On ne lui avait jamais faite, celle-là.

À son époque, c'était McGonagall qui l'avait désigné d'office comme attrapeur et personne n'y avait trouvé quoi que ce soit à redire. Et au bout d'un an dans l'équipe, sa réputation n'était plus à refaire. Il n'aurait jamais pensé que ses lunettes le rendraient moins crédible aux yeux des autres.

Je suis juste le plus jeune attrapeur dans l'histoire de Poudlard depuis un siècle.

Il sourit, sûr de lui.

– James, tu as ton vif d'or ?

Son père coula un regard indécis en direction de Lily qui leva les yeux au ciel, avant de hocher la tête.

– Lâche-le.

James plissa les yeux, mais sortit la petite sphère dorée de sa poche. Il avait récupéré ce vif d'or lors de sa troisième année, juste avant que son capitaine ne décide de le renvoyer au département des objets magiques, décrétant qu'il était trop imprévisible pour être utilisé en match. Même s'il n'était techniquement parlant pas attrapeur, il savait mieux que quiconque à quel point il était quasiment impossible de le retrouver une fois qu'il s'envolait dans les airs.

La petite balle papillonna une fraction de seconde devant son visage avant de disparaître brusquement dans un éclair doré. Harry ferma les yeux. Il décompta jusqu'à cinq dans sa tête avant de les rouvrir. Il lui fallut une seconde pour repérer la sphère.

– Au-dessus de la cheminée, chuchota-t-il en refermant les yeux.

Il sentit les gryffondors autour de lui se retourner pour suivre le vif d'or qui avait déjà disparu. Harry rouvrit les yeux. Un sourire serein prit place sur son visage.

– Derrière toi, James.

Son père sursauta en sentant une aile le frôler. Quant à Harry, il sentait un sentiment de plénitude l'envahir, qu'il n'avait pas ressenti depuis une petite éternité. Il n'avait pas besoin de suivre le vif d'or des yeux, il devinait la petite balle voler à travers la pièce. Il savait où elle était.

– La bibliothèque. (Il referma les yeux pour les rouvrir juste après) Les escaliers des dortoirs. La fenêtre. Et enfin…

Il rentra la main dans sa manche, le cœur battant à tout rompre sous le coup de la joie, et leva brusquement le bras. Il rouvrit pour la sixième fois les yeux et tendit le vif d'or brusquement calmé à James en souriant. Les gryffondors le regardaient, médusés. Sirius, lui, souriait de toutes ses dents.

James explosa de rire en donnant une grande tape dans le dos de Harry qui sortit de sa transe et ce fut le signal. Les joueurs se précipitèrent sur lui avec de grands cris de joie alors que James applaudissait à tout rompre. Il adressa un sourire lumineux à Harry.

– Engagé ! cria-t-il en mettant ses mains en porte-voix.


Bonjour à toutes et à tous !

Et bien… voilà, c'est dit. Harry tourne définitivement le dos à Dumbledore. Il aura fallu vingt-deux chapitres intenses en émotions pour Harry pour en arriver là, et avant que je ne m'en rende compte, c'était écrit en police 10 sur mon traitement de texte. Vous êtes quelques-uns à l'avoir vu venir et beaucoup d'autres à l'avoir espéré dans vos reviews… Maintenant que nous y sommes, comment allez-vous ? :) J'attends avec impatience vos retours !

Dans un autre contexte, ça fait plusieurs semaines maintenant que je poste le vendredi, mes week-end étant tous étrangement chargés depuis deux mois. Je vais continuer comme ceci au moins jusqu'à fin septembre, je pense. Je vous préviendrai si je me remets à poster mes chapitres le samedi :)

Aech.

(PS : Je ne pouvais tout de même pas manquer de faire jouer Harry avec son père !)


Réponse aux reviews

Cocolita 1804 : Bien le bonjour ! Je te réponds ici, n'ayant pas réussi à te répondre par MP. Merci beaucoup pour tous tes encouragements et ton enthousiasme ! C'est du bonbon de recevoir des retours comme les tiens, merci ! :) Comme tu as pu le lire, il va un peu y avoir le calme avant la tempête avec le match de Quidditch la semaine prochaine, mais tu auras très vite les réponses à tes questions !

À la semaine prochaine,

Aech.